‹ Dictionnaire de droit administratif et de droit public (volume 2)Chapitre 172 sur 184 · I.K CIIRIST1ANI8MK KT I.'K.SCI.AVAGR · texte numérisé non relu

I.K CIIRIST1ANI8MK KT I.'K.SCI.AVAGR

Ia> christianisme, qui avait pour but l'amélioration morale des individus, et non la réforme d«î8 institutions sociales, n'a pas combattu directement l'esclavage, auquel l'existence mémo de la société romaine était indissolublement liée.

Il a relevé les esclaves moralement et religiouscment, mais il n'a pas réclamé leur émancipation civile. Kn Dieu, dit saint Paul, il n'y a ni Grec, ni juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni barbare, ni Scythe, ni esclave, ni homme libre, mais Jésus-Christ est en tous (2). Il ajoute que l'esclave doit obéir à son maître et que le maître doit user de douceur envers son esclave (3).

Saint Paul déclarait donc qu'au point de vue religieux tous les hommes sont égaux, sans distinction de race ou de condition, et que l'Eglise chrétienne admet dans son sein les étrangers, aussi bien que les juifs, les esclaves, aussi bien que les hommes libres. Mais il reconnaissait que l'esclavage était de son temps un fait nécessaire et fatal, devant lequel il fallait s'incliner.

Saint Jean Ghrysostôme, commentant les textes de saint Paul, dit à son tour : - La loi « du monde connaît la différence dos deux - races, mais la loi de Dieu l'ignore, car " Dieu fait du bien à tous; il ouvre à tous le « ciel indistinctement (4). •»

La doctrine des premiers chrétiens sur l'esclavage est la même que leur doctrine sur la propriété. En Jésus-Christ il ne devait y avoir ni riches, ni pauvres ; personne ne devait rien posséder en propre, et, néanmoins, les chrétiens admettaient que la propriété est légitime comme étai.t une création du droit humain. En Jésus-Christ tous les hommes sont frères et, néanmoins, les chrétiens respectaient l'institution servile comme conforme à la loi humaine (5).

L'école philosophique, qui était opposée à Aristote, et, plus tard, l'école stoïcienne

(2) Épître aux Colossieus, chap. VI, verset onzième.

(3) Épître aux Éphéslons, chap. VI, 5-6-9.

(4) Chrtsostome, Homélies, XXII, 2.

(5) Janet, Histoire de la science politique, 1, 320.

ESCLAVAGE

proclamaient également que la servitude est un état contre nature, fondé uniquement sur la violence. Les premiers chrétiens n'ont pas dit autre chose.

Le souffle généreux qui animait saint Paul s'affaiblit à mesure que la religion chrétienne, se propageant vers l'occident, s'imprégna davantage du dur esprit de Rome.

On sentait que l'esclavage, fondement de la constitution économique de l'empire romain, subsisterait aussi longtemps que cet empire lui-même, dont la durée paraissait devoir être éternelle.

Ce sentiment de désespérance se manifeste particulièrement dans les écrits de saint Augustin, le plus illustre des pères de l'Église latine.

Saint Augustin cherche, comme Aristote, une justification rationnelle de l'esclavage : « L'ordre de la nature «, dit-il, « a été ren- « versé par le péché, et c'est avec justice que « le joug de la servitude a été imposé au « pécheur... l'esclavage est donc une peine... « C'est pourquoi l'apôtre avertit les esclaves « d'être soumis à leurs maîtres et de les ser- " vir de bon cœur et de bonne volonté, afin « que, s'ils ne peuvent être affranchis de " leur servitude, ils sachent y trouver la « liberté, en ne servant point par crainte, « mais par amour, jusqu'à ce que l'iniquité « passe et que toute domination humaine « soit anéantie, au jour où Dieu sera tout en « tous (1). »

Dans l'opinion de Saint Augustin, l'esclavage est la conséquence légitime du péché et doit subsister jusqu'au jour où Dieu sera tout en tous, c'est-à-dire jusqu'à la consommation des siècles. C'est seulement dans la cité divine que l'esclavage sera détruit.

