MARE LIBERUM
HÂRE LIBERUM
aiie ces soaverainB n*auraîent pas adaressé une pareille demande à la reine d'Angleterre, si l'on avait pu contester son droit au domaine de ces mers. Les Français eux-mêmes avaient l'habitude de demander au roi d'Angleterre la permission de pêcher les soles qu'ils envoyaient ensuite à leur roi Henri IV, et quelques-uns de leurs bateaux furent capturés pour s'être livrés à la pêche sans en avoir obtenu l'autorisation.
„Nous ne saurions non plus passer sous silence la mer qui s'étend bien loin vers le nord et baigne les côtes de la Finlande, de l'Islande et des autres îles soumises au Danemark et à la Norvège, parce que cette mer, dans l'opinion d'un grand nombre de personnes, appartient aux Anglais."
L'auteur de Mare chusum démontre de la même manière le droit du roi de la Grande-Bretange à la souveraineté de la mer s 'étendant an nord de l'Islande, c^està-dire jusqu'au Groenland, en faisant remarquer que quelques commerçants anglais de la Compagnie moscovite ont été les premiers à parcourir cette mer bien avant qu'elle fût exploitée et fréquentée pour la pêche de la balaine.
Il termine en disant que d'après l'ensemble des témoignages invoqués il est indubitable que les ports et les côtes des nations voisines forment au sud et. à l'est les limites de l'empire britannique, ' empire maritime par excellence, mais que, dans le vaste Océan septentrional et occidental occupé par l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, ces limites ont encore besoin d'être constituées.
Les doctrines émises par Selden n'ont eu d'autre résultat que d'encourager son pajs à persévérer dans des tendances d'exclusivisme et de prépotence maritimes, qui l'ont entraîné dans de longues et sanglantes guerres, à moins qu'on ne leur attribue aussi comme conséquence d'avoir provoqué la réaction favorable aux idées contraires, à laquelle le monde est redevable d'une de ses plus précieuses conquêtes morales, la liberté des mers, (Voir ce terme.)
MARE LIBERUM. Deux mots latins signifiant : „la mer libre".
C'est le titre d'un livre du célèbre Grotius, publié pour la première fois en 1609.
L'objet principal de ce travail était de combattre les prétentions des Portugais à la domination exclusive de la mer des Indes et de celles qui baignent les côtes
occidentales de l'Afrique. Son argumentation l'amène à discuter la question de la liberté des mers en général. Il entre à ce sujet dans de longues et subtiles dissertations sur les choses qui doivent être communes et sur celles qui sont susceptibles d'une appropriation réservée. Faisant ensuite une distinction entre le droit de propriété et celui de protection et de juridiction, il déclare que, si la propriété est injuste et inique par rapport à certaines choses, elle est barbare et inhumaine par rapport à la mer.
„Il ne s'agit pas, continue-t-il, d'une mer intérieure a^ant à peine la largeur d'un fleuve, mais bien de l'Océan, au-
3uel l'antiquité donnait les noms (Pinjim, e phre des choses, de limite du ciel; qui alimente par ses étemelles vapeurs non seulement les fontaines, les fleuves et les mers, mais les nuages et, suivant la croyance des anciens, les astres mêmes; qui enfin, entourant la terre et la pénétrant de son humidité, ne peut être enfermé ni contenu, et qui, plutôt que d'être possédé, est le véritable possesseur." Plus loin il proclame que la navigation en pleine mer est libre pour tous, même sans la permission d'aucun prince.
Dans le demieiw chapitre de son livre Grotius arrive à la conséquence pratique qu'il poursuit, c'est-à-dire à établir que les Hollandais ont, à l'encontre des Portugais, le droit de commercer librement avec les Indes, et à justifier la légitimité d'une guerre fondée sur des principes qui ont pour base la liberté même du genre humain.
Quelques années plus tard, en 1635, le livre du Mare liberum fut réfuté par le pnbliciste anglais Selden, qui dans son Mare clavsum (voir ce terme) s'est attaché à rétorquer les arguments de Grotius, et à soutenir la thèse opposée, savoir que la mer est susceptible d'appropriation. Mais bien que sous plus d'un rapport l'œuvre de Selden puisse être iugee supérieure à celle de Grotius, qui, on doit le reconnaître, à l'époque où il écrivait, n'était pas à même de démontrer pertinemment les véritables fondements de la liberté des mers, car il fallait pour cela une plus grande somme de lumières, et les immenses pro-
frès réalisés depuis lors dans l'étude es sciences économiques et sociales, sans compter les transformations surprenantes subies par la navigation et le commerce, les doctrines de l'fllustre Hollandais ont prévalu et elles n'ont pas peu contribué à assurer la liberté universelle des mers, établie désormais sur des