II. Rhumatisme musculaire
1° Éléments du diagnostic. — Aigu ou chronique comme le rhumatisme articulaire, il a pour caractère essentiel la douleur vive qui accompagne les contractions des muscles affectés; il en résulte que les mouvements que ces muscles déterminent se trouvent arrêtés brusquement et arrachent des cris et des
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plaintes au malade, souvent préoccupé de chercher une position non douloureuse, et qui est justement celle dans laquelle les muscles atteints sont dans le relâchement. La douleur devient alors très-supportable ou disparaît momentanément, jusqu'à ce que des contractions volontaires ou involontaires viennent la réveiller. C'est le plus souvent la nuit que surviennent des paroxysmes de celte espèce, dans lesquels il y a aussi des douleurs spontanées lancinantes analogues à celles des névralgies, sans cependant qu'elles en aient la rapidité. Outre la douleur par les mouvements, la douleur spontanée, et les paroxysmes qu'elles présentent, on leur reconnaît, dans un certain nombre de cas, une mobilité analogue à celle du rhumatisme articulaire. Il n'exite d'ailleurs aucun phénomène extérieur (rougeur ou tuméfaction) au niveau des muscles affectés. Si j'ajoute que le rhumatisme peut n'atteindre qu'un seul muscle ou s'étendre à un plus ou moins grand nombre, et que la douleur cause parfois une insomnie complète et très-rarement quelques légers troubles fébriles, principalement au début (horripilations, chaleur, malaise, céphalalgie), j'aurai énuméré les symptômes les plus importants du rhumatisme musculaire en général.
2° Inductions diagnostiques. — Lorsque l'on est en présence d'un rhumatisme musculaire aigu caractérisé par les douleurs qui lui sont propres, on observe que sa marche est continue, avec des exacerbations irrégulières, et parfois avec la mobilité qui a été rappelée tout à l'heure; sa durée est ordinairement de quelques jours, au plus de quelques semaines, mais avec des rémissions bien tranchées. Lorsqu'il est chronique, les rémissions sont plus prononcées encore, et parfois même complètes pendant un temps plus ou moins long. — Si Ton cherche à remonter aux causes de la maladie, on constate les mêmes que pour le rhumatisme articulaire.
Le rhumatisme musculaire ne peut être confondu sans inattention avec la MYosiTE, l'inflammation des muscles étant caractérisée par une douleur d'une extrême intensité, par l'impossibilité absolue des contractions, par l'absence de toute rémission, par le gonflement douloureux et parfois par la rougeur an niveau du muscle affecté. — Mais c'est surtout avec les douleurs superficielles considérées comme musculaires dans Yhystérie, que le rhumatisme peut facilement être confondu (p. 540). — Il en est de même des douleur» névralgiques, d'autant mieux que le rhumatisme musculaire a été considère comme une névralgie des branches musculaires des nerfs (Valleix). et que les deux affections peuvent «m alterner ou exister simultanément. Toutefois l'ah seure des foyers névralgiques à la pression sera la preuve qu'il ne s'agit nullement d'une névralgie. — Kulin, dans des cas rares, on pourra hésiter enlrr l'existence d'un rhumatisme musculaire «ni articulaire, .l ai vu une dame atteinte d'un rhumatisme aigu siégeant au niveau des muscles de l'épaule et ri. la plupart de ceux du memhresupérieur, et chez laquelle je constatai, avec la difficulté extrêmement douloureuse des momemenls. la sensibilité des muscles a la pression, et l'absence de toute douleur articulaire lorsque, en disant à la malade de s'abandonner autant que possible à elle-même, j'imprimais de légers mouvements au bras dans l'articulation scapulo-humérale, ou à Pavant-bras sur I» bras. Il était évident que les articulations étaient libres.
Le rhumatisme musculaire étant reconnu, son siège sera par cela mène" déterminé; mais ce siège peut donner lieu à des particularités nécessaires a rappeler.
a. Dans le rhumatisme du muscle occipito- frontal recouvrant la repos épicrànienne (rhumatisme épicronien)} la douleur occupe l'occiput, le iront.
