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CHAP. V. — COMMENT EST ÉTABLIE LA STATISTIQUE

33. On peut distinguer quatre séries d'opérations successives dans l'établissement de la statistique :

1° Les opérations préparatoires ;

2° Les opérations du comptage des faits, objets ou individus qui sont la matière de la statistique ;

3° Les opérations du dépouillement des fiches ou registres à l'aide desquels a été exécuté le comptage ;

4° Opérations par lesquelles on exprime et on présente les résultats du dépouillement.

34. a) Opérations préparatoires. Une bonne préparation est une condition essentielle d'une bonne statistique. 11 faut tout d'abord déterminer et définir, avec toute la précision possible, l'objet du dénombrement, en tenant compte, bien entendu, des conditions d'homogénéité et de limitation dans le temps et dans l'espace que nous avons indiquées plus haut. Il faut procéder à une classification rationnelle des individus, faits ou objets à dénombrer. Et après la détermination de l'objet, celle de la méthode selon laquelle devra être opéré le dénombrement est également indispensable. La forme et le mode d'emploi des bulletins, fiches ou registres dont il pourra y avoir lieu de faire usage doivent être arrêtés et réglés avec le plus grand soin. De même, le rôle de chacun de ceux qui auront à participer à l'élaboration de la statistique, particuliers ou fonctionnaires, doit être très clairement expliqué. Il faut que les instructions et les circulaires qui annoncent et accompagnent ces diverses mesures préparatoires soient d'une clarté parfaite.

35. b) Opérations du comptage. C'est là le dénombrement au sens propre et restreint du mot. Il y a le comptage portant directement sur chaque unité dénombrée. Et il y a le comptage par évaluation. Le premier est naturellement le plus sûr et le plus exact. On doit en user toutes les fois que la chose est possible et ne recourir au second que lorsqu'on ne peut faire autrement. Cela dépend, à la fois, de la nature de l'objet du dénombrement et aussi de Tétat de l'organisation administrative. Ainsi on peul aujourd'hui compter un à un et, par conséquent, avec une très grande exactitude, tous les actes consignés sur les registres de l'état civil, tous ceux qui sont mentionnés sur les registres tenus par les agents du fisc, tous les livrets délivrés par les caisses d'épargne, tous les billets distribués par les compagnies de

chemins de fer, tous les procès civils ou criminels engagés devant les tribunaux. On peut même aujourd'hui dénombrer un à un tous les habitants d'un pays vivant à un jour donné, si vaste que soit le pays et si élevé que soit le chiffre de sa population. Mais si l'on veut dénombrer les produits de l'industrie agricole ou ceux de l'industrie manufacturière, les salaires touchés par les ouvriers ou le revenu global de chaque citoyen, le comptage direct devient impossible et l'évaluation reste le seul moyen de découvrir le nombre que Ton cherche.

L'évaluation peut être pratiquée de différentes façons. On peut y procéder en ramenant — par un rapport plus ou moins bien établi — certains faits que l'on veut compter à d'autres plus faciles à saisir ''. On peut y procéder en faisant quelques comptages directs partiels et limités et en généralisant leurs résultats. Enfin, on peut y procéder par simple estimation fondée sur des données plus ou moins précises.

36. c) Dépouillement. C'est l'opération qui complète et couronne le comptage en faisant, par des additions et par des rapprochements divers, le relevé des chiffres que donne celui-ci, de manière à les rendre aussi clairs et aussi intelligibles que possible. Tout le travail antérieur peut être perdu si le dépouillement est mal fait. Et s'il est bien fait, il peut, au besoin, servir à rectifier des opérations antérieures médiocres. Quand il s'agit de dénombrer des faits très nombreux et s'accomplissant sur un territoire étendu, le dépouillement peut être opéré sous deux formes très différentes. Le dépouillement peut être morcelé ou centralisé. Il est morcelé quand il a lieu en divers endroits, quand, par exemple, il commence dans la commune ou au chef-lieu de canton, pour se continuer au chef-lieu d'arrondissement et au chef-lieu de département et pour venir s'achever dans un ministère, à Paris. Le dépouillement morcelé n'a guère que des inconvénients. Avec lui les chances d'erreurs dans les données de la statistique sont portées à leur maximum. Tout le monde le reconnaît aujourd'hui et tout le monde est d'accord pour lui préférer, autant que possible, le dépouillement centralisé.

