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LA PUISSANCE POLITIQUE DES PAPES SOUS GRÉGOIRE VII ET SES SUCCESSEURS

59. La génie organisateur de Rome avait, pendant des siècles, assuré les bienfaits de la paix et de la civilisation aux pays qui environnent la Méditerranée.

énumère également, pour établir que le Pape est absolument et personnellement infaillible, toutes les fausses décrétales alléguées par Melchior Cano (deuxième lettre du père Gratry, p. 19).

(4) Il existe une édition des décrétales du Pseudo-Isidore, où les vraies et les fausses décrétales sont distinguées par le mode et le caractère de l'impression : Décrétales Pseudo- Isidorianœ, publiées par Paul Hinschius et imprimées chez Tauchnitz, à Leipsig, en 1863.

(5) Le père Gratry, étant professeur et examinateur de Sorbonne, a fait effacer, dans une thèse sur les fausses décrétales, les appréciations que nous reproduisons ici et qu'un candidat ecclésiastique soumettait à la Faculté (première lettre à l'archevêque deMalines par A. Gratrt, prêtre de l'Oratoire, p. 69).

(6) De Héricourt, les Lois ecclés., p. 5.

(7) Études religieuses, novembre 1866. Ce passage est rapporté par le père Gratry dans sa première lettre à l'archevêque de Malines, p. 70.

Mais l'empire romain et sa merveilleuse unité administrative avaient, à la longue, succombé sous les coups des barbares, et une période d'anarchie et de désordre avait succédé à la sécurité d'autrefois.

Le souvenir de cette paix romaine, tant célébrée sur tous les monuments de l'époque impériale, était demeuré vivace, et l'esprit des populations latines, qui, insensiblement avaient absorbé les races conquérantes, était hanté, au début du moyen âge, par le désir et l'espoir de restaurer l'ancienne unité détruite par les barbares.

Serait-ce le Pape ou l'empereur qui réaliserait cette chimère grandiose et qui recueillerait l'héritage d'Auguste et de Constantin? Tel est l'objet du grand débat qui s'est élevé après Charlemagne entre le Sacerdoce et l'Empire.

Les partisans des Papes invoquaient les textes de l'Écriture sainte et une prétendue donation de Constantin, qui, pendant tout le moyen âge, a passé pour un fait absolument authentique.

L'empereur Constantin, en se retirant à Constantinople, avait, disait-on, donné au pape Sylvestre l'Empire d'Occident, et, depuis lors, les empereurs occidentaux étaient devenus les vicaires du Pape.

Voici les principaux passages de ce document, tel qu'il figure dans le décret de Gratien :

« Nous donnons, à partir de ce moment, à « notre père Sylvestre et à ses successeurs, « notre palais impérial de Latran, le collier « impérial, les vêtements, le sceptre et tous « les ornements impériaux, enfin, tous les « signes extérieurs de la puissance impé- « riale et la gloire de notre pouvoir... Et « pour que la chaire pontificale ne soit point « abaissée, pour que sa gloire et sa puis- « sance s'élèvent au-dessus de la dignité de « l'empire de la terre, nous donnons et nous « laissons au bienheureux Sylvestre, non « seulement notre palais, mais toutes les « provinces, les villes et, enfin, le territoire « de l'Italie et de l'Occident... Et nous avons « jugé convenable de transporter en Orient « notre empire et notre puissance, dans la

(1) Décret de Gratien, première partie, Distinction 96, chap. 13 et 14.

(2) « Sur les débris de l'empire romain, dans les ténèbres « du moyen âge, l'Église du Christ avait élevé un édifice * politique que ses fondateurs n'avaient pas prévu. L'idée

« magnifique province de Byzance, de bâtir « une ville de notre nom et d'établir là notre « empire ; car là où la primauté du Sacer- « doce et l'autorité suprême de la religion « ont été établies par l'empereur céleste, il « n'est point juste que l'empereur de la terre « ait sa puissance (1). »

Sous la forme naïve de ce document apocryphe on aperçoit le plan que les grands Papes du moyen âge ont réalisé avec tant de constance et de bonheur : la reconstitution de l'unité romaine et l'établissement d'une vaste monarchie ecclésiastique qui devait dominer et absorber toutes les souverainetés temporelles (2).

