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II. Paralysies symptomatiques sans lésions

Lorsque les particularités relatives à la paralysie observée ne permettent pas de la rapporter à une lésion cérébrale, médullaire, des nerfs, des muscles ou des artères, et dont il vient d'être question, il se présente une première et trèsgrande difficulté : c'est de décider qu'il n'existe pas réellement une de ces lésions latentes sans les phénomènes accessoires caractéristiques qui la font habituellement reconnaître. Il ne peut sans doute y avoir d'embarras, ni pour les oblitérations vasculaires, ni pour l'atrophie musculaire; mais l'hésitation est permise lorsqu'il existe des tumeurs latentes ou profondes, comprimant certains troncs nerveux, à plus forte raison une lésion cérébrale sans troubles intellectuels évidents, et surtout lorsqu'il existe une lésion de la moelle.

Pour se prononcer, dans les cas douteux de ce genre, il faut se demander si l'on n'est pas en présence d'une paralysie sans lésion organique, paralysie dynamique ou par action réflexe, mais symptomatique d'un état pathologique ou d une maladie bien connus pour compter la paralysie au nombre de leurs symptômes, soit habituels, soit exceptionnels. Si, en effet, on constate l'existence de ces états morbides, qui comprennent des altérations manifestes du sang, certaines diathèses, des névroses, ou enfin des affections viscérales qui provoquent une affection réflexe, paralytique, comme l'a démontré Brown-Séquard {Voy. Paraplégie), celte connaissance de l'origine lève tous les doutes, principale-

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ment si la paralysie présente par elle-même des caractères spéciaux, comme nous allons le voir.

Elles se distinguent habituellement des paralysies avec lésions par 1 absence des phénomènes qui précèdent ou accompagnent ces dernières, par l'absence de symptômes du côté du cerveau, assez souvent par leur début aux extrémités des membres inférieurs puis supérieurs, par leur marche ascendante et envahissante, et enfin par leur développemenl irrégulier d'un côté à l'autre côté du corps.

1° Paralysies par altérations du sang.

Parmi les maladies qui produisent des paralysies par le fait bien manifeste d'une altération du sang, on compte d'abord les intoxications alcoolique, saturnine, parle sulfure de carbone, par les miasmes paludéens, par l'arsenic, par le mercure, l'asphyxie par le charbon (H. Bourdon), les narcotiques (?), par l'anémie et les cachexies.

a. — La paralysie due à I'alcoolisme chronique est toujours générale et accompagnée d affaiblissement intellectuel, caractères d'une grande valeur qui ne permettent de la confondre qu'avec la paralysie générale des aliénés, dont il sera question plus loin.

Celle produite par Yintoxication saturnine est au contraire le plus souvent localisée aux extenseurs des extrémités supérieures : la paralysie est alors si caractéristique, qu'elle peut à elle seule faire au moins soupçonner l'intoxication. Lorsque cette paralysie occupe les membres inférieurs ou d'autres parties du corps, ou lorsqu'elle est généralisée, l'affaiblissement paralytique particulier des extrémités supérieures reste prédominant, et la contractilité électro-musculaire est abolie. La connaissance de l'intoxication, lorsqu'elle est ensuite établie, explique immédiatement la nature de la paralysie. Je n'insiste pas davantage sur ce point de diagnostic, suffisamment développé à propos de l'intoxication saturnine (Voy. p. 573).

La paralysie (fue à V intoxication par le sulfure de carbone, qui affecte principalement les membres inférieurs et qui est parfois générale, se reconnaît plus facilement encore, non-seulement par la constatation de la profession du malade, mais souvent et tout d'abord par l'odeur de sulfure qu'il exhale habituellement (Voy. p. 580).

V intoxication paludéenne détermine quelquefois aussi des paralysies locales ou générales dont il est urgent de préciser l'origine. Le diagnostic est surtout facile lorsque les paralysies de ce genre cessent pendant l'apyrexie, et disparaissent avec les accès intermittents. C'est alors une des nombreuses formes des fièvres pernicieuses congestives.

