II. Phlébites profondes
S'il est possible , dans la plupart des cas, de diagnostiquer une phlébite superficielle, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit de même pour les phlébites profondes. Elles sont, en effet, le plus souvent latentes, et ce n'est ordinairement que par les symptômes subits de la résorption purulente, que j'ai rappelés plus haut, qu'elles se manifestent pendant la vie. C'est ce qui explique comment plusieurs pathologistes ont considéré cette résorption comme une simple période de la phlébite.
Pour le praticien, l'important est de rapporter les phénomènes de la résorption à sa véritable origine, et d'avoir présentes à la pensée les conditions pathologiques de la phlébite profonde. Il doit toujours craindre la phlébite eu présence d'une solution de continuité susceptible d'inflammation (plaies profondes, fractures comminutives, etc.), d'une simple contusion des veines, surtout de celles qui sont contiguês ou qui appuient sur les os, à la suite de toute violence extérieure , de toute inflammation pouvant s'étendre à une veine voisine, ou de toute autre affection pouvant en déterminer la phlegmasie. Mais il faut surtout redouter la phlébite après les grandes opérations, après V accouchement, dans les cas de piqûre anatomique où de simple excoriation, mises en contact avec des liquides putrides, et enfin chez le nonveauné, dans les cas d'inflammation survenue dans le voisinage de la veine ombilicale.
Dans ces circonstances variées, la probabilité d'invasion de la phlébite est loin d'être la même dans tous les cas. Son imminence se révèle quelquefois par quelques phénomènes qui ont dès lors une grande importance. — Chez le nouveau né, suivant Duplay (Journ. V Expérience, 1838), on soupçonnera la phlébite de la veine ombilicale à l'érysipèle de la paroi abdominale avec ictère, à la péritonite, sans qu'il y ait du reste d'autres signes particuliers. — La phlébite utérine, qui survient chez les femmes en couches , et sur la fréquence de laquelle Béhier a insisté avec raison , est ordinairement précédée de symptômes inflammatoires du côté de l'utérus, et entre autres d» la suppression des lochies. — La phlébite des sinus de la dure-mère, étudiée d'abord par Hibes (18i5),Tonnelé (Journ. hebdom., 1829), puis par beaucoup d'autres auteurs, se manifesterait par des signes de congestion cérébrale ou de méuingite. Mais Bar-
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PHLEGMONS.
the* et Rillict ont constaté l'absence de tout symptôme cérébral ; cette affection a donc besoin d'être encore étudiée, d'autant plus qu'il est certain qu'on a pris pour des phlébites de simples obstructions des sinus dues à des lésions de ces vaisseaux, ou à l'oblitération de la veine cave supérieure par compression. Votorrhée purulente serait quelquefois , selon Bruce (Gaz. méd., 1841) , le point de départ de la phlébite des sinus. — Knfin on a cherché à déterminer les symptômes propres à certaines phlébites, dont la cnuse est mal connue, et que l'on considère comme spontanées : telle est la phlébite de la veine porte.
Cette phlébite de la veine porte a donné lieu à des travaux contradictoires. — Tantôt on n'a désigné comme signes de la maladie que ceux qui résultent de l'oblitération veineuse de la veine porte, Yascite, puis Yœdème des membres inférieurs; tantôt au contraire on a attribué à l'affection un ensemble de phénomènes particuliers, qui ne pourrait s'appliquer à aucune des maladies généralement admises. Leudet a fait «à ce sujet de consciencieu«es recherches (Arch. de mêd., 1853, t. I), et il a conclu d'après les faits observés que les phénomènes propres à cette phlébite étaient les suivants : douleur cpigastrique souvent initiale, s'irradiant à l'hypochondrc droit, augmentant avec la maladie; météorisme abdominal, qui serait, suivant Waller, un des symptômes les plus importants, des frissons violents avec claquement de dents, survenant dès le début de l'affection ou irrégulièrement dans son cours, avec malaise considérable, sans être suivi de sueurs constantes, frissons survenant sans altération de la rate ni abcès du foie (Schœnlein); développement simultané ou isolé du foie et de la rate, considéré comme phénomène important de l'affection ; ictère dans certains cas. Des symptômes moins fréquemment observés seraient des sueurs profuses, des troubles digestifs, le coma, le délire (surtout vers la lin) et l'affaiblissement considérable des forces, qui se montrerait parfois dès le début.
Le pronostic des phlébites profondes emprunte toute sa gravité à l'infection purulente ou pyémic, qui les complique, et qui est ordinairement mortelle. PHLEGMÀSIES. — Voy. Fièvre (p. 401).
PHLEGMATIA ALBA DOLENS. — Cette maladie , qui atteint les femmes nouvellement accouchées, et plus rarement les individus tuberculeux, cancéreux, cachectiques, est une affection locale qui occupe ordinairement un des membres inférieurs, parfois un des membres supérieurs (Cruveilhier ». Ses signes sont ceux de l'oblitération des veines, oblitération attribuée tantôt à la phlébite, et tantôt à la simple coagulation du sang dans un tronc veineux.
Elle se reconnaît à une douleur plus ou moins vive occupant tout le membre, ou seulement le trajet des vaisseaux cruraux ; à un gonflement o^dnnatcus, constant, d'un blanc mat, souvent parsemé de bandes rougeàtres le long des vaisseaux, ou de taches rouges, et quelquefois de vésicules noirâtres (Rob. Lee), avec sphacclc du derme sous-jacent (Salgues); et enfin au cordon dur et noueux formé par la veine oblitérée, et qui peut occuper presque toutes les veines du membre (Lugol). En même temps, on peut constater dans le membre de Vauesthésie cutanée, de la chaleur, une lymphangite, des abcès, un érysipèle , des eschares gnngréneuses , lésions consécutives qui rendent ordinairement la maladie mortelle. Il en est de même des lésions puerpérales de l'utérus et de ses annexes, de la résorption purulente, et des embolies veineuses qui peuvent se détacher du caillot obturateur et occasionner la mort, en remontant dans les divisions de Tarière pulmonaire, ainsi que Charcot et Bail en ont rapporté un exemple (Gaz. hebdom., 18,">8).
PHLEGMONS. - Il a été déjà question des affections phlegmoneuses ritn*
PHLEGMONS. — phlegmon iliaque.
plusieurs articles de cet ouvrage, et notamment aux mots Abcès , Morve, Phlébite, etc.; aussi n'ai-je à m'occuper ici que des phleg m ons de la fosse iliaque et des phlegmons dits péri-utérins.