Les mesures d’une exécution immédiate sont
1® L’information officielle des cas de maladie contagieuse ; 2^ la vaccination; 3" l’isolement; 4“ la désinfection.
84. Information officielle. Dès qu’un cas de maladie transmissible existe, il doit être immédiatement déclaré à rautorité. C'est une des mesures prophylactiques les plus importantes.
Son exécution permet d’arrêter immédiatement une épidémie à son début.
Les éléments constitutifs du secret médical ne se rencontrent pas pour la grande majorité des maladies épidémiques. Il n’y a pas secret confié ou chose secrète par nature pour le plus grand nombre des maladies épidémiques et contagieuses.
Aussi la loi fait-elle une obligation aux médecins de déclarer k l’autorité toute maladie épidémique dont la divulgation n’engage pas le secret professionnel. {Voy. Médecine, n° 25.)
Dès que l'autorité est officiellement informée de l’existence d’une de ces maladies, elle doit envoyer immédiatement des agents de l’administration pour s’enquérir des mesures à prendre afin d’en empêcher la transmission et elle doit assurer l’exécution rapide de ces mesures.
85. Vaccinations . Le comité consultatif d’hygiène a déclaré, comme conclusion d’un rapport que l’auteur du présent article lui a présenté, que la vaccination et la revaccination sont les seuls moyens d’empêcher le développement de la variole. Ces opérations ne présentent aucun danger lorsqu’elles sont pratiquées suivant les règles de l’art. Non seulement elles ne sont pas dangereuses en temps d’épidémie de variole, mais elles sont le seul moyen qui puisse arrêter ces épidémies. La variole a presque complètement disparu là où la vaccination et la revaccination sont obligatoires et régulièrement pratiquées. Cette maladie doit et peut disparaître définitivement des pays civilisés.
Aussi, le comité a demandé qu’une loi rende obligatoires en France la vaccination et la revaccination. En attendant le vote de cette loi, les pouvoirs publics peuvent puiser dans la loi municipale les armes qui leur permettent d’obliger leurs administrés à se faire vacciner ou revacciner.
Le vaccin animal est aujourd’hui préféré en raison des facilités qu’il donne pour les vaccinations en masse et de la sécurité qu’il procure relativement à la non-transmissibilité de certaines maladies.
86. Isolement. L’isolement peut être individuel ou collectif.
HYGIÈNE PUTÎLIQUE, ,s7-92. 1299
Pour les malades provenant de pays contaminés et arrivant sur des navires, l’isolement se fait dans les lazarets.
Dans le cas d’isolement individuel, il y a certaines précautions à prendre qui sont indiquées dans les instructions du comité d’hygiène contre les maladies transmissibles.
Les objets que la chambre renferme ne doivent pas en sortir sans avoir été préalablement désinfectés, surtout s’il s’agit de linges de corps et de literie. La durée de l’isolement varie suivant la nature de la maladie. 50 jours pour la diphtérie; 40 jours pour la variole et la scarlatine ; 25 jours pour la rougeole, varicelle et oreillons.
87. Désinfection. La désinfection a pour but d’empêcher l’extension des maladies transmissibles en détruisant leurs germes ou en les rendant inoffensifs.
La désinfection se fait : 1° par des fumigations; 2“ par des liquides antiseptiques; 3° par la chaleur et surtout par la chaleur humide (voir les instructions du comité consultatif d’hygiène contre les maladies ti'ansmissibles).
88. Transimrt des malades. Dans quelques grandes villes, des voitures spéciales sont affectées au transport des malades atteints d’affection transmissible. La voiture doit être désinfectée après chaque transport.
89. Stations publiques de désinfection. Ces stations comportent un matériel approprié et un personnel spécial. Le matériel se compose d'étuves à vapeur, de pulvérisateurs pour produits antiseptiques, de voitures, etc. Aucune communication ne doit avoir lieu entre le local où les objets infectés sont reçus et celui d’où ils partent après désinfection. Flusieurs villes françaises possèdent actuellement de ces établissements.
90. Certaines mesures spéciales sont prises pour la prophylaxie des maladies transmi.ssibles dans les écoles.
L inspection médicale des écoles a été instituée par l’art. 9 de la loi du 30 octobre 1886. Des médecins désignés par les préfets ou les maires sont chargés de cette inspection. Les écoles primaires doivent être visitées au moins une fois par mois et les écoles maternelles une fois par semaine.
91. Un arrêté ministériel du 23 novembre 1893, rendu en exécution de la loi du 30 novembre 1892, a fixé la liste des maladies épidémiques qui doivent être déclarées à l’autorité publique par les médecins. [ Voy. cette nomenclature au mot Médecine, n® 25.)
