‹ Dictionnaire de diagnostic médicalChapitre 345 sur 355 · II. — Ulcérations indirectement constatées · texte numérisé non relu

II. — Ulcérations indirectement constatées

Lorsque les ulcérations sont trop profondément situées pour être appréciables à nos moyens d'investigation, on soupçonne leur existence pendant la vie, soit lorsqu'on peut leur rapporter certains phénomènes fonctionnels anomaux ou certaines modifications des excrétions, soit lorsqu'il survient des accidents con sécutifs graves (hémorrhagies, perforations, occlusions), que l'on peut attribuer à des ulcérations internes des organes creux.

A. Voies aériennes.

Les ulcérations des fosses nasales ou du pharynx ne sont pas toutes directe ment visibles. Klles peuvent être situées de telle sorte qu'elles échappent à linspection la plus attentive. Le laryngoscope pourra être alors d'une extrême utilité en les faisant découvrir. Il en sera de même dans les cas d'ulcération de la glotte ou du larynx, qui pourrait n'être que soupçonnée sans l'application de cet instrument. L'emploi de certaines canules après l'opération de la trachéotomie produit des ulcérations aujourd'hui bien connues, grâce à Barthez et H. Roger (Soc. des hôpit., sept. 1858). — Les ulcérations intra-pulmonaires sont révélées par les signes de l'existence même des cavernes tuberculeuses ou gangréneuses du poumon.

1076 ULCÉRATIONS. — ulcérations indirectement constatées. B. Voies digestives.

Les ulcérations peuvent occuper l'œsophage, l'estomac, J'intestin grêle ou le gros intestin, et être dues aux causes diverses que j'ai rappelées au début de cet article.

a. — Dans Yœsophage^ il peut se développer des ulcérations perforantes qui le fassent communiquer avec le médiastin, avec l'intérieur des bronches ei même de l'aorte. Cette dernière communication a rapidement, produit la mort dans un fait rapporté par W. H. Plower (Medec.-chir. Transact., t. XXXVI).

b. — Les ulcérations aiguës de l'intestin grêle sont facilement constatées par le fait même de l'existence d'une fièvre typhoïde grave. On ne peut que les y soupçonner, lorsqu'elles sont chroniques, comme dans la phthisie pulmonaire, à moins qu'une perforation intestinale ne vienne en fournir une nouvelle preuve; et encore est-il possible que la perforation soit due à une tout autre lésion qu à une ulcération tuberculeuse. Elle est néanmoins la plus fréquente que l'on puisse rencontrer.

c. — Dans le gros intestin, les ulcérations pourront également être soupçonnées dans certaines dysenteries graves, par le fait de l'existence de cetle maladie, ou bien par le fait de perforations diverses. C'est ce qui arrive dans certain* cas de phthisie pulmonaire, qui s'accompagnent d'ulcération de l'appendice iléo-cœcal, par exemple (Voy. Cœci m), ou dans d'autres parties du gros intestin, par les progrès d'un cancer constaté, ou enfin par d'autres causes impossibles à préciser pendant la vie. Les ulcérations de la fin du gros intestin peuvent être diagnostiquées, lorsqu'il existe une diarrhée rebelle et que les matières excrétées sont manifestement striées de pus et de sang.

d. — Quant aux ulcérations de l'estomac, elles méritent une mention particulière, car elles constituent à l'état simple une véritable maladie, ou du moins une variété particulière de gastrite chronique qu'il est nécessaire de ne pas confondre avec le cancer de l'estomac.

L'ulcère simple de V estomac (ulcère chronique, ulcère perforant) est une maladie essentiellement chronique qui, de 1856 à 181M , a été l'objet de travaux importants de Cruveilhier, Graves, Jeannel, Rokitanski, Jacksch, Fini, Schmidt, Luton, Bennet, W. Brinton, Ludwig Millier, Frasser,et Trousseau

D'après Cruveilhier, la maladie est caractérisée par les signes suivants : dé* faut absolu d'appétit ou appétit bizarre; tristesse insurmontable; digestion laborieuse; malaise ou douleur sourde à l'épiyastre, et quelquefois, penda»t la digestion, douleur très-vive au niveau de l'appendice xiphoïde et dans le point correspondant de la colonne vertébrale; amaigrissement plus ou moin* rapide, constipation; nausées, vomissements des aliments, de matières noire*. brunes, ou de sang pur (/lémafémèses), et enfin évacuations alvines de même nature.

Dans certains cas, il est impossible de décider si l'on a affaire à un cancer sans tumeur appréciable ou à un ulcère simple de l'estomac, tant les signes et la marche des deux maladies se ressemblent. SuivantTrousseau, la douleur pastralgique, avec ses points xiphoïdien et rachidien, n'est pas un symptôme proprf à l'ulcère simple de l'estomac; elle se retrouve dans des maladies de l'estomatrès-diflérentes. Il en est de même de l'hémorrhagie stomacale et intestinale. I1 trouve que le diagnostic positif est encore entouré d'obscurité (Clin. mêd. de V Hôtel-Dieu de Paris). Trousseau me parait avoir exagéré les difficultés; car l'ulcère simple peut être reconnu dans un bon nombre de cas, lorsque ratfectmt: se montre dans les conditions suivantes : 1° la gastrorrhagie est quelquefois le premier symptôme ou l'un des premiers symptômes ,ce qui n'a pas lieu dans le

Page 1