MIT. 1 . — LE BATIMENT DE COMBAT. PROGRAMME DE LA FLOTTE
16. L'armée navale, cette fraction de la force publique, est essentiellement constituée par la réunion des bâtiments de guerre. Tout bâtiment de guerre représente la nation dont il porte les couleurs et dont il suit la loi ; il a un nom personnel et un numéro qu'il signale aux autres navires et aux sémaphores par une réunion de pavillons déterminés ; c'est un organisme vivant armé pour la- lutte et qui justifie bien l'appellation anglaise de man of war.
17. Le bâtiment de guerre se construit soit dans les arsenaux de la marine, soit sur les chantiers de l'industrie privée au Havre, à Saint-Nazaire, à Nantes, à Bordeaux, à la Seyne. La len-
MARINE MILITAIRE, is, 19.
tour de la construction pour les vieilles flottes en I bois était une garantie de solidité : aujourd'hui il 1 faut construire vite pour réaliser les inventions ! les plus récentes et, sous ce rapport, la France a des progrès à faire, car ses unités les plus puissantes restent plusieurs années en achèvement.
18. A l'ancien vaisseau à voiles avait succédé, vers le milieu du xixe siècle, le bâtiment moitié en bois, moitié en fer qui empruntait à la fois au vent et à la vapeur ses moyens de propulsion ; le progrès de la science permit bientôt de lui substituer le navire complètement en fer et marchant à la vapeur ; de nos jours, le type le plus achevé se construit en acier, il est actionné par d'énormes machines qui, sur les gros bâtiments, mettent en mouvement jusqu'à trois hélices. Gomme combustible, le pétrole vient en concurrence avec la houille ; l'électricité fournit, dès à présent, l'énergie nécessaire à la marche des embarcations et des appareils auxiliaires et à l'éclairage, mais on peut attendre d'elle de nouveaux services. Déjà la télégraphie sans fil crée une véritable révolution dans les communications des navires entre eux et avec la terre. Toutes les parties du bâtiment de guerre, qu'il s'agisse de la coque (formes de la carène, éperon, cuirasse, compartimentage), des appareils moteurs et évaporatoires, de l'artillerie, des torpilles, des machines auxiliaires, des soutes à charbon et à munitions, ont donné lieu et donnent encore lieu aux controverses les plus vives et aux recherches les plus passionnées. 11 n'est pas de question scientifique sur laquelle l'esprit humain se soit plus exercé au cours de ce siècle. On ne peut réaliser en même temps la plus grande rapidité de marche et la plus grande puissance de protection contre les terribles effets des nouveaux explosifs ; on ne peut avoir un vaste rayon d'action sans des soutes considérables et l'accroissement des dimensions du navire nuit à la facilité de ses évolutions. Il y a, en définitive, dans les données du problème des constructions navales des termes contradictoires et on en a le plus souvent cherché la solution dans un compromis entre des qualités qui s'excluent.
19. En considérant les lourdes dépenses qu'entraîne la construction de ces citadelles flottantes, si redoutables et en même temps si vulnérables, de hardis novateurs se sont demandé si la constitution d'escadres composées de ces énormes cuirassés était vraiment nécessaire. Pour un pays comme le nôtre, dont les ressources financières ont fatalement une limite et où l'armée de terre réclame aussi de larges subsides, n'y aurait-il pas avantage à substituer aux méthodes traditionnelles une stratégie qui permettrait d'éluder la loi brutale du nombre et d'échapper à la supériorité numérique de nos adversaires éventuels ? N'est-ce pas courir au-devant de la défaite que de se présenter au combat dans des conditions d'infériorité dûment reconnues? Les partisans d'une réforme ont préconisé la construction de croiseurs à très grande vitesse et à grand rayon d'action, chargés d'écumer l'Océan à notre profit et de très nombreux torpilleurs gardiens du littoral. Notre génie propre trouverait l'utilisation de ses qualités d'initiative et de décision dans ce genre de
lutte bien mieux que dans les batailles d'escadre où la fortune si souvent trahit notre courage. Les progrès réalisés dans ces derniers temps par la navigation sous -marine ont paru servir cette thèse qui a déconcerté et troublé beaucoup de marins et d'ingénieurs par sa hardiesse, mais qui, à tout prendre, est séduisante et représente, au dire de la jeune école, la vérité de demain.
20. Dans leur recherche du mieux, nos constructeurs ont été conduits à créer successivement des types de navires tous différents les uns des autres. Ils voulaient appliquer à chaque unité nouvelle les derniers perfectionnements, mais cette manière de faire ralentit singulièrement les constructions et en outre, le manque d'homogénéité dans une force navale est une cause de faiblesse, puisque la marche et les combinaisons tactiques doivent être réglées sur les facultés du navire le plus faible et non pas sur celles du plus agile et du plus puissant.
