Extension dumouvemenl de patronage
Au cours de la même année 18G9, M. le pasteur Robin avait créé, à Paris, la Société de patronage des prisonniers libérés protestants et, dès l'année suivante, se formait YŒuvre des libérées de Saint- Lazare. En 1871, naissait la SocUté générale pour le patronage des libérés adultes que son président actuel, M. le sénateur Bérenger, dirige depuis vingt-deux ans. L'enquête parlementaire de 1873-1875 sur le régime des prisons communique une impulsion nouvelle au mouvement du patronage dont l'administration facilite, d'ailleurs, et encourage l'extension par les instructions réitérées quelle donne à ses agents. [Cire. 10 avril 1873, 15 oct. 1875, iO juin 1877 et 17 déc. 1878.) Vers la fin de 1878, M. Félix Voisin, dont le nom est attaché à toutes les réformes pénitentiaires de ces derniers temps, fonde la Société de protection des engagés volontaires élevt s sous la tutelle administrative, qui sauve annuellement par le travail, par la bonne conduite et par les fatigues courageusement supportées, un nombre toujours plus grand de jeunes gens dont les débuts dans la vie ont été marqués par des défaillances morales. En dehors de ces associations principales, d'autres moins importantes, mais tout aussi actives et bien intentionnées, s'organisent à Paris et dans les départements. Devant les progrès de plus en plus menaçants de la récidive, la nécessité de protéger les libérés, autrefois si contestée, ne trouve plus de sceptiques et devient même une vérité courante : les bonnes volontés se manifestent de plus en plus nombreuses, et, sur tous les points du territoire, le patronage prend le caractère d'une généreuse lutte pour ie bien.
101. Premier congrès national du patronage. Mais ces efforts épars et parfois divergents ont besoin, pour produire tous les effets désirables, d'être précisés et coordonnés, tout en restant indépendants les uns des autres : ce sera l'objet du premier congrès national du patronage organisé par la Société générale des prisons. L'assemblée s'est réunie, à Paris, en mai 1893, sous la présidence de M. Charles Petit, conseiller à la Cour de cassation. Après de brillantes discussions et de très profitables échanges de vues, divers vœux sont adoptés, un projet de statuts-type est élaboré. Et, pour qu'il reste des traces durables de cette entente d'un jour, l'on conclut à la formation d'une sorte de fédération ou d'union de toutes les sociétés de patronage de France.
102. Moyens d'action du patronage. Le patronage, pour être efficace, doit commencer à la prison même, avec le concours éclairé du personnel de l'établissement. C'est par Y auscultât ion morale du détenu que l'on peut prévoir ce que sera le libéré. Les personnes qui négligent ces indispensables préliminaires s'exposent à de fréquents mécomptes. Après la libération, l'appui à prêter au patronné peut revêtir les formes les plus diverses : accueil dans un refuge, rapatriement ou placement, recommandations, conseils, secours en nature ou en argent. Mais, c'est sur-
RLGIME PÉNITENT., 103, 104.
tout par le travail, ne l'oublions pas, que l'homme tombé se relève, car l'assistance pure et simple ne peut que développer ses habitudes de paresse et lui permettre de donner carrière à ses mauvais instincts. Ici, nous ne pouvons mieux faire que de citer textuellement un passage d'une circulaire du ministre de l'intérieur en date du 18 janvier 1894 qui formule en termes saisissants le rôle et le Caractère du patronage utile : « . ..On se figure encore trop souvent qu'il (le patronage) consiste essentiellement à distribuer aux libères des secours en argent ou en nature. Ainsi entendu, le patronage se confond avec la bienfaisance et cette conception erronée est la source d'une des objections que l'on oppose le plus fréquemment à ceux qui se dévouent aux œuvres de relèvement. Qui n'a entendu répéter qu'on devait se préoccuper des honnêtes gens avant de songer aux coupables ? Et, en effet, si le patronage n'avait pour but que de soulager des misères, il y en a, sinon de plus cruelles, du moins de plus imméritées que celles du libéré. Mais il n'en est pas ainsi. Le patronage consiste, avant tout, à procurer à celui qui a été frappé par la loi pénale la possibilité de revenir, s'il en a la volonté, à une existence honnête et régulière. C'est l'accomplissement d'un devoir de justice envers le condamné en même temps qu'une œuvre de préservation sociale. »
103. Subventions aux sociétés de patronage. Nous avons vu que le Gouvernement a facilité, par tous ses moyens, le développement du patronage ; mais son action est restée forcément limitée, tant que les Chambres n'ont pas elles-mêmes approuvé et encouragé les efforts accomplis ou tentés en faveur des libérés. Le premier crédit pour subventions aux sociétés de patronage a été de 20 000 fr. ; il ligure au budget de 1877. Ce crédit a été, par la suite, graduellement augmenté ; il était, pour l'exercice 1903, de 151 000 fr.