92. Nous donnons ici, à cause de l’importance de la question, les instructions générales pour empêcher la propagation des maladies transmissibles (contagions et épidémies) adoptées par le comité consultatif d’hygiène publique. Le comité a voté également des instructions spéciales pour chacune des maladies transmissibles.
Instructions générales pour empêcher la propagation
des maladies transmissibles (contagions et épidémies).
Les maladies transmissibles eontre les(|nelles il y a lien de prendre des mesures pour eu empéeher ia transmission sont .
Le eholéra ; la fièvre typhoïde ; la dysenterie cpidemiipie , la diphtérie ; la variole et la varioloïde ; la searlatine , a rou geôle ; la suette miliaire ; la coipicluchc ; la tuhereu ose.
1300 HYGIÈNE PUBUOüE
Les moyens de transmission des maladies contagieuses sont : lu Le malade, ses déjections et ses produits de sécrétion ;
2 ’ L’eau et les aliments ;
3u Les personnes qui sont ou ont été en rapport avec le malade ;
4u Les objets ayant servi au malade (vêtements, linge, meubles, etc.) ;
au Les pièces occupées par le malade ;
6" Les cadavres.
Toutes les afTections contagieuses n’exigent pas l’emploi des mêmes moyens. Une instruction spéciale à chaque maladie indiquera les mesures à prescrire contre la propagation de cette maladie.
Mais dans toutes les maladies contagieuses ou cherche à obtenir le même résultat : empêcher le premier malade de transmettre sa maladie et de devenir ainsi le foyer d’une épidémie, empêcher l’étincelle d’allumer un incendie.
Pour cela, il faut obtenir le plus rapidement possible : lu L’isolement du malade ;
2u La désinfection de ses déjections, de ses produits de sécrétion, de ses linges, des objets qui l’entourent et de sou logement.
Dès qu’un cas est signalé, le médecin des épidémies ou un médecin spécial délégué constate la nature de rafl'ectiou.
Si le malade ne peut être isolé et s’il ne peut recevoir chez lui les soins convenables, il doit être, quand il y cousent, transporté à l’hôpital et sou logement immédiatement désinfecté.
Dans le cas où le malade ne sera pas transporté à l’hôpital, il sera nécessaire de l’isoler complètement dans une chambre spéciale. Les personnes appelées à lui donner des soins pénètrent seules près de lui.
Tant que le malade séjournera dans la chambre, les objets qu’elle renferme n’eu sortiront pas sans avoir été préalablement désinfectés, surtout s’il s’agit de linge de corps et de literie.
Le malade guéri devra, avant de sortir, prendre un bain savonneux, mettre du linge blanc et se vêtir d’habits désinfectés.
Désinfection. La désinfection a pour but d’empêcher l’extension des maladies contagieuses eu détruisant les germes ou eu les rendant inofl'eusifs.
Une instruction spéciale pour chaque maladie indiquera le procédé de désinfection à employer.
Il est nécessaire d’ajouter à la désinfection la propreté rigoureuse du malade, de sou entourage et du milieu dans lequel il est placé.
Les germes morbides seront détruits ;
lu Par l’exposition des objets dans une étuve à vapeur sous pression ;
2“ Par l’immersion dans l’eau bouillante ;
3u Par l’action d’une solution désinfectante.
Les désinfectants principalement recommandés sont :
Le sulfate de cuivre ;
Le chlorure de chaux fraîchement préparé ;
Le lait de chaux fraîchement préparé ;
Le sublimé.
On fera usage de deux solutions suivant les circonstances indiquées plus bas :
L’une forte :
Sulfate de cuivre, chlorure de chaux 5 p. 100, c’est-à-dire oO grammes de sulfate de cuivre, de chlorure de chaux dans un litre d’eau; lait de chaux, 20 p. 100.
L’autre faible :
Sulfate de cuivre, chlorure de chaux 2 p. 100, c’est-à-dire 20 grammes de ces substances dans un litre d’eau ; lait de chaux, 7 p. 100.
La solution de sublimé sera employée à 1 p. 1,000 (forte) ou à 12 p. 1,000 (faible) suivant les cas. La solution de sublimé sera colorée avec la fuchsine ou l’éosine et additionnée de 10 grammes d’acide chlorhydrique par litre.
L’emploi de ces divers procédés variera suivant la nature de l’objet à désinfecter.
Pour le lavage des mains on se sert de la solution faible.
Les déjections ou ])roduits de sécrétion des malades seront désinfectés avec la solution forte.
