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LE CONCILE DE CHALCÉDOINE

25. Le Concile de Nicée avait reconnu la divinité du Fils et l'avait déclaré coéternel et consubstantiel au Père.

(2) Le texte de ce décret se trouve dans la Collection des Conciles do Mansi, t. III, p. 635.

(3) Voy. la Collection des Conciles d'HAitnouiN, t. 1er, p. 807, et le Code théodosien, 1, 3, de Fidc catliol.

(4) De Bboguk, l'Église et l'Emjpire romain, t. V, p. 456.

Le développement de la science christologique conduisit à cette autre question : le Christ a-t-il une ou deux natures?

Les monophysites réunissaient en une seule les deux natures du Christ. Eutychès, archimandrite de Constantinople, s'était fait l'apôtre de cette doctrine.

Le pape Léon, dans le but d'étouffer l'hérésie des monophysites, s'adressa, le 13 octobre 449, à l'empereur Théodose II, pour solliciter la réunion d'un Concile œcuménique, et il indiqua l'Italie comme lui paraissant le pays le mieux situé pour une pareille assemblée. Il renouvela sa demande lors des fêtes de Noël et la fit appuyer par Valentinien III, empereur d'Occident.

L'empereur Théodose répondit par un refus (1).

Marcien, son successeur, consentit à convoquer l'assemblée plénière des évêques, non pas en Italie, mais dans la ville de Chalcédoine, qui était à proximité de Constantinople.

L'assemblée inaugura ses travaux le 8 octobre 451. C'était la plus nombreuse qu'on eût encore vue ; elle comptait près de six cents membres, tous grecs ou orientaux, sauf les légats du pape et deux évêques africains qui avaient fui leur pays à cause de l'invasion des Vandales (2).

L'empereur Marcien en personne présida la sixième session ou séance, qui eut lieu le 25 octobre 451. Ce fut lui qui proposa les questions et qui dirigea la discussion (3).

Il fut représenté aux autres séances par six fonctionnaires supérieurs ayant à leur tête Anatolius, maître des milices impériales et personnage consulaire, et par onze sénateurs.

Ces magistrats (ap/ovrîç, judices) occupaient la place d'honneur au milieu de l'église Sainte-Stéphanie devant la balustrade de l'autel. Us sont nommés les premiers dans les comptes rendus. La présidence de l'assemblée leur était dévolue de droit en leur qualité de délégués de l'empereur. Us fixaient l'ordre des délibérations, dirigeaient les débats, posaient les questions, formulaient des avis et des conclusions, en

(1) IIifi li:. Histoire des Conciles, I, p. 11, et II, p. 583

(2) Hl.FLLt, III, 14.

(3) Hasdouis, III, p. 486 et suiv.

un mot exerçaient toutes les fonctions de la présidence (4).

Le patriarche de Rome était représenté par Paschasinus, évêque de Lilybée, Lucentius, évêque d'Ascoli, et Cœlius Bonifacius, prêtre de l'Église de Rome.

Ces légats prirent part aux opérations du Concile en qualité de premiers votants.

Us siégeaient en tête des évêques, à la gauche du président; c'était la place d'honneur chez les Romains.

Immédiatement après eux venaient Anatole, patriarche de Constantinople, et Maxime, patriarche d'Antioche. A la droite du président siégeait Dioscore, patriarche d'Alexandrie, et Juvénal, patriarche de Jérusalem (5).

24. Les pères de Chalcédoine, après avoir résolu les problèmes théologiques que soulevait l'erreur professée par Eutychès, votèrent, dans la quinzième séance, une série de canons, parmi lesquels il y en avait trois, le douzième, le dix-septième et le vingt-huitième, qui avaient pour objet de régler, dans un sens contraire aux sentiments du siège de Rome, la situation hiérarchique et les privilège de l'Église de Constantinople.

Le synode admit qu'en principe le rang ecclésiastique d'une ville devait se régler d'après la situation de cette ville dans l'ordre civil ou politique (Héfélé, III, 124).

Déjà, par application de ce principe, le deuxième Concile œcuménique avait décidé que l'évêque de Constantinople aurait la priorité d'honneur après l'évêque de Rome (-oîT.Sîta tvj; navj; txîTaTvj; Rwptvj; stzktxo-o-j).

L'assemblée de Chalcédoine affirma de nouveau et accentua cette décision en déclarant ce qui suit dans son XXVIIIe canon :

« Nos pères ont attribué à bon droit des « privilèges au siège épiscopal de l'ancienne « Rome par le motif que cette ville était la « capitale de l'empire. Les cent cinquante « évêques (réunis à Constantinople en 381), « mus par la même considération , ont « accordé des privilèges identiques (ra ni. « ■KpîcrpîHx.) au siège épiscopal de la nouvelle « Rome, jugeant avec raison que cette ville, « qui est devenue le siège de l'empire, qui

(4) Voy. Hardouin, II, 54, 6(

(5) Héfélé, Histoire des Conciles, III, p. 11; Amédée Thiebby, Récits de Vhistoire romaine {Revue des deux mondes, t. 98, p. 56).

« possède un Sénat et qui, politiquement, « jouit des mêmes privilèges que l'ancienne « Rome, doit, au point de vue ecclésiastique, « être, aussi bien qu'elle,' exaltée et magni- « fiée, tout en occupant le second rang. »

Le synode de Chalcédoine transmit au pape Léon une expédition des décrets qu'il avait votés, en le priant de les confirmer et, spécialement, d'approuver les canons qui réglaient la situation hiérarchique de l'évêque de Constantinople.

Léon répondit par un refus péremptoire.

Il maintenait le système que son prédécesseur Damase avait développé dans le synode célébré à Rome en 382, et revendiquait le premier rang pour le siège de Rome, que saint Pierre avait fondé; le deuxième rang pour le siège d'Alexandrie, qui avait été fondé par Marc, disciple de Pierre, et le troisième rang pour Antioche, où Pierre avait prêché et où était né le nom des chrétien (1).

« Que Constantinople », écrivait-il à l'empereur, « garde sa gloire, je suis le premier « à le désirer. Mais les choses divines ne se « règlentpoint par les mêmes principes que « les séculières. Il n'y aura pas de construc- « tion stable hors de la pierre que le Sei- « gneur lui-même a placée au fondement. « Que l'évêque de Constantinople se con- « tente d'habiter une ville royale, mais qu'il « ne s'imagine pas qu'il en fera jamais une « ville apostolique. »

L'empereur Marcien, chef de l'Église orientale ne tint aucun compte de l'opposition du patriarche de Rome et, par quatre décrets datés du 7 février, du 13 mars, du 6 et du 28 juillet 452, il ratifia, non seulement les décisions dogmatiques, mais encore les ordonnances disciplinaires du Concile de Chalcédoine (2).

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