II. Morve chronique
La morve chronique, qui a été décrite par Tardieu dans sa thèse inaugurale, diffère particulièrement de l'aiguë par sa marche lente et continue, qui peut se prolonger plusieurs mois et même plusieurs années, jusqu'à cinq ou six ans.
i° Éléments du diagnostic. — Dans la morve et le farcin chroniques, il y a d'abord des symptômes locaux différents.
Que la morve chronique succède au farcin ou se montre d'emblée, elle est exempte d'éruption vers la peau, de tuméfaction ou de rougeur des articulations. C'est vers les voies respiratoires et vers la bouche que se montrent les accidents locaux caractéristiques. Ordinairement, après un mal de gorge et de la toux, apparaissent : une douleur vers la trachée, une sorte d'étranglement, l'altération de la voix, et même une aphonie complète et plus ou moins persistante; le malade se plaint d'un enchifrènement qu'il est facile de reconnaître à ses reniflements continuels; les narines semblent bouchées et donnent difficilement passage à l'air. Parfois il y a une douleur sourde au niveau du nez et jusque dans les sinus; au bout d'un temps plus ou inoins long, le malade se mouche plus fréquemment que de coutume, et le mucus expulsé contient du sang en caillots, quelquefois des croûtes ou du pus. Le munis puriforme est rarement assez abondant pour constituer un véritable jetaj-e. L'examen des fosses nasales peut y faire découvrir des ulcération*, et, à l'aide d'un stylet, des inégalités ou même la perforation de la cloison qui en résultent. Du côté de la bouche, si la maladie dure déjà depuis un certain temps, on peut constater des cicatrices, et le plus souvent, soit dans la bouche, soit dans le pharynx, des ulcérations analogues à celles des fosses nasales, ulcérations que l'on peut seulement soupçonner dans le larynx et la trachée.
Dans le farcin chronique, ce ne sont plus les symptômes vers les voies respiratoires qui dominent; ce sont principalement les abcès sous-cutanés, caractérisés par des tumeurs rapidement fluctuantes dans la plupart des cas, pouvant disparaître brusquement ou se cicatriser après l'écoulement du pus, pour se montrer dans d'autres points, ou donnant lieu à des fistules et à des plaies de mauvais aspect, pouvant persister un temps fort long, sans tendance envahissante. Il est à noter que l'on a trouvé après la mort des ulcérations de la pituitaire dans les cas de symptômes farcincux simples en apparence, ce qui prouve bien la nature identique des deux affections.
A ce cortège d'accidents spéciaux s'ajoutent des symptômes généraux communs à la morve et au farcin chroniques : des douleurs articulaires et musculaires, la diarrhée, des nausées, la fièvre avec ses frissons et ses retours irré^uliers, les sueurs alternant avec la sécheresse de la peau, Vœdème des extrémités inférieures, le teint jaune et terreux, Y amaigrissent eut, {'épuisement, l'insomnie et tous les signes d'une cachexie profonde.
2° Inductions diagnostiques. — La maladie a quelquefois des prodromes