Aux fictions théocratiques des légistes ultramontains l'imagination féconde des légistes gibelins opposait d'autres fictions qui n'avaient pas un fondement plus sérieux. L'empereur était, suivant eux, l'héritier direct de Constantin et de Justinien. Son pouvoir s'étendait sur le globe entier, et les autres rois n'étaient que ses feudataires. C'est à cette théorie que se rapportait le symbole de la pomme d'or surmontée d'une croix, qui faisait partie des insignes impériaux.

Ce système était défendu principalement par les docteurs qu'on appelait civilistes ou juristes ou légistes, par opposition aux canonistes ou décrétistes, qui étaient les partisans de l'omnipotence papale.

Dante l'a développé longuement dans son traité de Monarchiâ. L'Univers, dit-il, ne doit avoir qu'un seul chef, et ce chef unique n'est autre que l'empereur, parce qu'il est l'héritier direct du peuple romain. C'est pourquoi l'empereur relève immédiatement de Dieu et n'a pas de supérieur dans ce monde (3).

L'antagonisme de ces deux conceptions a engendré les luttes militaires qui ont ensanglanté l'Italie et l'Allemagne au xie, au xn° et au xme siècle.

Dans ce long duel, la papauté, qui s'appuyait sur la foi ardente et sur le dévouement des races latines, fut presque constamment victorieuse. Lemouvement général des esprits se prononça en sa faveur. Dans le

u do l'unité du monde, de la paix dans le sens d'une seulo u domination, s'était Conservée à Eomo, et les Pcpw « l'avaient héritée des empereurs n (Hanotaux, Etudes historiques sur le xvic et le xvnc siècle en France, p. 91). (3) Janet, Histoire de la science politique, 1, 470.

désordre universel, le pouvoir de l'Église alla toujours en s'accroissant, et les Papes parvinrent à s'élever, non seulement au-dessus des autres évoques, mais au-dessus des rois et de l'empereur. L'antique unité romaine fut ainsi reconstituée momentanément au profit de la monarchie papale.

40. Au xie siècle de notre ère apparut Hildebrand, qui fut le conseiller des papes Léon IX, Victor II, Etienne IX, Nicolas II et Alexandre II, et qui, enfin, ceignit luimême la tiare, sous le nom de Grégoire VII, en l'an 1073.

L'idée de fonder la théocratie universelle et de soumettre à la domination delà papauté toutes les puissances ecclésiastiques et séculières avait pris dans le génie monacal d'Hildebrand le caractère d'une passion, et toute sa vie fut dévouée à cette œuvre immense.

Sous son dur commandement, le clergé devint une milice disciplinée et obéissante, détachée de toute affection terrestre et affranchie de toute sujétion temporelle.

En 1058, il fit décider par Etienne IX que le mariage était incompatible avec le sacerdoce. Le célibat ecclésiastique, qui était déjà une pratique générale, fut désormais une loi rigoureuse. Le clergé fit quelque résistance, mais le Pape coupa court à cette opposition, en mettant au nombre des hérétiques les réclamants obstinés (1).

L'année suivante, Hildebrand fit défendre, par un Concile tenu sous la présidence de Nicolas II, à tout laïque de conférer aucun bénéfice ecclésiastique, soit à prix d'argent, soit même gratuitement. Il supprimait ainsi, sous prétexte de faire cesser la simonie, le droit de patronat que les rois et les seigneurs s'étaient réservé en fondant et en dotant des bénéfices ecclésiastiques.

Grâce à ces réformes, le clergé romain a cessé d'être mêlé par les liens de la famille aux agitations de la vie mondaine, et il est devenu une caste, qui se recrute par ellemême, sans aucune ingérence de l'autorité laïque.

(1) Baeoniis, Annales ecclés., année 1059.

(2) Dictatus papœ; Baronics, ad ann. 1076, §24; De Marca, t. VII, c. 26, § 4.

(3) EpisL, 1, 53; VII, 6; VIII, 20.

(4) Ibid., I, 62.