Il y a deux sortes d'opérations dans le dépouillement.

Il y a, d'abord, le relevé des diverses données portées sur les bulletins, fiches ou registres, et les additions ou multiplications de chiffres. Il y a, en second lieu, la classification et l'agencement de ces données, le calcul des coefficients et l'extraction des moyennes. Les premières sont des opérations purement matérielles que des agents sans culture, de simples manœuvres et, mieux encore, des machines peuvent très convenablement accomplir. Les secondes sont beaucoup plus délicates. Elles exigent des agents exercés et même formés par une préparation appropriée.

37. d) Expression et présentation des résultats du dépouillement. Les résultats du dépouillement sont exprimés et présentés soit sous la forme de tableaux de chiffres, soit sous la forme de graphiques. Les tableaux de chiffres comme

i. C'est ainsi que Vauhan estimait la production agricole d'après le nombre des charrues,

les graphiques peuvent èlre, selon la nature des faits et le but poursuivi, conçus et établis de laçons fort diverses. L'essentiel, ce qui doit être exigé par-dessus tout, c'est que les uns et les autres soient clairs et qu'ils puissent être aisément consultés cl utilises. Nous ne pouvons exposer ici en détail les règles qui doivent présider a la confection des tableaux et nous devons renoncer a donner des modèles ou des cadres offrant un exemple de leur application. Mais nous voulons dire un moi des graphiques.

38 Les graphiques consistent en figures géométriques conventionnelles dans lesquelles la combinaison des lignes droites ou com bes, complétées'

parfois par le concours des couleurs, permet de représenter avec une clarté plus grande et une précision plus saisissante soit l'état actuel d'un phénomène observé dans des pays différents, soit le mouvement d'un phénomène, à travers le temps, dans un même pays, soit enfin Pétat ou le mouvement de plusieurs phénomènes différents entre lesquels mi cherche à découvrir un rapport. Sous l'extrême diversité de leurs formes, les graphiques se ramènent à deux types principaux : les diagrammes et les cartogrammes.

39. Le diagramme est une construction de lignes destinées le plus souvent à représenter le mouvement d'un phénomène. Habituellement, ses deux éléments essentiels et suffisants pour une description peu compliquée sont les deux lignes qui forment un angle droit. Sur l'horizontale appelée abscisse on place des divisions égales représentant l'unité de temps. Sur la perpendiculaire on place d'autres divisions égales représentant les unités à Paide desquelles on mesure l'importance numérique du phénomène dénombré. Et sur chaque division de l'abscisse on dresse une perpendiculaire désignée sous le nom d'ordonnée qui représente, par sa hauteur, pour l'année indiquée sur Pabscisse, le résultat du dénombrement. Si on rejoint le sommet de ces perpendiculaires, on obtient ce que l'on est convenu d'appeler une courbe. CeSl elle qui représente d'une façon particulièrement sensible le mouvement des faits1. Rien n'empêche de représenter par un même diagramme le mouvement de plusieurs phénomènes. Il sutïit de ne pas multiplier les lignes outre mesure et de conserver à la figure ce qui doit être sa qualité maîtresse, c'est-à-dire la clarté.

