LE PREMIER CONCILE DE NICÉE
16. L'empereur Constantin convoqua à Nicée, en 325, le premier Concile œcuménique. Il présida en personne toutes les séances de cette assemblée et y maintint l'ordre et la discipline.
Il abandonna toutefois la direction des débats théologiques à Osius, évoque de Cordoue, qui représentait le patriarche de Rome ; à Alexandre, patriarche d'Alexandrie, et à Eustathius, patriarche d'Antioche (2).
Il fallait, pour fonder définitivement la religion unitaire à laquelle aspirait le monde unifié par les armes romaines, combiner, dans une synthèse supérieure, le pur monothéisme des races sémitiques avec le vieux dogme arien de la Trinité et élever au rang divin la deuxième et la troisième personne de cette Trinité.
Le Concile de Nicée ébaucha cette œuvre, qui fut complétée en 381 par le Concile de Constantinople. Il décida que le Aoyo; ou le Fils était engendré,mais non créé («yâvvîjQsvTa, ovx. 7roiïj9svTa), et qu'il était d'une nature identique à celle du Père (oy.oov(Tiov tw noi-pi).
Il s'occupa ensuite de la discipline ecclésiastique et des élections épiscopales. Cet objet fut réglé comme suit par le IVe canon : « L'évêque doit être choisi par tous les « évêques de Yéparchie (province). Si cela " n'est point possible à cause d'une nécessité
(1) « Dès le moment que les empereurs ont été faits cliréu tiens, les choses ecclésiastiques ont dépendu d'eux, et ces a grands Conciles ont été convoqués par leur avis et selon « qu'ils ont jugé à propos » (Socrate, Hist. eccl., lib. VII, 11, proem.).
(2) Hépélé, Histoire des Conciles, I, 36 et suiv.
(3) Idem, ibid., 1, 372..
(4) Voici le texte grec de la première partie du Vie canon :
Ta ap/OLiof. sôv? xparsiTO ra sv Aiyu7TTGo zat Ai(3o>j xai nsvTa7roA£i, mots tov Ale^aviïpeixç ZTziav.OTZQ'j 7ravT<wv tovtcov f/ziv rrçv s£ou<nav, sttsi^ïj xoa tw sv xf) Poipit) sttmjy.ottm touto auvrçôsç siTTtv : ouLOMoç <3*s xat Jtara Avno^stav xai sv Tor.LÇ a/Àaiç enap/jcaç ra Tcpeafieia. gmÇsgQki t«iç s-/.xA>j<naiç.
En voici la traduction latine : « Mos antiquus perduret « in iEgypto vol Libya et Pentapoli, ut Alexandrinus cpis- « copus horum omnium habeat potestatcm, quoniamquidom
« urgente ou parce qu'il y aurait trop de « chemin à faire, trois évêques au moins « doivent se réunir et procéder à la cheiro- » tonie (sacre) avec la permission écrite des « absents.
« La confirmation de ce qui s'est fait re- « vient de droit dans chaque éparchie au « métropolitain (3). »
17. Le VIe canon du Concile de Nicée reconnaît et consacre l'institution des patriarcats. Il se divise en deux parties, dont la première est ainsi conçue : « Que l'on con- « tinue à observer l'antique usage d'après » lequel l'évêque d'Alexandrie a autorité « (eÇovcriav) sur l'Egypte, la Libye et la Pen- « tapole, puisque l'évêque de Rome exerce « de son côté une semblable autorité. Qu'il « en soit de même à Antioche et dans les « autre provinces, et que chaque Église « conserve sa dignité et. ses prérogatives « (honor.) (4). »
Il résulte du VIe canon de Nicée qu'au début du ive siècle de notre ère, les évêques de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, exerçaient une certaine autorité (s£ov<riav) sur plusieurs provinces ecclésiastiques qui avaient, chacune, leur métropolitain propre.
Le diocèse d'Egypte, qui avait pour capitale Alexandrie, comprenait, d'après le texte même du IVe canon de Nicée, l'Egypte, la Libye et la Pentapole, c'est-à-dire toutes les provinces qui s'étendaient jusqu'à la grande Syrte et qui formaient, en 325, le diocèse politique ou civil d'Egypte (5).
La juridiction de l'évêque d'Antioche s'étendait sur tout le diocèse civil d'Orient, qui comprenait quatorze provinces : Palœs-
« et episcopo Eomano parilis mos est. Similiter autem et « apud Antiochiam ceterasque provincias honor suus « unicuique servetur ecclesiœ n (Labbe, Collection des Conciles, t. Il, p. 46).
Une autre leçon, qui est tirée d'un manuscrit très ancien {Codex antiquissimus Henrici Justelli) et qu'on appello la Prisca, porte : « Antiqui moris est ut urbis Romse episcopus « habeat principatum et suburbicaria loca et omnem pro- « vinciam suâ sollicitudino gubernet. Quœ vero apudiEgypu tum sunt, Alexandrise episcopus omnem habeat sollicitu- « dinem. Similiter autem et circa Antiochiam et in ceteris « provinciis privilégia propria sorventur metropolitanis « ecclcsiis n (Mansi, t. VII, p. 1127).
