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LE PREMIER CONCILE DE CONSTANTINOPLE

21. Les disciples d'Arius, qui rejetaient la pluralité et l'égalité des hypostases ou personnes divines, avaient fait d'immenses progrès en Orient, grâce à la puissante protection de l'empereur Valens. Le siège épiscopal de Constantinople était depuis quarante ans en leur pouvoir, et ils étaient en possession de toutes les églises de la ville (3).

L'avènement de Théodose le Grand modifia totalement cette situation. Il se déclara partisan de la foi de Nicée et, pour extirper l'arianisme, il convoqua à Constantinople un grand synode, qui se réunit au mois de mai 381 (4).

Le deuxième Concile œcuménique confirma les décrets de Nicée et compléta la définition de la Trinité divine en déclarant que le Saint-Esprit est consubstantiel au Père et au Fils.

Il s'occupa ensuite de la discipline ecclésiastique, et il porta le décret dont la teneur suit :

« Qu'aucun évoque ne s'occupe des églises « qui sont en dehors de son département. Que,

(1) Voy. les thèses de M. Loyseàu-Gràndmaison, dans la Bibliothèque de VÉcole des chartes, 3e série, t. 1er, p. 356.

(2) Héfélé, Histoire des Conciles, I, 565.

(3) Deux cents ans plus tard, les Arabes, qui prêchaient le monothéisme pur, furent accueillis avec enthousiasme

Ipar les populations sémitiques et orientales. L'Asie et l'Afrique romaine, conquises par eux militairement et religieusement, abandonnèrent définitivement la foi de Nicée, qui avait eu tant de peine à s'y acclimater. (4) Ce synode était composé exclusivement d'évêques orientaux. L'évêque de Rome n'y était pas représenté.

« suivant les canons, l'évêque d'Alexan- « drie ne s'occupe que du gouvernement « de l'Egypte. Que les évêques d'Orient « n'administrent que l'Orient, sans préjudice « des privilèges et de la prééminence que le « Concile de Nicée a reconnus en faveur de « l'Église d'Antioche. Que les évêques du « diocèse d'Asie n'administrent que l'Asie, « que les évêques de Thrace n'administrent « que la Thrace et que ceux du Pont n'admi- « nistrent que la province du Pont. Qu'aucun « évêque, à moins qu'on ne l'y invite, ne « fasse des ordinations ou tout autre acte « d'administration ecclésiastique en dehors « de son diocèse. De cette façon on observera « les canons relatifs à la séparation des « diocèses, et chaque province sera adminis- « trée par son propre synode, conformément « aux décisions prises à Nicée. »

Ce canon ordonne, dit Héfélé, que les évêques d'un diocèse (civil), c'est-à-dire de l'une des grandes divisions de l'empire, sur lesquelles les divisions ecclésiastiques avaient été calquées, pour former des patriarcats et des exarchats, ne se mêlent pas des affaires qui concernent des Églises étrangères. Cette défense atteignait, par la force des choses, surtout le premier évêque de chacun de ces grands diocèses, c'est-à-dire le métropolitain supérieur, ou bien, comme on disait alors, le patriarche ou l'exarque ; l'immixtion dans les affaires d'un autre patriarcat était, à plus forte raison, interdite aux autres évêques du diocèse.

C'était la condamnation des décrets votés à Sardique, la négation du droit de surveillance que Jules, évêque de Rome, s'était arrogé sur l'Église universelle.

L'esprit décentralisateur de l'Orient s'insurgeait contre les tendances unitaires de l'Église occidentale.

La translation du siège du gouvernement impérial à Byzance favorisa singulièrement cotte résistance. L'Empire avait désormais deux centres, Rome et Constantinople, et il était à la veille de se diviser en deux empires distincts, l'empire d'Occident et l'empire d'Orient.

L'Église chrétienne, dont l'organisation externe se modelait exactement sur la constitution politique de l'empire romain, devait inévitablement obéir à la même impulsion et se fractionner en deux grandes communautés, l'Église latine et l'Église grecque.

L'érection du siège de Constantinople en

patriarcat fut, comme on va le voir, le signal de ce déchirement.

