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LETS, CUISSARDS, GENOUILLÈRES, GRÈVES

Bouclier, etc. (Voy. ces mots.) — Les pièces d'armure consistent généralement en lames ou plaques de fer ou d'acier, en bandes de cuir revêtues de métal, ou de chaînons au moyen desquels on forme des cottes de mailles. Du reste, voici les différentes pièces dont se compose une armure complète. (Voy. fig. 51.) Un casque dit Armet (Voy. ce mot) dont le bord inférieur recouvre le bord supérieur du gorgerin ; un corselet ou cuirasse; puis la pansïere, attachée au corselet par deux vis. C'est la pansière qui porte la braconnière, composée de trois lames par devant et de trois lames par derrière. La dernière lame de la braconnière porte les fossettes qui recouvrent les cuissots. Puis nous voyons les genouillères, les grèves, enfin les sollerets, qui sont ici des sollerets à poulaine. Les épaules sont recouvertes par les èjMiilières, qui sont d'une seule pièce ; elles portent une garde haute. Puis vient le canon, qui protège l' arrière-bras ; puis la cubitière, qui protège le coude ; le canon de l' avant-bras ; enfin la garde du gantelet et le gantelet. On nomme grèves l'habillement des jambes jusqu'au solleret. Les grèves comportent deux pièces, la grève proprement dite et la moletière. — Notre figure 52 montre une demi-armure de Jean Sobieski, qui fait partie de l'arsenal historique de Dresde ; on y a joint un Bâton

DE COMMANDEMENT. (Voy. Ce mot.)

Historique. — Tous les peuples de l'antiquité ont utilisé l'armure pour protéger le corps de leurs soldats contre les coups de l'ennemi ; mais jusqu'au moyen âge aucun peuple n'a possédé l'armure complète. C'est aussi seulement à cette époque qu'on a commencé à revêtir les chevaux d'une armure nommée Barde. (Voy. ce mot.) — Malheureusement nous ne possédons pas beaucoup de détails sur l'armure des anciens peuples ; des monuments figurés et des peintures nous montrent seulement les diverses parties précédemment énumérées, le casque, la cuirasse, et les jambières ou cuissards, nommées par les Grecs cnèmides, cnèmides flexibles, et qui paraissent avoir été fabriquées en étain. Nous parlerons, du reste, en détail, à leur rang, de ces différentes pièces de l'armure, tandis qu'ici nous ne traiterons que

de l'ensemble. En premier lieu, nous trouvons les Gaulois, "puis les Romains, enfin en dernier lieu les peuples du moyen âge. — Dans diverses sépultures gauloises, nous avons trouvé des Gaulois revêtus de leur armure complète , qui ne comprenait que le casque, une sorte de zona ou ceinture métallique haute, servant de cuirasse; d'autres fois, une cuirasse véritable ; enfin des bracelets d'une seule pièce, assez hauts et en forme de fuseau, lesquels bracelets servaient à parer les coups de taille des épées qui auraient pu porter sur les poignets, ce qui mettait immédiatement un combattant hors de combat. Les Gaulois, qui avaient diverses industries , fabriquèrent pour les Romains des cottes de mailles, puisque une inscription découverte dans le département de la Nièvre, à Monceau-le-Comte , nous apprend qu'un centurion romain, M. A. Avitus, fut détaché en Gaule pour surveiller la fabrication des cottes de mailles dans le territoire de la cité des Éduens (ancienne Bibracte) (1). Du reste, les directeurs de ces ateliers étaient nommés prcefectifabrum, comme nous l'apprend Végèce. Plus tard, probablement après la conquête, les Gaulois adoptèrent des cuirasses de- bronze semblables à celles que nous montre le musée de Saint -Germain. Quelques auteurs anciens, Diodore entre autres, nous apprennent que les Gaulois avaient des ceinturons dorés et argentés, et même des cuirasses d'or. Si l'on n'a pas trouvé de ces dernières, c'est que le prix du métal a poussé leurs détenteurs anciens ou les découvreurs modernes à les fondre ; mais nous avons dans nos musées, en France et à l'étranger, de hautes ceintures qui portent des traces de dorure et d'argenture. Du reste, leurs armes étaient souvent décorées d'ornements ciselés en or et en argent ; leurs casques étaient souvent ornés de corail. Lucain nous dit que les Lingons avaient sur leurs boucliers des peintures, des émaillures. Nos pères à la longue chevelure étaient très experts dans la fabrication des armes défensives ; nous en avons eu de nombreuses preuves, et une toute récente

(1) Voir notre Histoire nationale des Gaulois, en. V, page 161 et suiv. ; 1 vol. in-8°, Paris, Firmin-Didot, 1882.