Dans les paralysies qui résultent des autres intoxications, par l'arsenic, le mercure, l'asphyxie par le charbon, la connaissance de la cause suffit aussi pour élucider le diagnostic. Et quant à l'affaiblissement musculaire attribué aux narcotiques, il constitue plutôt un simple engourdissement qu'une paralysie réelle.

b. — D'autres paralysies non moins importantes sont celles qui ont été observées dans les états cachectiques, ainsi que celles qui sont dues à Y anémie ou à la chloro-anèmie. Elles ont été signalées par plusieurs auteurs, et Landry a insisté avec raison sur leur fréquence (Rech. sur les causes et les indications curativesdes malad.nerv., 1855). Ces paralysies sont en général remarquables par leur apparition indifférente dans les diverses régions des deux côtés du corps, le plus souvent par leur marche progressive et ascendante des extrémités vers le centre, par l'absence de signes morbides du côté des centres nerveux, souvent (mais non toujours) par l'intégrité des fonctions de la vessie, et enfin, selon Landry, par Y abolition de l'irritabilité électro-musculaire.

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Ces paralysies anémiques ou cachectiques soulèvent une grave question. Gomment se produisent-elles? On les a expliquées par l'épuisement nerveux (Leudet) et surtout par l'insuffisance de la circulation, en se basant sur ce fait expérimental que la ligature d'une artère produit la paralysie dans la partie qui correspond à la zone de ses ramifications, et que l'enlèvement de la ligature fait revenir le mouvement dans cette partie d'abord paralysée. Mais on a été plus loin encore, dans l'explication des paralysies anémiques, paralysies dans lesquelles on a englobé toutes les autres paralysies dites dynamiques. On les a dit produites par la contracture des vaisseaux capillaires de la moelle ou des nerfs, contracture due aux irritations organiques les plus variées. Ces irritations et la paralysie seraient les deux extrêmes d'une action réflexe avec la contracture vasculaire au centre. Les faits expérimentaux de Donders, Snellen et Brown- Séquard ont mis hors de contestation le fait de cette contracture vasculaire à la suite de l'irritation du grand sympathique.

En présence de ces intéressantes données, on peut rapprocher des paralysies anémiques celles qui se rattachent à une foule de maladies aiguës ou chroniques, et qui sont importantes à connaître, quelles que soient d'ailleurs leurs causes. Leur réalité est parfaitement établie par l'intégrité des centres nerveux qui a été constatée assez fréquemment sur le cadavre, par leur durée habituellement éphémère, et par leur disparition plus ou moins rapide sous l'influence d'un traitement approprié. On trouve des faits nombreux de ce genre dans le travail de Landry, dans celui de Macario sur les paralysies dynamiques ou nerveuses (Gaz. méd., 4857), et surtout dans le Mémoire de Gubler (Actes de la Soc. méd. des hôpit. de Paris, 5e fasc). Je rappellerai, comme produisant ces paralysies symptomatiques :

La fièvre typhoïde ; — la suette; — le cfwlèra; — les /lèvres éruptives , parmi lesquelles Gubler a signalé principalement la variole comme produisant des paralysies plus graves; — certaines affections thoraciques, 'comme la pneumonie (Macario, Gubler) et Vempyème; — la diphthérie; — l'embarras gastrique (Golfin, H. Tweedy); — la dysenterie; — les vers intestinaux (Tissot); — la colique hépatique (Fouquier); — les affections utérines, que Lisfranc aurait vues produire la paraplégie, et Landry la paralysie du diaphragme et des muscles abdominaux; — l'état puerpéral, soit pendant la grossesse (P. Frank, Simpson), soit pendant l'accouchement ou après, et qui, dans cette dernière condition, a été rencontré par Trousseau chez les nourrices (Gaz. des hôpit., 1846); — les affections des voies urinaires qui s'accompagnent de paraplégies étudiées dans ces derniers temps par Raoul Leroy (d'Etiolles) et Brown Séquard.

Je dois signaler spécialement les paralysies diphthériques, que l'on a considérées comme la conséquence d'un empoisonnement spécial du sang, comme une des paralysies anémiques dont il est question, ou enfin comme une conséquence du voisinage de la lésion diphthérique.

Ces paralysies diphthériques ont été signalées par plusieurs auteurs, plus particulièrement par Orillard (de Poitiers), et plus complètement étudiées et décrites par Maingault, dans un récent et très-bon Mémoire (De la Paralysie diphthérique, 1800). Qu'elles soient localisées ou généralisées, comme je l'ai indiqué à propos de la diphthérie (p. 304), c'est le voile du palais et le pharynx qui sont le plus souvent atteints. Maingault signale les troubles de la déglutition comme ne manquant jamais lorsque la diphthérie est suivie d'une paralysie généralisée. La recherche de la diphthérie comme antécédent , dans les cas de paralysies les plus diverses, est un point de pratique très-important. Il faut aussi tenir compte de la marche qu'a suivie la maladie et de la manière

