‹ Dictionnaire de diagnostic médicalChapitre 91 sur 355 · I. Cystite aiguë · texte numérisé non relu

I. Cystite aiguë

\9 Éléments du diagnostic. — Il faut chercher les éléments du diagnostic de la cystite aiguë dans la douleur que le malade éprouve dans la région de la vessie, dans les troubles de la miction , les caractères de l'urine et les résultats de l'exploration physique. Il est rare d'ailleurs qu'il y ait de la fièvre ; dans les cas les plus graves, il y a cependant de l'insomnie, de l'agitation, de l'anxiété, du délire, de la prostration.

La douleur est continue, sourde ou plus ou moins vive à Phypogastre, d'où elle s'irradie parfois dans tout le bassin, s'accompagnant quelquefois de prurit au méat urinaire, et devenant beaucoup plus forte, ou môme excessive au moment et surtout a la fin de la miction, qui est redoutée des malades. Les envies d'uriner sont fréquentes, incessantes, et la miction se fait par contractions incomplètes, au milieu d'une vive anxiété, avec ténesme vésical ; les urines sont peu abondantes, d'abord transparentes, puis très-colorées, et contenant bientôt du mucus, du muco-pus et quelquefois des fausses membranes. L'introduction d'une sonde dans la vessie est insupportable, de même que le toucher rectal, l'introduction d'une canule dans l'anus, la défécation, et même la simple émission d'un gaz.

Observée presque toujours chez l'adulte, et d'une durée qui n'est que de trois

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à sept jours au plus, la cystite mm traumatique survient le plus souvent dans le cours d'une blennorrhagie ou par suite de l'application récente d'un vésicatoire : circonstances étiologiques qu'il est essentiel de ne pas oublier.

2" Inductions diagnostiques. — La connaissance de ces données pratiques rend le diagnostic de la cystite ordinairement facile. Cependant un doit se demander si Ton a vraiment affaire à une inflammation de la vessie dans les accidents de quelques heures qui résultent si souvent de l'application d'un vésicatoire, et qui sont caractérisés par les envies fréquentes d'uriner, la douleur et la difficulté passagère de la miction . Lorsque du sang ou du pus arrivent dans la vessie, ils provoquent les mêmes troubles fonctionnels ; peut-oa encore dire qu'alors il y a cystite ? 11 est difficile de l'admettre, comme aussi d'affirmer qu'il y a simple congestion. De ces troubles fonctionnels légers jusqu'aux accidents les plus prononcés qui caractérisent manifestement la cystite, il y a un enchaînement qui ne permet pas de préciser le degré où commence vraiment l'inflammation.

Quoi qu'il en soit, la cystite aiguè' une fois admise, il faut remonter à sa cause, d'où résulte la forme ou la physionomie différente de la maladie. El d'abord je dois rappeler qu'en dehors des faits les plus ordinaires dus à l'extension de la blennorrhagie ou à l'influence d'un vésicatoire, la cystite aigué peut résulter de l'ingestion de la poudre de cantharides dans l'estomac, de l'extension à la vessie d'une inflammation occupant l'utérus, le rectum, le péritoine, et qu'elle est parfois aussi la complication d'une fièvre continue. Cependant on rencontre des cas exceptionnels, dans lesquels il est impossible de découvrir l'origine de la cystite, et ces laits douteux ont été considérés comme des exemples de cystite primitive ou idiopathique. Mais le plus souvent, comme on le voit, la cystite est secondaire.

