AMBRE
forme que de Carnute en Pannonie jusque» aux côtes de la Germanie, d'où provient le succin, il y a environ 000 milles et que sous Néron un entrepreneur de jeux, Julianus, y envoya un chevalier pour chercher de l'ambre , lequel chevalier, qui était encore vivant , parcourut tout le littoral et tous les marchés du pays et acheta une telle quantité de succin que les filets àwpodium, destinés à protéger les spectateurs contre les atteintes des bêtes féroces, étaient attachés avec des boutons de succin. Le plus gros morceau apporté par ce voyageur pesait 13 livres. — Par ce qui précède, on voit que l'ambre était connu dans l'antiquité et qu'on l'employait à toutes sortes d'usages. Au musée de Berlin, on voit des boucles d'ambre antique avec des figures de Gorgones. Les Romains en faisaient des vases et des statuettes. Tout le monde connaît aujourd'hui les vasa electrina enchâssés dans de l'argent, et la fameuse paiera electrina dont la décoration comporte des médaillons représentant l'histoire d'Alexandre. Une grande quantité de peuplades sauvages et de peuples civilisés, parmi lesquels nous devons signaler les Phéniciens et les Hébreux, attribuaient à l'ambre des propriétés particulières ; aussi s'en servaient-ils comme d' Amulettes. (Yoy. ce mot.)
Souvent l'ambre translucide renferme, dans un état parfait de conservation, de petites feuilles de fougère , des lichens ou des insectes dont la structure est parfaitement conservée. Une variété jaune-rouge est moins dure que l'ambre jaune-citron. Quelques archéologues pensent que c'est par suite d'un long séjour dans le sol que l'ambre a changé de couleur ; nous ne pouvons partager cet avis : l'ambre rouge est une variété parfaitement distincte de l'ambre jaune ; ce qui le prouve, c'est que celleci ne renferme jamais d'insectes dans sa pâte. C'est l'ambre rouge qui, pilé, est mêlé à l'encens. — Les noms d'artistes ayant travaillé l'ambre sont extrêmement rares, nous ne connaissons que le nom d'un seul ambriste du xvine siècle ayant joui de quelque réputation, il se nommait Ephraïm Benjamin. On reconnaît l'ambre vrai du faux à sa composition ; le vrai, dont la densité varie de 0,90 à 100, renferme 78,83 de carbone, 10,23 d'hydrogène,
10,90 d'oxygène. Cette composition montre bien que cette résine pourrait provenir d'une variété de conifères antédiluviens. Une autre marque distinctive du véritable ambre, c'est son odeur fine de feuilles de citronnier. Du reste, l'ambre vrai est résistant sous la dent, il dégage en brûlant une bonne odeur, il ne fond qu'à 380° environ, tandis que le faux entre en fusion à 98° ; les morceaux du succin véritable ne se recollent pas comme ceux du faux ; mais l'un et l'autre, frottés sur du drap, attirent les objets légers, paille, plume, papier ; c'est même à cause de cette propriété électrique que l'am-
Fig. 18. — Bijou en ambre (xvue siècle).
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bre se nomme électron. Une variété d'ambre noir se nomme Jayet. (Voy. ce mot.)
Aujourd'hui l'industrie moderne, à Dresde, à Koenigsberg , à Constantinople et à Catane , utilise encore largement l'ambre pour fabriquer des boîtes, des tabatières, des bonbonnières, des colliers, des bracelets et toute sorte de bijoux, ainsi que des becs de pipe, des porte-cigares, des chapelets, etc. — Nos figures 18 et 19 montrent des bijoux en ambre du XVIIe siècle donnés en cadeaux de noces ; ils font aujourd'hui partie des collections de la bibliothèque ducale de Weimar. Le petit Amour décoche une flèche sans trop viser son but. Ce bijou fut donné par le duc Guillaume de Saxe-Wei-
AME. — AMERICAIN (art).
