Quand on arme un bâtiment, le comman
dant est nommé par le Chef de l’État; si c’est un capitaine de vaisseau, il choisit son second, ainsi qu’un des lieutenants de vaisseau de son étatmajor. {!). 23 août 1879 et 20 mai 1885.) Si c’est un capitaine de frégate ou un lieutenant de vaisseau, il n’a qu’un seul oflicier à son choix. [D. 20 mai 1885.) Le tour d’embarquement [Arr. 5 mars 1802;^. 19 mars 1878 et 10 mars 1884) désigne les autres officiers, Ld. maistrance (c’est-à-dire les sous-ofliciers) est prise au tour d’embarquement dans la division des équipages {vo/j. Il® 127), qui fournit aussi les et
l’équipage, conformément aux dispositions de l’arrêté ministériel du l®*" juin 1890.
382. C’est un progrès. Autrefois, on embarquait, au moment de l’armement, le nombre de matelots jugé nécessaire, et le capitaine, suivant la locution en usage, avait charge de débroiciller et de tirer parti, comme il le pouvait, de ces éléments divers et parfois assez incohérents. Aujourd’hui, tout autre est le mode de procéder. Grâce à ses précieuses écoles, la marine forme à l’avance et avec le plus grand soin des spécialités^ c’est-à-dire des hommes experts dans leur profession : fusiliers pour le service de la mousquete>rie, canonniers, gabiers, timoniers, mécaniciens et chauffeurs, marins torpilleurs, mécaniciens torpilleurs, pilotes, fourriers, charpentiers, voiliers, commis aux vivres, infirmiers, tambours et clairons, armuriers, marins sans spécialité, agents de service. On place dans cet efl'ectif un nombre proportionné d’officiers mariniers et de matelots brevetés de chaque spécialité conformément aux indications contenues dans l’arrêté ministériel du 1®'" juin 1890. Ces indications varient suivant la nature des bâtiments : cuirassés d’escadre, cuirassés de croisière, garde-côtes, croiseurs cuirassés ou à batterie, avisos, transports, torpilleurs, suivant leur catégorie, leur armement, la puissance de leurs machines. Il en résulte que, sans retard, le bâtiment qui arme reçoit un personnel tout formé, et le capitaine, le lendemain de son arrivée à bord, se voit entouré d’un état-major d’officiers dont la réputation n’est plus à faire, d’une maistrance expérimentée et, enfin, de ces spécialités dans lesquelles s’encadrent aisément les matelots de pont. Voilà pour le personnel. [D. 5 juin 1883.)
383. Quant au matériel, le bâtiment a fait ses essais avec le strict nécessaire qui lui a été délivré provisoirement. 11 s’agit, maintenant, de l’armer complèlement, de lui délivrer tout ce que prescrit le règlement d'armement^ qui forme
en quelque sorte l'inventaire du mobilier obligatoire de cette demeure flottante.
384. Tout le matériel normal embarqué sur un bâtiment est détaillé dans le règlement d’armement qui fixe la nature et la quantité de chaque article à délivrer. On appelle groupes, l’ensemble des objets nécessaires à chaque spécialité et catégorie selon la nature du bâtiment. L’n maître est chargé de l’armement pour chaque groupe.
Ce maître chargé a en main un extrait du règlement d’armement qu'on appelle la feuille, partagée elle-même en autant de parts qu’il y a de magasins où se feront les délivrances. Il sait ainsi ce qu’on doit lui fournir et ce dont il est responsable.
385. Enfin, et par une salutaire mesure de prévoyance, le décret du 27 mars 1882, complété par l’instruction générale du 8 novembre 1889, dispose que, trois jours après la clôture de l’armement, prononcée par le préfet maritime, la commission d’armement, sons la présidence du major de la flotte, se rend à bord et constate devant l’état-major et les maîtres chargés l’exact accomplissement de toutes les dispositions prescrites au sujet de l’armement et que le bâtiment est dans de bonnes conditions pour entreprendre sa campagne. Là toutes les observations peuvent se produire, et il en est tenu compte.
386. L’inventaire est alors arrêté: un fourrier tient à bord les écritures des mouvements de tout le matériel, soit pour son compte (matières de consommation), soit pour celui des maîtres, et l’inventaire de l’oflicier d’administration vient résumer cette comptabilité simple et bien ordonnée.
