BUBON
corps solides que Ton met en mouvement par la palpation, une collision peut résulter aussi de l'agitation d'un gaz et d'un liquide emprisonnés dans une cavité accidentelle, et donner lieu au bruit de flot(succussion).
Le siège des bruits perçus est facilement établi en tant que région, mais il n'en est pas toujours de même lorsqu'il s'agit de déterminer l'organe au niveau duquel il se produit. A ce propos, il ne faut pas oublier que les bruits anomaux, dans certains cas rares, tout en étant perçus dans une région, ont leur point de départ dans un organe plus ou moins éloigné et situé dans une région différente. Ce sont alors des bruits transmis par des solides, des gaz ou même des liquides. C'est ainsi que la respiration trachéale peut être constatée au niveau de la poitrine, à travers une masse solide anomale ; de même pour les bruits du cœur. On a tiré parti de cette propagation des bruits produits dans les organes circulatoires pour déterminer leur siège, en s'appuyant sur ce fait que leur extension se fait principalement en aval du courant sanguin. Les gaz mis en vibration transmettent des bruits parfois éloignés, comme dans le pneumo-thorax et dans la production de la voix thoracique. Quant aux liquides accumulés, ils transmettent bien plus rarement, chez l'homme, les bruits qui se produisent au-dessous d'eux, que les solides; et c'est justement la rareté de cette transmission qui occasionne les erreurs de diagnostic auxquelles elle donne quelquefois Heu.
2* Conditions organiques. — Je rappellerai, à un point de vue très-général, les lésions organiques parfaitement saisissables qui coïncident avec les différentes variétés de bruits pathologiques.
Ceux qui se passent dans les voies respiratoires résultent de différentes lésions : les unes qui diminuent le calibre des conduits; les autres qui, au contraire, les dilatent partiellement ou les font aboutir à des cavités accidentelles, soit dans l'intérieur même du tissu pulmonaire, soit en dehors (cavité des plèvres) ; d'autres qui obstruent les canaux ou les vides aériens de liquides plus ou moins consistants, ou de produits solides, tels que corps étrangers, fausses membranes ou expansions organiques en partie adhérentes (polypes).
Dans les voies circulatoires, les bruits anomaux coïncident avec des rugosité* ou des concrétions inflammatoires ou autres qui existent, soit au niveau des orifices du cœur, soit dans les vaisseaux artériels; avec des tumeurs qui compriment ces vaisseaux; avec des communications morbides entre des artères et des cavités anévrysmales, ou entre les artères et les veines les plus volumineuses ; enfin avec des altérations du sang et d'autres conditions encore incomplètement connues.
Les bruits anomaux qui se produisent dans les séreuses sont de trois sortes : a. des bruits de frottement résultant du glissement de leurs surfaces contiguès devenues rugueuses, et qui se constatent dans la plèvre, le péricarde et le péritoine; b. le bruit de flot se produisant dans le vide qui résulte de l'écartement de la plèvre par un gaz et un liquide à la fois; c. les souffles respiratoires amphoriques, dus le plus ordinairement à la pénétration de l'air des voies aériennes dans cette même séreuse, et les résonnances métalliques.
3" Je ne m'arrête pas a la signification de ces bruits anomaux si variés; elle ne présenterait aucun intérêt à être examinée d'une manière générale.
BUBON. — A propos des adénopathies, j'ai rappelé que les tumeurs ganglionnaires d'origine vénérienne résultaient d'une lésion locale ou d'une infection générale de l'économie. Celles d'origine locale, auxquelles est plus spécialement applicable la dénomination de bubons, sont facilement reconnaissables, lorsqu'il existe manifestement un chancre dans la zone lymphatique qui corres-
154 BULLES, BULLEUSES (Maladies).
pond au ganglion tuméfié. L'adénopathie a pour caractère, dans ce cas, d'être mono-ganglionnaire et superficielle, ce qui la distingue des adénopathies strumeuses, qui sont ordinairement multiples et d'abord profondes.