(5) Ibid., II, 1; I, 24; I, 60; VIII, 21; VII, 4; II, 18, 32,5.

Le droit de déposer les rois, que s'attribuait Grégoire VII,

La politique de Grégoire VII avait encore un autre but : faire de l'Église le centre et la source de toute souveraineté, et placer les princes séculiers sous la surveillance et sous la tutelle delà papauté.

Ce double objectif est clairement expliqué dans les maximes (2) qui ont été extraites de sa correspondance et dont voici les plus remarquables :

« Le Pape est le représentant du Christ « et supérieur à tous. Sa dignité est grande « et redoutable, car il est écrit : Tu es « Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon « Église (3). »

« Le Pape venant de Dieu, toute chose lui « est subordonnée ; les affaires spirituelles « et temporelles doivent être portées devant « son tribunal (4) »

« L'Église romaine prend soin de toutes « les autres Églises; elle peut en exiger « honneur, respect, obéissance. Comme « mère, elle commande à toutes les Églises « et à tous les membres qui leur appar- « tiennent. Tels sont les empereurs, rois, « princes, archevêques, évêques, abbés et « autres fidèles. En vertu de sa puissance, « elle peut les instituer ou les déposer (5). »

« Le monde est éclairé par deux lumi- « naires, le soleil plus grand, la lune plus « petite. L'autorité apostolique ressemble « au soleil, la puissance royale à la lune. « Comme la lune n'éclaire que grâce au « soleil, les empereurs, les rois, les princes « ne subsistent que grâce au Pape, parce « que celui-ci vient de Dieu (6).

« Par ce motif, la puissance du siège de « Rome est de beaucoup plus grande que « celle des princes (7).

« Le roi est soumis au Pape et lui doit « obéissance (8). »

Grégoire VII parvint à établir la domination politique du Saint-Siège sur une grande partie de la chrétienté.

Il reçut l'hommage de Robert Guiscard, duc de la Pouille, de la Calabre et de la Sicile, qui se déclara vassal de l'Église.

Les princes qui régnaient en Aragon, en

a été contesté dès l'origine. On peut citer parmi les opposants Sigebert, moine de l'abbaye de Gembloux (1030-1112) (voy.la notice sur la chronique de Sigebert, lue par M. Kaodx dans la séance de l'Académie royale de Bruxelles du 3 février 1827).

(6) EpisL, II, 13, 31.

(7) Ibid., VIII, 21.

(8) Ibid., YM, 20,23; 1,75.

Sardaigne, en Dalmatie, en Hongrie et en Russie lui assujettirent également leurs États à titre de fiefs.

Mais Guillaume le Conquérant refusa de lui faire hommage pour le royaume d'Angleterre. Nicéphore Botoniate, empereur de Constantinople, n'obéit pas à l'ordre qu'il reçut d'abdiquer sa couronne. Boleslas, roi de Pologne, lui opposa la même résistance. Philippe Ier, roi de France, s'obstina à ne pas lui payer tribut. Henri IV, empereur d'Allemagne, lui fit ouvertement la guerre, prit Rome d'assaut, et contraignit Grégoire VII à se réfugier à Salerne, où il mourut le 24 mai 1085.

41. L'ascendant politique de la papauté atteignit son point culminant sous Innocent III, vers l'an 1200.

Véritable successeur des Césars romains, ce pontife exerça la domination temporelle sur l'Europe entière. Mais sa dictature revêtit la forme que réclamaient les temps nouveaux : d'impériale elle devint féodale (1).

En une seule année il donna trois couronnes royales, celle de Valachie à Joannice, celle de Bohême à Premislas, celle d'Aragon à Pierre II.

Le roi d'Aragon fut sacré à Rome même et fit solennellement hommage de ses États au Saint-Siège, dont il devint le tributaire (2).

En 1196, Innocent lança l'interdit sur la France et contraignit Philippe- Auguste à répudier Agnès de Méranie.