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le sinciput, et se fait principalement sentir quand on fait mouvoir le cuir chevelu; en dehors des mouvements, cette douleur constitue une espèce de céphalalgie, qu'il ne faut pas confondre avec la névralgie occipitale ou trifaciale peu intense.
b. — Les muscles des yeux et les principaux muscles masticateurs (temporaux, masséters) peuvent aussi être affectés. Lorsque le rhumatisme occupe les masticateurs, la mastication est très-pénible ou même impossible. Il ne faut pas oublier que les aflcctions de l'articulation temporo-maxillairc ont un résultat semblable, mais alors la douleur est beaucoup plus limitée et fixée dans un petit espace au-devant du conduit auditif, tandis que, dans le rhumatisme des muscles masséter et temporal d'un côté, la douleur occupe une vaste surface au niveau de la tempe et en arrière de la joue.
c. — Lorsque les muscles du cou sont atteints, ce qui a lieu ordinairement par suite de l'action du froid, il en résulte un torticolis rhumatismal qui se manifeste le plus souvent au moment du réveil et qui force les malades à une immobillié presque caractéristique, avec légère inclinaison de la tête du côté affecté. Tout mouvement de la tète et surtout les mouvements latéraux provoquent des douleurs extrêmement vives. Valleix a signalé, comme forme particulière de ce rhumatisme, une affection douloureuse des muscles postérieurs du cou qu'il appelle cervicodynie, et qui ne diffère du torticolis latéral que par son siège en arrière du cou, et par son extension aux muscles occipitaux ou aux nerfs du même nom, ce qui fait alterner ou coïncider le rhumatisme avec la névralgie occipitale. Valleix note de plus, comme signes particuliers de la cervicodynie : l'apparition ou l'augmentation vive de la douleur quand le malade incline la tète en arrière, sa diminution ou disparition dans le repos absolu, une douleur sourde qui va en augmentant dès que la tète est baissée en avant, un état de vague dans la tête, de la tension dans cette partie et des étourdissements souvent très-marqués, sans qu'il y ait congestion.
d. — A la région thoracique, plusieurs muscles peuvent être atteints de rhumatisme. — Lorsque ce sont les intercostaux, on a affaire à la pleurodynie, dont le diagnostic avec les autres affections thoraciques est très-important. Dans cette variété de rhumatisme musculaire, la douleur se développe principalement dans les grandes inspirations, par la toux, l'éternument, et par la pression des espaces intercostaux occupés par les muscles rhumalisés, sans que la percussion ou l'auscultation révèlent des signes thoraciques, du moins par le fait de la pleurodynie. Mats on peut confondre la pleurodynie avec la névralgie dor.<nintcrcosudci ainsi que Valleix l'a parfaitement démontré (Vny. NÉVRALGIE ), H surtout, lorsqu'il existe certains signes de percussion et d'auscultation, avec- la '•nngnstion pulmonaire , qui peut échapper, comme je l'ai démontré, a un examen peu attentif {Yoy. Co>uK5Tin> pulmonaire).
<\ — Le rhumatisme «les muscles de Vï'paule9 <»u du plutôt drlto'ide, mérite une mention spéciale, parce qu'on peut le confondre avec une arthrite. Mai», dans relie dernière affection, tons les mouvements du bras sur l'épaule, soit volontaires, soit produits par le médecin, sont impossibles sans douleur; tandis que, dans le cas de rhumatisme, c'est en particulier lorsque le malade veut écarter son bras du tronc que la douleur se manifeste. De plus, les muscles étant dans le relâchement, l'observateur peut imprimer à l'articulation de mouvements plus ou moins étendus qui ne provoquent pas de sensation douloureuse comme dans l'arthrite.
/". — Le lombago o,u rhumatisme de la région lombaire est observé fréquemment. Lorsqu'il est peu intense, la douleur peut ne se faire sentir que dans les
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mouvements de redressement ou de torsion du tronc, ou lorsque l'on veut s'élancer pour courir. Quand il est très-aigu au contraire, la station droite est impossible et le décubitus sur le dos est forcé; la douleur se réveille et devient très-intense dès les premiers efforts du malade pour s'asseoir sur son séant, et elle est presque insupportable et lui arrache des gémissements dès qu'il veut se coucher de nouveau sur le dos, ce qu'il ne peut faire que brusquement. Le lombago ne saurait être confondu sans inattention avec la névralgie lomboabdominale (p. 676). Il se distingue du rhumatisme articulaire des vertèbre* lombaires (qui rend tout mouvement impossible et coïncide ordinairement avec d'autres douleurs articulaires) par le défaut de tuméfaction, douloureuse au toucher, au pourtour des apophyses épineuses; et des abcès des lombes, par l'absence d'empâtement, de fluctuation et de fièvre. Les erreurs de diagnostic sont surtout faciles lorsqu'il s'agit de tumeurs qui attaquent les vertèbres et qui donnent lieu à une douleur que l'on peut prendre pour un simple lombago chronique : tel est, par exemple, Yanèvrysme de Vaorle descendante.