mar à la princesse Charlotte de Saxe, sa future, qui lui remit en retour une main ornée d'une manchette et d'un cercle d'or décoré de diamants et de rubis. Cette main tient entre le pouce et l'index un myosotis (Ne m'oubliez pas), recommandation assez utile à faire surtout aux princes. Comme l'ambre est souvent strié et très cassant, les sculpteurs, pour arriver à le travailler sans s'exposer à casser la pièce, surtout vers la fin du travail, plongent de temps en temps celle-ci dans l'eau chaude. — Les gisements d'ambre en Europe sont assez nombreux ; cette matière se trouve sou-
Fig. 19. — Bijou en ambre (xviic siècle).
vent mélangée à des couches de marne et d'argile, principalement en Silésie, dans le Groenland et en Sibérie ; on trouve d'autres gisements sur les bords de la Baltique , en Saxe , en France, dans le Gard, où il est mêlé aux lignites, enfin dans diverses autres contrées. La production annuelle de l'ambre est d'environ 190,000 kilogrammes.
AME. — Partie essentieUe des instruments à cordes ; c'est un petit cylindre de bois blanc et sec qui se trouve placé à peu près au-dessous du pied du chevalet, entre la table et le fond du violon. Non seulement l'âme sert à main-
tenir la distance respective entre ces deux parties, mais encore à établir entre elles des vibrations uniformes et normales. Suivant les proportions de l'instrument, l'âme varie dans ses dimensions. Le violon, l'alto, le violoncelle, ont des âmes.
AMÉRICAIN (Art) (1). — Bien longtemps avant l'arrivée des Européens en Amérique, il existait dans ce grand pays des monuments considérables, dont il reste encore aujourd'hui d'imposantes ruines. Ce sont tantôt de vastes tumuli, d'immenses pyramides, des temples à double enceinte, enfin des fortifications très considérables dont les murs mesurent parfois jusqu'à près de dix mètres de haut. Des cités florissantes occupaient le pays; l'une d'elles, Palenqué, avait une étendue presque aussi considérable que Paris. Tous les monuments qui couvrent l'ancienne Amérique ont été certainement construits par une population aborigène (2) ; c'est là un fait incontestable, car ces monuments comportent des formes originales indigènes totalement inconnues du reste du monde. En effet, nulle part on ne voit, par exemple, des édifices rappelant même de loin par leur forme les téocallis et les pyramides mexicaines.
En ce qui concerne la peinture, nous avouons que l'art américain n'est pas bien riche. Seules les ruines de Palenqué, ainsi que celles de Chichen-Itza dans le Yucatan (Pérou), montrent des peintures murales de l'art américain le plus ancien. Dans ces représentations le grotesque l'emporte sur le côté artistique. On voit figurés des hommes et des femmes occupés à des travaux manuels. Nous possédons
(1) Comme nous le disons dans notre introduction, et comme nous nous plaisons à le répéter encore une fois, à propos du premier article d'art de ce Dictionnaire, nous ne traitons ici que dés seuls arts plastiques , et encore avons-nous exclu l'architecture, dont nous avons traité in extenso dans notre Dictionnaire raisonné de l'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent, 4 vol. in- 8° jésus; Paris, Firmin-Didot et O, éditeurs, 1877-80.
(2) Ce terme (tiré du latin ab origine, depuis l'origine) a la même signification que le terme grec aùtôxÔovsç (autocthones), c'est-à-dire peuples nés sur la terre même qu'ils habitent.