Indépendamment des bubons concomitants des chancres, il existe d'autres tumeurs ganglionnaires, qui ont été considérées comme de véritables bubons vénériens par les uns, et comme de simples adénites par les autres. Ce sont les adénopathies qui accompagnent la blennorrhagie, et les bubons dits d'emblée, qui se montrent, comme accident unique, à la suite d'un coït infectant. Et comme, en pareille circonstance, aucun caractère particulier ne distingue les bubons vrais des faux bubons, il en résulte que leur diagnostic est presque toujours impossible. Le bubon d'emblée se terminerait le plus souvent par résolution, selon Diday.
Cet auteur (Exposition critique des nouvelles doctrines de la syphilis, 1858) a défendu l'existence du bubon d'emblée. On le diagnostiquerait, suivant lui, aux signes suivants : il serait précède de phénomènes fébriles ; l'inflammation serait toujours médiocre, sa durée assez longue (un mois au moins), sa terminaison habituellement heureuse ; le pus que fournit la suppuration (qui a lieu une fois sur quatre) ne serait pas inoculable ; jamais il ne se produirait de syphilis constitutionnelle; et enfin, comme particularité sur la valeur de laquelle insiste Diday, le bubon d'emblée apparaîtrait trois semaines après le coït fatal.
Quoi qu'il en soit, le point essentiel du diagnostic est, avant tout, de rechercher si la tumeur ganglionnaire ne peut pas s'expliquer par une simple lésion externe, indépendante de toute contamination vénérienne (Voy. Adénite), llunter a insisté sur la confusion que l'on est disposé à faire des différentes tumeurs de l'aine avec les bubons (Hunter, Traité de la maladie vénérienne, traduit de l'anglais par Richelot, 3° édition, 18511). Il rappelle que l'on a pris pour des bubons vénériens des hernies crurales et même des anêvrysmes de l'artère fémorale. Boyer (de Montpellier) signale aussi un abcès par congestion comme ayant été pris, dans l'aine, pour un bubon. On comprend la possibilité de ces erreurs , lorsque l'on voit une adénite être prise pour une hernie étranglée (Voy. p. 47).
BULLES, BULLEUSES (Maladies). — Les soulèvements plus ou moins étendus de l'épiderme par un liquide qui constitue les bulles, appelées aussi phlyetènes, se montrent dans une foule de maladies, quoiqu'on n'en ait fait l'élément caractéristique que de deux affections : le pemphigus et le rupia.
D'abord toutes les affections dites vésiculeuses dans la classification de Willan, Y herpès, Yeczéma, l'éruption vésiculeuse de la gale, peuvent affecter la forme huileuse parla confluence d'un plus ou moins grand nombre de vésicules voisines ; ce caractère a même servi à établir pour l'herpès une forme particulière (Yherpès phlyeténoide). Dans ces différentes conditions, le caractère ordinaire ou simplement vésiculeux de J'éruption, dans les parties circonvoisines, fait facilement reconnaître l'origine des bulles. Il en est de même de la miliaire, des sudamina lorsqu'ils sont confluents, et enfin de la scarlatine dite huileuse ou pemphigoïde, lorsque les très-fines vésicules de son éruption ont formé des ampoules plus ou moins étendues.
Nous ne ferons que rappeler les maladies dans lesquelles les bulles se montrent comme un épiphénomène à part, et non comme une modification d'une éruption vésiculeuse. Ce sont : Yèrysipèlc spontané de la face ; Yinsolation dans les pays chauds ou torrides ; le mal dit de bassine ; la brûlure ; la gangrène (|e fauso interne ou celle duc à la pénétration d'un virus ou d'un venin.
