‹ Dictionnaire de l'administration française (volume 2)Chapitre 508 sur 2791 · CENTRALISATION ET DÉGENTil · texte numérisé non relu

CENTRALISATION ET DÉGENTil

c’est non seulement les décharger de toute responsabilité, mais leur en faire perdre jusqu’à la conscience. C’est les porter invinciblement à s’en prendre à leur gouvernement de tout ce qui peut leur causer quelque dommage, ou même de ce qui peut contrarier leurs désirs (p. 94).

« Un autre elfet non moins forcé et non moins dangereux de la centralisation, c’est d’accroître outre mesure la capitale aux dépens des provinces, de constituer une tête énorme sur un corps grêle ' . » L’attraction exercée par les villes n’est bonne ni au point de vue des mœurs, ni au point de vue de la reproduction. Elle n’est pas plus rassurante au point de vue politique. « On l’a dit avec vérité, l’aris est un amas de poussière qui, lorsqu’il est soulevé par la tempête, ne peut être dirigé ni contenu 5 il renverse tout et n’a plus d’autre loi que le hasard. Les gouvernements qui ont la conscience de ce danger, auront toujours les yeux ouverts sur ce point où se concentre toute leur vie ; ils sauront qu’un seul coup frappé à ce point, c’est la mort, une mort soudaine, foudroyante. Ils y réuniront donc toutes leurs forces, toutes leurs ressources, tous les grands travaux ; il faut que cette masse n’ait pas un instant de chômage, et plus ils feront, plus ils aggraveront le mal ; car ils accumuleront plus de matériaux dans ce foyer toujours incandescent. »

C’est une erreur que de croire que, lorsque la centralisation est combinée avec des institutions libres, ses dangers disparaissent pour ne laisser subsister que ses avantages. « La centralisation, telle qu’elle existe en France, est, selon moi. absolument et radicalement incompatible avec des institutions libres un peu sérieuses ; car elle en affecte les sources, en trouble le jeu et en pervertit le caractère.... Il faut à de pareilles institutions des hommes assez intelligents pour les comprendre, assez expérimentés pour les pratiquer utilement, offrant assez de garanties pour ne pas en abuser. Or de tels hommes ne s’improvisent pas. Où peuvent-ils se former, si ce n’est dans des institutions secondaires qui leur offrent les moyens de se préparer et les occasions de faire leurs preuves (p. 112)...» ; et plus loin : « Où pourrions-nous donc apprendre la vie publique et nous y préparer si ce n’est dans des institutions municipales et départementales fortement émancipées, où se débattraient avec vivacité les affaires communes et qui peu à peu nous donneraient les mœurs et les pratiques de la liberté (p. 1 14) ? » (Voy. le chap. II.)

« Ce n’est pas tout. Lorsque cette représentation composée d’éléments mal préparés est en face du Gouvernement, que se passe-t-il? Le pouvoir, armé de toutes les forces de sa centralisation, pèse sur l’assemblée dont il lui faut conquérir la majorité à tout prix. Cette centralisation devient alors le grand instrument du Gouvernement ; elle sert à pervertir le jeu des institutions et elle se pervertit elle-même à cet usage...»

« Il y a plus : ce qui caractérise le gouvernement représentatif, c’est de désintéresser les révolutions en facilitant les réformes.... Eh bien, cet avantage, la centralisation le lui enlève... En effet, les réformes ne peuvent être qu’une transac-

1. Od. Barrot ne savail-il pas que Londres est bien plus grand que Paris ?

CENTRALISATION ET DÉCENTR.

tion entre le pouvoir central et les exigences de l’opinion. Mais lorsque l’équilibre n’existe pas entre les forces du pouvoir et celles de l’opinion, pourquoi transigerait-il ? Il a en mains les moyens de sortir toujours vainqueur de la lutte parlementaire ; il ne subira jamais cette pression salutaire qui produit les réformes. Les symptômes les plus alarmants, les avertissements les plus significatifs ne troubleront pas ses illusions ; les esprits se familiariseront peu à peu avec l’idée de révolution ; la sécurité du monde olliciel sera encore entière que l’édifice sera déjà miné et qu’il suffii-a du plus léger accident pour le faire crouler tout à coup et au premier choc (p. 118).

« Laissons au pouvoir absolu sa centralisation : ce sont deux éléments qui s’harmonisent parfaitement. Ne nous obstinons plus à vouloir concilier deux choses aussi profondément inconciliables que la centralisation et la liberté (p. 122). »

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