40. Le cartogramme est essentiellement constitue par une carte géographique sur laquelle sont portées certaines divisions territoriales. Il utilise, en les inscrivant sur ces divisions, les nombres par lesquels se mesurent les faits considérés dans l'espace à un moment donné. Tandis que le diagramme sert à exprimer des rapports dynamiques, le cartogramme exprime des rapports purement statiques. 11 exclut ordinairement la notion de succession dans le temps. On prend, par exemple, la carte de France divisée par départements et on exprime par des teintes conventionnelles soit les chiffres absolus, soit les chiffres relatifs par lesquels se mesure dans chaque département telle ou

1. On prut aussi constiiu r d s diagrammes à l'aide d'une circonférence. L'abscisse est alors rpmplacée par le centre de la circonférenc -, et l^s ordonner a par les rayons ou par les aDgles inscrits au centre.

telle catégorie de faits. L'emploi des couleurs peut d'ailleurs aussi utilement être combiné avec les diagrammes qu'avec les cartogrammes.

CHAP. VI. — PAR QUI PEUT ÊTRE ÉTABLIE LA. STATIS- TIQUE. DU RÔLE DES PARTICULIERS ET DES POUVOIRS PUBLICS DANS L'ÉTABLISSEMENT DE LA STATISTIQUE. ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE LA STATISTIQUE EN FRANCE.

41. La statistique peut être établie soit par les particuliers, soit par l'autorité publique.

42. a) Du rôle des particuliers. Très limité esl ce rôle dans l'établissement de la statistique sociale. Il est bien loin toutefois d'être négligeable. II convient, pour l'apprécier, de distinguer entre les travaux que peuvent accomplir les particuliers isolés et ceux des particuliers associés.

Les particuliers isolés disposent de moyens d'investigation naturellement très restreints. Ils sont incapables de procéder au dénombrement de faits nombreux et s'accomplissant sur une surface étendue, lis ne peuvent appliquer leurs efforts, avec quelque chance de succès, qu'à un objet très limité et aisément accessible. Cet objet ne dépasse guère le champ de leur action personnelle l. Ils ne peuvent, dans tous les cas, imposer par la contrainte aucune obligation aux personnes dont le concours serait nécessaire à leurs recherches. Mais si, au lieu de prétendre opé:er euxmêmes un dénombrement quelconque, les particuliers se bornent à utiliser les chiffres fournis par les statistiques officielles, à les contrôler et à les discuter, à critiquer, au besoin, la méthode suivant laquelle ils ont été obtenus, s'ils savent les agencer et les combiner d'une façon intelligente, ils peuvent en augmenter singulièrement l'intérêt et la portée. C'est sous cette forme que leur contribution à l'élaboration de la statistique acquiert souvent une très grande importance. Et c'est bien là la tâche ordinaire et normale que remplissent presque tous ceux -qu'on appelle des statisticiens, tous les membres actifs des sociétés de statistique qui existent dans presque tous les pays et de l'Institut international de statistique.

43. Les particuliers associés, quand ils forment de simples associations scientifiques, sont très sensiblement dans la même situation que les particuliers travaillant isolément. Les faits sociaux qu'ils peuvent saisir offrent, le plus souvent, trop peu d'intérêt pour constituer la matière utile d'un dénombrement. Mais il en est tout autrement quand les associations de particuliers revêtent la forme de sociétés civiles ou commerciales organisées en vue de fonder ou de diriger une grande entreprise industrielle ou financière. Une compagnie de chemins de fer, de navigation ou de mines, une maison de banque, un établissement financier comme le Crédit lyounais ou le Comptoir d'escompte, un grand magasin comme le Bon-Marché ou le Louvre trouvent naturellement dans leurs opérations la matière de statistiques très intéressantes. Et le souci de la bonne marche de leurs affaires leur impose l'obligation

i. C'est ainsi qu'un particulier peut dénombrer tout ce qui se rattache à ses affaires soit professionnelles, soit de famille. Il peut dénombrer ses recettes et ses dépenses, dresser une sorte de statistique financière privée. C'est là une espèce de statistique monograpliiqu • qui pourrait rendre de très grands services.

de procéder avec le plus grand soin à des dénombrements détaillés. Rien ne les oblige , malheureusement pour les statisticiens, à faire connaître au publie, même au public de leurs actionnaires, tous les résultats de ces dénombrements.