BULLES, BULLEUSES (Maladies). 155
comme la piqûre de la tarentule, la morsure de la vipère, le charbon, la won-e aiguë. Enfin les applications vésicantes, telles que les sinapismes laissés trop longtemps en place, les cantharides, Yhuile de noir d'acajou (Bazin), Yammo- «inque, sonl également suivies dephlyctènes.Le siège des bulles est souvent une scellent© donnée diagnostique pour en déterminer l'origine, dans plusieurs de ces circonstances. On les constate sur les mains et les doigts, dans le mal de bassine ; à la face, et parfois dans la gorge , dans l'érysipéle de ces régions ; au niveau ou dans le voisinage des blessures vénéneuses ou virulentes ; sur les parties exposées au soleil, dans l'insolation ; et enfin aux deux membres inférieurs, à la suite de l'application prolongée des sinapismes.
En dehors de ces conditions si différentes, dans lesquelles se présentent des bulles ou des phlyctènes comme signe accessoire, il y a deux affections cutanées, avons-nous dit, où les bulles forment un des caractères principaux de la maladie : l* pemphigus et le rupia. Ces deux affections se rencontrent chez des individus cachectiques. Elles sont ou non syphilitiques (Voy. Sypiiilipes).
l° Dans le pemphigus, les bulles, soulevées par de la sérosité et semblales à relies d'un vésicatoire, ont un diamètre qui varie de celui d'un pois a des dimensions parfois énormes; mais ordinairement elles sont de la grandeur d'une pièce d'un à cinq francs. Le pemphigus est aigu ou chronique. — A l'état aigu, il se montre principalement chez les sujets jeunes ; il est précédé d'un mouvement fébrile. La lésion cutanée débute par des taches rouges, au niveau desquelles Yépiderme se fronce, se distend en Inille, se rompt, puis se dessèche, en laissant une macule passagère d'un rouge brunAtre. C'est surtout aux membres inférieurs que l'on rencontre ces lésions. Parfois l'éruption avorte et reste à IVtat de tache, de manière à simuler un érythème papuleux (A. Hardy, Leçons, I859, p. \'21). Chez le nouveau-né, il survient, peu après la naissance, des huiles à la plante des pieds ainsi qu'à la paume des mains, et qui sont de nature svphilitique. — Le pemphigus chronique est le plus fréquent, le plus rebelle. Il offre une succession d'éruptions désespérante par sa ténacité. A la bulle succède quelquefois une croûte mince qui laisse a sa suite une macule rougeàtre, et presque toujours ces trois éléments se remarquent à la fois dans des points différents. On a donné à cette forme la dénomination de pemphigus *ucce*rif. Une seconde forme est dite prurigineuse, en raison des démangeaisons insupportables qu'elle occasionne; ici la peau est noirâtre, sillonnée de traînées résultant du grattage, onctueuse, exhalant une odeur fade et nauséeuse, et parsemée de petites bulles caractéristiques. Enfin on a donné aune troisième variété le nom de pemphigus foliacé, dans laquelle les bulles se montrent seulement au début, ou même peuvent manquer (Voy. Squames).
2> Le rupin a été confondu avec Yecthyma cachectique , vu l'impossibilité de les distinguer l'un de l'autre. Ce n'est pas, «à proprement parler, une affection huileuse selon la juste remarque de Hardy (Nouveau Dictionnaire de mêdethte et de chirurgie pratiques, Paris, 1800, t. V, art. Bru.ES, p. SOI)); Yépiderme n'est pas tendu, mais ridé, et le liquide sous-jacent est un mélange «le «érosité de pus et de sang. La dessiccation de ce liquide donne lieu a la formalion d'une croûte épaisse, noire, proéminente, au dessous de laquelle est une ulcération fétide, sans tendance à la cicatrisation. On a désigné sous la dénomination de rupin esch a r rot ica une variété propre aux enfants cachectiques du ' • t^e et qui ne me parait être que le pemphigus syphilitique; du moins /i * ' s de caractère qui la distingue suffisamment de cette dernière affection, ffle/i ilPa of,lic tju pemphigus chronique et du rupia, qui surviennent chez des le pron • el «tarés dans de mauvaises conditions hygiéniques, devra
individus afl*«n>
CACHEXIES
toujours être formulé comme grave. L'entérite chronique est souvent, de part et d'autre, une complication funeste.
