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LE QUATRIÈME ET LE CINQUIÈME CONCILE DE CONSTANTINOPLE

54. C'est lors du VIIIe Concile œcuménique, le dernier de ceux qui ont été célébrés en Orient, que le Pape de l'ancienne Rome réclama, pour la première fois, sans ambages et sans détour, un véritable pouvoir d'hégémonie sur l'Église entière.

Cette prétention, odieuse aux Orientaux, détermina l'explosion violente du schisme qui couvait depuis longtemps et qui divise encore l'Église grecque et l'Église latine.

Rappelons sommairement les faits.

Ignace, patriarche de Constantinople , grand partisan du culte des images, avait été, en 861, déposé par un synode de 318 évêques, et remplacé par le célèbre Photius (4).

Le pape Nicolas Ier désavoua ses légats, quiavaient concouru àl'élévation de Photius, et il prit parti en faveur d'Ignace avec une vigueur qui étonna et indigna les Orientaux.

Dans un synode tenu à Rome en 863, il fulmina l'anathème contre Photius, et, en 865, il écrivit à l'empereur Michel une lettre par laquelle il revendiquait au nom du siège de Rome le droit de juger les autres Églises, privilège qui lui avait été donné, disait-il, par Dieu lui-même et que les synodes avaient reconnu. C'était une allusion aux canons du Concile de Sardique (5).

L'empereur Michel convoqua, de son côté, un Concile d'évêques orientaux qu'il présida en personne et qui anathématisa le patriarche de Rome (867).

(4) Hépélé, Histoire des Conciles, V, p. 437.

(5) Idem, ibid., V, p. 554.

Une de ces révolutions de palais, si communes en Orient, changea brusquement le cours des événements. Au mois de septembre 867, Basile le Macédonien égorgeait Michel, s'emparait de la pourpre impériale, et replaçait Ignace sur le trône épiscopal de Constantinople.

Ignace s'empressa de renouer les relations avec la curie romaine, et l'empereur Basile convoqua, à sa demande, une assemblée générale des évêques, d'où furent exclus tous ceux qui avaient été ordonnés par Photius.

Ce synode, qui est le huitième Concile œcuménique des Latins, tint sa première session ou séance dans l'église de Sainte- Sophie, le 5 octobre 869.

Le pape Adrien II avait consenti à y envoyer ses légats, à la condition qu'ils auraient la présidence de l'assemblée, et ils présidèrent, en effet, les cinq premières séances. Les autres séances furent présidées, conformément aux anciennes traditions, par l'empereur lui-même, assisté de douze patriciens qui représentaient le Sénat de Constantinople (1).

Le synode se soumit à la volonté de l'empereur avec la servilité qui distinguait le clergé oriental, et lança l'anathème contre Photius, le courtisan, l'intrus, le schismatique, l'adultère, le parricide, le fabricant de mensonges, l'inventeur de doctrines fausses, etc. (2).

Le Concile de 869 semblait préparer l'établissement de la suprématie papale en Orient. Mais ce triomphe n'était qu'une illusion. « Les Grecs ne voyaient dans les •« Latins que crimes et œuvres de ténèbres, « qui les leur faisaient abhorrer comme des « chiens(3). «Dix ans s'étaient àpeine écoulés que Photius regagnait les bonnes grâces de l'empereur et remontait sur le trône épiscopal.

Un nouveau Concile (le Ville Concile œcuménique des Grecs), composé de 397 évêques orientaux, fut célébré à cette occasion à Constantinople en l'année 879. Photius en personne présida toutes les sessions de ce synode. Les légats du pape Jean VIII siégeaient à ses côtés (Héfrlé, VI, 34).

La réhabilitation de Photius fut sanction-

(1) HAKDociîf, t. V, p. 781, 823, 878, 896 et 1098.

(2) Héïélé, Histoire des Conciles, V, 632.

(3) C'est ce qu'écrivait le pape Innocent III, en 1205 (FiEtBY, Histoire ecclés., liv. LXXVI, chap. 13).

née par les légats: Paul, évêque d'Ancône, chef de la légation papale, souscrivit la déclaration suivante dans la quatrième session (24 décembre 879) : « Je reconnais le « vénérable Photius comme patriarche légi- « time et canoniquement élu, et, conformé- « ment aux lettres du Pape et à son com- « monitorium (instruction), je déclare que « je suis en union avec lui. En même temps « je condamne et j'anathématise le synode « qui s'est tenu contre lui à Constantinople « (en 869), ainsi que tout ce qui a été fait « contre lui à l'époque d'Adrien. » Les deux autres légats signèrent aussi cette déclaration (4).

Quand le pape Jean VIII eut connaissance des actes de ce synode, il désavoua expressément ses légats et fulmina l'anathème contre Photius (5).

35. A dater de cette époque, l'union qui subsistait nominalement entre les deux Églises a été définitivement rompue, et les tentatives que l'on a faites par la suite pour opérer un raccommodement ont toujours échoué.

Chacun des deux patriarches a persisté à s'attribuer le titre d'œcuménique ou d'universel, aucun des deux ne voulant céder la primauté à son collègue.

L'empereur Basile II, qui régnait à Constantinople vers l'an 1000, et le patriarche Eustathius députèrent au pape Jean IX des ambassadeurs, avec mission de lui demander que l'Église de Constantinople fût appelée œcuménique dans son territoire (in suo orbe), de même que l'Église romaine était appelée œcuménique dans toute la chrétienté (6).

Cette singulière transaction fut repoussée, et le pape Léon IX invita Michel Cérulaire, successeur d'Eustathius, à renoncer à l'usurpation sacrilège du titre de patriarche œcuménique (7).

Mais cette sommation n'obtint aucun succès. Les légats que Léon IX envoya à Constantinople en 1054, dans le but de rétablir l'union entre les deux Églises, ne parvinrent pas à s'entendre avec Michel Cérulaire et, avant de quitter la capitale de l'Orient, ils allèrent déposer sur l'autel de

(4) Hépélé, op. cit., VI,

(5) lDEM,iWd.,VI,55.

(6) Idem, ibid., VI, 345.

(7) Idem, ibid., VI, 353.

Sainte-Sophie la condamnation de ce prélat, et l'excommunièrent solennellement, avec tous les démons, lui et tous ceux qui rejetaient la primauté de l'Église romaine.

Une autre tentative d'accommodement eut lieu en 1170. Le pape Alexandre envoya des ambassadeurs à Gonstantinople, avec mission de demander qu'on admît ces trois points : la primauté de Rome, le droit d'appellation au Saint-Siège et le maintien du nom du Pape dans les prières de l'Église grecque. Mais Michel Anchialis, patriarche de Constantinople, fit rejeter ces demandes dans un synode qui se tint sous sa présidence (1).

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