g. — Une autre espèce de rhumatisme musculaire qu'il est important de reconnaître, est celui des parois antérieures et latérales de V abdomen, qui s'observe surtout chez les femmes. Cette dernière circonstance le fait confondre plus facilement avec la péritonite, qui précisément est bien plus souvent observée chez la femme que chez l'homme. La douleur rhumatismale se distingue ici de celle qui serait due à une péritonite en ce qu'elle prend de l'intensité dès que les malades veulent s'asseoir {Voy. p. 793), et que l'on peut comprimer largement et de plus en plus fortement l'abdomen avec la main, sans rendre la douleur insupportable, tandis qu'une pression semblable ne saurait être supportée dans la péritonite. Si l'on ne tient pas compte de ce caractère distinctif, qui est précieux, on commettra presque nécessairement b confusion, surtoutsile rhumatisme s'accompagne de fièvre.
h. — Le rhumatisme musculaire des membres est très-facile à constater, en ce que la douleur par les mouvements, dans les muscles mêmes qui les produisent, et l'absence complète de toute douleur vive dans le repos, sont des plus caractéristiques. Aussi le distingue-t-on facilement des névralgies des membres par l'absence de douleurs lancinantes spontanées, et de points ou foyers douloureux. On ne le confondra pas non plus avec les douleurs passagères de la courbature survenant à la suite d'une fatigue musculaire qui les explique, ni avec celles que l'on observe dans le cours de la syphilis, de Y intoxication saturnine, ou vers la fin de la phthisie pulmonaire (arthralgie des phthisiques). La coïncidence des autres symptômes donne à ces douleurs variées leur vraie signification.
t. — Des muscles plus profondément situés, comme ceux de la langue (Chomel), du pharynx et de Yœsophage (p. 804), de la vessie, et comme le diaphragme, sont atteints quelquefois de rhumatisme, et ici encore ce n'est que par leurs contractions fonctionnelles que se manifeste la douleur vive qui caractérise la maladie, ordinairement passagère.
Dans le rhumatisme du diaphragme, que l'on voit survenir à la suite J< l'impression du froid chez les sujets prédisposés, celte douleur qui se fait sentir aux attaches du muscle (au rebord des fausses côtes) peut ne se montrer que dans les grandes inspirations ; ou bien elle peut être très-vive à la moindre inspiration. Et comme les mouvements respiratoires ne peuvent être complètement suspendus, il en résulte alors une anxiété et des imminences de suffocation extrêmement douloureuses, qu'il ne faudrait pas attribuer à d'autres causes, i 1' angine de poitrine, par exemple.
Parmi les complications du rhumatisme musculaire, ona signalé des paralysies partielles de certains muscles, avec ou sans atrophie consécutive, et plus rarement des coiitractures, dans le torticolis, par exemple. Je me contente de les rappeler, attendu qu'il en a été suffisamment question aux mots Paralysies et Contractures. Quant aux névralgies, qui alternent fréquemment avec le rhumatisme musculaire ou qui coïncident avec lui, et à la suite desquelles on voit survenir des paralysies partielles comme à la suite du rhumatisme musculaire, doivent-elles vraiment être rangées ici comme des complications de cette dernière maladie? D'après ce que j'en ai dit dans le courant de cet article, les névralgies ne constitueraient-elles pas plutôt des manifestations rhumatismales au même titre que celles qui occupent les articulations et les muscles ? Malgré l'affirmation tranchante de certains pathologistes à cette dernière question, on peut se convaincre, pour les névralgies, de même que pour plusieurs autres affections réputées rhumatismales dont j'ai parlé, qu'il est impossible, dans l'état actuel de la science, de distinguer les uns des autres les faits de ces affections qui sont ou non d'origine rhumatismale. On doit sans doute admettre celte origine dans une certaine limite, mais cette limite est impossible à préciser. L'action du froid comme causene suffit pas toujours, en effet, comme démonstration de la nature rhumatismale.
3° Pronostic. — J'ai à peine besoin de rappeler que le rhumatisme musculaire n'est jamais grave, quoiqu'il constitue souvent une affection très-rebelle.
RIGIDITÉ, ROIDEUR. — Voy. CONTRACTURES.
RONCHUS. — Voy. Râles.
ROSAGIQUE (Acide). — Voy. Urines.
