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II. Tumeurs localisées

Elles doivent être examinées dans la cavité du crâne et du rachis , dans la poitrine, et dans l'abdomen.

A. — Tumeurs intra-cramennes et intra-rachidiennes.

Je n'ai que peu de mots à dire des tumeurs qui se développent dans l'intérieur de la cavité rachidienne , et qui ne s'annoncent que par des phénomènes de compression de la moelle , c'est-à-dire par une paraplégie. Aussi le diagnostic de ces tumeurs est-il des plus obscurs.

Quelle que soit la nature des tumeurs qui se développent à l'intérieur du

1038 TUMEURS. — tumeurs intra- crâniennes.

crâne , elles ne s'annoncent aussi que par des symptômes fonctionnels , essentiellement chroniques. Ils surviennent sans être précédés d'accidents annonçant une hémorrhagie ou un ramollissement récents, et ils consistent principalement en une céphalalgie persistante , avec troubles divers de l'intelligence , des sens et de la myotilité, et parfois des vomissemepts. Les abcès et les tumeurs peuvent s'annoncer par des signes analogues.

Friedreich, qui a fait en 1853 une analyse importante de quarante-quatre observations de tumeurs intra-cràniennes diverses , envisagées au point de vue du diagnostic, signale les signes suivants comme les plus importants : une céphalalgie remarquable par sa persistance et son intensité, continue ou intermittente, accompagnée A'étourdissements , de vertiges, de vomissements, et à laquelle se joignent , après un intervalle variable, des troubles sensoriaiu (surtout des altérations de la vue) , des troubles de la myotilité (strabisme passager, légère paralysie de la face ou des membres , spasmes) , ou de u sensibilité (douleurs dans une moitié de la face, dans un ou plusieurs membres; fourmillements, engourdissements dans différents points). Ces troubles de U sensibilité se montrent généralement un peu tard; puis enfin il se manifeste des paralysies plus ou moins étendues du mouvement et du sentiment. Cest précisément la longueur de V intervalle entre la céphalalgie initiale et ces paralysies qui constitue le signe le plus caractéristique des tumeurs intracràniennes. Assez souvent il y a, comme symptôme dominant, des phénomènes convulsifs qui revêtent quelquefois la forme épileptique. Les contractures et les convulsions dans les parties paralysées appartiennent aux périodes tardives de la maladie ; il en est de même des troubles de Vintelligence , qui débutent par la faiblesse de la mémoire. Les troubles digestifs ne sont pas rares , nid ils n'ont rien de caractéristique. La circulation reste normale, sauf dans les cas de complication inflammatoire. Une circonstance alors fort importante est l'inconstance , la variabilité de tous les symptômes. Les fréquentes alternatives d> rémission et d'cxacerbation sont dues à des congestions passagères de la tumeur ou du cerveau (.4rc/i. de mèd., 1854, t. II, p. 474). P. Ladame, en 1865, a publié un résumé des faits connus plus complet encore , dans lequel il insista sur la valeur diagnostique de la céphalalgie persistante et des convulsions épilepliformes.

Ces phénomènes seront suffisamment caractéristiques pour rendre probable ou très-probable l'existence d'une tumeur intra-crànienne, et les progrès graduels des accidents viendront confirmer le diagnostic, surtout s'il existe m* affection générale qui puisse -donner lieu à la formation de tumeurs dans duV rents organes. Ces progrès lents mais incessants de la maladie manifestement cérébrale empêcheront de la considérer comme une simple névrose. Parmi ces tumeurs, il en est dont la marche n'a rien de particulier, si ce n'est vers la fi» de leur évolution, dont la durée est très-variable. Je veux parler des anèvrjf' mes des artères du cerveau ; non de ceux des artérioles, dont il a été question à propos de I'uk-morhhagie cérébrale (p. 494), mais des anévrysmes volumineux qui compriment le cerveau comme les autres tumeurs. Ils se distingue^ de ces dernières tumeurs surtout par les accidents ultimes qu'ils provoquent, ^ qui sont dus à leur rupture. Il en résulte une perte de connaissance qui f*u: être précédée d'un moment court d'atroce douleur vers la tête, et suivie d'un corn précédant la mort, qui est aussi parfois immédiate. Cependant la terminais fatale peut n'avoir lieu qu'après plusieurs attaques successives, plus ou moi* rapprochées. Ordinairement il existe auparavant, pendant un temps plus on moins long, des mois ou des années, des signes de tumeur intra-crànienne, et

