II. Néphrite chronique
Rayer a indiqué comme symptômes de la néphrite chronique : des douleurs habituelles sourdes, profondes, dans une des régions rénales ou dans les deux, présentant parfois des exacerbations, augmentant à la pression plus ou moins forte des régions lombaires, ou à la suite d'une course un peu prolongée surtout en voiture, sans qu'il y ait jamais, comme dans la néphrite aiguë, douleur du testicule ou suppression des urines. Celles-ci sont cependant rendues en petite quantité, mais fréquemment; elles présentent une diminution d'acidité, ou un état neutre, plus souvent V alcalinité au moment de l'émission, enfin elles fournissent, dans la plupart des cas, un sédiment amorphe composé de phosphates de chaux et ammoniaco-magnèsien, d'une petite quantité d'urates, et elles tiennent en suspension des globules muqueux (?). A ces signes se joignent la faiblesse musculaire des membres inférieurs (Rayer), des troubles digestifs et les signes locaux ou généraux des affections concomitantes.
Le plus souvent, en effet, la néphrite chronique, qui s'observe principalement chez les vieillards, est secondaire; elle se rattache ordinairement à l'existence de calculs, dont les accidents prennent un caractère chronique après un certain temps, à des rétrécissements de Vurètre, a des affections chroniques de la vessie, de la prostate, de l'utérus, de la moelle épinière avec paraplégie, à des obstructions de l'uretère.
Il ne faut confondre la néphrite chronique, ni avec la pyélite, ni avec le lombago chronique. — Dans la p\jèlite, dit Rayer, il y a constamment sécrétion de pus ou de mucus purulent, et le plus souvent l'urine est trouble et purulente; tandis que, dans la néphrite chronique, le trouble de l'urine dépend le plus ordinairement de la présence des phosphates en suspension. — Le lombago chronique, par l'augmentation de la douleur dans les mouvements du tronc, et par le défaut d'altérations de la sécrétion et de l'excrétion urinaires, se distingue facilement aussi de la néphrite chronique.
Le pronostic est grave en raison des lésions concomitantes ci-dessus rappelées.
NÉPHRORRHAGIE. — A propos des hémorrhagies par l'urètre (p. 489), j'ai indiqué les particularités diverses qui permettent d'établir l'origine analomique du sang, j'ai fait remarquer également que, dans l'immense majorité des faits d'hémorrhagie hors des voies urinaires, le sang provenait des reins; et enfin, j'ai énuméré les conditions pathologiques de la néphrorrhagie. Mais il existe, dans des contrées éloignées des nôtres, une hémorrhagie rénale particulière que l'on a admise comme idiopathique, et dont le diagnostic doit être examiné à part : c'est Vhrmaturie de Vile de France (Maurice), ou des pays tropicaux.
Cette hématurie ou néphrorrhagie se présente, suivant Rayer, sous trois formes distinctes : 1° Vhématurie simple, dont le caractère principal, complètement négatif, est l'absence de toute lésion ou maladie qui, dans nos climats, produit l'hématurie; 2° Vhématurie arec gravelle urique, dans laquelle l'examen microscopique décèle dans l'urine, avec les globules sanguins, des cristaux d'acide urique ou des graviers de très-petite dimension ; 3° enfin Vhématurie avec urines chyleuses ou graisseuses (Voy. Urines). Cet aspect laiteux des urines succède ordinairement à un écoulement de sang, ou bien il alterne avec
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les hémorrhagies et finit quelquefois par être persistant pendant de longues années.
Lorsqu'au Brésil, à l'île de France, à Bourbon, où cette affection est endémique, ou bien parmi nous, chez un individu provenant de ces contrées, on constate une hématurie qui présente les caractères dont je viens de parler, on devra songer à la maladie qui m'occupe. La constatation d'urines chyleuses qu'auraient précédées des urines sanglantes, ne permettra pas d'hésiter dans le diagnostic; car, jusqu'à présent, les urines graisseuses ne paraissent pas avoir été rencontrées dans d'autres conditions. Cependant la question n'a pas encore été parfaitement résolue. Ces urines chyleuses, que l'éther clarifie immédiatement, ne sauraient d'ailleurs être confondues avec les urines simplement albumineuses. Mais il faut savoir que, dans l'hématurie endémique, l'urine peut à la fois être albumineuse et graisseuse.