CACHEXIES. — Ce mot, exprimant des altérations profondes de nutrition inconnues dans leur nature intime, n'a plus aujourd'hui le sens étendu que lui attribuaient les anciens. Quoique plus restreinte, sa signification n'est pas cependant parfaitement définie.
Les éléments du diagnostic, pendant la durée toujours longue des cachexies, sont nombreux, et leur ensemble est caractéristique. Tout état cachectique ne s'annonce, à son début, que par l'ensemble des phénomènes généraux et locaux de l' ANÉMIE. Les signes de la cachexie confirmée sont plus tard les suivants : dépérissement de plus en plus prononcé, souvent malgré la conservation de l'appétit; tendance aux suffusions séreuses sous-cutanées dans les cavités séreuses, dans les poumons; tendances aux hémorrhagies par diverses voies, taches ecchymotiques ou de purpura, épanchements sanguins sous-cutanés ou intra-musculaires, pertes de sang par les voies naturelles, les fosses nasales, les gencives, les intestins, etc., alternatives de diarrhée et de constipation. A une période plus avancée, on observe une anorexie complète, un dépérissement devenu extrême, une diarrfiée rebelle, la fièvre hectique, la fréquence plus grande des hémorrhagies, des syncopes, et une terminaison funesle, hâtée souvent par l'un de ces derniers accidents.
Mais ces éléments généraux, communs à toutes les cachexies, sont souvent liés à des états pathologiques dont la constatation est très- importante; car c'est sur eux seulement que l'on peut se baser pour arriver à la détermination de l'espèce de cachexie. Or, à ce point de vue, elles peuvent se diviser en quatre groupes.
1° D'abord l'étude de l'anatomie pathologique nous apprend qu'un grand nombre d'états cachectiques sont consécutifs à des lésions d'organes assez profondes pour porter une grave atteinte à la nutrition. Le cancer, les tubercules, les suppurations abondantes et prolongées, et certaines affections chroniques de la peau, en sont des exemples.
2° Sans qu'il soit «aussi bien démontré que les altérations évidentes de certains organes soient le point de départ de l'état cachectique, la coïncidence de ces altérations conduit encore a distinguer un second ordre de cachexies. Je veux parler de celles qui s'accompagnent d'une altération des glandes sans conduit excréteur, glandes dites vasculaires, en raison de leur action encore mal déterminée sur le sang (capsules surrénales, rate, ganglions lymphatiques, glande thyroïde). Il est évident que l'on doit désormais l'aire une classe à part des cachexies dont la manifestation anatomique a lieu vers ces organes, et qui ont été étudiées dans ces derniers temps. Telles sont la maladie d'Addison, celle appelée improprement leucocythémie splénique ou lymphatique, et la cachexie dite exophthalmique.
3° Les recherches modernes sur le sang et sur l'urine, qui en est l'émonctoire essentiel, ont permis de fixer l'origine apparente d'un assez grand nombre d'autres états cachectiques, que l'on a pu ainsi rattacher a certaines anémies dues à différentes causes : à des influences hygiéniques funestes et longtemps continues, à Y albuminurie persistante de la maladie de Bright, à la glycosurie. On a pu alors expliquer la cachexie, soit par l'insuffisance des matériaux nutritifs et des globules dans le sang, soit par les pertes incessantes de l'albumine du sérum sanguin, ou par le défaut de combustion des éléments glycosiques. Malgré les importantes recherches d'Andral et Gavarrct, on ne peut être fixé encore sur le rôle que joue la diminution de la fibrine dans le sang, et à laquelle avait été rattachée d'abord la cachexie scorbutique.