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dans le casque découvert à Agen en 1878 ou 1879 et au sujet duquel une communication à été faite à l'Académie des inscriptions et belles

lettres, et dont voici une analyse d'après le compte rendu des séances de cette savante société (année 1879). Il y est dit que l'élégance

Kg. 52. — Denii-arniure de Jean Sobieski (musée de Dresde).

et la pureté de la forme de ce casque sont frappantes, que la calotte, de forme sphérique un peu allongée, est d'un très beau galbe; « la carène à saillie anguleuse et le listel qui en

contourne la base, une visière et un couvrenuque original, enfin un porte-aigrette, attirent l'attention des amateurs d'armes antiques. Un ouvrier d'un goût parfait et d'une main

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exercée a pu seul exécuter une pareille pièce, avec un métal de qualité supérieure, capable de se prêter à toutes les sinuosités d'un profil compliqué. Le casque est, en effet, d'une seule feuille de fer travaillée au marteau, sans soudure, sans brasure. A l'époque en question, la métallurgie de la Gaule était donc très avancée. L'origine du casque est parfaitement établie par le lieu où il a été rencontré : il gisait dans un puits funéraire au milieu d'objets de provenance gallo-romaine. »

Ce qui précède nous permet donc de constater, une fois de plus, d'accord en cela avec M. de Belloguet {Ethnologie gauloise), qu'un peuple qui savait si bien travailler les métaux et fabriquer de si belles armes devait avoir atteint mi degré de civilisation beaucoup plus avancé que celui qu'on s'est figuré jusqu'à présent d'après les Commentaires de César, qui dans son livre n'a fait que déblatérer contre les Gaulois, les seuls barbares entrés à Rome en vainqueurs. N'avaient-ils pas, du reste, un autre tort grave à ses yeux, n'avaient-ils pas tenu longtemps en échec les armées du proconsul? De là, la haine de César contre les Gaulois, haine formidable, qui éclate à chaque instant et sous toutes les formes dans son livre, surtout pour celui qui sait lire à travers les lignes et qui a présent à l'esprit que César, après avoir écrit ses Commentaires , a certainement détruit ses Ephèmèrides, qui étaient le véritable journal de ses campagnes en Gaule.

Après cette digression nécessaire pour réhabiliter les Gaulois, nous reprendrons notre tâche et nous dirons que les Romains sous la république n'eurent que des armes d'une fabrication vulgaire et grossière ; à l'époque de César et d'Auguste et ses successeurs, ils eurent, au contraire, des armures luxueuses, couvertes d'or, de perles et de pierreries. Beaucoup de casques étaient ornés de pierres précieuses ; les boucliers étaient couverts de perles et les cuirasses resplendissaient d'émeraudes et de saphirs dont elles étaient ornées. C'était là une armurerie de haut luxe et qui ne servait que pour la parade. Et cependant bien que les Romains possédassent des armures beaucoup plus complètes que les Gaulois, il nous

faut néanmoins arriver au moyen âge pour avoir véritablement l'armure, dont le guerrier était dit armé de pied en cape. Toutefois, avant de parler de l'armure de cette époque, nous devons dire quelques mots de l'armure franque. L'auteur de V Histoire de Justinien, Agathias, en racontant la défaite des Francs à la bataille de Casilinum (553), nous apprend que les Francs ignoraient l'usage des cuirasses, des brassards et des cuissards, et que bien peu portaient des casques. Ils n'avaient donc pour toute arme défensive que le petit bouclier rond ou ovale ayant dans son milieu un um bo, sorte de calotte en fer.

Armure du moyen âge. — A partir du XIe siècle, l'armure devient complète ; le casque romain est abandonné et remplacé par le casque normand, de forme conique; à la cotte de maiUes on substitue des chemises ou plutôt des blouses recouvertes d'écaillés de fer carrées, rondes, cousues sur l'étoffe et placées comme des écailles de poisson ; les boucliers sont plus larges, pointus à la base et arrondis à la partie supérieure. Vers le milieu du xne siècle apparaît le Haubert (Voy. ce mot), sorte de tunique à manches courtes, faite d'un tissu de mailles de fer, et portant dans le haut un capuchon maillé nommé ventait, au-dessus duquel on plaçait le casque. Plus tard les manches du haubert s'aUongent et le chevalier porte ' des gants en peau de buffle garnis de mailles métalliques. Voici les pièces de l'armure d'un chevalier du moyen âge : I'Armet ou le Heaume, le Hausse-col, les épaulières, le bouclier, la Bourguignotte, le Cabasset, le casque, le cimier, le corselet, la Cotte de mailles, la cuirasse, les cuissards, les brassards, le Faucre, le fronteau, les gantelets, les genouillères, les grèves, le Haubert, les sollerets, les Tassettes et les passe-gardes. (Voy. les mots en petites capitales.) — Les pièces d'armure du cheval sont : le chanfrein, le poitrail, la selle ; cet ensemble constitue les dardes. On considère comme accessoires de l'armure de cheval, les boucles, les étriers, les mors, les éperons, les étendards.