21. Pour en finir avec les indécisions et les critiques, M. de Lanessan fit arrêter, par le conseil supérieur de la marine, un programme de constructions navales et de travaux d'amélioration des ports ; ce programme fut soumis aux délibérations du Parlement qui, par une loi du 9 décembre 1900, le sanctionna en ce qui concerne la flotte. Puis, le 2 mars 1901, une deuxième loi fournit au ministre les moyens de doter les ports de la métropole et des colonies de bassins de radoub, magasins, dépôts, ateliers, etc., et de constituer fortement les bases d'opération dont une escadre moderne ne peut pas se passer. Ces derniers travaux comportent une dépense d'environ 169 millions. Pour réaliser le programme des constructions neuves, il est prévu six cuirassés, cinq croiseurs cuirassés et un assez grand nombre de contre-torpilleurs, de torpilleurs et de sous-marins avec une dépense totale de 762 millions s'échelonnant jusqu'à 1906 par crédits annuellement votés. Partisan résolu des nouvelles théories de la guerre sur mer et pénétré, en même temps, de la nécessité de réaliser des économies, M. Pelletan, dès son arrivée au ministère , en 1902, s'est efforcé d'ajourner la construction des cuirassés ; toutefois, le Parlement, appelé à trancher le débat soulevé à ce propos par la commission du budget, a décidé la continuation du programme de 1900. Une commission extraparlementaire nommée en 1904 doit examiner la situation de notre marine et de nos défenses coloniales. (Décision présidentielle du 7 avril 1904.)
AllT. 2. LISTE DE LA FLOTTE.
22. Chaque année, le ministère de la marine publie la liste officielle de ses bâtiments.
Dans une première partie sont énumérés les navires de première ligne avec l'indication du classement dans la flotte, du déplacement, de la puissance des appareils moteurs exprimée en chevaux indiqués de 75 kilogrammètres par seconde, du nombre des bouches à feu de gros, moyen et petit calibres, enfin des effectifs. Au 1er janvier 1904, la France possédait:
22 cuirassés d'escadre ;
13 garde-côtes ;
8 canonnières cuirassées ;
18 croiseurs cuirassés ;
33 croiseurs répartis en trois claises;
1 croiseur porto torpilleur;
il eontre-torji'.lleiiis ;
10 avisos torpilleur> ;
40 torpilleurs île liante mer;
IM torpilleurs ;
'20 vedettes, torpilleurs .oloniaux, etc.;
îs bateaux loas-mtriui et submersibles.
Kn plus de ces bâtiments qui tous sont en service, il j avait en chantier ou en achèvement
a lOl :
i° Dans tes arsenaux: 2 cuirassés, 4 croiseurs cuirassés, il contre-torpilleurs et 25 sousmarins ou torpilleurs submersibles;
2 1 Sur les chantiers de i industrie: 4 cuirassés, 1 croiseur cuirassé 1 contre-torpilleur et i ï torpilleurs.
1 es diverses unités de combat appartiennent an programme de 1900 el aux programmes antérieurs. Elles permettent de constater que la marine ne sacrifie pas l'avenir au présent et que les dépenses cousenties pour le renouvellement et le renforcement de Tannée navale sont plus considérables encore que celles qui ont pour objet l'armement el l'entretien de la flotte construite.
23 La deuxième partie de la liste comprend les navires de seconde ligne, c'est-à-dire ceux ijui ont perdu quelque chose de leur valeur militaire ou qui ne sont plus, à proprement parler, des bâtiments de combat modernes.
Pans ce groupe, nous trouvons, en service, au lor janvier 1903 :
2 cuirassés garde-côtes offensifs, 2 cuirassés de croisière, 13 avisos, 7 avisos-transports, 12 canonnières, 12 chaloupes canonnières ou chaloupes, l transport d'escadre, 1 2 transports, 1 gardepêche à vapeur.
A la même date, il existait encore, en fait de navires à voiles: 1 frégate, 2 corvettes, 1 cutter, 4 garde-pêches, 4 navires-écoles.
Un certain nombre de navires condamnés sont, en outre, maintenus pour ordre dans la deuxième partie de la liste de la flotte en raison du service militaire auquel ils sont affectés comme postes de torpilleurs, annexes d'écoles, etc.
24. La troisième partie de la liste énumère les navires de servitude des ports militaires 5 la quatrième, les navires condamnés qui servent de charbonnières, de casernes flottantes, de pontons d'amarrage, de magasins, etc.