CACHEXIES. — cachexie splénique ou lymphatique. 157
4° Enfin, sans que l'anatomie aidée de la chimie ait toujours pu constater le fait, il est d'observation vulgaire que les intoxications ou empoisonnements chroniques, effectués par la voie du derme, par les voies respiratoires ou parles voies digestives, s'accompagnent de cachexies lorsqu'elles sont longtemps continuées ; et il me suffît de rappeler la syphilis, certains gaz délétères, comme les vapeurs de sulfure de carbone, le scorbut, les préparations de plomb, de mercure, Yergot de seigle, les alcooliques et V opium, comme pouvant, par un usage longtemps continué, produire des cachexies qui empruntent leur physionomie à la cause particulière et aux symptômes de l'intoxication elle-même (Voy. Intoxications).
Ainsi, un état cachectique étant constaté, on devra en chercher la condition pathologique dans une altération du sang liée à l'un des quatre ordres d'états morbides que je viens de passer en revue.
On doit toujours formuler un pronostic très-grave en présence de toutes les cachexies. Elles sont le plus souvent suivies de mort, sans que l'on puisse comprendre encore à quoi tient la gravité croissante des phénomènes dans beaucoup de circonstances, comme dans les cachexies liées à l'altération des glandes vasculaires, et dont il va être question ci-après.
L Cachexie splénique ou lymphatique. — Nous comprenons sous celte double appellation toutes les cachexies dont la lésion commune est le développement plus ou moins considérable de la rate, auquel se joint quelquefois le développement de la généralité des ganglions lymphatiques. Ces cachexies se rapportent à trois ordres de faits : à ceux décrits par Virchow et Bennett sous les noms de leucémie ou leucocythémie, sans antécédents paludéens; en second lieu à des faits de môme expression symptomatique, mais sans exagération du nombre des globules blancs du sang (Voy. Leucocythémie); et enfin à des cachexies se rapportant à l'un ou l'autre des deux ordres précédents, avec des antécédents manifestes de fièvre intermittente (cachexie paludéenne).
Cette manière d'envisager la leucocythémie lymphatique de Virchow était pour la première fois exposée dans la première édition de cet ouvrage, lorsque Trousseau adopta cette manière de voir en décrivant avec son talent habituel la cachexie lymphatique sous le nom à' adénite.
1° Éléments du diagnostic. — Dans la cachexie splénique, ces éléments ma fournis d'abord par les signes généraux des cachexies rappelés plus haut, et ensuite par les phénomènes particuliers qui résultent de l'augmentation de volume de la rate, et quelquefois aussi de Y organe hépatique. La rate forme une tumeur lisse, qui peut être sensible seulement à la palpation, ou distendre visiblement l'hypochondre et le flanc gauches. Elle envahit souvent le côté correspondant de l'abdomen jusque dans la fosse iliaque, où l'on sent l'extrémité mousse et arrondie de l'organe se continuant, dans le voisinage de la ligne blanche, avec son bord interne qui offre quelquefois une échancrure. Cette tumeur, qui s'insinue sous les côtes où elle semble s'insérer, refoule le diaphragme et le poumon gauche, parfois au point d'augmenter notablement la dépitée qui résulte déjà de l'anémie; ce refoulement peut également donner lieu à un son tympanique au niveau du tissu pulmonaire (Voy. Tvmpamsme). ^'autres données diagnostiques importantes résultent des conditions dans lesquelles survient cette cachexie splénique, comme on le verra plus loin.
iJans la cachexie lymphatique (adénite de Trousseau), on rencontre le même ensemble de phénomènes cachectiques et le développement anomal de la rate ; mais ce qui domine, c'est l'engorgement, la tuméfaction des ganglions lympha-
158 GAGHEXIES. — CACHEXIE SPLÉN1QUE OU LYMPHATIQUE.
tiques des aines, des aisselles, péri-maxillaires, etc., qui peuvent acquérir un volume énorme. E. A. Bonfils, qui a publié une observation remarquable de ce genre, que j'aurai plusieurs fois occasion de rappeler {Recueil de* trav. de la Suc. d'obsei~v.^ Paris, 1857, t. I), a vu les tumeurs ganglionnaires atteindre le volume d'une tète d'entant.
