ŒDÈME
Il ne faut pas oublier que Ton a rencontré des faits facilement curables en apparence au point de vue anatomique, et qui ont été suivis de mort : tels sont des faits d'invagination sans adhérences, ceux de simple accumulation de corps étrangers d'un petit volume (noyaux de cerises), et même des faits sans aucune lésion apparente qui puisse expliquer la mort, comme j'en ai observé un à Beaujon, et dans lequel aucun obstacle, aucune trace d'invagination ou de torsion récentes (quoique seules probables) ne furent constatés à l'autopsie, faite avec beaucoup de soins par Besnier. La maladie, présentant tous les symptômes les plus graves de l'iléus, avait atteint subitement le sujet, jeune nomme trèsrobuste, au milieu d'une santé florissante, et elle n'avait duré que quarante-huit heures.
ODORAT. — Voy. Sens.
ŒDÈME. — J'ai d'abord à examiner l'œdème comme symptôme, puis comme maladie, lorsqu'il occupe la glotte ou le poumon.
1° Caractères. — A propos de l'anasarque, j'ai rappelé les caractères locaux de l'infiltration œdémateuse (p. 52). Ils sont complètement applicables à l'œdème, qui n'est que cette infiltration localisée, et due à une cause locale. Cette distinction de la cause, en effet, est le seul moyen de distinguer l'anasarque de l'œdème, quand l'infiltration séreuse sous-cutanée est limitée. La limitation la plus fréquente a lieu au pourtour des malléoles ou dans une hauteur plus ou moins considérable du membre ou des membres inférieurs. L'œdème occupe plus rarement un des membres supérieurs ou les deux, et il y apparaît d'abord à la main pour remonter plus haut. Enfin il se montre quelquefois à la face, aux paupières, ou dans d'autres parties du corps.
2° Conditions pathologiques et signification. — Lorsque l'on constate un œdème localisé, ce qui implique l'absence d'une des causes d'anasarque que j'ai rappelées (p. 56), et en particulier d'une maladie de Bright ou d'une affection du cœur, on trouve l'origine de cet œdème dans un obstacle à la circulation veineuse, comme l'a démontré Bouillaud. C'est du moins ce que l'on constate dans l'immense majorité des cas, sinon dans tous. L'obstruction veineuse, due à la compression d'une tumeur ou à la coagulation du sang dans la veine, a des caractères bien tranchés lorsqu'elle occupe les gros troncs veineux. L'infilration œdémateuse occupe alors nécessairement les deux côtés du corps. De plus, si une tumeur comprime la veine cave supérieure, l'œdème est limité à la moitié supérieure du corps, jusqu'à la ceinture. Si la- compression a lieu sur la veine innommée t un seul côté de cette moitié supérieure du corps est affecté d'œdème, comme Graves en a observé un exemple (Leçons de clin, mèd., 49e leçon). La moitié inférieure du corps peut aussi être le siège exclusif de l'œdème, si c'est dans la veine cave inférieure que la circulation est interrompue, comme on l'a vu par le fait de diverses tumeurs, et même par la pression d'un rein flottant. Une tumeur intra-pelvienne ou la grossesse causent l'œdème, et souvent môme des varices, dans les deux membres abdominaux, en comprimant les troncs aboutissant dans la veine cave. Si l'œdème des extrémités inférieures a succédé à une ascite, l'obstacle siège évidemment dans la veine porte ou dans le foie. Si un seul des membres pelviens est affecté, il y a oblitération de la veine principale du membre, comme dans la phlegmatia. L'œdème d'un membre supérieur doit immédiatement éveiller aussi l'idée d'un obstacle à la circulation dans la veine principale de ce membre. Ce sont là des faits si bien établis qu'ils sont devenus vulgaires. Il en est de même de l'infiltration œdémateuse d'une région au niveau de laquelle existent une suppuration profonde, une inflammation sans suppuration (érysipèle du cuir chevelu) ou bien une