La forme cantharidienne de la cystite, due à l'absorption sous-épidermique ou à l'ab6orption par les voies digestives du principe actif des cantharides, a été étudiée avec soin par Morel-Lavallée (Arch. de mèd.y 1847, t. XIII). Elle présente comme signe spécial l'expulsion par l'urètre, après des douleurs, des épreintes et des eflbrls inouïs, de fausses membranes consistantes de 4 à 2 millimètres d'épaisseur, et dont la largeur varie de celle d'une pièce de 50 centimes à celle de la moitié d'une carte à jouer ; l'urine contient en même temps, et dans tous les cas, une grande quantité d1 albumine et se prend presque en masse par la chaleur. Ce coagulum albumineux est indépendant d'un dépôt qui rend l'urine trouble an moment de l'émission, s'il est très-abondant, et qui, dans tous les cas, se dépose par le refroidissement au fond du vase, où il forme une sorte de gâteau de gelée, demi-transparent, tremblotant et d'une consistance variable. Ce produit, considéré d'abord comme de l'albumine par Morel, fut ensuite rapproché par lui du dépôt fibrine u \ qui se forme dans le liquide extrait de certains épancbemenls asiatiques et pleurcliques. Ce coagulum ne serait doue pas de la mucosine, selon Morel, comme dans la cystite catarrhalc, ainsi que l'ont dit Ch. Robin et Verdeil. La cystite cantharidienne est d'ailleurs rarement violente. Il peut arriver, daus les cas les plus garves, que tout l'appareil urinaire soit euvahi par l'inflammation ; mais cela est fort rare, et le plus souvent la cystite cantharidienne est d'une intensité moyenne ou légère. Dans ce dernier cas, il peut n'y avoir en urinant qu'une douleur peu sensible au méat ou dans la vessie, ou de la chaleur ; mais l'urine n'en est pas moins albumineuse, et les petites fausses membranes ne sont pas rares. Le dépôt fibrineux fait iei défaut.

U est très-im portant dans tous les faits de cystite de s'informer s'il a été fait

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une application récente de vésicatoire, on si le malade entretient ta suppuration «l'un exutoire «avec de la pommade de cantharides. Morel-Lavallée a rapporté une observation curieuse dans laquelle on avait négligé de constater cette dernière circonstance, et où la cystite persistante fut attribuée à la présence d'une pierre dans la vessie. Tous les accidents cessèrent par la suppression de l'exutoire, ce qui démontra qu'il s'agissait d'une cystite canadienne. Le même observateur a signalé aussi la possibilité de prendre cette espèce de cystite pour une hématurie produite par une toute autre

11 est également important, dans le diagnostic de la cystite en général, de constater que l'on n'a pas afTaire à une cystite du domaine chirurgical. Je ne veux pas parler ici des cystites traumatiques aiguës dues à des contusions, à des plaies ou à des opérations, et dont l'origine s'annonce d'elle-même, mais Je celles que peuvent produire des corps étrangers introduits ou développés lans l'intérieur de la vessie : soit que des manœuvres immorales les aient fait pénétrer de l'urètre dans la vessie, ce que le malade hésite à avouer, soit qu'un calcul vésical jusqu'alors inaperçu produise l'inflammation. Dans ces deux circonstances, l'urine pourra contenir du sang, mais ce signe serait insuffisant pour constater la présence du corps étranger dans la vessie, car la cystorrhagie peut se montrer aussi dans la cystite canlharidienne. La sonde seule permettra de reconnaître la présence des corps étrangers dans la vessie.

On a considéré comme conséquence ou complication des cystites une congestion des vésicules séminales, avec émission d'une petite quantité de spermatozoïdes qu'on trouve dans l'urine, et qui donnent lieu par conséquent à une sorte de spermatorrhée. Mais c'est aux cas chirurgicaux que se rapportent principalement les complications graves de la cystite aiguë : les vomissements, le iwquet, le météorisme, la rétention d'urine, soit dans la vessie, soit dans le rein, par suite du gonflement inflammatoire du col vésical ou de l'orifice des uretères, d'où la fièvre urineuse, le délire et la mort.

3° Pronostic. — La cystite aiguë qui n'est pas du ressort de la chirurgie se termine bien rarement ainsi d'une manière fatale, à moins qu'il n'y ail empoisonnement par les cantharides; et encore est-ce alors à l'intoxication et non à la cystite aiguë que succombent les malades. Dans les autres circonstances, la maladie se termine ordinairement par guérison.

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