Dans ces deux formes de cachexie, il y a fréquemment exagération du nombre des globules blancs du sang ou leucocythkmie. Mais comme cette leucocythéinie se montre dans les états cachectiques les plus divers, puisqu'on l'a rencontrée, par exemple, avec le cancer, les intoxications paludéennes, et comme elle n'est pas constante dans la cachexie splénique ou lymphatique, on n'est pas en droit d'en faire la lésion microscopique fondamentale ni le signe essentiel de cette cachexie complexe.
2° Inductions diagnostiques. — Deux données principales dominent ici l'ensemble des signes qui servent à formuler le diagnostic : le développement exagéré de la rate avec ou sans hypertrophies ganglionnaires, et l'étal cachectique en lui-même. Lorsqu'on les rencontre réunis, ils suffisent pour établir l'existence de la cachexie splénique. Mais ce n'est là que le premier point du diagnostic, qui demande à cire plus complètement formulé.
D'abord quelle est l'origine de la cachexie? Elle est depuis longtemps connue comme conséquence des lièvres intermittentes dans les pays marécageux, et elle est plus fréquemment observée à Paris depuis que l'Algérie est devenue française. En dehors de ces faits, les plus faciles à interpréter, il en est d'antres dans lesquels les mêmes phénomènes se constatent, sans qu'il y ait eu le moindre antécédent paludéen. Ce sont les cachexies spléniques ou lymphatiques de celte dernière espèce que Virchow et Bennett ont eu le mérite de signaler, mais en cherchant à tort à les rattacher à l'exagération des globules blancs du sang. Il sera donc nécessaire de rechercher avec soin les antécédents des malades pour établir s'ils ont eu, oui ou non, des accès de fièvre paludéenne. C'est principalement chez les adultes que l'on constatera la cachexie splénique ; mais on n'oubliera pas qu'elle peut aussi s'offrir dans l'enfance ou la vieillesse (13 ans et demi, 09 ans). J'en ai observé un exemple chez un enfant à la mamelle qui avait une rate énorme, et qui succomba à une cachexie progressive; il était en nourrice dans une localité très-élevce des environs de Paris, et exemple de toute influence palustre.
Il est évident que, en présence des phénomènes cachectiques liés à la tumeur de la rate ou à la tuméfaction généralisée des ganglions lymphatiques, des erreurs de diagnostic ne peuvent avoir lieu que lorsque l'on néglige d'explorer la cavité abdominale, surtout à la première période de la maladie. C'est ainsi que les troubles nerveux variés de l'anémie, les vomissements qui existent dans certains cas nu début, que la dyspnée avec toux sèche, amaigrissement, sueurs, diarrhée, que les infiltrations séreuses, les hémorrhagies, etc., feront croire à l'existence d'affections organiques variées, et principalement de la phthisie, qui est la plus commune. Le son plus clair (tympanique) que j'ai signalé au niveau du poumon gauche refoulé par la raie augmentée de volume, peut tromper en faisant croire à une diminution relative de la sonorité sous-claviculaire droite, qui serait produite par des tubercules; mais alors la rate a acquis un tel volume que In tumeur qu'elle forme allire forcément l'attention. Les hémorrhagies et le dépérissement cachectique de la cachexie splénique pourraient être attribués à un cancer interne. Mais, je le répèle, ce n'est que si l'on néglige d'explorer l'abdomen et la rate que ces erreurs sont possibles. Cependant il y a des cas exceptionnels, dans lesquels, tout en reconnaissant une cachexie, on pourrait croire à une
CACHEXIES. — CACHEXIE SPLÉNIQUE OL LYMPHATIQUE. 159
hypertrophie splénique qui n'existe pas réellement. C'est ainsi que Becquerel (Soc. lïKéd. des hôp., décembre 4855), constatant une matité splénique qui semblait être de 22 centimètres sur 15, avec leucocythémie, avait dû diagnostiquer une cachexie splénique, et qu'à l'autopsie il ne trouva, outre un cancer de l'ovaire, que des fausses membranes épaisses et infiltrées de sérosité du côté gauche de l'abdomen.