Enfin ce canon est analysé de la manière suivante dans le livre II do VHistoire ecclésiastique do Rufin d'Aquilke : « Et ut apud Aloxandriam, et in urbo Romà, vetusta con- « suetudo servetur ut vel illo ^Egypti vol hic sttbui bicaria- « rum ecclesiarum sollicitudinem gerat. «
(5) HÉFÉLÉ,I,p.381.
tina, Fœnice, Syria, Cilicia, Cyprus, Arabia, lsawria, Palœstina salutaris, Palœstina II, Fœnice Lybani, Euphratensis, Syi~ia salutaris, Owhoëna, Cilicia II (1).
Sur quelles régions s'étendait la juridiction patriarcale de l'évêque de Rome?
On n'est pas d'accord sur cette question.
Les uns, s'appuyant sur d'anciennes traductions latines du VIe canon de Nicée, traductions que nous avons reproduites ci-dessus, sont d'avis que l'évêque de Rome n'avait juridiction que sur les églises suburbicaires, c'est-à-dire sur un territoire qui s'étendait à une distance d'environ 100 milles de la capitale et qui était sous les attributions du prœfectus urbi.
D'autres pensent que son autorité s'étendait sur toute la préfecture d'Italie, qui comprenait environ un tiers de l'empire romain; mais cette conjecture ne s'appuie pas sur des documents certains et incontestés.
Il est vraisemblable que la juridiction de l'évêque de Rome était, dans les premiers temps, restreinte dans des limites assez étroites et que, s'agrandissant par une sorte de végétation lente et progressive, elle a fini par être reconnue dans tout l'Occident (2).
— Un certain nombre d'églises demeuraient en dehors de la juridiction des trois patriarches de Rome, Alexandrie et Antioche. Le VIe canon de Nicée le fait clairement entendre en disant : « On doit conser- « ver de même dans les autres héparchies « les droits (itpser^sut) des églises ». Ce passage fait allusion aux trois métropoles d'Éphèse pour l'Asie proconsulaire, de Césarée en Cappadoce pour le Pont, et d'Héraclée (plus tard Constantinople) pour la Thrace. Le synode de Nicée reconnaissait comme provinces ecclésiastiques distinctes et gouvernées chacune par un métropolitain supérieur les diocèses de Pont, de l'Asie et de la Thrace (3).
La seconde partie du VIe canon de Nicée limite les droits des patriarches en rappelant la prérogative que le IVe canon avait déjà consacrée en faveur des métropolitains : " Il est évident », y est-il dit, « que si quel- « qu'un est devenu évêque sans l'approbation
(1) Héfélé, Histoire des Conciles, ]
(2) Idem, ibid., I, p. 388 et suiv.
(g) Idem, ibid., I, 384.
(4) Idem, ibid., 1,382 et 385.
« du métropolitain, le concile lui ordonne « de se désister de son épiscopat. »
Il y avait donc, dans chaque éparchie ou province, un métropolitain, sans l'assentiment duquel aucun évêque ne pouvait être ordonné.
Quant aux patriarches, ils ordonnaient non seulement les métropolitains soumis à leur obédience, mais encore les suffragants de ceux-ci, pouvu que l'élection eût été faite avec l'assentiment du métropolitain immédiat (4).
18. Constantin, qui avait convoqué et présidé le synode de Nicée, approuva solennellement les décrets votés par cette assemblée, les déclara lois de l'empire et menaça de l'exil tous ceux qui ne voudraient pas les souscrire (Rufin, Histoire ecclésiastique, 1,5).
On a prétendu que Sylvestre, patriarche de Rome, a été, lui aussi, invité à approuver les canons de Nicée en qualité de chef de 1 Église universelle, et l'on a produit, pour justifier cette assertion, les documents suivants :
1° Une lettre d'Osius, évêque de Cordoue, de Macaire, évêque de Jérusalem, et des deux prêtres romains Victor et Vincent, adressée au nom de tout le Synode au Pape Sylvestre (5) ;
2° La réponse de Sylvestre et son décret d'approbation (6);
3° Une lettre de Sylvestre, à peu près identique à celle qui précède (7);
4° Les actes d'un concile prétenduement convoqué à Rome pour approuver les décisions prises à Nicée; ce concile, composé de 275 évêques, aurait même fait quelques additions aux canons de Nicée (8) (voy. ciaprès, n° 38).
Ces documents ont été copiés dans divers manuscrits trouvés à Rome et à Cologne et ont été reproduits dans presque toutes les collections de Conciles.
Us sont écrits dans un mauvais laiin et fourmillent d'erreurs chronologiques. On est unanime aujourd'hui à reconnaître qu'ils sont apocryphes et qu'ils ont été fabriqués
(5) Mansi, Collection des Conciles, II, p. 719.
(6) Idem, ibid., t. II, p. 720.
(7) Idem, ibid., t. II, p. 721.
(8) Idem, ibid., t. II, p. 1082; Hard., t. 1er, p. 527.
du temps du Pape Symmaque, mort en 514 (1).