‹ Dictionnaire de diagnostic médicalChapitre 84 sur 355 · I. Coryza aigu · texte numérisé non relu

I. Coryza aigu

1° Eléments du diagnostic. — On sait que le coryza simple a pour principaux symptômes : une cépalalgie frontale gravative, avec ou sans phénomènes fébriles, la sécheresse et l'obstruction des cavités nasales, puis des éternuments plus ou moins répétés, le larmoiement, le gonflement du nez, l'écoulement par les narines d'un liquide d'abord séreux et acre, qui rougit et gonfle la lèvre supérieure, et qui devient ensuite de plus en plus épais, opaque , jaune-verdatre, à mesure (pie les symptômes diminuent. A la rougeur de la lèvre et des orifices des narines succède une légère desquamation.

2° Inductions diagnostiques. — Le diagnostic du coryza ne présente aucune difficulté lorsqu'il est aigu. H n'occupe ordinairement qu'une seule des cavités nasales ; mais les signes varient suivant les parties atteintes : les yeux s'injectent, sont sensibles à la lumière, larmoyants, si le canal nasal est envahi ; la céphalalgie est intense, surtout frontale, et augmente dans les éternuments, si ce sont les sinus frontaux. Si la douleur gravative et assez vive occupe la joue et sétend aux dents voisines et à l'orbite, le sinus maxillaire est atteint. Dans ce dernier cas, la douleur, parfois très-intense, prend un caractère névralgique, ce qui peut tenir à l'oblitération de l'orifice gonflé du sinus ; ce qui le démontre, c'est que, lorsque celle ouverture redevient perméable, il s'écoule tout à coup par la narine, avec un soulagement instantané, quelques gouttes d'un liquide légèrement trouble, grisâtre, visqueux, et faisant sur le linge qu'elles empèsent des taches grisâtres légèrement foncées sur leurs bords, .l'ai constaté plusieurs fois ces particularités sur moi-même.

La cause du coryza aigu simple est utile à connaître. Il ne faut pas oublier que certaines prédispositions individuelles, les refroidissements à la tète, et la pénétration de substances irritantes dans les narines, peuvent le produire. Mais le coryza aigu n'est pas toujours simple ; aussi doit-on rechercher s'il ne dépend pas d'une autre maladie, s'il n'est pas symptomatique, en un mot.

Il peut d'abord compliquer accidentellement certaines lésions locales des fosses nasales, telles que des ulcérations, des polypes des fosses nasales, quoique ce soit le plus ordinairement le coryza chronique que ces lésions développent. — Le coryza aigu est fréquent chez les scrofulejtœ, qui y sont particulièrement prédisposés. — Il est surtout fréquent, comme symptomatique et survenant d'emblée, dans les fièvres éruptives, principalement dans la rougeole, rarement dans la scarlatine. L'intensité du mouvement fébrile, qui est loin d'être proportionnée à l'inflammation de la pituitaire et qui ne peut s'expliquer par elle, et les autres prodromes de l'affection (le larmoiement et la toux caractéristique dans la rougeole, l'angine dans la scarlatine) aident beaucoup au diagnostic, surtout lorsque l'on sait que ces maladies régnent épidémiquemenl. — On peut en dire autant de la grippe et des diphthêries épidémiques.

Cependant le coryza diphthérique peut se développer d'emblée d'une manière insidieuse ; il peul être méconnu en l'absence de fausses membranes dans le pharynx, et si le défaut de symptômes généraux graves et hors de proportion avec les phénomènes observés du côté des fosses nasales ne fait pas au moins

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soupçonner la nature du coryza. C'est avec raison que Rretonneau a insisté, dans les derniers temps, sur la gravité de pareilles erreurs ; on peut les éviter, selon lui, si Ton constate un engorgement ganglionnaire, qu'il faut aller chercher au-dessous de l'oreille, et si la lèvre supérieure est rougie seulement au-dessous de la narine correspondant au coté de l'engorgement.

On ne peut guère prendre pour un coryza simple aigu celui qui accompagne la névralgie tri faciale, les douleurs caractéristiques de cette dernière affection ne permettant pas le doute. En l'absence de ces douleurs, il peut être simulé par une simple congestion rhumatismale, passagère, de la pituitaire. — Enfin le coryza qui survient comme accident secondaire de la syphilis, et celui dû à une maladie très-rare, à la morve aiguë arrivée à sa troisième période, pourraient aisément induire en erreur, si l'on ne songeait pas à ces maladies.

Nous avons rappelé plus haut les phénomènes particuliers qui résultent du siège différent de l'inflammation de la pituitaire. Son degré d'intensité ne présente rien de particulier. Mais ses complications méritent d'èlre rappelées; on peul, en effet, constater, comme conséquence d'un coryza aigu, la névralgie tri faciale (qui est un effet aussi bien qu'une cause de coryza), Vhémiplégie faciale, et, chez le nouveau-né, comme l'a vu trois fois Salathé, le spasme de la glotte.

.'te Pronostic. — Le coryza aigu, à part celui qui dépend de la diphthérie et de la morve, est une affection bénigne chez l'adulte. Cependant on voit quelquefois la céphalalgie persister longtemps au niveau des sinus frontaux, et ne cesser que par l'expulsion fortuite d'une masse compacte de mucosités infectes ayant longtemps obstrué ces cavités.

Le coryza aigu simple n'est pas, pour les nouveau-nés, une affection aussi légère que pour les adultes, en raison de Pétroitcsse des cavités nasales et des conduits respiratoires des jeunes enfants; il en résulte que les mucosités s'accumulent et que la respiration, devenant difficile, gène la succion du mamelon. Dans des cas rares, cette succion s'accompagne d'une véritable menace d'asphyxie, et l'on peut observer de l'assoupissement, de la prostration, de légères convulsions et même la mort. Le praticien doit donc être réservé dans son pronostic, lorsque le coryza présente une certaine intensité chez les enfants a la mamelle.

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