‹ Dictionnaire de l'administration française;Chapitre 870 sur 1411 · CHAP. VII. — PATRONAGE · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — PATRONAGE

96. Définition. Objet. Pris dans son acception la plus large, le mot « patronage >» s'applique à tout appui, à toute protection qu'un homme puissant accorde à un homme d'état inférieur, que cette infériorité soit accidentelle ou permanente, d'ordre moral ou matériel. On patronne des orphelins, des abandonnés, on patronne des faiblesses malheureux de toute sorte; mais on patronne aussi des parents, des amis, en vue de leur faire obtenir un avantage ou une satisfaction quelconques. Ainsi envisagé, le patronage est illimité, puisqu'il se confond, non seulement avec la bienfaisance proprement dite, mais aussi avec le « bienfait » en général. Or, le champ que nous devons parcourir confine immédiatement au domaine pénitentiaire dont il est le prolongement et le bien dont nous avons à parler est celui que l'on fait ou que l'on peut faire aux individus qui, après avoir été détenus par décision de justice, sont rendus à la société sans ressources et sans appui : c'est le patronage des libérés.

97. Même réduite à. ces proportions, l'œuvre du patronage est immense et présente un intérêt social considérable. Pour nous en convaincre,

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ouvrons la dernière statistique pénitentiaire (année 1900) aux pages qui accusent les « mouvements » de la population détenue, Nous trouvons, pour les sorties :

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Voici donc 290 386 êtres humains qui, dans le courant d'une année, sortent de prison, llétris ou tout ail moins déconsidères, heureux encore s'ils retrouvent au dehors la situation, les ressources qui les faisaient vivre avant leur incarcération. Mais, pour un grand nombre d'entre eux, hélas! tout est perdu, l'honneur compris; sans loyer, sans famille, sans parents ou amis qui les puissent recueillir, ils dévorent en quelques jours le peu d'argent gagné en prison, puis ils errent à l'aventure cherchant du travail, ou, comme le loup de la l'aide, quœrens guem devoret... Et l'on devine aisément ce qui arrive si un refuge ne s'ouvre pas, sans retard, devant ces « misérables », si une main secourable ne leur est pas tendue avant l'imminente rechute. C'est le rôle du patronage de parer à ce danger et c'est ainsi que sa tâche dépasse le cadre de la simple bienfaisance, pour devenir une mission de préservation sociale 11 n'en est certes pas de plus humaine ni de plus utile.

98. Premiers essais de patronage des libérés. Pourtant l'opinion publique ne s'est intéressée a cette grave question que dans ces derniers temps (à moins que l'on ne considère comme une forme de patronage l'assistance prêtée, sous l'ancien régime, aux prisonniers par des sociétés ou œuvres charitables). Les pouvoirs publics, euxmêmes, n'ont compris que bien tard la nécessité de s'occuper des libérés en vue de leur reclassement. Le premier document officiel qui traite de la matière est du 28 mai 1842; c'est une circulaire du comte Duchàtel, ministre de l'intérieur, invitant les préfets à consulter les conseils généraux sur un projet d'organisation, au nom de l'intérêt public, de sociétés de patronage pour les libérés adultes. L'appel n'aboutit à aucun résultat positif, les assemblées départementales n'ayant pas compris ou voulu comprendre la haute portée de !a tentative ministérielle. Mais, déjà en 183:-!, l'initiative privée avait créé, à Paris, la première société de patronage véritablement organisée, celle des jeunes détenus et des jeunes libérés du département de la Seine. Deux hommes de haute valeur intellectuelle et morale, .M. Charles Lucas (du Cher) et M. Bérenger (de la Drôme), ont été les fondateurs de cette institution qui continue à assurer l'avenir des jeunes détenus dont elle prend charge avec un soin et une clairvoyance véritablement remarquables.

99. La loi du 5 juin 1850 {art. 19) place les jeunes détenus, à l'époque de leur libération, sous le patronage de l'assistance publique, pendant trois ans au moins ; mais cette disposition n'a jamais été appliquée. Plus tard, le 6 octobre 1809. une commission était constituée par décret impérial avec mission spéciale d'examiner les questions relatives au patronage des jeunes dé-

tenus et des libérés adultes. Les événements ne permirent à cette commission qu'un fonctionnement de comte durée.

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