ROSÉOLE. — On doit admettre avec Rayer que les faits décrits sous ce nom doivent se rapporter à I'érythème ou à la rougeole.
ROUE HYDRAULIQUE (Bruit de). — Signe d'auscultation attribué à tort à la rupture traumatique du péricarde parMorel-Lavallée {Voy. Ruptures).
ROUGEOLE. — Cette fièvre éruptive, dénommée aussi fièvre morbilleuse et très-communément observée, se rencontre principalement chez les enfants, sans être cependant aussi rare chez l'adulte qu'on le pensait autrefois, ainsi que l'a démontré Michel Lévy (Mém. sur la rougeole des adultes, 1847). Cette maladie a été l'objet de travaux très-nombreux, parmi lesquels on peut signaler ceux de Rosen, Borsieri, et de Boudin, Rufz, Barthez et Rilliet. La contagion de la rougeole est incontestable ; mais la maladie semblerait être aussi inoculable. Speranza l'aurait communiquée par l'inoculation du sang, et Michael, de Katona, par celle de l'humeur lacrymale (Gaz. méd., 1813).
1° Éléments du diagnostic. — Comme dans toute autre fièvre éruptive, il faut rappeler à part les phénomènes antérieurs à l'éruption (prodromes), ceux qui caractérisent l'éruption elle-même, et ceux qui lui succèdent. — Aux prodromes se rapportent : une fièvre plus ou moins intense, rarement précédée de frissons, selon Barthez et Rilliet (Traité des maladies des enfants), et accompagnée quelquefois de nausées, de vomissements, de constipation ou de diarrhée légère, et, à de rares exceptions près, d'un coryza intense, avec picotements, congestion des yeux, larmoiement, toux sonore et enrouée tout àlafois (appelée toux férine), et une légère inflammation du pharynx. — L'éruption, apparaissant après une durée de deux à cinq jours environ de ces prodromes, se développe pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, à la suite d'un redoublement de l'état fébrile. Elle apparaît d'abord sur le menton, les joues et sur toute la face, sous forme de taches rosées, petites , légèrement saillantes dans leur totalité, déchiquetées et morcelées sur leurs bords, disparaissant
par la pression du doigt pour reparaître bientôt après. Ces taches s étendent rapidement au cou et à toute la surface du corps ; alors elles sont plus nombreuses, un peu plus larges; quelques-unes se réunissent, mais rarement elles forment des plaques un peu étendues; en sorte qu'il reste toujours entre elles des intervalles de peau saine. Dans certains cas, l'éruption se compose de petites taches isolées, légèremeut saillantes, à peu près égales, et constituant de véritables papules qui ont fait donner la dénomination de boutonneuse à l'éruption. En même temps la lièvre augmente ou persiste, ainsi que les phénomènes du côté du nez et des yeux; la face est gonflée, rouge, vultueuse; la taux devient plus fréquente, plus grasse; elle amène Yejcpectoratim de crachats nummulaires, opaques, non aérés, nageant dans du mucus U sonorité thoracique est variable, tympaniqueou légèrement obscure (signes de congestion généralement négligés par les auteurs); iiYauscultation, on perçoit une respiration normale ou des râles sonores ou humides. L'éruption forme un piqueté manifeste à Vistlime du gosier. — L'ensemble de ces symptômes décroît ensuite rapidement peudanl quatre, cinq ou six jours, la lièvre tombe, des sueurs apparaissent, et il survient une desquamation peu abondante, line, furfuracée, rarement très-générale, débutant et se limitant souvent à h face, selon la remarque de Trousseau.
Inductions diagnostiques. — Tels sont les phénomènes les plus frappants qui caractérisent la rougeole simple. Ils suffiraient parfaitement pour établir le diagnostic, s'ils n'offraient pas de nombreuses anomalies, et si la rougeode s*présentait toujours à l'état simple; mais il n'en est pas toujours ainsi, comme on le verra plus loin.
