‹ Dictionnaire de diagnostic médicalChapitre 3 sur 355 · ILIAQUES · texte numérisé non relu

ILIAQUES

Il est nécessaire de bien savoir à quels organes correspondent ces différen tes régions, auxquelles j'ai consacré des articles particuliers. Je n'ai donc qu'a y renvoyer le lecteur. Mais il ne devra pas oublier que , dans les changements de capacité de l'abdomen , les organes sains subissent des déplacements qu'il faut connaître lorsqu'on veut explorer ces organes, afin de ne pas confondre leur localisation insolite avec une lésion imaginaire. C'est ainsi que le foie ou la rate peuvent être refoulés en bas du rebord des fausses côtes par un épanchement pleurétique ou une tumeur thoracique plus ou moins considérable. On peut se faire une idée de ce refoulement en songeant que le diaphragme peut présenter une convexité inférieure, au lieu de la concavité profonde qu'il offre normalement du côté de l'abdomen. Lorsque le diaphragme est au contraire repoussé en haut par la distension de l'abdomen , le foie et la rate sont refoulés vers la poitrine, parfois bien au-dessus de leur position naturelle, et c'est à cette hauteur insolite qu'il faut les explorer. Quand une accumulation de liquide dans la cavité périlonéale distend l'abdomen, c'est en haut et sur les parties moyennes de l'abdomen que se trouvent l'estomac et le paquet intestinal presque en entier ; ces organes se portent plus d'un côté que de l'autre, si leur refoulement est dû à une tumeur développée du côté opposé, à un kyste de l'ovaire, par exemple.

Le déplacement des organes abdominaux peut également être la conséquence d une lésion qui leur est propre, comme je l'ai exposé à propos de chacun d'eux.

Ces considérations anatomiques ne doivent pas être oubliées; mais ce qui n'importe pas moins au diagnostic, c'est l'ensemble des symptômes ou signes qui s'observent au niveau de l'abdomen, les moyens d'exploration à employer, et les particularités qui peuvent permettre de déterminer le siège anatomique des lésions qu'on y rencontre.

1° Les symptômes ou signes que l'on observe au niveau de la cavité abdominale sont nombreux et importants; cependant il arrive souvent qu'ils ne peuvent suffire à faire porter un diagnostic précis. En dehors des signes physiques que je rappellerai à propos des moyens d'exploration, il y a à considérer : la douleur, des phénomènes fonctionnels et des excrétions.

Les caractères des douleurs abdominales peuvent être si différents, qu'il faudrait rappeler tous ceux que j'ai énumérés ailleurs (Voy. Douleur). Je n'insisterai donc ici que sur quelques particularités qu'il est bon d'avoir présentes à la pensée, lorsqu'un malade accuse une douleur du côté du ventre. Rien de plus fréquent et qui puisse plus facilement entraîner à des erreurs de diagnostic rentables que les douleurs névralgiques qui occupent l'épaisseur des parois abdominales. Par conséquent, il faut avant tout rechercher si la douleur a ce caractère. De plus, lorsqu'une douleur vive, subite, a son siège plus profondément dans l'abdomen, on doit songer aux conditions nombreuses qui peuvent la produire : à la péritonite simple ou par perforation, à l'inflammation des divers organes abdominaux, aux étranglements, à l'invagination intestinale, aux phlegmons de la fosse iliaque, aux calculs biliaires ou rénaux qui s'engagent dans les conduits biliaires ou dans l'uretère. La douleur spontanée seule n'a donc rien de •aracléris tique considérée isolément, et il en est de même de la douleur provoquée par des actes fonctionnels ou par des moyens d'exploration ( Voy. Douifl'r ). Ce n'est, en effet, que par le rapprochement de la douleur, connue signe, de> aufres particularités de la maladie, que l'on arrive à en préciser la vraie ikiiiûciilioii'

