ULCÉRATIONS
que Ton a simplement appliqués aux faits dont j'ai déjà parlé, et dans lesquels il y a, par exception, quelques troubles intestinaux. On a aussi admis un typhus dit abortif, en raison de sa bénignité et de sa courte durée. Liebermann, qui a observé le typhus au Mexique, pense qu'on a appelé typhus abortif une maladie qui n'est pas du tout, comme l'a dit Niemeyer, un véritable typhus. La disparition rapide de la maladie, soit par un vomitif, ou par des purgatifs, du sixième au dixième jour, soit sans aucun traitement, et son développement, sans contagion directe, lui semblent autant de preuves à l'appui. Il s'agit ici pour lui d'un embarras gastrique fébrile (Afém. de m éd. et chir. militaires, 1865).
Le typhus peut compliqner et aggraver plusieurs maladies plus ou moins graves, telles que le scorbut, dans le cours duquel éclata la première épidémie de Crimée (février 1855), et qui masqua d'abord aux yeux des médecins militaires les caractères du typhus, les fièvres intermittentes ou rémittentes, X anémie, la dysenterie, etc. Ces maladies, et surtout la fièvre typhoïde, coïncidant avec le typhus, ne contribuèrent pas peu, dans un bon nombre de cas, à en obscurcir le diagnostic. Le scorbut, qui préexistait à la première invasion, empêcha même le typhus d'être reconnu dans les premiers temps.
3° Pronostic. — Le pronostic du typhus des camps est toujours très-grave. En Orient, la mortalité générale fut de près de la moitié des malades atteints. On admet généralement que le typhus lever d'Angleterre et d'Amérique est plus fréquemment mortel que la fièvre typhoïde.
ULCÉRATIONS. — Cet élément de diagnostic a une signification trèsvariée, soit par ses caractères propres, soit par les conditions dans lesquelles il se produit. Que les ulcérations constituent de simples fissures, des érosions, ou des pertes de substance plus ou moins larges, plus ou moins profondes, elles présentent des caractères généraux que l'on retrouve les mêmes partout, ou bien des caractères spéciaux suivant certaines régions. Cette considération des régions occupées par les ulcérations est donc la base la plus pratique de leur étude séméiologique; mais avant de les envisager ainsi, et pour éviter des redites, il est nécessaire d'exposer leurs caractères généraux.
Sans qu'il me paraisse nécessaire d'entrer dans de minutieux détails sur les ulcérations, dont s'occupe plus particulièrement la chirurgie, et qui sont dues à des inflammations locales , je rappellerai que beaucoup d'ulcérations sont liées à un état général dont elles deviennent une manifestation symptomatique ou un signe.
Les unes sont aiguës, comme dans la fièvre typhoïde (affection aiguë dans laquelle la tendance à l'ulcération est le plus évidente), dans la morve, et dans les affections cutanées fébriles dont les ulcérations constituent un élément secondaire.
Les ulcérations chroniques se rattachent à une foule de maladies de la peau et à des affections dites diathésiques ou générales, telles que la syphilis, la scrofule, le cancer, et la tuberculisation, qui est aux affections chroniques, pour la tendance à l'ulcération, ce que la fièvre typhoïde est aux maladies aiguës. Les ulcérations syphilitiques et scrofuleuses sont surtout importantes au point de vue du diagnostic.
Les ulcérations syphilitiques, primitives, secondaires , ou tertiaires, ont des caractères particuliers bien connus : bords taillés à pic comme par un emportepièce, à contours suivent irréguliers, fond grisâtre, comme pseudo-membraneux, baigné par un liquide sanieux, odeur parfois infecte (Voy. Syphilis). Mais malgré ces particularités en apparence si nettes, le diagnostic présente souvent des difficultés qui tiennent à ce que des ulcérations vraiment syphilitiques peuvent
4072 ULCÉRATIONS. — ulcérations directement constatées.
ressembler quelquefois à des ulcérations simples, et que des ulcérations non syphilitiques peuvent offrir des caractères analogues à ceux des ulcérations syphilitiques. Les aphthes, les ulcérations qui succèdent à Yherpès et certaines plaques diphthériques peuvent simuler ces ulcérations, par suite de l'inflammation qui entourée! qui boursoufle les bords de ces lésions. Il en résulte qu'elles paraissent excavées comme les ulcérations dues à la syphilis. Mais le fond grisâtre de l'ulcération syphilitique est une vraie mortification, un détritus des tissus organiques, taudis que les plaques diphthériques ne sont qu'un exsudât fihrineui (Voy. p. 297). L'emploi du microscope serait le meilleur moyen de distinguer la nature des deux lésions, dans les cas où cette distinction est possible.
