AMBRE
établir la différence qui existe entre lui et le succin. L'ambre gris (en anglais amber, en allemand ambra) est un produit qu'on trouve ordinairement surnageant à la surface de la mer sur les côtes de Coromandel et de Madagascar, et autres contrées. Il est expulsé des intestins des cachalots malades; quelques anatomistes affirment même que c'est une sécrétion morbide du foie de ces animaux. L'ambre gris est composé d'une substance grasse nommée ambréine, qu'on utilise dans la parfumerie; anciennement on lui attribuait même des propriétés aphrodisiaques.
L'ambre jaune ou succin est, au contraire, un minéral, solide, d'une couleur généralement .jaune, diversement nuancée, puisqu'on connaît douze nuances différentes. Le succin se nomme également carabe, et dans l'anti- , quité, pierre ligurienne (Théophraste, de Lapid. 29), parce que cette matière, employée dans la Grèce pour faire des bijoux, arrivait de la Ligurie. On altéra même ce nom en celai de lyggurienne, parce que dans ces temps reculés beaucoup pensaient que ce minéral était produit par l'urine du lynx. L'ambre jaune, comme nous venons de le voir, a été connu et utilisé de toute antiquité, soit pour faire des bijoux, soit pour décorer des meubles. Les gisements en sont très répandus à la surface de la terre, car nous n'en sommes plus à l'époque où l'on affirmait que tout le succin était recueilli sur les bords de la Baltique. Les ambres les plus- anciens que nous connaissions proviennent de l'Egypte; ils ne sont ni complètement diaphanes, ni complètement opaques; en effet, le même morceau est d'une part transparent, tandis que de l'autre il est opaque ; sa couleur est quelquefois verdâ-tre mêlé de jaune, ou jaune avec des stries d'un blanc laiteux. L'ambre égyptien {sacal ou chéchèleth) était un des trois aromates qui, d'après les prescriptions de Moïse, entraient dans la composition de l'encens que les Israélites brûlaient devant le tabernacle. — Homère connaissait fort bien l'ambre, puisqu'il en parle trois fois dans V Odyssée comme d'une matière qu'on utilise dans les parures d'or, de même que les pierres précieuses ( Odyssée, IV, 73, XV, 460, et XVIII,
295). — Pausanias (I, 12) nous parle de l'ambre (viXexxpov) qui avait servi à faire la statue d'Auguste. Dans le livre IX (ch. xli), le même historien nous dit : • « Il vint à la maison de mon père (c'est Télémaque qui parle) un homme très rusé ; il avait un collier d'or garni d'ambre jaune; » et plus loin : « Eurymachus, un des prétendants cle Pénélope, lui apporta un collier d'or très bien travaillé , garni à? ambre jaune et éclatant comme le soleil. j> — Diodore de Sicile (V, 23) nous apprend que l'ambre vient d'une île appelée Basilèe située en face de la Scythie. — Tacite {de Moribus Germ., XLV) nous dit que les M&tyens <c fouillent la mer et, seuls d'entre les autres peuples, ils recueillent le succin qu'ils nomment glese,- ce n'est pas que ces barbares aient cherché et trouvé la nature de ce produit marin, longtemps confondu avec les algues que rejette la mer jusqu'à ce que notre luxe lui eût donné un nom. Ces peuples n'en font aucun usage ; ils le recueillent brut, ne savent pas le mettre en œuvre, le vendent aux autres et en reçoivent l'argent avec étonnement. Il y a apparence que c'est une gomme d'arbre {succum arborum) qui se durcit, car on y voit encore des insectes et des moucherons enfermés dans
la matière d'abord gluante L'ambre brûle
aisément et jette une flamme grasse et huileuse, etc. »
Cette croyance que l'ambre était une gomme, une résine provenant des arbres, était fort accréditée ; car nous lisons , dans les Métamorphoses d'Ovide (II, 364), que les Héliades (1) ressentirent tant de chagrin de la mort de leur frère Phaéton, que les dieux les prirent en pitié et les changèrent en peupliers , et, ajoute Ovide, « de cette écorce coulent encore leurs larmes, qui sont converties en perles d'ambre qui durcissent au soleil. L'Éridan les recueille dans ses eaux transparentes et les porte aux femmes du Latium qui en font des parures, »
De son côté, Pline (XXXVII, 2), nous in-
(1) Les Héliades, filles d'Apollon et de Clymène, se nommaient Lampétie , Phaétuse et Phœbé ; elles pleurèrent la mort de leur frère quatre mois entiers.