44. b) Du rôle de l'autorité publique. C'est à l'autorité publique, quelles qu'en soient la forme et la dimension, c'est plus spécialement à l'État qu'il appartient de dresser la statistique des faits sociaux. C'est là une de ses attributions nécessaires et non pas seulement facultatives . Cela tient, à ce que, d'une part, la statistique sociale ne peut, sauf exception, sur la surface d'un grand pays, être dressée que par lui, et d'autre part, à ce que la statistique répond à un besoin public parfaitement caractérisé auquel il a le devoir de donner satisfaction.

La première de ces propositions est trop évidente. On ne voit guère des particuliers essayant d'opérer le dénombrement de la population française, ou même celui des professions et des salaires. On ne les voit pas entreprenant la statistique agricole ou financière de la France, celle de la circulation postale et télégraphique ou celle de nos échanges internationaux. Ces statistiques-là ne peuvent être établies que par l'État. Lui seul possède l'organisation, les ressources et l'autorité indispensables. El quand nous ajoutons que la statistique répond à un besoin public, nous énonçons aussi une proposition qu'il serait difficile de contester. L'Etat ne peut se passer de statistique. Les particuliers ne le peuvent davantage. Cela ne suflit-il pas pour constituer le besoin public qu'il est du devoir de l'État de satisfaire?

45. c) Organisation de la statistique administrative en France. Nous n'essayerons pas de donner ici une description complète de cette organisation '. Le court espace dont nous disposons ne nous le permettrait pas. Nous nous bornerons à en faire connaître les éléments les plus importants en insistant sur les innovations récentes qui out eu pour but de développer et d'améliorer la statistique officielle française.

Deux grandes catégories de services publics concourent à l'établissement de la statistique en France : les services publics municipaux et les services publics d'État.

46. 1° Services publics municipaux. A vrai dire, il n'existe en France qu'un seul service municipal de statistique. C'est celui de la ville de Paris. La plupart de nos grandes villes, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, sont bien obligées d'établir et parfois elles publient des documents de statistique municipale. Mais ces documents ne sont pas l'œuvre d'un service spécial exclusivement chargé de leur élaboration. Nous sommes,

1. On trouvera sur ce | oiut de très amples détails dans 1rs travaux de MM. Levasseur, «l'Organisation, 1rs travaux et 1 -s publications de la sialis>tiquc ollici.lle en France » {Journal ■Ai la Soerété de statistique de Pari», 6 juin 188b, p. 225-284), et TuitotUN, Manuel de statistique pratique, p. 1-102 (1801). Les lacunes qu'on y relève tiennent uniquement à leur date. lroy. aussi l'article Statistique, inséré dans le 22'- fascicule di- la nouvelle édition du Dictionnaire général d'Administration. Mais, bien que ce fascicule porte la date de 1003 et que l'édition soit t mise au courant de la législat ou la plus nouvelle », la | anh de l'article r lative à l'organisation actuelle de ia statistique française semble remonter à plus d<> dix ans en arrière. On y remarque des lacunes qui ne piuvi ut s'txpliquer que | ar un oubli.

à ce point de vue, dans un état d'infériorité marquée vis-à-vis de l'Allemagne, des Mats-Unis et de l'Angleterre, où beaucoup de grandes villes, et on sait qu'elles y sont beaucoup plus nombreuses qu'en France, possèdent des bureaux de statistique.

47. L'organisation actuelle de la statistique municipale à Paris remonte à un arrêté préfectoral du 24 décembre 1879. Cet arrêté réalisait une proposition adoptée par le conseil municipal, le 26 juillet 1877, et tendant : 1° à l'extension et à l'amélioration des documents statistiques publiés par la ville de Paris; 2° à la création d'un « Bureau central de statistique fondé sur des bases scientifiques ». A côté du bureau 1 est placée une « Commission de statistique municipale » composée actuellement de neuf membres et qui a pour mission de donner son avis sur le fonctionnement du service de la statistique municipale. Une triple lâche incombe à ce service : 1° centraliser toutes les données fournies par les diverses branches de l'administration de la ville de Paris ; 2° élaborer directement toutes les données statistiques relatives au mouvement de la population et à l'hygiène publique ; 3° publier les documents sous la forme de bulletins, rapports, tableaux ou annuaires. Les publications sont périodique^ ou occasionnelles. Les publications périodiques les plus importantes depuis 1880 sont le Bulletin hebdomadaire de statistique municipale et Y Annuaire statistique de la ville de Paris. Elles forment déjà, par la durée même de la période à laquelle elles s'appliquent, des collections extrêmement précieuses.