Les ulcérations scrofuleuses ont le plus souvent des caractères bien tranchés {Voy. Scrofules, Scrofulides). Cependant on peut confondre facilement , si l'on n'est prévenu, les ulcérations s'élendant en surface et en profondeur, dans les cas de scrofulide tuberculeuse et ulcéreuse , avec les ulcérations de la syphilide dénommée également tuberculeuse.
Considérées en général, les ulcérations ont des conséquences plus ou moins graves. Par leurs progrès envahissants, elles produisent quelquefois des hémorrhagies plus ou moins abondantes, et des perforations internes, qui sont parfois le premier signe de l'affection ulcéreuse. Comme phénomènes consécutifs à la réparation de ces solutions de continuité , on constate des cicatrices plus ou moins caractéristiques , et, au niveau des organes internes, des coarctation* cicatricielles qui produisent des rétrécissements et des occlusions , d'où ré sultent des accidents variés suivant les organes : des obstructions, des réten* lions, et, au niveau de la trachée, une asphyxie lente, "Comme l'ont observé Vigla et Moissenet (Voy. Cicatrices).
Le diagnostic des ulcérations varie principalement suivant leur siège, accessible ou non à la vue. Elles sont , en effet , comme les abcès , directement ou indirectement constatées. Elles peuvent être également latentes, et ne se manifester que par les accidents complicants ou consécutifs que je viens de rappeler.
Beaucoup de ces ulcérations, qui occupent les téguments et parfois les parties sous-jacentes, ne doivent être que mentionnées, attendu qu'il en a été question dans d'autres articles de cet ouvrage , et qu'il suffit souvent d'une simple indication pour montrer la voie dans laquelle doivent s'engager les inductions
A. Peau.
Au niveau de la peau, on rencontre fréquemment des ulcérations, les unes succédant à cles inflammations, à des abcès, à la gangrène, d'autres caractérisant un grand nombre d'affections cutanées vulgaires, vésiculeuses ou huileuses, pustuleuses, tuberculeuses, ulcérations tantôt immédiatement visibles, et tantôt cachées par des croûtes. Outre les syphilides et certaines scrofulides, je puis rappeler le bouton d'Alep, le rupia, le frambœsia, l'ulcère contagieux de Mozambique, qui occupe les membres inférieurs des nègres et qui est essentiellement contagieux, les ulcères rebelles de l'éléphantiasis des Arabes et de la lèpre dès Grecs, etc. On rencontre aussi au niveau de la peau les ulcérations diphthériques (p. 301), syphilitiques, scrofuleuses, scorbutiques, celles de la morve, etc. Mais c'est surtout au niveau des muqueuses que se présentent plus fréquemment les lésions qui m'occupent.
B. Fosses nasales
Dans les fosses nasales, le coryza syphilitique des enfants s'accompagne d'ulcérations au voisinage des narines (Voy. p. 249). Le coryza ulcéreux, dont la lésion doit être principalement cherchée vers la voûte ou la cloison des cavités
ULCKHATIONS. — ulcérations directement constatées. 1073
nasales (Voy. p. 21U) , constitue Pozène , dont les ulcérations peuvent être scrofuleuses, syphilitiques, cancéreuses, ou dépendre de la présence de calculs (Voy. Ozè.ne); la morve produit aussi dans les fosses nasales des ulcérations remarquables, qui sont un des principaux signes de la maladie. La diphthérie développée dans les mêmes cavités est prise quelquefois pour des ulcérations syphilitiques {Voy. p. 712).