TUMEURS. — tumeurs intra-craniennes. 1039

ces signes peuvent eux-mêmes être précédés d'une perte de connaissance momentanée due à la formation brusque de la tumeur anévrysmale. Enfin il peut arriver que les accidents hémorrhagiques soient les seuls qui manifestent l'existence de l'anévrysme pendant la vie, comme pour les petits anévrysmes des capillaires. Ces anévrysmes plus ou moins volumineux ont été étudiés avec soin par Brinton (185I), \\. (iull (1859), Ogle, d'Oxford (1805), et Gonguenheim (Thèse, 4866).

Dans les dernières années, on a recherché, à l'aide de l'ophthalmoscope, les lésions inlra-oculaires qui pouvaient coïncider avec certaines lésions cérébrales, et servir à leur diagnostic. Galezowski a publié un travail intéressant sur la névrite optique qui se produit très-souvent sous la dépendance de tumeurs cérébrales (Arch. de méd., 1868). 11 ressort des trente observations qu'il a pu réunir, que les névrites ou périnévrites optiques dues à ces tumeurs sont aussi fréquentes que celles dues à la méningite, et qu'elles ont de part et d'autre les mêmes caractères. L'ophthalmoscope révélant les lésions oculaires (Voy. Rétinite) chez un malade présentant les signes d'une maladie cérébrale, on devra penser à une méningite, à une tumeur, et quelquefois à un abcès du cerveau. Il est incontestable, suivant l'auteur, que, ni le ramollissement simple ou par embolie artérielle, ni les hémorrhagies cérébrales, ni les scléroses du cerveau, ni les ataxies locomotrices, ne donnent lieu à la névrite optique. L'affaiblissement progressif de la vue, amenant une cécité complète, est le plus souvent la conséquence d'une tumeur cérébrale; si, au contraire, la vue s'affaiblit ou s'éclaircit en même temps que l'on constate des exacerbations et des rémitlences de la maladie, on est en droit de supposer une méningite. Dans les cas de tumeur, la névrite optique est suivie d'atrophie de la papille.

Peut-on déterminer le siège de la tumeur dans telle ou telle partie de l'encéphale? J'ai signalé ailleurs (Voy. Encéphale) les difficultés que l'on éprouve à localiser les lésions intra-céphaliques. Cependant Friedreich a tenté de formuler les caractères symptomatiques des tumeurs suivant leur siège. Ces caractères sont loin d'être absolus et d'ailleurs ils sont contradictoires; cependant ils présentent quelques traits caractéristiques. Il est remarquable que cet auteur ait indiqué comme signe des tumeurs de la base du cerveau , au voisinage de la protubérance, l'hémiplégie de la face du côté de la lésion et celle des membres du côté opposé, double paralysie dénommée plus tard hémiplégie alterne (Gubler), comme signe des lésions de la protubérance. Suivant 0. Larcher (Pathol. de la protubérance annulaire, 1868), le plus souvent les tubercules, plus rarement le cancer, les tumeurs fibro-plastiques, les kystes et enfin des masses de nature indéterminée sont les tumeurs qui y ont été rencontrées. Les symptômes qui ont dominé se rapportent au groupe des altérations de la myotilité, paralysies diverses, contractures, spasmes, mouvements auormaux, troubles de la station ou de la marche, enfin mouvements convulsifs. — Dès 1823, Rayer (Ar~ chives de médecine) avait signalé comme symptômes des tumeurs de la glande pituitaire comprimant les parties voisines du cerveau , et en particulier les nerfs optiques : une douleur ou pesanteur à la partie antérieure de la tête, Yapathie, la diminution de la mémoire, Y affaissement, Yassotipissement, avec cécité plus ou moins complète (le plus souvent des deux yeux), Yabsence de convulsions et de paralysie, et parfois des vomissements. Friedreich a constaté des caractères symptomatiques analogues pour les tumeurs de ce corps pituitaire et de la partie antérieure de la base du cerveau, en indiquant seulement comme rares les troubles de la myotilité. Galezowski, en étudiant la névrite optique due aux tumeurs cérébrales, a pu donner plus de

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