III. Paralysies primitives
Lorsqu'on ne peut rapporter l'origine d'une paralysie, ni à une lésion matérielle, ni à un état pathologique indépendant de toute lésion appréciable pouvant produire directement cette paralysie, on admet qu'elle est idiopathique, primitive, essentielle. Cette division doit être conservée, quoiqu'elle soit assez souvent en réalité un refuge de notre ignorance.
La plupart de ces paralysies sont des paralysies dont la cause n'est pas toujours facile à déterminer. Il y a cependant des paralysies idiopathiques qui se développent sous l'influence d'une simple cause accidentelle dont la constatation révèle la nature réflexe de la paralysie. Je veux parler de celles qui sont dues à Yaction du froid ou de l'humidité, et qui se développent du jour au lendemain^ou graduellement dans les parties qui ont été exposées à ces influences. Elles atteignent tantôt une moitié de la face (Bérard), tantôt un bras, tantôt les membres inférieurs, etc. Telles sont encore les paralysies dues à la compression prolongée des nerfs ou des muscles d'un membre, qui reste paralysé temporairement, dans la plupart des cas. C'est à une cause de ce genre que Kennedy a attribué les paralysies temporaires constatées chez les enfants du premier âge que l'on a couchés dans leur berceau sur le membre qui se trouve atteint (Dublin quart, journ., 1850). On a vu aussi une paralysie locale résulter d'un choc extérieur (à la face).
Enfin je dois rappeler dans ces considérations générales les paralysies fugitives qui surviennent localement (comme les contractures ou les spasmes) par suite de l'abus fonctionnel des muscles atteints, paralysies qui ne se produisent, suivant Duchenne, que pendant l'exercice fonctionnel (Voy. p. 230).
Les autres paralysies idiopathiques, dont la cause est ignorée, ont été aussi dites périphériques. Graves les a attribuées à une altération locale des nerfs, opinion que Jaccoud a défendue, comme nous l'avons montré. Gubler a pensé qu'il en existait plusieurs espèces. Suivant Schulzenberger, elles peuvent résulter de chutes qui déterminent des ruptures vasculaires péri-médullairesaux racines des nerfs. Quoi qu'il en soit, les paralysies encore mal connues qui sont dites idiopathiques, sont partielles ou généralisées. Dans ce dernier cas, elles sont progressives et ascendantes; elles coïncident avec une intégrité complète de l'intelligence, et leur diagnostic s'établit par voie d'exclusion des espèces précédemment rappelées. J'aurai^à y revenir plus loin.
Jusqu'à présent il n'a guère été question que des paralysies des muscles volontaires. Mais on sait que, sous l'influence de la plupart des causes que j'ai rappelées, la paralysie psul atteindre aussi les divers muscles de la vie orga-
nique. Il y a toutefois pour les viscères creux une cause particulière de paralysie nécessaire à rappeler, et qui est toute locale : c'est la distension excessive "des parois de ces viscères, qui fait sans doute perdre leur élasticité aux fibres musculaires. C'est ce que l'on voit dans les rétentions urinaires pour la vessie; c'est ce qui se passe probablement lorsqu'un météorisme excessif distend outre mesure les intestins chez le vieillard , ce[qui entraîne la mort. Les symptômes des paralysies des muscles de la vie organique varient d'ailleurs suivant les organes afîectés, comme je le montrerai à propos de certaines paralysies localisées.
Il ressort de ce qui précède que les formes des paralysies sont extrêmement nombreuses suivant leur cause, suivant leurs caractères propres, suivant leur marche, et surtout suivant leur siège. Celte dernière distinction est celle qui va me servir de base pour l'étude diagnostique des paralysies en particulier. C'est certainement la plus pratique.
La paralysie n'a de gravité par elle-même que lorsqu'elle atteint les muscles dont les mouvements sont essentiels à la vie, comme les muscles intercostaux et le diaphragme, ou bien ceux dont la paralysie peut se compliquer d'accidents mortels, comme on le voit quelquefois pour l'œsophage.
PARALYSIES GÉNÉRALISÉES. — Au lit du malade, la première chose qui frappe l'observateur, c'est la généralisation ou la localisation plus ou moins limitée des phénomènes paralytiques. C'est donc là le meilleur point de départ des inductions diagnostiques. La localisation anatomique de la cause ou l'absence de toute lésion appréciable est, en effet, une détermination qui doit être faite secondairement, lorsque l'ensemble des symptômes a été bien étudié. A ce dernier point de vue, la manière la plus logique, selon moi, de traiter des paralysies générales ou généralisées, est de les envisager d'abord suivant qu'elles s'accompagnent ou non de troubles cérébraux ou intellectuels, de délire, d'agitation, de vertiges, de perte de connaissance, de coma, ou d'aliénation mentale, en tenant compte de ces phénomènes, soit comme données actuelles, soit comme antécédents. Cette distinction établit, en effet, une différence assez facile à constater si Von examine le malade avec attention^ et elle a l'avantage d'être un excellent point de départ pour les inductions diagnostiques.