Les vnnptôtnes fonctionnels qu'on observe du côté de l'abdomen sont, rela-

ABDOMEN

tivement à ceux des organes des autres cavités, les plus nombreux, et, par conséquent, les plus difficiles à bien préciser dans leur origine organique. Les principaux de ces symptômes, les troubles digestifs, qui sont si fréquents, peuvent dépendre d'une lésion des organes de la digestion elle-même, mais très-souvent aussi de maladies d'organes plus ou moins éloignés, soit du ventre, soit des autres parties du corps, ou enfin d'une maladie générale. Celte signification si étendue, qui existe pour la plupart des symptômes abdominaux, est une des causes principales de la difficulté du diagnostic des maladies dont ils sont l'expression. En dehors des symptômes fonctionnels qui se rapportent à la digestion, il n'y en a, en réalité, qu'un petit nombre qui puisse éclairer le médecin, car les fonctions des reins, du foie, du pancréas et des autres organes s'exercent d'une manière plus latente que les fonctions digeslives, et ce n'est guère, en dehors des troubles fonctionnels de la vessie, que par l'examen des produits de leurs sécrétions évacués au dehors que l'on peut s'éclairer sur ce point.

C'est ce qui donne précisément une grande importance diagnostique à l'étude des matières excrétées : celles des vomissements, les matières fécales ou de toute autre nature rendues par l'anus et les urines ( Voy. Excrétions).

2° Les moyens d'exploration de l'abdomen sont nombreux.

D'abord Yinspection fait constater les colorations anomales de la peau, les taches, les macules, les éruptions, les abcès dont elle peut être le siège, les arborisations veineuses qui s'y dessinent (Voy. Veineux [Appareil]), les mouvements respiratoires dus aux contractions du diaphragme, et enfin la conformation générale de l'abdomen. Le développement du ventre est général ou partiel. Il est uniformément développé dans les cas de météorisme généralisé, d'ascite avec épanchement abondant, ou de tumeurs ayant envahi toute la hauteur de la cavité abdominale. Cet accroissement générai du volume du ventre est assez souvent le premier signe de la péritonite chronique (Louis); mais il ne faut pas oublier qu'il peut simplement résulter, chez les rachitiques, de l'affaissement de la colonne vertébrale ou de la courbure exagérée des vertèbres lombaires en avant. L'ampliation abdominale est, d'autres fois, seulement partielle, et sa constatation est alors une source de nouveaux signes : le météorisme localisé a servi à distinguer le siège anatomique de certaines invaginations, et, en permettant aux anses intestinales de se dessiner en relief, il est un bon élément diagnostique de la péritonite chronique après la diminution du météorisme général. Les hernies de la ligne blanche, les kystes de l'ovaire, l'utérus développé, le foie, la rate, le rein augmentés de volume, et les tumeurs diverses de l'abdomen, peuvent soulever partiellement les parois de cette cavité dans une étendue plus ou moins restreinte, et faire ainsi soupçonner à la vue le siège anatomique de la lésion.

La palpation s'exerce de différentes manières au niveau de l'abdomen, et les signes qu'elle fournit sont d'autant plus accentués que les parois abdominales sont plus relâchées, soit par une position convenable, soit par toute autre cause (Voy. Palpation). Le simple contact ou effleurement des téguments suffit pour y faire découvrir les rugosités d'une éruption d'abord invisible (sudamina), ou une hyperesthésie très-prononcée (dermalgie). La pression isolée d'un doigt à droite ou à gauche de la ligne blanche y découvre des foyers de douleur névralgique, comme le glissement de la peau sur les muscles sous-jacents révèle quelquefois la sensibilité extrême de ces muscles (myalgie saturnine). L'application de la main à plat, ou palpation proprement dite, sert plus particulièrement à reconnaître la sensibilité, le volume, la consistance, la forme des organes contenus dans la cavité abdominale. Elle permet de percevoir la fluctuation, la sensation de frottement des surfaces péritonéales devenues rugueuses ou la collision des

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