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CHAP. V. — BÉSDMÉ DE L'ŒUVRE DD PROTECTORAT

45 Le gouvernement du protectorat a accompli une œuvre considérable : tout en respectant les habitudes sociales, les traditions religieuses, les mœurs politiques du peuple protégé, il a transformé la Kégence.

Il a restaure les tinances tunisiennes, amélioré le régime fiscal, constitué des réserves suffisantes pour parer à l'éventualité de déficit budgétaire, contribué pour plus de 34 millions aux dépenses de casernement, de fortification et de défense de^ cotes et trouvé dans ses excédents de recettes les sommes nécessaires a l'outillage économique du pays.

Les ports de la Régence avaient été laissés dans un complet abandon par l'administration beylicale, il n'existait que des rades plus ou moins abritées selon la disposition naturelle des lieux. Seize ports sont actuellement ouverts au commerce : Tunis -Goulette, Bizerte, Sousse et Sfa\ accessibles aux navires de fort tonnage, — Tabarka. Porto-Farina, Kelibia, Nabeul, Hammamet, Monastir, Mendia, Kerkennah, La Skira, Gabès, Djerba et Zarzis où ont été constitués des mouillages et abris suffisants pour les navires d'un faible tirant d'eau.

11 n'y avait, en 1883, que 4 kilomètres de route empierrée, reliant Tunis au Bardo, les autres voies de communication étaient à l'état de pistes. La l'agence possède aujourd'hui 2 550 kilomètres de routes et son réseau général répond, pour le moment, aux nécessités de la circulation.

Avant le protectorat, les lignes de chemin de fer avaient 22G kilomètres de longueur, elles dépassent actuellement 940 kilomètres et le programme des travaux commencés ou prévus atteint près de 500 kilomètres ; de plus, les services publie- : contrôles civils, postes de douanes, recettes des régies financières, etc., ont été installés dans des immeubles aménagés à cet effet.

Le protectorat a doté la Tunisie d'une organisation postale, télégraphique et téléphonique presque complète : de 1881 à fin 1903, le nombre des recettes postales a été porté de 1 à 88, celui des distributions de 7 à 226. celui des bureaux télégraphiques de 12 à 130; le réseau téléphonique, créé de toutes pièces, ne dessert pas moins de 25 localités. La caisse nationale d'épargne a vu, depuis 1888, le chiffre des dépôts s'élever de 319 000 fr. a 3 646 865 fr.

Des efforts considérables ont été faits pour le développement de l'instruction publique et principalement de l'enseignement primaire et de renseignement professionnel : en 1883, il existait 24 établissements scolaires où la langue française formait la base de l'enseignement; au 31 décembre 1903, la statistique accuse 156 écoles françaises dans lesquelles l'instruction est donnée à près de 20 000 élèves.

La propriété foncière a reçu une organisation appropriée aux exigences du crédit et à la sécurité des transactions par la promulgation de la loi du leï juillet 1885: à la fin de l'année 1903, le nombre des réquisitions d'immatriculation s'élevait à 7 603 s'appliquant à une superficie de l 079 475 hectares, d'une valeur déclarée de 128 633 200 fr. ; celui des titres délivrés à la même date à 9 012 dont 3 103 lotissements, pour une superficie reconnue de 645 433 hectares et une valeur définitive de 1 12 158 578 fr.

Le développement économique du pays n'a pas cessé de suivre une marche toujours ascendante. La valeur de la propriété a décuplé dans le nord de la Tunisie et augmenté de 25 à 30 p. 100 dans le centre et le sud ; la valeur des terrains urbains s'est accrue dans de notables proportions. L'agriculture a pris un essor considérable : les surfaces semées ou cultivées ont triplé, un vignoble important a été créé, qui atteint une production annuelle de près de 300 000 hectolitres ; la culture de l'olivier a pris dans le sud un développement inespéré et sa production totale est d'environ 392 500 hectolitres. L'industrie minière, encore à ses débuts, paraît appelée à un grand avenir. Le mouvement commercial a suivi une progression constante : en 1885 il se chiffrait par 47 millions dont 26 à l'importation et 21 à l'exportation; en 1903, il a été de 155 millions avec 84 à l'importation et 7 1 à l'exportation, et la part de la France ressort à 59 p. 100 des exportations et à 55 p. 100 des importations ; encore cette progression est-elle loin d'avoir marqué sa dernière étape.

Sans doute, l'œuvre est inachevée : le régime fiscal appelle des réformes nécessaires ; l'extension des relations commerciales avec la métropole réclame de nouvelles franchises tant pour les produits français importés en Tunisie que pour les produits tunisiens importés en France ; l'enseignement primaire et principalement l'enseignement professionnel qui fait les ouvriers, les agriculteurs, les commerçants, nécessite l'ouverture de nouvelles écoles ; des travaux publics (voies ferrées, aménagements des sources et des points d'eau, agrandissement et aménagement des ports, etc.) imposent de nouveaux sacrifices; l'infériorité numérique de la colonie française , comptant 28 000 âmes et entourée d'une population de 96 000 Européens dont 80 600 Italiens, commande un ensemble de mesures qui doit avoir pour résultat le peuplement français de la Régence et l'assimilation des éléments étrangers.

Tels quels, les résultats obtenus n'en sont pas moins imposants : ils dénotent les progrès d'une œuvre de colonisation bien assise, qui ont été atteints rapidement sans heurts, sans à-coups, sans incertitude, grâce a l'autonomie du gouvernement protégé.

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