TEIGNES
les tendons extenseurs des doigts sur la face dorsale du carpe et du métacarpe, qui ont été signalés par Gubler dans la paralysie des extenseurs, et qui se constatent aussi dans le cours du rhumatisme (Voy. p. 932). Cette lésion était-elle vraiment syphilitique?
On a attribué à la syphilis une foule de maladies qu'il serait bien inutile d'énumérer, car aucune preuve ne vient à l'appui de l'opinion, souvent erronée, des auteurs sur ce point. Je dois cependant faire exception pour les scrofules transmises aux enfants par les parents atteints de vérole. On est d'accord sur la possibilité de cette transmission, sans l'être sur les conditions dans lesquelles elle a lieu, ni même sur les signes de ces scrofules héréditaires, qui paraissent affecter toutes les fonctions, et par suite le développement physique de l'enfant. Parmi les écrivains les plus modernes qui se sont occupés de cette question, Maisonneuve et Montanier considèrent cette scrofule comme différant de la scrofule ordinaire par l'absence de certains symptômes; tandis que, pour Diday, elle est au contraire la scrofule ordinaire, plus certains symptômes. On voit que le sujet réclame de nouvelles recherches.
3° Pronostic. — Le pronostic de la syphilis varie suivant une foule de circonstances. Sans entrer dans des détails inutiles, après ce qui précède, sur la bénignité ou sur la gravité plus ou moins grande des symptômes ou des groupes de symptômes considérés isolément, je rappellerai seulement que la syphilis a bien rarement une issue funeste chez l'adulte, ce que démontre la mortalité insignifiante des hôpitaux de vénériens; que, par contre, elle est très-souvent mortelle dans le premier âge, surtout si elle est héréditaire ; et que, lorsque l'enfant en guérit, sa santé générale reste plus ou moins profondément atteinte. Toutes choses égales, un traitement convenable empêche l'affection de devenir grave et même parait l'arrêter dans son évolution.
TACHES. — Les taches diffèrent des macules, qui sont fixes et durables, par leur apparition accidentelle et transitoire. Ce sont : des ecchymoses (scorbut, hémophilie, érythème noueux); des taches bleuâtres ou ardoisées, observées dans la fièvre synoque (?) ou typhoïde, mais qui ont été rencontrées aussi par Jaccoud dans la fièvre intermittente, et par moi dans le rhumatisme articulaire aigu, taches ne disparaissant pas sous la pression du doigt ; des pétéchies également persistantes; des taches rosées lenticulaires , arrondies, d'un à deux millimètres de diamètre, disparaissant au contraire momentanément sous la pression, occupant le plus souvent l'abdomen, et se distinguant des piqûres de puces par l'absence du petit point ecchymotique central que ces dernières présentent. Louis a signalé les taches rosées lenticulaires (bien différentes des pétéchies), comme un des meilleurs signes de la fièvre typhoïde; elles sont, en effet, presque constantes dans cette affection, et très-rares dans d'autres pyrexies. Des taches rosées ou rouges se remarquent dans le typhus, et constituent les principaux indices des fièvres érnptives commençantes; ou au contraire des traces d'une éruption récente (herpès, variole, impétigo, etc.). Dans certains empoisonnements, des taches caractéristiques peuvent révéler l'espèce de poison ingéré, de même que celles de sulfure de plomb paraissant à la peau après un bain sulfureux, dénotent une intoxication saturnine, ou des applications de sels de plomb sur la peau. Enfin Trousseau a appelé méningitiques des taches que l'on peut produire, non-seulement dans la méningite, mais encore dans plusieurs autres maladies.
TACT. — Voy. Sens et Toucher.
