LE CONCILE DE TRENTE
51. A peine le Pape et le roi de France avaient-ils, en signant le concordat de Milan, mis fin à toute possibilité d'une lutte nouvelle entre le corps épiscopal et la papauté, qu'un autre événement, plus considérable encore, vint déranger leurs calculs ; nous voulons parler de l'explosion soudaine du mouvement protestant, dont l'objectif était précisément la destruction du papisme, c'est-à-dire de la doctrine qui reconnaissait au Pape la plénitude de la souveraineté ecclésiastique.
La propagation rapide des idées luthériennes et les troubles qui en furent la conséquence donnèrent lieu à la réunion du Concile de Trente (15 septembre 1545).
On débattit dans cette assemblée toutes les questions relatives à la foi et à la discipline, une seule exceptée, celle qui avait si profondément passionné les Synodes de Constance et de Bâle. La Cour de Rome redoutait extrêmement l'examen de cette question brûlante. Le pape Paul III était convaincu que le Concile n'hésiterait pas à s'attribuer à lui-même la souveraineté ecclé-
(1) Gachard, Analectes belg., p. 459.
(2) Pallavicini, Histoire du Concile de Trente, liv. V, chap.XVI.no 2.
(3) Idem, ibid., liv. IV, chap. II, nos 8 ot 9, et chap. V, no 4.
(4) Desjaedins, Étude sur la liberté des Pères au Concile de Trente(Bevue critique de législation et de jurisprudence, XXXVII, 10).
siastique. Aussi recommanda-t-il expressément à ses légats de ne pas mettre ce sujet en discussion et prit-il les précautions les plus minutieuses pour écarter tout ce qui aurait pu fournir un argument en faveur de la supériorité du Concile (2).
De là vint le refus constant opposé par les légats aux demandes réitérées de plusieurs évêques, qui voulaient donner au Concile ce titre : Représentant VÉglise universelle.
Le titre même de Concile universel et œcuménique effrayait Paul III (3).
Les légats eurent soin d'agir en toute circonstance comme si la supériorité du Pape eût été définie ; mais, en fait, cette supériorité ne fut ni expressément admise, ni implicitement reconnue par le Concile (4).
La question capitale qui troublait les esprits depuis le commencement du xvc siècle n'était donc pas résolue, et la catholicité demeura partagée en deux camps, les adhérents du Concile de Constance, d'une part, et ceux du Concile de Florence, d'autre part (5).