Mais la ville de Paris n'avait par, attendu la création du bureau central de statistique pour procéder au dénombrement régulier de quelques catégories importantes de faits et pour en publier les résultats. On sait que, grâce à Colbert, à partir de 1G70, les registres des paroisses de Paris furent soumis à un dépouillement mensuel permettant d'obtenir et de publier le nombre des naissances, des mariages et des décès. Le règlement de 1670 fut très régulièrement appliqué jusqu'en 1684. Il tomba alors en désuétude pendant vingt-quatre ans. Mais il fut remis en vigueur en 1708 et, depuis cette époque, il ne cessa d'être appliqué, étendu et perfectionné. En 1745, on joignit aux décès et aux naissances la distinctiou des sexes. En 1S06, on distingua les naissances légitimes et illégitimes. C'est surtout à partir de 1817 que de nouveaux et importants progrès furent réalisés dans la statistique municipale parisienne, ainsi qu'en témoignent ces curieux volumes intitulés Recherches statistiques sur la ville de Paris et le département de la Seine, et publiés de 1821 à 1860. Il est vrai que les publications de documents furent interrompues de 1856 à 1864. Mais elles furent reprises dès janvier 1865, et cette lacune de huit années a été, en grande partie, comblée dans le premier Annuaire statistique de la ville de Paris de 1880 2.

1. Ce bureau a été remarquablement diri.é, dès son origine, par le Dr A. Bertillon et, depuis la mort de celui-ci, en 1883, par sou fils, le I)r Jacques Bertillon.

2. On trouvera la liste complète de toutes les publ:cationa du service de statistique de la ville de Paris, de 1670 à lï03, en tète de {'Annuaire de l'an 1901, publié en 1903.

48 2° Services publics d'État, Tous nos grands services publics de l'État concourent à rétablissement de la statistique dos faits qui coustituent ou intéressent La vie nationale française. Malheureusement, ils \ concourent en ordre dispersé, chacun opérant à sa guise. Aucune entente préalable sur les méthodes de recherche et sur les publications; aucun organe central chargé d'assurer ce minimum d'uniformité sans lequel

les erreurs et les doubles emplois sont à peu près iuévitables Deux services ont-ils à dénombrer les mêmes laits? U est très rare que les chiffres de l'un ne soient pas très différents de ceux de l'autre. Voici, par exemple, le service de la statistique générale au ministère du commerce et celui de la direct ion générale de l'enregistrement au ministère des finances. Us ont l'occasion de relever, l'un et l'autre, le nombre, des décès et celui des contrats de mariage Le premier accuse 784 000 décès pour l'année 1 901 et 76 1 000 pour l'année 1902. Le second en accuse NoOOOO pour 1901 et 834 000 pour 19"2. Le premier accusait, pour l'année 1876, 116940 contrats de mariage, contre 122 537 relevés par le second et, en suivant leurs chiffres de 1876 à 1901, on constate, à peu pies chaque année, un écart semblable1.

49. La création d'un organe central chargé de présider de haut à l'élaboration de la statistique française est à la fois très désirable et très difficile. Le besoin d'uniformité et d'unité dans cette élaboration est incontestable. Mais il ne saurait être question de lui sacrifier l'indépendance des divers services. Cette indépendance est nécessaire dans l'intérêt même de l'exactitude et de la sincérité de la statistique. L'organe central que nous réclamons devrait être chargé simplement d'inspirer les divers services au point de vue des méthodes eî d'unifier les résultats de leurs travaux en signalant les désaccords et en provoquant leur solution par un contrôle consciencieux et efficace. Ce devrait être plus qu'un organe exclusivement consultatif, mais moins qu'un organe proprement executif.