Le diagnostic de la rougeole, à sa période de prodromes ou d'invasion, se fonde sur l'existence de la fièvre avec les signes d'un coryza plus ou motes intense, le larmoiement et l'éclat des yeux, d'où résulte un faciès qui, en temps d'épidémie, suflit souvent au diagnostic à première vue, et enfin sur la loin éclatante particulière qui accompagne ces divers symptômes. Il ne faut pas ~ hâter de se prononcer, si l'éruption faitdéfaut après quelques jours de prodromes, car on a vu l'éruption ne se montrer qu'après huit jours et plus. t>tle période prodromique ne présente malheureusement pas toujours des éléments rarartfristiques, et lorsque la rougeole est anomale, ils peuvent être atténués, modifia ou nuls. Il serait d'ailleurs possible de confondre avec une invasion de rougeole, le coryza qui s'accompagne de symptômes généraux au début de U morve, ou celui d'une diphthérie débutant par les fosses nasales. C'est dans cecas difficiles que l'on pourrait tirer parti de l'examen de la gorge si, connu» l'affirme le professeur Lasègue, la rougeole', comme la scarlatine, comment par la gorge avant de s'étendre à la peau, et y est identique à l'éruption cutanée. On constate dans le pharynx, débarrassé s'il le faut de la salive visqufu* qui le recouvre, Avs papules d'un rouge mat, qui auraient une grande valeur avant l'apparition de l'éruption cutanée {Traité des angines, 18f»K). C'est er effet un signe qui peut être précieux pour le diagnostic parfois si embarrassant de la rougeole au moment des prodromes.
L'éruption morbilleuse, qui semblerait, au premier abord, ne devoir jamais laisser dans l'embarras par son aspect et son développement, est loin de lev* toutes les difficultés du diagnostic. Si, en effet, il est facile de la distinguer de l'éruption de la scarlatine, de l'urticaire, de la miliaire, quand ces éruption sont complètes, il en est autrement pour la scarlatine à son début et pour d'autres éruptions.
L'éruption scarlatincusc, à son début, peut très-bien, en effet, simuler U
rougeole : ses taches sont isolées et un peu morcelées ; mais il faut noter qu'elles se montrent en général plus tôt que les taches morbilleuses, qu'elles ne sont pas saillantes, qu'elles sont plus étendues, qu'elles se réunissent trèsrapidement en larges plaques, et surtout qu'elles présentent un pointillé et de fines vésicules que n'offre jamais l'éruption de la rougeole. — Lorsque les taches morbilleuses se montrent comme premier symptôme, sans lièvre ni prodromes caractéristiques (sans coryza, larmoiement, sans toux férine), on peut croire à un simple érythème, Ou peut affirmer qu'il en a été fréquemment ainsi, de môme qu'on a dû considérer au contraire des êrythèmes comme des rougeoles. Ces erreurs sont très-faciles quant à l'aspect des deux éruptions, qui est souvent le même. On peut cepeudant, en tenant compte des phénomènes concomitants et des circonstances dans lesquelles s'est développée la maladie, comme l'existence d'une épidémie régnante de rougeole, ou le voisinage de sujets atteints de cette affection, arriver à un diagnostic très-probable. La marche ultérieure de l'éruption et l'apparition ou le défaut de desquamation vieunent ou non le confirmer. — Lorsque la lièvre du début n'est pas accompagnée des symptômes prodromiques rappelés plus haut, l'éruption boutonneuse de la rougeole peut être prise pour une variolr. Dans ce cas, la thermométrie pourrait être utile, attendu que rabaissement de la chaleur, qui a lieu de part et d'autre au moment de l'éruption, se fait vers le 3'\jour dans la variole, et seulement vers le 0e jour dans la rougeole, comme le montre la figure 23 i. Sans doute la marche ultérieure de la maladie décide bientôt la question ; mais s'il s'agit de se prononcer au moment même , on peut commettre l'erreur, comme cela est arrivé déjà, et considérer comme une rougeole une éruption variolique papuleuse. On recherchera s'il n'existe pas sur les papules de la face quelque point vésicitleux dont l'existence ferait rejeter celle d'une éruption morbilleuse. Quant à l'existence des cicatrices vaccinales, elle n'a pas une trèsgrande valeur pour faire rejeter l'idée d'une éruption varioliforme, ces éruptions pouvant se développer chez des individus vaccinés. — Il faudrait examiner un malade avec bien peu d'attention pour prendre la rougeole, affection essentiellement aiguë, pour une syphUide èrythêmaip.use à son début, cette dernière, indépendamment de beaucoup d'autres signes, étant très-différente de la rougeole par sa marche très-lente et par sa persistance. L'éruption de la rougeole peul rester douteuse lorsqu'elle se fait sur la peau recouverte d'une abondante desquamation produite par toute autre cause, les taches étant en partie cachées par les squames ; mais un examen attentif et les phénomènes antérieurs et concomitants font ordinairement cesser toute hésitation.
