SUETTE MILIAIRE
C'est à lort que les sudamina sont considérés comme une conséquence exclusive de la transpiration cutanée. Très-fréquemment il y a absence de sueurs lorsque l'on constate l'éruption dans la fièvre typhoïde; et Rufz a remarqué qu'à la Martinique, où les sueurs sont continuelles, les sudamina étaient plus rares qu'en Europe (Bulletin de l'Acad. de mèd., 1859, t. XXIV).
SUETTE MILIAIRE. — Cette maladie, appelée aussi vulgairement pourpre blanc, millet, millet, suette des Picards, etc., a élé l'objet de plusieurs publications importantes depuis l'apparition de l'ouvrage de Rayer sur l'épidémie de 4821, et il suffit de citer les noms de Ménière, Barthez, N. Guéneau de Mussy, Gaillard (de Poitiers), Landouzy, A. Robert, H. Parrot (Mémoires de l'Académie de médecine, 1843, t. X), Foucart, Bourgeois, Tauftlieb, qui ont observé la maladie sur les lieux, pour montrer que son élude n'a pas été négligée.
1° Éléments dit diagnostic. — Les allures ou la physionomie de la suette miliaire, qui est presque toujours épidémique, varient suivant les temps et les lieux, ce qui ne permet guère d'en exposer un tableau général exactement applicable à tous les faits.
Après des phénomènes fébriles précurseurs, ou bien d'emblée, il survient des sueurs extrêmement abondantes, avec constriction ou angoisse douloureuse à Vêpigastre, anorexie, signes d'embarras gastriques, parfois de la dysphagie, des nausées, des vomissements, une fréquence variable du pouk, qui est développé ou petit et serré; une dyspnée accompagnée quelquefois de menaces de suffocation; de la céphalalgie, et autres troubles nerveux, tels que de rabattement, de Yinsomnie, parfois même du délire, des spasmes, des convulsions. Après l'apparition des sueurs, mais seulement au bout de trois jours, le plus souvent de quatre jours et parfois plus tardivement encore (sept ou huit jours), survient une éruption cutanée miliaire. qui siège le plus souvent sur le tronc, en avant de la poitrine, sur l'abdomen, sur le dos, rarement aux membres, et qui s'annonce ordinairement par un redoublement de fièvre, de céphalalgie, d'agitation, par des battements tumultueux dans la tète ou la poitrine, une angoisse épigastrique plus grande et un sentiment de défaillance. Celte miliaire esl rouge ou blanche. La première esl formée de petites taches de deux à cinq millimètres de diamèlre, rouges, légèrement saillantes, donnant de la rudesse à la peau et présentant à leur sommet, visible à la loupe ou à l'œil nu, une vésicule transparente devenant quelquefois opaque et purulente. L'éruption de la miliaire blanche n'est autre chose qu'une réunion de sudamina dont les vésicules, plus ou moins volumineuses, peuvent se réunir en bulles ou en phlyclènes (miliaire huileuse ou phlyeténoïde). L'éruption est parfois successive pendant deux et môme trois septénaires; elle se termine par une desquamation, à laquelle peut participer la langue, et qui est parfois tardive.
2° Inductions diagnostiques. — Il est évident que les prodromes fébriles, malaise, anorexie, lassitude, céphalalgie, douleurs articulaires et épigastriques, nausées, vomissements, coliques, et enfin frissons plus ou moins violents, tu sauraient faire soupçonner l'invasion de la maladie que dans le cours d'une épidémie. En dehors de celte condition, les sueurs profuscs, la constriction épigastrique et l'éruption miliaire sont, outre la fièvre, les symptômes les plus caractéristiques de l'affection.
Les sueurs sont remarquables par leur continuité et leur abondance (qui leui fait souvent traverser toute l'épaisseur des matelas du lit), par leur odeur aigr et nauséabonde, et par leur défaut d'acidité ou d'alcalinité prononcées. La |*eau est en même temps comme macérée. Par leur abondance, leur continuité et leur coïncidence avec l'angoisse épigastrique sur laquelle tous les auteurs ont insiste.