Vers la fin du xne siècle, certains hommes d'armes étaient revêtus du blanc haubert de mailles à manches couvertes ; ils étaient coiffés

Planche II. — Demi-armure de Henri II (musée du Louvre).

Planche III. — Arniure italienne (xvic siècle).

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du chapeau de fer; le bas de leurs jambes était protégé par des demi-grèves ou tumelières. On voit un homme d'armes armé de la façon que nous venons de le dire dans l'album de l'architecte Villard de Hennecourt. Pendant tout le XIIe siècle, l'armurerie française fut très prospère ; à Paris il y avait un grand nombre d'armuriers, les fabricants en boucliers habitaient le quartier compris entre la rue de la Harpe et la place Saint- André des Arts (anciennement Saint- André des arcs). — Pendant le xme, le xive et le xve siècle, l'armure change fort peu; elle varie bien de formes, mais il n'entre pas des éléments nouveaux ou des changements d'une importance telle qu'il soit nécessaire de les consigner ici. Avec le XVIe siècle, au contraire , les armures deviennent des œuvres d'art remarquables; l'armure ordinaire est très simple, mais de forme élégante; quant aux armures de luxe, elles ressemblent à de véritables broderies d'acier, d'argent et d'or. La demi-armure de Henri II, que montre notre planche II, en dira beaucoup plus aux yeux du lecteur que nous ne saurions en écrire. Du reste, Henri II avait une véritable passion pour les armures ; il en fit exécuter non seulement en France, mais encore en Italie, et les frères César et Baptiste G-amberti de Milan, qu'il fit venir à Paris, étaient ce que nous dirions de nos jours ses fournisseurs brevetés. Notre planche III montre une demi-armure italienne du xvie siècle. Les armures du xvie siècle furent si remarquables, si merveilleusement belles, l'art de l'armurier était arrivé à un si haut degré, que vers la fin du siècle la décadence se manifesta ; au xvne siècle l'armure était redevenue lourde, massive, et tout ornement en avait été banni. On put dès lors appliquer à chaque guerrier armé les deux vers célèbres du poète de Bartas, qui, en parlant de Henri IV, armé pour la bataille d'Ivry (1590), dit :

Il s'arme tout à cru, et le fer seulement De sa forte valeur est son riche ornement.

Du reste, les engins de guerre inventés pendant le xvne siècle obligèrent à donner aux armures une grande résistance ; elles devinrent si

lourdes, si pesantes, que, malgré des ordonnances de Louis XIII et de Louis XIV qui enjoignaient aux cavaliers et aux gentilshommes de s'armer d'armes défensives sous peine de dégradation, la plupart préféraient s'exposer à toutes sortes de dangers et même à la mort plutôt que de supporter des fatigues intolérables. Un peu avant la fin du xvne siècle , l'armure disparaît totalement ; quelques archéologues pensent que l'armure que Louis XIV reçut en présent, en 1668, de la république de Venise fut une des dernières exécutées en Europe; on peut la voir aujourd'hui au musée d'artillerie de Paris.

Aemuees orientales. — Le goût du luxe, si puissant chez les Orientaux, devait également se manifester dans leur armurerie; en effet, les armes orientales sont ornées et décorées avec un luxe inusité chez les autres nations : ce ne sont partout que gravures, damasquinures, dorures, ciselures. Toute cette décoration a un cachet d'originalité qui fait rechercher les armes orientales non seulement par les collectionneurs, mais encore par les grands fabricants d'un grand nombre d'industries qualifiées à tort industries d'art. (Voy. Art.) — L'armurerie orientale (persane, chinoise, japonaise, indienne, cette dernière surtout) a atteint un si haut degré de luxe qu'il semble difficile de le dépasser. Les pièces qui composent l'armure orientale sont : le casque à nasal,;la cotte de mailles, le bouclier, le brassard droit, les plaques de buste ; les bottes , étriers , éperons, mors, sont considérés comme accessoires de l'armure. Nous ne parlerons pas ici des armures de la Perse, de la Chine et du Japon, mais nous dirons quelques mots de l'armurerie de l'Inde, si belle, si brillante plutôt par la richesse de la matière employée que par la variété des dessins et la perfection des gravures, des ciselures et des damasquinures. Tous ceux de nos lecteurs qui ont visité l'exposition universelle de 1878 se rappellent la magnifique collection indienne du prince de Galles et principalement des armures dont une, la plus curieuse sans contredit, était faite d'écaillés d'un tatou indien et décorée d'or, de turquoises et de grenats. Il y avait également une armure complète faite avec des maillons de kachemir, ce

ARMURIER (art de l'). — ARQUEBUSE.

qui donnait à ce travail l'apparence d'un ouvrage en dentelle. Du reste, cette collection princière renfermait des merveilles en casques, kathars, plastrons, jambières, gantelets ; toutes ces diverses pièces d'armure étaient ornées de rubis, de diamants, d'émeraudes, de grenats et d'autres pierres précieuses.