TEIGNES. — Pour traiter du diagnostic des affections appelées teignes, il faut avant tout préciser ce que l'on doit entendre par cette dénomination. Les
4000 TEIGNES. — TSfGNE faveuse.
dermatologues ne sont malheureusement pas d'accord à ce sujet. Après avoir été appliquée à toutes les affections du cuir chevelu indistinctement, elle sertit plus tard à désigner plus spécialement le favus (porrigo favosa, teigne faveuse) comme vraie teigne, les autres maladies du cuir chevelu étant considérées comme de fausses teignes. En 1850, Cazenave proposa de désigner comme teignes toutes les affections contagieuses du cuir chevelu ; et enfin Bazin admit ce principe de la contagion*, mais en attribuant toujours cette dernière à un parasite cryptogamique ; en sorte qu'il considère comme teignes un groupe d'affeclions qu'il regarde comme essentiellement parasitaires, se développant princi paiement au niveau des cheveux et des poils, des ongles, et plus rarement sur Vêpiderme* Elles constituent trois genres de teignes attribuées à trois végétaux parasites différents, et elles peuvent toutes s'observer non-seulement sur le cuir chevelu, mais encore sur la face, sur les parties sexuelles, sur le tronc ou sur les membres. Celle manière d'envisager la nosographic des teignes a soulevé des objections nombreuses, sans parler de celles qu'a suscitées la question générale du parasitisme telle que l'a posée Bazin {Voy. Parasitaires (affections). On ne saurait nier cependant qu'elle n'ait jeté un jour tout nouveau sur ce sujet. Je vais m'occuper successivement de la teigne faveuse, admise par tous les auteurs, et des teignes tomurante et pelade, ainsi dénommées par Bazin, dont la classification et la description nous offrent l'avantage d'envisager la question de diagnostic au point de vue le moins restreint.
1. Teigne faveuse (linea vera, tinea fxcosa, porrigo lupinosa, porrigo favosa, porrigo scutulata, favus).
La teigne faveuse est depuis longtemps considérée comme contagieuse, et celle contagion a été allribuée par Bazin à la transmission d'un végétal parasite particulier, Yacfwrion de Schœnlein. Le transport a distance des spores de ce champignon est aujourd'hui uu fait hors de toute contestation depuis les expériences faites par Lemairc ; uu teigneux se grattant dans un courant d'air qui passait ensuite sur des vases remplis de glace, des parcelles de matière favique furent ensuite trouvées dans ces vases, montrant au microscope Pachorion et un grand nombre despores (Acad. des sciences, 18Gi).
B est difficile de reconnaître le favus à ses premiers signes, qui sont : un prurit incommode, des plaques d'ery thème se développant cà et là avec rougeur, gonflement et douleur à la pression, puis une altération physique de< poils qui deviennent ternes, grisâtres et faciles à arracher par une traction légère. Le diagnostic devient facile au contraire dès que se montre le signe pauV gnomonique de la maladie, la cupule favique , concrétion jaune de forme caractéristique et dont le centre est traversé par un ou deux poils. Par les progrès de la sécrétion, et le rapprochement des follicules qui sont atteints, U inalière favique peut se répandre et former des crot'Ues jaunes irrégulière*. plus ou moins larges ou épaisses, mais qui montrent encore, à moins que la maladie ne soit très-ancienne, des godets faviques caractéristiques, surtout vers leurs bords. Ces croûtes exhalent une odeur spéciale, fade, et à la longue les cheveux tombent et repoussent frêles et lanugineux, si leur bulbe n'est pas entièrement détruit. Leur chute est définitive lorsque des éruptions secondaires, ordinairement pustuleuses, et V ulcération du derme ont détruit complètement le follicule. Les cicatrices qui succèdent, blanches, lisses, tendues et dépourvues de cheveux, constituent ensuite des traces indélébiles de la maladie.
Les concrétions faviques, délavées dans l'eau ou l'acide acétique, et examinées au microscope à un grossissement de denx cents ou Irois cents diamètres, présentent exclusivement, comme l'a démontré Bazin, des éléments végétaux pa
TEIGNES. — TEIGNK FAYEUSE.
rasilaircs. L'achorion de Schœnlein, fig, 257 et 258, el les réaclifs chimiques démon Ireraienl, comme le microscope, la nature végétale des croûtes laveuses. Les
l'itj. Î67. — Aishoriui) Si'lKunlciuii.
l'ij. Toi. — Achariun Scbœnlcinii. — a, 6, lila;;ieiit» dis rècpplaclc,
c, d, spore*.