Les deux plus grandes autorités du moyen âge, Aristote et saint Augustin, avaient admis la légitimité de l'esclavage. Ils invoquaient, l'un l'inégalité naturelle qui existe entre les hommes, l'autre la déchéance qui résulte du péché originel.

La théologie scolastique n'a su que répéter leurs arguments.

L'empire romain avait succombé, le régime économique de la société s'était transformé, et depuis le xii» siècle les princes et les peuples, cédant à un entraînement irrésistible, travaillaient de commun accord à

(1) De civit. Dei, liv. XIX, 14-15.

l'abolition de l'esclavage. Les scolastiques, enchaînés par des formules traditionnelles, ont résisté à ce mouvement ; ils ont accepté l'esclavage sans réserve ni restriction, et l'ont justifié par toutes les raisons qu'avaient fait valoir les deux docteurs infaillibles dont ils suivaient respectueusement les traces.

Saint Thomas (2) déclare que l'esclavage est conforme à la loi naturelle. Il y a, dit-il, des degrés entre les hommes, comme entre toutes les choses. De même que l'âme est appelée à commander au corps, de même, parmi les hommes, il en est qui sont naturellement appelés à commander aux autres; il en est d'autres qui manquent de raison et qui ne sont propres qu'aux travaux serviles. Il y a donc des esclaves par nature. Telle est l'opinion d'Aristote dans le premier livre de la Politique. Saint Thomas ajoute que le pouvoir despotique du maître sur l'esclave eût été injuste dans l'état d'innocence, mais qu'il a été justement introduit par le péché : tel est l'avis de saint Augustin (3).

L'influence d'Aristote, de saint Augustin et de saint Thomas s'est fait sentir jusqu'au xviic siècle. Bossuet, imbu des doctrines autoritaires qui confondaient la liberté avec l'anarchie, déclare que l'esclavage est un état juste et raisonnable : « L'origine de la « servitude », dit-il, « vient des lois d'une « juste guerre, où le vainqueur ayant tout " droit sur le vaincu, jusqu'à pouvoir lui ôter « la vie, il la lui conserve : ce qui même, « comme on sait, a donné naissance au mot « de sei'vi, qui, devenu odieux dans la suite. « a été dans son origine un terme de bien- « fait et de clémence, descendu du mot ser- « ware, conserver... De condamner cet état... « ce serait non seulement condamner le « droit des gens, où la servitude est admise, « comme il paraît par toutes les lois; mais « ce serait condamner le Saint-Esprit, qui « ordonne aux esclaves, par la bouche de « saint Paul, de demeurer en leur état, et « n'oblige point leurs maîtres à les affran- « chir » (BossuKT, Cinquième avertissement

(2) Ou l'auteur, quel qu'il soit, du De regimhie Principum, liv. II, chap. X, et liv. III, chap. IX.

(3) li Sur la question de l'esclavage, la scolastique est u revenue purement et simplement à Aristote. Les objocu tiens des stoïciens, et même du christianisme, contre tt l'esclavage lui paraissent inconnues. La sco'.astique est tt évidemment sur ce sujet esclave de la méthode d'autou rite, n (Jaset, Histoire de la science politique, I, p. 515.)

ËSCLAVAOli.

ESCLAVAGE

(iiiiV Protestants, Mil'um Didol, l. IV, p. 404). L'niicicimo lé^'islatiou fanoiiique est on haruioiiio avec renscijfiieiiienl tloniiù par saint Au^Mistin, saint Tliunias et Hossuet. Le Di'ti-elitm CiratUttii, qui est une l'ïiiianation <lii ilr«»il romain, roconnait et consaci-o par dos toxlos nombi'eux l'existence et la légitimité de la puissance dominicale. Lorsqu'il détermine la manière dont s'établit l'esclavage, il s'exprime i)i*estiue dans les mômcfl termes que les Pandectes (1).

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