Cette hématurie est-elle toujours exempte de lésions rénales, comme on l'a dit? Rayer ne le pense pas, attendu qu'il a reconnu que plusieurs faits d'hématurie donnés comme idiopathiques étaient symplomatiques de l'une des lésions connues pour être, parmi nous, autant de causes de néphrorrhagie. Les recherches de Pellarin ont démontré qu'il y avait des ecchymoses et une infiltration sanguine de la substance corticale des reins, avec leur hypertrophie constatée neuf fois sur quatorze autopsies, en un mot une hyperémie exagérée, sans transformation pathologique des éléments histologiques, comme dans les autres affections rénales (A rch. de méd. navale, 1805). Le docteur Benoît a confirmé ces résultats anatomo-pathologiques (De la Fièvre hématurique 06servée au Sénégal, 1805). De plus, à propos des entozoaires des organes urinaires, j'ai rappelé (p. 300) que des œufs et même un embryon parfait de dis tome haMnalobie avaient été constatés par Harley dans l'urine d'un malade du Cap de Bonne-Espérance, considéré comme atteint d'hématurie dite essentielle, il y a donc doute au sujet de la nature vraie de cette maladie endémique des pays chauds, et l'on est en droit de se demander si, au moins dans un certain nombre de faits, la néphrorrhagie ne dépend pas de la présence du distome haematohie dans les organes urinaires, où, comme lestrongle, il donne lieu à l'hématurie (Voy. Entozoaires).
Il résulte de là que le pronostic de l'hématurie des Iles de France, qui est considéré comme sans gravité, doit nécessairement varier suivant son caractère vraiment idiopathique ou symptomatique, et, dans cette dernière circonstance, suivant l'affection qui produit l'hémorrhagie.
NERVEUX '(Appareil). — L'appareil nerveux, composé de centres trèsimportants (cérébro-spinal et ganglionnaires) et de nerfs ramifiés dans les différentes parties du corps, est atteint de maladies ou de lésions particulières.
Ces maladies, on le conçoit, peuvent être généralisées ou localisées. Elles diffèrent suivant que leur manifestation symptomatique a pour point de départ les centres nerveux ou les nerfs. J'ai rappelé les premières à propos de I'encéphale et de la moelle épimère. Quant aux maladies des nerfs, les plus importantes sont, outre les lésions traumatiques, les TUMEURS (névrômes), les névralgies et très-rarement la névrite. Les maladies de l'appareil nerveux peuvent se diviser, comme celles des autres appareils organiques, en maladies avec ou sans lésions anatomiques : distinction des plus importantes au point de vue pronostique. Les névroses, en l'absence de toute lésion appréciable, forment une classe considérable d'affections très-importantes (Vo y. Névroses).
Parmi les symptômes qui révèlent une maladie de l'appareil nerveux, la douleur joue un grand rôle. Il est même impossible à la rigueur qu'elle se produise
NERVEUX (État).
sans que l'innervation soit plus ou moins atteinte; mais la douleur qui est sous la dépendance des affections propres à l'appareil nerveux acquiert une signification particulière, soit par ses caractères de violence, d'élancement, de formication, etc., soit par son siège au niveau des centres nerveux ou des filets nerveux, soit enfin par sa coïncidence avec des phénomènes atteignant les fonctions de relation. — Les symptômes fonctionnels occupent la plus large place dans la séméiologie de l'appareil nerveux. Ils sont d'abord caractérisés par des troubles de Intelligence, de la myotilité ou de la sensibilité, soit isolés, soit réunis, pour la production desquels les actions réflexes doivent souvent être invoquées. Il en est d'autres ensuite qui sont plus spécialement sous l'influence du grand sympathique, et qui constituent les troubles de la circulation capillaire. — Quant à l'exploration des organes malades, elle est ici en grande partie empêchée par l'isolement du centre nerveux cérébro-spinal dans des cavités à parois osseuses qui les rendent inaccessibles. Les nerfs les plus superficiels seuls peuvent être explorés par la pression dans les affections rappelées plus haut. Les ramifications extrêmes des nerfs sont fréquemment explorées aussi dans leur degré de sensibilité, soit au niveau de la peau ou des organes des sens, soit jusque dans les muscles. La faradisation, localisée sur ces derniers organes, permet de juger non-seulement de leur sensibilité, mais encore et surtout de la rontractilité, comme on l'a vu au mot Electrisatio.n. L'électricité médicale appliquée sur le trajet des troncs nerveux est généralement peu employée.