L'existence de la cachexie splénique ou lymphatique une fois établie, à l'aide des signes actuels et des commémoratifs, on aura résolu en même temps les autres questions diagnostiques, si l'examen des malades a été suffisant. Ces questions sont le degré, les lésions appréciables, la forme et les complications de la maladie.
Quant au degré de l'affection, il résulte de la période plus ou moins avancée a laquelle elle est arrivée, période qui ressort de l'ensemble des phénomènes que j'ai rappelés plus haut. — La constatation des lésions ne doit pas comprendre seulement Paugmentation de volume de la rate et des ganglions lymphatiques, mais encore l'hypertrophie du foie et les autres lésions accidentelles qui peuvent concurremment exister. L'état du sang doit aussi être recherché avec soin, à l'aide du microscope. Il n'est pas indifférent, en effet, de savoir s'il y a ou non exagération du nombre des globules blancs du sang, ou leucocythémie ; car la gravité fatale qu'a toujours présentée la cachexie avec cette lésion démontre la nécessité de cet examen, non-seulement lorsque la couleur terne ou brunâtre du sang rendu par hémorrhagie fait soupçonner la leucocythémie, mais môme lorsque cette circonstance fait défaut. Nous supposons que, dans l'examen microscopique du sang, on prenne toutes les précautions indiquées à l'article Leucocytes, et sans lesquelles on peut croire à une leucocythémie qui n'existe pas réellement. Suivant le docteur Magnus Huss (de Stockholm), il y aurait formation presque constante de pigment noir dans le sang, lorsque la cachexie complique les fièvres intermittentes. Si le fait se confirmait, il faudrait considérer celte donnée microscopique comme signe distinctif de la cachexie splénique d'origine paludéenne. — Cet examen microscopique du sang est nécessaire nonseulement pour juger de la gravité de la cachexie splénique ou lymphatique, triais encore pour servir à en déterminer la forme. J'ai établi, en effet, que, •l'après les faits recueillis, il fallait admettre une forme avec antécédents («ludéens (cachexie paludéenne), et deux autres formes dans lesquelles ces antécédents paraissent faire défaut. Or, ces deux dernières formes ne se distinguent l'une de l'autre que par l'existence ou par l'absence de la leucocythémie considérée comme épiphénomène. Les ganglions, le foie, la rate, examinés au microscope, ne montrent qu'une hypergénèse des éléments normaux, sauf dans on fait de Polain, où la rate présentait à la coupe un très-grand nombre de points blarnîs de la grosseur de grains de chènevis, et qui étaient constitués par des noyaux en tout semblables à ceux des ganglions lymphatiques.
Enfin, parmi les complications qui peuvent survenir, il ne faudrait pas comprendre la prédominance de certains symptômes, en général ultimes, comme les wncnpes plus ou moins répétées, les hémorrhagies abondantes, la diarrhée •icessive, la dyspnée allant jusqu'à la suffocation. Cependant la dyspnée peut dénoter une véritable complication lorsqu'elle a le caractère a s physique, et qu'elle est due à la compression des bronches par les ganglions bronchiques hypertrophiés, comme dans le fait rapporté par Bonfils (loc. cit.). Comme complications réelles, on a noté encore des affections très-variées, ainsi que dans tontes les autres espèces de cachexies. Ce sont la congestion sanguine et V œdème des poumons, un épanchement plcurétique ultime, l'ictère accom-
ItX) CACHEXIES. — CACHEXIES SURRÉNALE, thyroïdienne.
pagnanl l'augmentation de volume du foie, la maladie de Bright, etc. On n'oubliera pas que certaines de ces complications peuvent n'être que de simples coïncidences.
