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CONSTITUTION DE L'ÉGLISE CHRÉTIENNE SO-US JUSTINIEN

2î>. En 534, Justinien, chef politique et ecclésiastique de l'empire d'Orient, composa et publia, en forme de loi, un symbole de foi détaillé, par lequel il confirmait expressê-

(1) Hépélé, III, 150.

(2) Idem, III, 151.

ment les décrets des quatre Conciles de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine.

Pour ne pas rompre l'union dogmatique entre l'Orient et l'Occident, il soumit ce document à l'approbation de Jean, très saint archevêque et patriarche de Rome : « Je dé- « sire », disait-il dans sa lettre d'envoi, « soumettre et unir tout le clergé oriental « au siège épiscopal qu'occupe Votre Sain- « teté. C'est pourquoi j'ai cru nécessaire de « porter à la connaissance de Votre Sainteté « ce qui s'est fait en Orient, car votre Église « est la tête de toutes les Églises. »

A ce langage plein de déférence, Jean, évêque de Rome (c'est le tilre qu'il prit dans la lettre qu'il envoya à Justinien) répondit en félicitant l'empereur du respect qu'il portait à l'Église de Rome et de l'intention qu'il manifestait de tout soumettre au sentiment de cette Église, dont le fondateur avait reçu de Dieu la mission de paître ses brebis. Il déclara, en conséquence, qu'il approuvait l'édit de Justinien (quod, quia apostolicœ doctrinœ convertit, nostra auctoritate confirmamus) (Code de Justinien, liv. Ier, tit. Ier, loi 8).

Cette déclaration ambiguë impliquait-elle la confirmation des canons disciplinaires votés à Constantinople en 381 et à Chalcédoine en 451?

Justinien le crut ou feignit de le croire. Il donna itérativement, par sa Novelle 131, force de loi (vicem legis) aux canons des quatre Conciles de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine, et leur reconnut une autorité égale à celle des saintes Écritures. Par conséquent, ajoutait-il, le Pape de l'ancienne Rome sera considéré comme le premier de tous les prêtres (primus omnium sacerdotum), et le bienheureux archevêque de la nouvelle Rome occupera le second rang d'honneur et aura le pas sur tous les autres.

Ce décret, qui est daté des calendes d'avril 545, époque à laquelle la ville de Rome était retombée sous la domination de Justinien, ne donna lieu à aucune protestation de la part de la curie romaine, et la division de la chrétienté en deux grands patriarcats indépendants l'un de l'autre devint ainsi définitive.

Ce n'est toutefois qu'au Concile de Latran, célébré en 1215, pendant que Constantinople était sous la domination des Latins, que le

rang du patriarche de cette ville (le deuxième rang) a été officiellement reconnu par les Occidentaux.

Cette reconnaissance a été confirmée par le Concile de Florence le 6 juillet 1439 (1).

26. A l'époque où nous sommes arrivés (milieu du vie siècle), l'Église chrétienne n'offrait encore que les rudiments d'un corps politique parfait.

Le pouvoir suprême appartenait à l'assemblée plénière des évoques, formant le Concile œcuménique ou universel.

Les Conciles œcuméniques se réunissaient en Orient, sur l'ordre de l'empereur, et n'étaient composés, en fait, que d'évêques orientaux. Leurs décisions ne liaient le corps entier de l'Église que quand le patriarche de Rome, chef de l'Église d'Occident, y avait donné son adhésion : or, on a vu, par l'exemple des Conciles de Constantinople et de Chalcédoine, combien cette adhésion était difficile à obtenir.

Les divers métropolitains n'étaient pas soumis à une autorité unique suprême.

L'évêque de Rome jouissait, il est vrai, d'une immense considération : « Il était », dit Klimrath, « l'évêque de la capitale de l'em- « pire, de la ville d'où la foi chrétienne « s'était propagée au loin dans tout l'Occi- « dent. On cherchait à entrer en relation « avec lui plus avidement qu'avec aucune « autre Église; on recevait ses avis avec « plus de déférence, on se plaisait à lui de- « mander conseil; en un mot, on lui accor- « dait sans contestation une supériorité de « rang, mais nullement une suprématie de « droit et de pouvoir. Longtemps les évêques « de Rome eux-mêmes ne prétendirent pas « autre chose; ce n'est que peu à peu qu'ils « conçurent l'idée de la papauté et s'effor- « cèrent de la réaliser par la pratique, sans « pouvoir néanmoins encore y réussir com- « plètement (2). »

En fait, l'autorité centrale reposait presque entièrement aux mains de l'empereur.

C'était la conséquence de l'union absolue qui, dans la monarchie byzantine, existait entre l'État et l'Église. En sa qualité d'--i<7xo77oç /.ara ro sxroç tï)ç gxxA/jaia?, l'em-

(1) Voy. Hardouin, Collection des Conciles, t. VII, p. 23, et Héfklé, Histoire des Conciles, XI, p. 467.

(2) Klimrath, Travaux sur l'histoire du droit français, I, § LXV.

DIGT. T. III

pereur s'attribuait le droit de régler les questions religieuses aussi bien que les autres, de convoquer et de présider les Conciles œcuméniques et de sanctionner leurs décisions, de nommer et révoquer les évêques quand il le jugeait à propos (3).

Le droit que l'empereur s'arrogeait de trancher souverainement les controverses dogmatiques n'était cependant pas universellement accepté. Il s'est toujours rencontré des évêques qui protestaient contre ses sentences, en lui rappelant « qu'il n'avait pas « d'ordre à donner dans les choses de la « foi«.

L'unité disciplinaire faisait donc défaut. Les droits des métropolitains et des synodes provinciaux étaient les seules institutions fixes, permanentes, incontestées.

Il manquait à l'Église un gouvernement central permanent.

On a vu, par les débats du Concile de Sardique, que dès le ive siècle, Jules, évêque de Rome, réclamait, sinon un pouvoir de direction, tout au moins un droit de surveillance et de contrôle sur les autres Églises.

Au ve siècle, le patriarche de Rome aspire à une véritable hégémonie sur toute la chrétienté. Il prend ouvertement dans les actes du Concile de Chalcédoine le titre d'archevêque de toutes les Églises (7ra<7&>v Tcov sxxavjtiwv up/j.îTzvjA.QTzoç,) et de pape de l'Église universelle (4).

Mais l'esprit fédéraliste et décentralisateur des Orientaux repousse cette hégémonie. Le Concile décide que l'évêque de Rome n'a qu'une primauté honorifique, et que l'évêque de Constantinople a droit aux mêmes privilèges que lui; il affirme, à plusieurs reprises, que la hiérarchie des sièges épiscopaux dépend uniquement de l'importance politique des villes épiscopales, et condamne ainsi la théorie romaine qui considérait les pouvoirs exceptionnels des pa triarches comme une émanation de l'autorité conférée par Jésus-Christ à saint Pierre.

Ce dissentiment radical n'a jamais pu être aplani. L'Église d'Orient et l'Église d'Occident, bien qu'unies par la communauté des dogmes, ne se sont point fusionnées sous l'au-

(3) Klimrath, Travaux sur l'histoire du droit français, §LXVI.

(4) Dans la 4e session, 17 octobre 451.

torité d'un même chef, et le schisme latent qui les divisait a fait violemment explosion au ixe siècle, à la voix de Photius.

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