Les services d'Etat, en matière de statistique, sont de deux sortes. 11 y a les services actifs et les services consultatifs.

50. Services actifs. Tous nos services publics franc lis relèvent d'un ministère. C'est donc, tout d'abord, a la division par ministère qu'il faut s'attacher pour énumérer "et décrire les services chargés de dresser l'a statistique officielle. >'os onze ministères eux-mêmes peuvent, à leur tour, être répartis en trois groupes distincts si Ton tient compte de l'objet ou du caractère de la statistique dont la préparation leur incombe : 1° groupe des ministères pour lesquels la statistique a un caractère principalement économique : ministère du commerce, ministère de l'agriculture, ministère des finances, ministère des travaux publics, ministère de l'intérieur, ministère des colonies, ministère des affaires étrangères ; 2° groupe des ministères dont la statistique a un caractère principalement moral : ministère de l'instruction pu-

i . Vous empruntons ces chiffres, pour le ministère du commerce, à la Statistique annuelle du mouvement de la population et pour la direction générale de l'enregistreront, au Bulletin de /statistique et de législation comparée 'lu ministère des finances.

blique, des beaux-arts et des cultes, ministère de la justice et service pénitentiaire; 3° groupe des ministères dont la statistique se rattache à la défense nationale : ministère de la guerre et ministère de la marine.

Nous allons les passer en revue dans l'ordre de rémunération qui précède.

51. Ministère du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes. Ce ministère a été appelé quelquefois le ministère de Y Économie politique 1 . Il nous semble que son vrai nom devrait être plutôt le ministère de la Statistique. C'est lui qui possède peut-être aujourd'hui les plus importants de tous nos services publics en matière de statistique. Si le service central que nous réclamons venait à être établi sous la forme d'une direction générale de la statistique, c'est au ministère du commerce que serait sa place naturelle.

52. Le Bureau de la statistique générale de la France existe au ministère du commerce depuis 1833. Sa création fut inspirée à M. Thiers par l'exemple que venait de donner, Tannée précédente, le Doard of trade de Londres. Son premier chef fut le statisticien Moreau de Jonnès. Ses premières publications datent de 1835. Même à l'origine, son titre ne fut pas tout à fait exact, en ce sens qu'il n'embrassa jamais la totalité de la statistique de la France. Son domaine était cependant beaucoup plus étendu, suivant le programme de son fondateur, qu'il ne l'a été à partir de 1 8 ô 2 et surtout depuis vingt-cinq ans, à mesure que les divers ministères ont été amenés à préparer eux-mêmes les statistiques correspondant à leurs attributions. L'objet principal de ses travaux et de ses publications, à toutes les époques, celui qui a survécu à toutes les transformations dont il a été l'objet, c'est la population française, la population telle que nous la font connaître et les recensements quinquenuaux opérés en France depuis 1801 et les relevés annuels des actes de l'état civil, mariages, naissances et décès. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir la longue liste des pub ications de 1835 à 1902 que l'on trouve sur la couverture du dernier volume de la Statistique annuelle du mouvement de la population *. Il convient toutefois de mentionner spécialement la publication ''onnue sous le nom d'Annuaire statistique de la France et dont la préparation est confiée au bureau de la statistique générale depuis 1878. Cette publication, qui est vraiment un document de statistique généî-ale, est le résumé méthodique annuel de toutes les statistiques émanant de nos diverses administrations publiques. Avec l'Annuaire relatif à l'année 1902, le dernier paru, elle est parvenue à son vingtdeuxième volume, les quatre années 1892 à 1896 n'ayant donné lieu qu'à deux volumes. La plupart des statistiques particulières qu'elle contient sont l'objet de publications distinctes. Mais il en est un certain nombre, comme on peut le voir en

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