S'il s'agit de rechercher les traces d'une rougeole récente, ce qui est quelquefois nécessaire dans la pratique, on n'oubliera pas que la desquamation de la rougeole se rencontre presque exclusivement à la face, qu'elle est furfuracée, et qu'elle pourrait être simulée par le pityriasis, qui est loin d'être rare au visage des enfants, mais qui offre des plaques à contours bien délimités, taudis
Fiy. 214. — Tracé de la température dan* un «• .» de rougeole, le jioint culminant ré|M>ndant à l'apparition de l'éruption (G. Sée).
que la desquamation morbilleuse n'a pas de limites précises. L'examen miscroscopique des matières excrétées par différentes voies montrerait aussi des fragments d'épilhéliuin, selon Helft (4843), et cet exanthème aurait même une intensité qui serait en raison inverse de l'éruption cutanée.
Ainsi, pour reconnaître la rougeole, principale question à résoudre, on y parviendra en général en tenant compte de l'ensemble des phénomènes, de leur marche, de leur succession. On devra aussi tenir compte de la plus grande fréquence de la maladie chez les enfants âgés de 3 à 40 ans, de l'existence d'une épidémie régnante, et souvent d'une cause manifeste de contagion Mais que le diagnostic soit facile ou douteux, il faut le compléter en se demandant si la rougeole est : 4° régulière ou irrêgulière; ^bénigne ou grave; 3° simple ou compliquée.
Les données du diagnostic, telles que je les ai rappelées, démontreront que la rougeole est régulière, bénigne et simple. Mais d'abord l'irrégularité de sa marche, l'absence ou l'atténuation de tel ou tel symptôme, et la violence exagérée de certains autres, peuvent modifier profondément l'allure de la maladie. C'est ainsi qu'au début la fièvre peut être très-intense, et s'accompagner de convulsions, de délire; qu'il peut y avoir prédominance de vomissements, de la diarrhée, parfois avec douleurs de ventre et météorisme. Plus tard, la desquamation peut être très-abondante, quoique l'éruption ait été peu prononcée. D'un autre côté, la fièvre du début est quelquefois à peine marquée, ou manque complètement, et l'éruption est alors le premier symptôme observé ; cette éruption fait au contraire seule défaut dans la rougeole dite sans éruption que l'on ne doit admettre qu'avec une exlrême réserve ; d'autres fois l'éruption est très-peu marquée, pâle, terne, fugace, et ne se montre que dans une petite étendue du tronc; dans d'autres, au contraire, l'éruption se prolonge pendant huit et dix jours, ou bien elle est si abondante et si pressée, qu'on l'a dénommée alors confluente ; enfin elle peut être d'un rouge très-foncé ou violacé, et Lombard a trouvé une fois de véritables vésicules à son niveau, ce qui est tout à fait exceptionnel. Il en est de même des sudamina observés par Boudin et Michel Léw. Enfin le coryza et la bronchite sont quelquefois nuls ou à peine marqués. Il ne faut pas oublier que beaucoup d'épidémies sont caractérisées par des anomalies de ce genre.
Décider de la bénignité ou de la gravité de la rougeole est une question de pronostic traitée plus loin; mais cette question est subordonnée en grande partie à celle de l'absence ou de l'existence des complications de la maladie.
Ces complications sont extrêmement nombreuses, et l'on a discuté beaucoup sur leur nature, en les considérant tantôt comme une manifestation spéciale de la rougeole, et tantôt comme un des épiphénomènes communs aux maladies fébriles. Comme les nombreuses maladies qui constituent ces complications, quelle que soit l'opinion qu'on s'en fasse, ne présentent pas dans la rougeole d'autres caractères que ceux qu'elles offrent à l'état de simplicité, je me contente de les énumérer. Ce sont, au niveau des muqueuses : la broncho-pneumonie, à laquelle j'ajouterai la congestion pulmonaire, qui est constante au débat des fièvres éruplives; la stomatite , la pharyngo -laryngite érythémateuse, ulcéreuse, pseudo-membraneuse (croup), ou spasmodique ; la pharyngite gangreneuse, Yœsophagite; les catarrhes et phlegmasies des intestins, avec douleurs abdominales , diarrhée abondante , météorisme, taches violacées; l'otite, Yophthalmie, quelquefois purulente (Heyfeyder) ; \c coryza pseudo-membraneui, la leucorrhée. — En dehors des muqueuses, il se développe d'autres inflammations inutiles à énumérer, parce qu'on les rencontre dans toutes les maladies aiguës graves comme accidents secondaires. Les hydropisics liées à une maladie ftl