22. Il n'y avait dans l'origine que trois patriarches : ceux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche.

Le patriarche de Rome occupait le premier rang et jouissait d'une préséance honorifique qui se manifestait dans le cérémonial observé à l'occasion de la tenue des Conciles généraux.

Le second rang d'honneur appartenait au patriarche d'Alexandrie, et le troisième au patriarche d'Antioche. Immédiatementaprès eux venaient, dans l'ordre des préséances, les évêques d'Éphèse, de Gésarée en Cappadoce, et d'Héraclée en Thrace, qui occupaient, dans l'Église, un rang privilégié.

Lorsque Gonstantinople devint le siège de l'empire d'Orient, événement qui suivit de près le synode de Nicée, l'évêque de la nouvelle capitale fut élevé à la dignité de patriarche en remplacement de l'évêque d'Héraclée.

Quel rang le nouveau patriarche devait-il occuper dans la hiérarchie des dignitaires ecclésiastiques?

Le deuxième Concile œcuménique résolut cette question par son troisième canon, qui est ainsi conçu :

« L'évêque de Constantinople aura la « priorité d'honneur après l'évêque de Rome, « par le motif que Constantinople est une « nouvelle Rome (1). »

Les Byzantins prétendaient que l'importance de chaque siège ecclésiastique dépendait du rang de la ville où il était établi. L'évêque de la nouvelle Rome devait donc marcher de pair avec celui de l'ancienne capitale et, peut-être, un jour le dominer.

Tel était le sens caché du décret voté en 381.

Damase, évêque de Rome, se rendit compte du péril qui menaçait sa primauté. Il protesta contre la décision des pères de Gonstantinople, en alléguant qu'il fallait chercher la source de la dignité des Églises uniquement dans la provenance apostolique.

Un Concile d'évêques italiens, qui se

(1) Tov pev toi KwvçT«vTtvw7ro^swç S7rtc-xo7rov eyjiv za. TZfj-vpsux zrjç Tiprjç peza. tov tïjç H&>y.vj; c7ri<7tt07rov, âion to sivat auryjv vsav KtMfXVjV. Constantinopolitanus cpiscopus habeat priores honoris partes post ltomanum episcopuin, eo quod sit ipsa nova ltoina (Labbe, iSacrosancta Concilia, Bibliothèque royale, section do théologie, no 1006).

réunit à Rome, sous sa présidence, en 382, admit ce principe et décida, en conséquence, que le siège romain, fondé par saint Pierre, était le premier de tous ; que la seconde place appartenait au siège d'Alexandrie, fondé au nom de Pierre par l'évangéliste saint Marc, et que la troisième place revenait à Antioche, où Pierre avait résidé avant de venir à Rome (2).

Ce décret avait pour objet d'abaisser Gonstantinople, ville nouvelle, qui n'avait été illustrée par la présence d'aucun des apôtres, et d'établir à jamais la préséance du siège romain, en lui donnant pour base immuable le roc symbolique sur lequel le Christ avait fondé son Église. Rome n'était plus seulement la cité victorieuse qui avait conquis l'univers; elle bénéficiait, en outre, du séjour qu'y avait fait saint Pierre, et sa primauté religieuse était désormais indépendante des fluctuations de sa fortune politique.

Le synode convoqué en 382 par l'évêque de Rome n'était, suivant le droit public de l'époque, qu'un Concile provincial, dont l'autorité ne pouvait balancer celle du Concile général convoqué par l'empereur Théodose

Aussi le patriarche de la nouvelle Rome demeura-t-il en possession du titre et des honneurs qui venaient de lui être décernés.

Le deuxième Concile œcuménique clôtura ses travaux en sollicitant de l'empereur Théodose la ratification des décrets qu'il avait portés.

Théodose, qui se considérait comme le chef de l'Église, répondit aux vœux de l'assemblée par un décret approbatif en date du 30 juillet 381 (3).

Les canons de ce Concile étaient encore très mal vus à Rome au temps de saint Léon (450). C'est à la longue seulement que l'Église d'Occident a accepté ses définitions dogmatiques. Quant aux canons disciplinaires, elle les a toujours repoussés (4).

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