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dont les symptômes sont groupés. La paralysie diphthérique apparaît douze à quinze jours à deux mois après la terminaison de l'affection diphthérique, la paralysie du voile précédant toujours, dans celte période de convalescence apparente, les troubles éloignés de l'innervation. L'affaiblissement musculaire est essentiellement progressif; il débute lentement, en s'accompagnant de fourmillements et de troubles de la sensibilité des extrémités. La contractilité électrique des muscles est conservée : condition dont on peut tirer parti dans certaines circonstances, mais qui, dans d'autres, serait aussi une cause d'erreur. Maingault a signalé de nombreuses méprises commises à propos de ces paralysies; je les rappellerai en leur lieu. 2° Par maladies diathésiques.

On peut encore avoir affaire à des paralysies survenant comme conséquences d'affections diathésiques connues, comme la syphilis ou le rhumatisme.

Les paralysies dues à ces deux causes sont rares. Cette assertion pourra sem- • bler singulière, du moins relativement au rhumatisme, à ceux qui admettent comme rhumatismales toutes les paralysies dues à l'influence du froid ou de l'humidité. Mais à mon avis on doit, avec Landry, réserver la dénomination de rhumatismales aux paralysies qui se développent dans le cours ou à la suite du rhumatisme aigu, comme dans les faits cités par Griffouillère {Journ. des connaiss. méd.-chir., 8e année). De ce que le froid et l'humidité sont capables d'engendrer le rhumatisme, il ne faut pas conclure, en effet, que toules leurs conséquences soient de même nature.

3° Par névroses.

Un autre ordre de paralysies symptomatiques sans lésions anatomiques est dû à des névroses : à des névralgies, à Yhystérie, à Yépilepsie. Mais dans l'épilepsie, ce sont les congestions répétées des centres nerveux et les lésions qui peuvent en résulter qui expliquent les paralysies des épileptiques plutôt que la névrose elle-même.

Les paralysies locales résultant d'une névralgie doivent plutôt s'entendre de celles qui lui succèdent que de l'affaiblissement musculaire qui accompagne les douleurs. Ces paralysies consécutives s'accompagnent généralement de Yintégrité de la contractilité électro-musculaire, avec augmentation de la sensibilité dans certains points , suivant Duchenne. L'atrophie musculaire est une complication qui n'est pas rare.

Les paralysies hystériques méritent une mention toute particulière. Comme les paralysies chloro-anémiques, elles doivent être soupçonnées chez les femmes jeunes. La constatation des antécédents ou des signes actuels de l'hystérie lève tous les doutes. Ces paralysies ont été rencontrées chez plus du quart des hystériques par Briquet (120 sur 430). Rarement elles sont généralisées aux quatre membres et aux principaux muscles du tronc ; le plus souvent la paralysie n'atteint que les deux membres du côté gauche du corps; puis viennent, par ordre de fréquence : la paralysie des deux membres inférieurs, celle des deux membres du côté droit, plus rarement celle d'un ou des deux membres supérieurs, de l'un des membres pelviens, des pieds, des mains, de la face, du larynx, du diaphragme. Son invasion est brusque ou graduelle, et, dans ce dernier cas, elle est précédée de fourmillements ou d'engourdissements. Rarement elle est absolue; elle est aussi plus instable que les autres paralysies , et quelquefois elle disparait subitement sans laisser de traces. La faradisation localisée démontre que la contractilité électrique des muscles est conservée, mais que leur sensibilité est abolie : double circonstance que l'on ne rencontre que dans la paralysie hystérique. Mais Briquet fait remarquer que, dans certains

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cas rares, ta contractilité électro-musculaire est perdue en même temps que la sensibilité musculaire, ce qui d'ailleurs ne diminue pas la valeur des signes précédents lorsqu'on les rencontre.

4° Par actions réflexes.

Une foule de paralysies locales sont dues à une affection plus ou moins éloignée provoquant, par l'intermédiaire du grand sympathique , des contractures vasculaires du cerveau ou de la moelle , d'où résultent les paralysies en question. Celles qui s'observent dans le cours" des névralgies les plus diverses, avec la présence des entozoaires dans l'intestin, avec les affections utérines, avec celle des organes urinaires, etc., produisent ainsi des paralysies très-diverses, étrangères à l'organe malade, la paraplégie principalement; aussi reviendronsnous sur ce genre de paralysies réflexes au mot Paraplégie (Voy. p. 747). Un très grand nombre des paralysies des divisions précédentes, et des suivantes surtout, se développent de la même manière.

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