En 1210, il déposa Othon de Saxe, empereur d'Allemagne, et donna la couronne impériale a Frédéric IL

En 1213, il excommunia et déposa Jean sans Terre, roi d'Angleterre. Ce prince ne trouva d'autre moyen de conserver sa couronne que d'en faire hommage à l'Église romaine. Agenouillé devant le légat Pandolphe, il déclara que de sa libre volonté et du consentement unanime de ses barons, il remettait à Dieu et au pape Innocent les royaumes d'Angleterre et d'Irlande, pour les tenir du Pape et de l'Église romaine en fief par la rente annuelle de 1,000 marcs, se réservant d'ailleurs à lui-même et à ses héri-

(1) Hanotaux, op. cit., p. 91.

(2) Fmccky, Histoire ecclés., liv. LXXV, no 14, ot LXXVI, no 8.

tiers l'administration de la justice et tous les droits de la couronne. Puis il prêta serment de fidélité au Pape, le même absolument que les vassaux prêtaient à leurs seigneurs (3).

Innocent III gouverna l'Église et l'Europe pendant dix-neuf ans. C'est la plus brillante époque de la puissance papale.

Ses successeurs usèrent, à son exemple, du droit de déposer les têtes couronnées, mais les sentences de déposition ne furent pas toujours suivies d'effet.

En 1245, au Concile de Lyon, Innocent IV excommunia et déposa l'empereur Frédéric II dans les termes suivants : « Je déclare « Frédéric accusé et convaincu de sacrilège « et d'hérésie, excommunié et déchu de « l'empire; j'absous pour toujours de leur « serment ceux qui lui ont promis fidélité; « je défends de lui obéir, sous peine d'excom- « munication ipso facto, commandant aux « électeurs de choisir un autre empereur, « et me réservant de disposer du royaume « de Sicile. »

Frédéric II demeura néanmoins en possession du pouvoir impérial, jusqu'à sa mort survenue en 1250.

L'empereur Louis de Bavière fut excommunié et déposé en 1332 par le pape Jean XXII, et en 1345 par Clément VI, qui fulmina contre lui les imprécations les plus terribles. Il mourut en 1346, en possession de la dignité impériale.

Le 25 février 1570, Pie V excommunia et déposa la reine Elisabeth d'Angleterre.

Sixte-Quint renouvela cette sentence au moment où Philippe II lançait contre l'Angleterre l'invincible Armada. Le manifeste du cardinal Allan, légat du Pape, relevait les Anglais de leur serment de fidélité et d'allégeance, et menaçait de la damnation ceux qui combattraient pour la reine(4).

42. Grégoire VII et Innocent III avaient restauré, sous la forme d'une vaste monarchie théocratique et féodale, l'ancienne unité romaine qui avait été rompue par les invasions germaines.

(3) Lingard, Histoire d'Angleterre, chap. XIV.

(4) u Above ail, figlit not for a quarrel iu which, if you « die, you will incur damnation, n

Ce document, qui porto la date du 28 avril 1588, est reproduit dans V Histoire d'Angleterre, do Feoudk, vol. XII, p. 452.

Le Pape, représentant le Christ, était la source de la juridiction spirituelle et temporelle. Comme chef avéré de la hiérarchie ecclésiastique, il réclamait le droit d'instituer et de déposer les évêques. Il s'arrogeait également le droit d'instituer et de déposer les empereurs et les rois. Les princes séculiers lui étaient soumis et lui devaient obéissance en qualité de vassaux. Les différents royaumes qui composaient la chrétienté, n'étaient plus que les fiefs du Saint-Siège.

Cette monarchie théocratique était aussi fragile que colossale, attendu que le pape ne disposait d'aucune force militaire pour maintenir dans l'obéissance les royaumes sur lesquels s'étendait sa suzeraineté.

Les armes spirituelles qui, au xir3 et au xme siècle, terrifiaient les populations, s'étaient émoussées à la longue, et l'opinion publique, fatiguée des excès de la théocratie, s'était peu à peu retournée du côté du pouvoir civil.

Philippe le Bel, roi de France, comprit les avantages que lui donnait cette situation des esprits, et il engagea une lutte ouverte contre la Cour de Rome.