Fi§. ÎS9. — Poussière faveate. — a, «pot-oie* isoléoi. b% ■pores en chapelet, e, taies formé* de «porules réunies bout k bout (BftAn).
spores de l'achorion, fig. 259, pénétrant dans les follicules pileux, produiraient le favus en se développant dans ces follicules, el en détruisant les bulbes pilifère».
C'est en l'absence des godets faviques que le diagnostic offre des difficultés sérieuses. Les rougeurs ou les anneaux érylhémateux qui précédent l'apparition de ces godets, sont en effet semblables, sur le tronc, aux cercles herpétiques qui caractérisent la teigne tonsurante ; Us sont seulement plus petits (moindres qu'une pièce de cinquante centimes) et d'une remarquable uniformité. Bazin nie que l'érythème fasse défaut au cuir chevelu comme on l'a dit.
Les pustules qui peuvent survenir au niveau des points érythémateux ont été considérées à tort par Willan comme le point de départ de l'affection favique. Ces pustules ne doivent être confondues ni avec des pustules d'impétigo, ni avec l'apparition des concrétions faviques, qui forment des points jaunes qui pourraient être pris pour le pus de ces pustules.
Les cupules peuvent être déformées et non reconnaissables au niveau des croûtes anciennes et sèches qui résultent de leur agglomération. Or, dans cet état, les croûtes ressemblent à celle de l'impétigo du cuir chevelu, et n'en diffèrent que par l'altération des cheveux et leur destruction dans le favus ancien, tandis que cette altération ou leur destruction manquent dans l'impétigo. De plus, l'odeur caractéristique des croûtes de favus manque dans l'éruption impéligineuse. La difficulté du diagnostic est plus grande si le favus el l'impétigo existent en même temps.
Une particularité importante est celle du siège de la teigne faveuse. Localisée d'abord au cuir chevelu, elle est inoculée par suite du grattage des doigts dans d'autres parties du corps, à la face, au tronc, aux membres, où souvent l'apparition de cercles herpétiques d'un très-petit diamètre précède l'éruption des croûtes faviques, suivant llazin. Cependant l'affection peut se déxelopper de prime abord sur toutes les régions, notamment aux bras, aux jambes, aux parties sexuelles et même au niveau des ongles, comme Mahon l'avait signalé, en le constatant sur lui-même. — L'ongle prend alors plus d'épaisseur, une teinte bleuâtre, bientôt il jaunit et se flétrit dans une partie de son étendue, et, après un lem| s
TEIGNES. — TEIGNE TONSURANTE.
assez long, sa perforation a lieu. — Dans les autres parties du corps, les godets faviques caractéristiques se montrent ordinairement au centre des anneaux érythémateux d'un très-petit diamètre. Il n'est pas rare de voir autour des godets et dans une étendue variable, une furfuration jaunâtre qui offre avec les croûtes de l'eczéma une certaine analogie, et que Bazin dit être du favus êpidermique. Presque jamais les éruptions pustuleuses , si fréquentes au cuir chexelu, n'accompagnent le favus dans les autres parties du corps.
Les formes diverses de la maladie n'ont qu'une importance secondaire. Elle a été dite disséminée (ou urcéolaire) et en groupes (ou sculiforme) ; la forme sqvarreuse de Bazin rentre dans cette dernière. — Les complications que l'on rercontre au niveau des productions faviques en masquent les caractères assez sotvent pour mettre le médecin dans l'embarras ; aussi ne doivent-elles pas être perdues de vue. Ce sont des éruptions diverses accidentelles ou d'origine interne, scrofuleuse, dartreuse ou syphilitique, pour la distinction desquelles il faut tenir compte de l'ensemble des signes que l'on a sous les yeux, et de ceui fournis par l'évolution des accidents cutanés.
Le pronostic de la teigne faveuse est moins grave qu'autrefois, grâce aux noyens de traitement actuellement mis en usage ; mais sa guérison est rendue plus ou moins difficile par l'étendue et la durée antérieure de l'affection.