SUETTE MILIAI1Œ.
les sueurs ne peuvent êlre attribuées à un simple accès de fièvre intermittente; d'ailleurs l'éruption miliaire vient bientôt lever tous les doutes. Il ne faut cependant pas oublier que, dans certaines épidémies, des sueurs profuses ont été quelquefois le seul symptôme observé, comme Gaillard l'a constaté à Poitiers en 1 845.
La marche de la maladie est tantôt continue, et tantôt rémittente ou intermittente, ce qui s'expliquerait parfaitement aux yeux des pathologistes qui considèrent la suette miliaire comme de nature paludéenne. Quoiqu'on ne puisse pas considérer cette opinion comme justifiée dans tous les cas, il est bien évident que la maladie peut avoir une marche franchement intermittente, même dans des localités élevées et échappant en apparence à toute influence maremmalique : c'est ce que j'ai constaté, dans ces conditions, chez une femme qui était prise chaque jour, à quatre heures après midi, d'un accès bien manifeste qui céda rapidement au sulfate de quinine (Ann. méd.-psychol., 2° série, t. III). C'est surtout pendant l'éruption que les symptômes généraux peuvent acquérir leur plus grande intensité. Lorsque la suette est bénigne, sa durée ne dépasse guère deux septénaires; mais si elle est plus grave, elle peut être plus d'un mois à se guérir, et si la mort survient, c'est ordinairement vers la fin du premier septénaire.
Quant aux causes de la maladie, elles sont très-mal connues. Ce qu'il y a de positif c'est qu'elle est presque toujours épidémique dans certaines contrées (principalement en Picardie), et que ce n'est que d'une manière tout exceptionnelle qu'on en rencontre dans cerlaines localités, à Paris par exemple. Il n'est pas encore prouvé que la suette miliaire soit contagieuse ; mais plusieurs faits péremptoires m'ont démontré, comme à Foucart, qu'en temps d'épidémie la frayeur peut être une cause occasionnelle puissante. J'ai vu aussi, comme Boinet (Bulletin de VAcad. de méd.y 181'.)), le choléra compliquer la suette, et de plus la suette être à son tour une complication du choléra, ce que j'ai constaté chez la malade dont j'ai parlé tout à l'heure. En présence de faits[de cette espèce, l'opinion qu'il y a antagonisme entre ces deux maladies n'est pas soutenable.
Il n'est pas possible de confondre la suette miliaire, ainsi caractérisée, avec aucune autre maladie. La miliaire symptomatique du rhumatisme, de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, de l'état puerpéral (Voy. Miliaire) ressemble à l'éruption de la suette, mais elle constitue un épiphénomène. Celle miliaire peut quelquefois coïncider avec des sueurs abondantes, il est vrai, mais elles sont loin d'être aussi copieuses que celle de la suette miliaire; dans cette miliaire symptomatique, il y a rarement l'angoisse épigastrique si caractéristique de la suette, et enfin l'existence des symptômes de la maladie préexistante ne peut faire douter de la nature accidentelle de l'éruption. Il y a toutefois des analogies entre cette miliaire et la suette.
La suette une fois reconnue, on aura pu déterminer en même temps sa forme continue, ou rémittente, ou intermittente. Dans les deux derniers cas, l'emploi du sulfate de quinine sera une pierre de touche, par la réussite du médicament, si la rémittence ou l'intermittence existent réellement.
Les complications à redouter ne doivent pas être oubliées. Des angines internes avec ou sans fausses membranes, des bronchites1 des aphthes, Yentêritet sont les principales qui ont été observées. Mais les angines ne se rapportent-elles pas au moins quelquefois, sinon toujours, à des scarlatines anomales méconnues? C'est la question que l'on se pose à la lecture de certaines observations publiées; il a fallu, ce me semble, une grande préoccupation pour ne pas y voir des exemples *de scarlatine expliquant parfaitement l'ensemble des
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