‹ Dictionnaire de l'administration française (volume 2)Chapitre 258 sur 2791 · On a vu des fictions acceptées comme agents politiques · texte numérisé non relu

On a vu des fictions acceptées comme agents politiques

demande comment et pourquoi ces mesures sont tournées par les uns et les autres, même sans j)arler de la négligence des uns, des fraudes et de la corruption des autres. Et, pour mieux voir, qu’on se mette successivement aux différents points de

vue, . les hommes qui ne sortent pas de leur

point de vue particulier, « qui ne savent pas se mettre dans la peau des autres » voient toujours mal.

Rien de tout ce que nous venons de dire n’est inconnu aux auteure d’une organisation destinée à tout prévoir, à opposer des freins au mal, à assurer le règne du bien par des stimulants et des récompenses ; mais, passionnés par l’excellence de leurs intentions, ces auteurs s’imaginent que leur mécanisme échappera à la loi commune, qu’il ne se détraquera pas, qu’on n’aura pas be-^ soin d’en surveiller le mouvement .

Nous pourrions encore entrer dans de nombreux développements, nous préférons citer le passage suivant de notre ouvrage intitulé : les Progrès de la science économique depuis Adam Smith (Paris, Guillaumin et G'®, 1890, 2 vol., tome l®*", p. 173 et suiv.), où la même pensée a été reproduite dans un cadre un peu différent en arrivant, bien entendu, aux mêmes conclusions ;

3. Personne ne conteste que les sentiments, surtout lorsqu’ils deviennent des passions, exercent sur la volonté de l’homme une puissance plus grande que la raison. La raison est impartiale, réfléchie, réaliste, mesurant les causes et les effets, comparant l’efl’ort au résultat, tandis que la sensibilité est le produit d’impulsions quelquefois inconscientes, de sympathies et d’antipathies mystérieuses ; et comme les mouvements engendrés par les sentiments sont susceptibles de se développer sans frein ni mesure, on a dû chercher à les contenir.

A cet effet on a inventé un procédé, ou une manière de procéder, que nous appellerons l'automatisme. Nous désignons par ce mot les freins artificiels institués parla société, par l’État, par les groupes d’hommes, par de simples particuliers. L’automatisme est destiné à suppléer à la raison, ou mieux, à la renforcer, en lui procurant le temps d’exercer son effet. Dans la pratique la plus usuelle l’automatisme a peut-être été un moyen de protection contre la mauvaise foi. Ce furent, dans tous les temps et dans toutes les contrées, des formalitésà remplir, des mots à prononcer’, des gestes à faire, des signatures à donner, selon les croyances, les usages, les lois ; une fois ces mouvements purement matériels accomplis, les âmes sont liées — l’essentiel est qu’elles se croient liées — par un engagement « en bonne et due forme », comme on dit. Les contractants exécuteront fidèlement cet engagement, tant qu’ils auront foi dans la sainteté de ces formules. Ce sont donc les sentiments, la religion, le respect humain, des craintes supertilieuses même (châtiments mystérieux), qui seront venus en aide à la raison qui elle, ne peut que démontrer les avantages de l’honnêteté. Quand les croyances s’en vont, les formes se modifient, mais conservent souvent leur puissance ; la loi déclarera «essentielles» celles qu’elle veut maintenir ; l’acte qui les omettra sera nul, et les pouvoirs publics procureront une sanction que la foi éteinte ne pourra plus conférer.

Notre attention s’est portée depuis beaucoup d’années sur l’automatisme ; nous l’avons rencontré à chaque pas et nous avons un moment songé à lui consacrer un volume. Nous nous bornons ici à faire connaître l’idée générale.

Toutes les fictions politiques, sociales, économiques, toutes les organisations, les constitutions, les statuts, toutes les procédures judiciaires, les formes et les délais, etc., sont de l’automatisme. Nous lui avons donné ce nom, parce qu’il est en grande partie un produit de l’indolence humaine. Les hommes se fient si peu à la fermeté de leur volonté, à leur sangfroid, à leur discernement, et surtout à l’honnêteté et au dévouement de leurs concitoyens, qu’ils voudraient voir les choses s’arranger toutes, seules, automatiquement, forçant les indolents et les malhonnêtes à faire leur devoir. Cet excès de confiance dans l’ellicaoité d’un mécanisme (d’une chose extérieure à l’homme qui doit agir) est la cause principale de faiblesse du système, qui a cependant du bon; la faiblesse vient de ce que le frein le plus selfacting a besoin de quelqu'un qui le suTX'eille. Il n’est qu’un instrument.

1. Le serment est un proche du domaine de Uautumaiisme ; quaod la foi a disparu, il nVsi plus applicable. On le remplace alors par une simple afUroiaiiun, qui vaut ce qu'elle vaut.

AUTOMATISME

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