AMETHYSTE. — AMEUBLEMENT.
aussi de curieuses miniatures d'un manuscrit mexicain fort connu, dénommé manuscrit Troano du nom de son premier possesseur Juan de Tro y Ortolano. Cette œuvre est peinte sur des feuillets gommés d'écorce d'arbre ; l'enduit qui recouvre ces feuillets est fait avec une matière blanchâtre. Humboldt, dans son ouvrage sur les Cordillères nous montre des costumes mexicains du commencement du xvine siècle ; ils sont dessinés d'après des miniatures de l'époque. Tels sont les seuls monuments peints de l'art américain. — En sculpture, nous possédons des spécimens beaucoup plus nombreux. Ainsi, dans les ruines du palais de Huehupallan près de Palenqué, on voit sculptées en bas-relief sur une sorte de pierre lithographique des figures géantes qui ont un type caractéristique principalement par le front très fuyant, ce qui indique bien la race primitive ou aborigène. Quelques-uns des personnages représentés en bas-relief portent des colliers à leur cou et sur la poitrine un ornement nommé pectoral, qui, nous le savons, était porté par les rois ou les grands prêtres. L'un de ces personnages porte un casque qui a beaucoup d'analogie avec un type de casque grec créé huit à dix siècles plus tard par les Athéniens. Enfin les monuments et les sculptures sont couverts de signes hiéroglyphiques qui , au lieu d'être gravés en creux, sont au contraire saillants ; ces signes prouvent d'une façon évidente que l'art américain est bien autochtone et n'a puisé aucun élément chez les Egyptiens et les Phéniciens, comme quelques auteurs l'ont avancé sans apporter aucune preuve, du reste, en faveur d'une thèse insoutenable.— En céramique, l'art américain a fourni des types nombreux et d'une haute antiquité ; il existe dans les musées et dans les collections particulières des poteries américaines d'origine palenquéenne, ce sont les plus anciennes; d'autres d'origine aztèque, chichimèque, péruvienne, quichuase, théotehuacane , tulhèque ou toltèque, et yucatèque. Il se fait aujourd'hui, surtout en Allemagne, de nombreuses contrefaçons des poteries américaines. On reconnaît assez facilement les contrefaçons : les tons et les nuances de celles-ci sont moins durs, ensuite la glaçure est obtenue par le feu du
four, genre de glaçure que n'ont pas connu les anciens Américains.
AMÉTHYSTE. — Pierre précieuse colorée en violet. Il en existe deux variétés différentes : l'une est très commune, c'est un quartz hyalin, ou du cristal de roche, coloré en violet ; l'autre variété est un peu plus précieuse à cause de sa dureté et de l'intensité de sa coloration , on la nomme améthyste orientale ou corindon hyalin violet. — La joaillerie utilise les améthystes pour les bijoux ; on en fait des bagues, des broches, des boucles d'oreilles, des boutons, etc. Parfois de gros échantillons d'améthyste ont permis de tailler dans leur masse des coupes, de petits vases et jusqu'à des colonnettes qu'on emploie pour la décoration de petits meubles. — La glyptique utilise également l'améthyste, qui par sa dureté et sa transparence se prête admirablement à la gravure, soit pour camées, soit pour intailles. Parmi celles-ci nous devons mentionner un portrait de Mécène, gravé par Dioscoride, et V Achille citharede, signé Pamphile ; ces gravures appartiennent l'une et F au tre à la collection des pierres gravées de la Bibliothèque nationale de Paris. — Les améthystes communes (quartz hyalin) se trouvent en Allemagne, en France, en Sibérie et en Suisse ; les améthystes corindon nous viennent de l'Inde et du Brésil, et, en moindre quantité, de l'Espagne. Le pectoral du grand prêtre des Hébreux à Jérusalem était décoré de douze pierres précieuses, parmi lesquelles figurait au neuvième rang l'améthyste corindon. — L'anneau pastoral des évêques catholiques a son chaton orné d'une améthyste. — On attribue à cette pierre des propriétés bienfaisantes : par exemple, de préserver de l'ivresse ; d'où son nom (à privatif, et ueOuco, je m'enivre). C'est pour cela que cette pierre est consacrée à Bacchus et que beaucoup de graveurs de l'antiquité ont gravé des représentations de ce dieu sur des améthystes.
AMEUBLEMENT. — Terme générique qui embrasse l'ensemble du mobilier (tentures, vases, bronzes, objets d'art, etc.) qui décore et meuble l'habitation de l'homme. Le luxe de l'ameublement est particulièrement remarqua-