Dans le choléra ;
Matières de vomissements.
Selles,
Urines,
Dans la diphtérie et la scarlatine :
Matières de l’expectoration et de vomissements,
^lucus uasal.
Urine.
Dans la fièvre typhoïde et la dysenterie :
Selles.
La maladie terminée, on fera porter à rétablissement de désinfection les vêtements, les lits, oreillers, matelas et couvertures, les tapis, etc., etc.
On s’abstiendra de trop les remuer et on les placera dans un drap imbibé d’une solution désinfectante. S’il n’y a pas d’établissement de désinfection, les habits seront désinfectés par l’acide sulfureux de la façon qui est indiquée ci-dessous (désinfection du logement infecté),
La chambre sera désinfectée par des fumigations de soufre ou des pulvérisations d’une solution de sublimé de la façon suivante.
Désinfection des logements infectés. A. Par l’acide sulfureux. On procédera par la combustion de 40 grammes de soufre par mètre cube de l’espace à désinfecter en opérant de la façon suivante ;
On colle quelques bandes de pajiier sur les fissures ou joints qui pourraient laisser échapper des vapeurs sulfureuses.
Ou fait bouillir sur un réchaud pendant une demi-heure une certaine quantité d’eau, de maniéré à remplir la chambre de vapeur.
Du soufre concassé en très petits morceaux est placé dans des vases en terre ou eu fer peu profonds, largement ouverts et d’une contenance d’environ un litre.
Les vases eu fer sont d’une seule piece ou rivés sans soudure.
Pour éviter le danger d’incendie, ou place les vases contenant le soufre au centre de bassins eu fer ou de baquets contenant une couche de 5 à 6 centimètres d’eau.
Pour enflammer le soufre, on l’arrose d’un peu d’alcool, ou on le recouvre d’un peu de coton largement imbibé de ce liquide auquel on met le feu.
Le soufre étant enflammé, on ferme les portes de la pièce et l’on colle des bandes de papier sur les joints.
La chambre n’est ouverte qu’au bout de vingt-quatre heures.
B. Par le sublimé. La désinfection des murs crépis, blanchis à la chaux, couverts de papiers de tenture, sera faite méthodiquement sur toute la surface des parois des chambres, à l’aide de pulvérisations avec la solution forte de sublimé. On commencera à pulvériser cette solution à la partie supérieure de la paroi suivant une ligue horizontale et l’on descendra successivement, de telle sorte que toute la surface soit couverte d’une couche de liquide pulvérisé eu fines gouttelettes.
Les planchers, carrelages, boiseries ou pisés seront lavés à l’eau bouillante, balayés, essuyés et arrosés avec la même solution.
L’administration municipale veillera à la désinfection et, au défaut des habitants, y procédera d’office.
Il est de son devoir d’assurer un abri aux habitants du logement pour procéder à une purification sérieuse.
La chambre n’est réhabitée qii’après avoir subi une ventilation d’au moins vingt-quatre heures.
Hygiène privée. Eau potable. On doit veiller avec un très grand soin à la pureté de l’eau potable.
En cas d’épidémie, boire de l’eau bouillie.
L’eau provenant des puits susceptibles d’être souillés est prohibée.
Les boulangers ne doivent jamais, dans la fabrication du pain, se servir de l’eau de ces puits.
Sont interdits dans les cours d’eau le lavage des linges contaminés, ainsi que la projection de toute matière des déjections.
Déclaration obligatoire. Tout cas de maladie contagieuse doit être immédiatement déclaré à la mairie.
Voitures, Les voitures dans lesquelles ont été transportés des malades atteints de maladies contagieuses doivent être désinfectées ; elles seront lavées avec l’uue des solutions fortes.
Hvcièxe pcdlioib. Toutes les causes d’insalubrité qui préparent le terrain à l’invasion des épidémies doivent être écartées lorsqu’il s’agit d’une maladie contagieuse.
Aussi, les règles d’hygieue générale, applicables en tout temps, seront plus rigoureusement observées eu temps d’épidémies, surtout eu ce qui concerne ;
La pureté de l’eau potable ;
Les agglomérations d’individus, les fêtes, les foires, les pèlerinages ;
La surveillance et rapprovisiouneiueut des marchés;
La propreté du sol ;
Le contrôle minutieux des puits et la recherche des causes possibles d’infection ;
L’enlèvement régulier des immondices ;
La propreté des habitations ;
La surveillance particulière des locaux, ateliers, chantiers, etc., destinés à la population ouvrière et industrielle ;
La propreté et la désinfection régulière des cabinets d’aisances publics et privés ;
La surveillance et la désinfection des fosses d’aisances ;
L’entretien et le lavage des égouts, etc.