387. Ajoutons qu’une circulaire du 13 août 1874 prescrit aux bâtiments de rendre compte, au 31 décembre de chaque année, en quantités et en valeurs, des consommations faites à bord pendant l’année. Les états produits sont communiqués à la commission du règlement d’armement, qui y trouve un puissant élément d’appréciation et de contrôle.
388. Le bâtiment, une fois armé au personnel et au matériel, est conduit hors de l’arsenal; son capitaine fait hisser le pavillon national et la flamme ou la marque distinctive de son grade ou de sa position, et enfin son numéro. 11 est, dès à présent, en possession de la plénitude de ses pouvoirs ; ses droits et ses obligations sont tracés par le règlement, et notamment par le décret du 20 mai 1885 et le règlement du 24 juin 1886 sur le service abord. Le commandement, la discipline, la route à suivre, l’instruction de son équipage, la bonne conservation de l’instrument de combat qui lui a été confié, la protection de nos nationaux à l’étranger, voilà son rôle ; son second est chargé du détail général et de la police du bâtiment; il reçoit et transmet les ordres du capitaine, en surveille l’exécution et lui en rend compte.
389. Les officiers du bâtiment ont chacun leur poste et leur détail (instruction des hommes, artillerie, montres, gréement, machines, etc.). Ils font leurs quarts, chacun à son tour. L’oflicicr de quart donne seul l’ordre d’exécution des manœuvres, lorsque le capitaine on le second n’ont pas pris eux-mêmes le commandement. Le maître de manœuvre de quart répète les commandements
au moyen des coups de sifflet indiqués par le règlement et c’est lui qui exerce une autorité incessante sur tous les hommes de l’équipage. Avec lui, au-dessous des officiers, se placent les autres maîtres chargés, de canonnage, capitaine d’armes, de timonerie, mécanicien, torpilleur, charpentier, voilier, pilote côtier, armurier, forgeron, qui exercent une surveillance spéciale sur tous les hommes de l’équipage dépendant de leur profession. Puis Aient l’aumônier, un ou plusieurs médecins, et enfin l’oflicier d'administration, lequel compose, aAœc le capitaine et le second, le conseil d’administration du bâtiment. Ce conseil dirige tous les détails administratifs, quittance les mandats, ordonne l’acquittement des dépenses, et peut, dans certains cas, être rendu pécuniairement responsable.
390. Au départ de France, l’état-major reçoit des aA'ances de solde dont la quotité varie suivant la destination du bâtiment; les officiers mariniers et marins n’en touchent pas. A l’extérieur et à l’étranger, les uns et les autres sont tenus au courant de leur solde et les fonds nécessaires à cet effet, comme pour les dépenses générales des bâtiments (combustibles, A'ivres, etc.), sont acquittés au moyen de traites tirées par trois officiers au moins, dont le capitaine, à un mois de vue sur l’agent comptable de la marine et payables au Trésor. En escadre, deux signatures suffisent, celles du commissaire et du commandant en chef.
391. Sur les bâtiments de guerre, le capitaine a certainement la plus haute part des responsahilités qu’on puisse l’éiinir sur la tête d’un seul homme. Sur lui reposent, en effet, non seulement les soins indispensables de l’exercice de l’autorité, de la conduite de son navire, les soins à prendre de l’administration, de la santé, de l’instruction, de la discipline de son équipage, mais encore toutes les préoccupations de la politique ; car son bâtiment représente la France, et enfin, à un moment donné, c’est à lui que reA'ient la tâche délicate et périlleuse de soutenir l’honneur du pavillon.
392. Former des hommes à la hauteur de cette mission et des équipages dignes de leurs capitaines, mettre à la mer et y entretenir des bâtiments de guerre, dans toute l’étendue de l’acception de ce mot, que les Anglais traduisent énergiquement par man of war, tel est le but de la marine militaire. Deux choses sont indispensables pour l’atteindre ; du temjJs et de l'argent. Rien ne s’improvise en marine ; il faut donc saA'oir faire largement d’aA'ance les dépenses nécessaires qui seront de l’économie un jour. Car si l’argent manque lorsque le temps vient à notre aide, le temps, à son tour, pourrait nous manquer quand l’argent arrh'erait. Alors les efforts les plus généreux, les sacrifices les plus considérables demeureraient sans résultats, puisqu’ils viendraient trop tard et nous laisseraient à la merci des circonstances et d’adversaires plus prévoyants.
Jules Delarbre.
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