3° Pronostic. — La cachexie splénique ou lymphatique est suivie de mort, qu'il y ait ou non leucocythémie. Comme phénomènes ultimes, il y a rarement un peu de subdelirium ou du coma; la connaissance se conserve ordinairement jusqu'à la fin, et les malades s'éteignent. Quelquefois la mort est subite, produite ou non par une hémorrhagie cérébrale ; d'autres fois enfin elle est accélérée par une parotide ou une autre complication. Les rares faits de guérison se remarquent principalement dans les cas d'intoxication paludéenne.
H. Cachexie surrénale. — Dans cette maladie, qui est la maladie d'Addison proprement dite , ce n'est pas directement que l'on s'assure de la lésion des capsules surrénales coïncidant avec un éUit cachectique. C'est la coloration bronzée de la peau qui fait soupçonner cette lésion, mais sans en être le signe pathognomonique ; aussi ai-je dû traiter du diagnostic de cette espèce de cachexie au mot Bronzée (Peau ou maladie).
111. Cachexie thyroïdienne ou exophthalmique. — Cette affection singulière, connue aussi sous la dénomination de Maladie de Graines (du nom de l'auteur qui l'a signalée), a été entrevue d'abord par les ophthalmologistes. Étudiée plus complètement en Angleterre et en Allemagne, elle a été observée et décrite en France par le docteur Charcot (Gaz. méd. de Paris, 1850; Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 1859), puis par Fischer (Arch. de méd., 1859, t. XIV). Gros et Hervieux en ont publié des exemples. Malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet, cette cachexie est restée inconnue dans sa nature; pour Fischer, elle n'existe même pas comme maladie particulière, et les effets qu'on lui attribue ne seraient, comme pour Begbie, que des effets éloignés de l'anémie. Mais il est évident que ce sont précisément les signes de l'anémie, auxquels se joint un groupe de symptômes tout à fait particuliers, qui font de la maladie de Graves, non un exophthalmos spécial, mais une cachexie à part. Trousseau, qui a exposé dans une de ses leçons l'histoire clinique de cette affection, l'a considérée non comme une cachexie (qu'il comprend comme expression extrême de dépérissement chronique), mais comme * une névrose à congestions locales ayant sa cause prochaine dans une modification de l'appareil vaso-moteur » (Clin. méd. de l'Hôtel-Dieu, t. II).
Ce qui attire immédiatement l'attention chez les individus atteints de celte maladie, c'est la saillie prononcée des globes ocidaires qui existe le plus souvent, le développement de la glande thyroïde, les battements visibles des artères, et les signes extérieurs de l'anémie. La constatation de ces signes réunis suffit au diagnostic, et chacun des trois premiers, perçu isolément, doit suggérer l'idée de rechercher les autres. Lorsque la maladie est déjà ancienne, les antécédents apprennent que des palpitations artérielles et cardiaques, la tumeur thyroïdienne et Fexophthalmie ont indifféremment marqué le début, en même temps que l'anémie suivait son cours. L'exagération des battements cardiaques et artériels au point d'être sensibles à la vue, est un signe qui, même isolé, peut révéler la maladie, car il est constant. Mais il n'acquiert une véritable valeur que par le développement ultérieur du corps thyroïde.
Ces phénomènes présentent des particularités complémentaires utiles à connaître. Suivant Stokes, les pulsations radiales sont presque toujours faibles, alors même que celles des carotides sont très- violentes; et, selon Charcot, l'aorte abdominale pourrait, comme les artères du cou, être affectée de battements énergiques; il en serait de même des artères thyroïdiennes superficielles. A la