Le pape Boniface VIII accéléra la crise par la violence de son langage et de ses actes. Mais son orgueil se brisa contre la froide ténacité du roi, et l'empire temporel qu'avait fondé Grégoire VII, s'effondra presque subitement, au début du xive siècle, sous les coups de cet adversaire habile et résolu.

La bulle Ausculta fili, qui fut le signal des hostilités, énonçait dans un style emmiellé les principes les plus hautains : « Dieu », disait le pape, <• nous a établi au-dessus des « rois et des royaumes, en nous imposant le « joug delà servitude apostolique, pour arra- « cher, détruire, disperser, édifier et plan- « ter. »

Boniface VIII développa cette théorie impérieuse dans la bulle Unam Sanctam, dont voici le passage le plus véhément :

*• Les deux glaives, le glaive spirituel et «« le glaive temporel, sont au pouvoir de « l'Eglise; le premier est manié par elle- « même, le second ne doit l'être que pour « ses intérêts; le premier est dans les mains « des prêtres, le second dans celles des rois « et des guerriers, aussi longtemps que le « prêtre le veut et le tolère {ad nutum et « patientiam sacerdotis). »

C'était dire, sans ambages, que l'Église est

la suzeraine de l'État et la source de toutes les institutions civiles et politiques.

Philippe le Bel combattit ouvertement cette prétention au nom de l'indépendance du pouvoir civil. Aux bulles et aux décrétais de la Cour de Rome, il opposa les théories de ses légistes, les sentences de son Parlement et les décrets de ses États généraux.

L'excommunication ne le fit pas reculer. Aux violences spirituelles, il répondit par des violences matérielles. Il chargea Guillaume Nogaret de se rendre en Italie avec une troupe de soldats, de se saisir de la personne du pape et de l'amener prisonnier en France.

Cette entreprise ne réussit qu'à moitié. Boniface, arrêté et emprisonné à Anagni par Nogaret, fut délivré par les habitants de la ville.

Il mourut peu de temps après (11 octobre 1303).

La toute-puissance temporelle de la papauté finit avec lui. Elle avait duré près de deux cents ans.

Philippe le Bel consomma la ruine de cette espèce de califat chrétien, en faisant élire pape Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui transféra le siège de la papauté à Avignon.

Cet exil, durant lequel les Papes demeurèrent sous la tutelle des rois de France et que les Italiens ont comparé à la captivité de Babylone,se prolongea pendant soixante-dix ans environ (1305 à 1378).

A dater de la mort de Boniface VIII, les monarques européens s'affranchissent de la suzeraineté pontificale, en invoquant le principe de l'indépendance des couronnes, et affirment avec une énergie toujours croissante qu'ils ne relèvent que de Dieu seul ; que Dieu, et non le Pape, les a investis de la souveraineté.

La papauté perd ainsi sa couronne temporelle et renonce enfin à ce grand rêve de la monarchie universelle que lui avait légué l'empire romain et qu'elle avait été sur le point de réaliser.

Mais à mesure qu'elle se dégage des éléments purement terrestres qui la rendaient vulnérable aux coups de ses ennemis, elle s'applique à agrandir et à consolider sa puissance spirituelle.

Obéissant à l'esprit centralisateur qui était l'essence du vieux génie romain, elle soumet

le clergé occidental au joug d'une hiérarchie chaque jour plus étroite et d'une discipline de plus en plus sévère. Par un travail sourd et continu, l'Église élimine de son sein les éléments électifs qui faisaient ombrage à l'omnipotence papale, et elle transforme les évoques en fonctionnaires pontificaux.

Le Souverain Pontife devient, par l'intermédiaire de cette milice obéissante, le dominateur des consciences et l'arbitre de toutes les actions humaines.

Ainsi s'est constituée une société parfaite, qui existe par elle-même en dehors et audessus des lois civiles, une monarchie spirituelle qui possède tous les attributs d'un gouvernement politique, sauf la puissance militaire.

L'établissement définitif de ce gouvernement centralisé et unitaire a failli échouer, au xve siècle, devant les résistances des évêques coalisés.

Nous verrons dans les chapitres suivants comment les pontifes romains sont parvenus à renverser cette coalition et ont enfin donné à l'Église une constitution absolutiste.

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