ARMURIER (Art de l'). — L'art de l'armurier est complexe; il renferme, en effet, des professions diverses, lesquelles occupent à leur tour des artistes de différents genres. Cependant on peut diviser en trois catégories distinctes les armuriers : 1° celui qui ne fabrique que des armes défensives et qu'on nomme heaumier, parce que le heaume ou casque est la pièce la plus honorable de l'armure ; 2° Yarquebusier, c'est-à-dire le fabricant d'arquebuses et d'armes à feu; 3° le fournisseur , celui qui fabrique des armes blanches qui doivent être parfaitement polies, fourbies, d'où le nom de l'armurier de ce dernier genre. — Voici les altistes qui au moyen âge prêtaient leur concours à l'armurier : c'était le dessinateur, le peintre, le graveur, le doreur, l'argenteur, l'orfèvre, l'émailleur, le fourbisseur, le fondeur, le forgeron, et le coutelier. Ces divers artistes, en effet, forgeaient les armes, les doraient, les argentaient, les damasquinaient, les ciselaient, les gravaient, les émaiUaient, les dessinaient, peignaient les armoiries, les polissaient, les fourbissaient et les finissaient. — Enfin les couteliers faisaient des poignards et des couteaux de chasse, et l'ouvrier gainier fabriquait les gaines et les fourreaux dans lesquels on plaçait les armes.

ARPANETTA. — Harpe ancienne qui possédait deux rangs de cordes séparés par une double table d'harmonie.

ARPICORDE. — Espèce d'ancien clavecin duquel on tirait des sons semblables à ceux de la harpe, à l'aide de petits sabots qu'on appliquait sur les cordes.

ARPINELLA. — Sorte de double lyre, puisqu'elle est montée de cordes de deux côtés,

et dont on joue comme de la harpe; elle est accordée en mi-bèmol.

ARPONE. — Instrument qui ressemble au piano droit et qui rend des sons très doux ; il est monté de cordes en boyau qu'on pince avec les doigts. Cet instrument du XVIIIe siècle aurait été inventé par un Sicilien du nom de Michel Barbici.

ARQUEBUSE. — La plus ancienne des armes à feu portatives ; elle a été remplacée par le mousquet et le fusil. Cette arme comporte un mécanisme spécial servant à enflammer la charge ou plutôt l'amorce placée dans un bassinet ou cuvette. La Bombarde (Voy. ce mot) fut aussi appelée arquebuse. Il existe plusieurs genres d'arquebuses ; Y arquebuse à croc, à chenapan, à rouet, à mèche, à serpentin, enfin Y arquebuse rayée, ainsi nommée parce qu'à l'intérieur de son canon il y a des rayures. Vers la fin du xvie siècle, il parut une arquebuse à vent; certains attribuent l'invention de cette arme aux Hollandais, d'autres antiquaires à un habitant de Lisieux, nommé Marin, qui vivait vers la fin du XVIe siècle. — Après la bombarde, on se servit de l'arquebuse à mèche ; elle se compose d'un canon et d'une platine portant un chien, nommé serpentin à cause de sa forme contournée en S. — L'arquebuse à rouet aurait, paraît-il, été inventée à Nuremberg en 1515. Elle est souvent ornée d'incrustations en ivoire et de sujets de chasse sculptés, surtout au xvne siècle. — Les arquebuses à pierre ont une clef de détente qui fait partir le chien. Nous devons dire ici que beaucoup d'antiquaires considèrent toute arme à mèche comme n'étant pas une arquebuse , mais une haquebuse à serpentin, à mèche; du reste, cette dernière porte toujours une fourche nommée fourqume, qui sert à l'appuyer pendant le tir. D'autres confondent l'arquebuse avec le mousquet; celui-ci est toujours d'un plus gros calibre. L'étymologie de ce mot a donné lieu à de nombreuses discussions que nous trouvons fort déplacées, d'autant qu'elles n'ont pas abouti à fixer l'origine de ce mot. Disons cependant que la plupart des antiquaires le font dériver de l'italien arco-

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