Les symptômes des maladies de l'appareil nerveux, pris isolément, ont les mêmes caractères, qu'ils se rattachent à une maladie avec lésion matérielle ou bien à une des maladies nerveuses dites dynamiques. Ce n'est qu'en se groupant que ces symptômes acquièrent leur valeur. Dans certains cas, la signification des phénomènes est facile à trouver; dans d'autres, qui ne sont pas rares, le médecin est facilement induit en erreur : il arrive alors, ou bien qu'il se prononce pour une affection des centres nerveux avec lésion matérielle alors que celte lésion n'existe pas, ou bien qu'il méconnaît et rejette l'existence d'une lésion existant réellement. Il y a des conditions où les éléments du problème sont tellement insuffisants, dans certains cas de paralysie, par exemple, que l'intelligence la plus sagace doit rester en suspens, et que le succès du prétendu tact médical n'est que du hasard.
NERVEUX (État). — On a donné cette dénomination à un ensemble de phénomènes nerveux très-variables, se rencontrant dans une foule de maladies ou isolément, et qui ont été décrits sous les noms de cachexie nerveuse, vapeurs, fièvre nerveuse, marasme nerveux, mobilité nerveuse, nèvropathie générale ou protéiforme, nervosisme.
Il n'y a nul doute que les phénomènes si variés qui constituent l'état nerveux n'aient été fréquemment confondus avec des névroses mal définies, comme l'hystérie et l'hypochondrie. Aussi doit-on savoir gré «à Bouchut (De l'État nerveux aigu ou chronique, 1800) d'avoir attiré de nouveau l'attention sur ces faits anciennement signalés, et peut-êlre trop oubliés aujourd'hui, comme pouvant constituer quelquefois un état pathologique primitif et indépendant de toute autre maladie. Cependant il ne faut pas, comme Bouchul, tomber dans l'excès contraire, et rayer d'un trait de plume les névroses auxquelles les observateurs modernes ont h. bon droit fait prendre place dans le cadre nosologique, comme la dyspepsie (Chomel), la gastralgie, l'anémie, l'hystérie. Ces névroses, pas plus que la névralgie générale de Valleix et tant d'autres affections du même genre, ne sauraient être englobées sous un nouveau litre pour constituer une nouvelle
NÉVRALGIES. — névralgies en général.
maladie, à phénomènes par trop disparates. L'état nerveux n'est autre chose qu'un état pathologique analogue à l'anémie, et, comme elle, il est tantôt idiopathique et tantôt symptomatique.
Celte manière d'envisager l'état nerveux me parait le rétablir à sa véritable place, comme épiphénomène complexe et varié des maladies dans la plupart des cas, et exceptionnellement comme constituant un ensemble protéiforme de troubles nerveux jusqu'à présent incomplètement étudiés et décrits.
C'est évidemment d'après un groupe exceptionnel de faits trop écourtés et par suite insuffisants que Bouchut a décrit Y état nerveux. Il lui attribue comme caractères :
A Yêtat nerveux aigu, une dyspepsie, suite d'impressions morales vives ou d'un affaiblissement profond, puis de la fièvre, quelquefois avec ptyalisme, nausées, vomissements aqueux, constipation, abattement, hypereslhésies diverses, illusions sensoriales, dépérissement croissant; ensuite surviendraient des accidents névralgiques et cérébraux très-gn.ves (délire, hallucinations, coma, convulsions), et enfin la mort après un ou deux mois de souffrances, si un traitement convenable ne venait pas enrayer les accidents.
A Y état nerveux chronique, bien autrement fréquent que le précédent, se rapportent, différemment groupés et parfois isolés, tous les symptômes des névroses de l'intelligence, de la sensibilité, de la myotilité, et des viscères euxmêmes. Il me suffit de les rappeler.
NÉVRALGIES. — Je traiterai au mot Viscéralgies des douleurs nerveuses que l'on observe au niveau des organes contenus dans les cavités splanchniques. Je ne m'occuperai ici que des névralgies des nerfs de la vie de relation, en empruntant surtout à Valleix {Traité des névralgies, 1841; et (iuide du médecin praticien, 5e édition, t. I) la plupart des matériaux de cet article. Notta, en 1854, Neucourt (Des Maladies chroniques, 1861), Marrolte (1800), Sandras (Traité des malad. nerv., 180-2), Trousseau, et Axenfeld (Des Névroses, 1803) ont aussi publié des travaux sur le même sujet.
Comme les névralgies sont distinctes par leur siège, et que le siège de la douleur est le premier fait que recueille le médecin auprès du malade, il est indispensable, au point de vue du diagnostic, d'examiner séparément chaque espèce de névralgie. Mais auparavant, et pour éviter les redites, je dois rappeler les particularités générales applicables au diagnostic de toutes les espèces.