HYGIÈNE PUBLIQUE HYPOTHÈQUE, i-i. 1301
La sollicitude de l’administratiou doit surtout porter sur la salubrité des quartiers et des habitations qui, lors des épidémies antérieures, ont été frappés. A. Proust.
BIBLIOGRAPHIE
Table présentanl par ordre alphabétique les matières traitées par les conseils d’hygiène et de salubrité du Nord, depuis 1859 jusqu’à la fin de 1868, par M. Tancrez. In-8®. Lille, impr. de Danel. 187U.
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Reciieil des travaux du comité consultatif d’hygiène publique. Publ. du ministère de l’agriculture "^et du commerce. Paris, Baillière et fils. Années 1872 et suiv.
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Hygiène et sécurité des travailleurs dans les ateliers' industriels. Législations française et étrangère. Publication de l’Otlice du travail. Gr. in-8°. Paris, Berger-Levrault et G>®. 1895.
Encyclopédie d’hygiène et de médecine publiques, publiée par P. J. Kochard. 4 vol. gr. in-8°. Paris, Battaille. 1889-1896.
Annales des assemblées départementales. Travaux des conseils généraux, par J. de Grisenoy. Tonies I à XL 10 vol. gr. in-8°. Paris, Berger-Levrault et G'°. 1888-1897.
Annales d’hygiène. Revue trimestrielle.
Revue d’hygiène. Revue mensuelle.
Dans les divers pays dont nous avons parcouru la législation, partout le législateur s’est borné à pourvoir aux nécessités de la santé publique, au fur et à mesure qu’elle était menacée par un danger ou un autre. Aussi, les prescriptions sont-elles dispersées dans un grand nombre de lois, dont les plus importantes ont été rappelées dans les divers articles que nous avons consacrés à ces matières. Ici, nous ne pouvons dire qu’une chose, c’est que dans toutes les contrées la salubrité locale est confiée aux soins de l’autorité municipale (poliee locale), les maires, bourgmestres, magistrats (comité municipal en Allemagne), syndics, alcades. En Angleterre, les campagnes n’ont pas d’autorité municipale embrassant l’ensemble des attributions, mais des fonctionnaires ou des comités spéciaux pour chaque matière administrative ; on a donc confié la salubrité publique aux gtiardians chargés de la bienfaisance publique {voy. Assistance publique). Ils forment the rural sanitary Authority, et peuvent s’adjoindre un médecin. On trouvera dans la loi 3o-36 Vict., ch. 79, et surtout dans la loi sur le gouvernement local de 1888 (51-52 Vict., ch. 41), tout ce qui concerne l’organisation de ce service public, dans les grandes villes, y compris Londres. L’Italie est peut-être le pays où la législation a établi la plus complété hiérarchie d’autorités sanitaires ; elle est exposée dans les lois du 20 mars 1865 {Ltgge sulla sanità pubblica), 22 juin 1874 et 22 décembre 1888 [Legge siill* ordinamento detl’ amministrazione et suH’ a'Sintenza sanitaria). Le ministre de l’intérieur, et sous ses ordres les préfets, les sous-préfets et les maires sont chargés de veiller à la santé publique. La loi de 1888 institue un conseil supérieur de la santé, des conseils provinciaux et des fonctionnaires communaux. La loi renferme des prescriptions sur l’assistance médicale, siij l’hygiène publique, etc. L’Autriche, par la loi du 30 avrit l'870, a également créé toute une organisation administrative chargée de veiller à l’hygiène ou à la santé publique.
Ce n’est que lorsque le mal est d’une nature plus ou moins générale que l’autorité supérieure et le législateur même interviennent. Leur intervention se borne le plus souvent à sanctionner les mesures proposées par des hommes spéciaux constitués en « const'ils techniques ». Cependant, jamais administrateur ne devrait approuver l’avis d’un médecin, d un architecte,
d’un ingénieur sans l’avoir examiné de près, tant au point de vue de la législation eu vigueur qu’au point de vue des convenances sociales, des habitudes, des mœurs et même des préjugés. Il doit prévoir les dillicultés d’application, éviter de choquer sans nécessité des idées reçues, éclairer le public alin d’obtenir le concours volontaire des intéressés, et il ne doit jamais oublier que lors même que les lois ne le rendent pas responsable, il l’est toujours de fait devant l’opinion. M. B.
SOMMAIRE
CHAP. I. PRINCIPES GÉNÉRAUX, 1 à 4.