RUBIS
pesanteur spécifique , qui est de 3,7, sert à le distinguer des autres variétés de rubis. Il raye toutes les pierres moins dures que le diamant
Fig. 619. — Rouleau à pâtisserie.
et n'est rayé que par celui-ci. Il est infusible au chalumeau. — Un beau rubis doit être d'un rouge de cochenille vif et transparent. Sa teinte doit être bien unie; elle tire quelquefois, mais légèrement, sur le violet. Cette dernière couleur, malgré la vivacité de son éclat, lui con-
serve l'aspect velouté caractéristique des beaux corindons. Les rubis défectueux sont traversés par des glaces ou bien encore par des nuages ou reflets laiteux qui nuisent à la transparence ; ils sont très souvent colorés de plusieurs nuances dont les plus ordinaires passent du bleuâtre au jaune ou au gris, ce qui leur donne un aspect nacré qui nuit beaucoup à leur éclat. Un rubis d'une beauté remarquable, du poids de 4 à 5 carats, est beaucoup plus rare qu'un diamant de même poids. — Les beaux rubis au-dessus d'un carat sont si rares qu'on peut les évaluer à moitié prix d'un diamant de même qualité et de même poids. Les plus beaux rubis viennent de Ceylan et de Pégu. La taille la plus favorable au rubis, et, du reste, à tous les corindons hyalins ayant une couleur assez intense, est celle dite à pans ou à degrés. — On nomme rubis balais et rubis spineïïe deux variétés différentes du rubis. Tandis que le rubis proprement dit est d'un rouge cochenille vif, comme nous venons de le voir, le rubis balais est d'un rose clair et le rubis spinelle d'un rouge cédant au rose ; celui-ci est d'une désignation assez moderne, tandis qu'au moyen âge on ne connaissait que le beau rubis et le rubis balais ou bàlay. Dans quelques inventaires il est bien question du rubis d'Alexandrie, c'est-à-dire de celui qui provenait de cette ville, qui faisait un grand commerce de pierres précieuses ; on distinguait toujours dans les inventaires le rubis d'Alexandrie d'avec les rubis d'Orient.
Un inventaire des pierreries de la couronne de France, inventaire dressé en 1781, mentionne 81 rubis d'Orient estimés alors à la somme de 33,000 francs. Parmi ces rubis nous en voyons figurer un de 8 carats , un autre de 7 carats, deux de 5 carats, un de 4 carats, six de 3 carats et un certain nombre de frations.
Le roi de Suède Gustave III , lors d'une visite qu'il fit en Russie en 1777, offrit à la czarine un rubis de la grosseur d'un gros œuf de pigeon , qui était estimé 80,000 fr. ; mais on en ignore le poids.
Pour permettre au lecteur de se faire une idée de la valeur respective des trois variétés de rubis, nous dirons qu'un beau, rubis d'O-
EUSSE (art).
rient de 3 carats vaut environ de 2,500 à 3,000 francs ; un rubis spinelle de même poids, de 350 à 400 francs; enfin un rubis balais, de 70 à 80 francs.
Le rubis oriental, nous l'avons dit au commencement de cet article , possède faiblement la double réfraction ; le feu le plus violent ne peut altérer ni sa forme ni sa couleur, et sa dureté est telle qu'il est presque impossible à graver, comme on peut en juger par deux spécimens qu'on voit au musée de minéralogie du Jardin des plantes de Paris.
Le rubis spinelle , moins dur et bien moins rare , ne possède pas la double réfraction ; enfin le rubis balais, variété la plus inférieure , est d'une couleur variable ; sa principale est bien rose clair, nous l'avons vu plus haut , mais il y a des balais de couleur rouge clair (groseille) et d'autres d'un ton violacé ou d'un rouge vineux. La pesanteur spécifique de cette variété est de 3,642 ; elle est susceptible de prendre un beau poli, grâce à la forte proportion de magnésie qu'elle renferme dans sa composition.
RUSSE (Art). — Pour créer un art original, un peuple a besoin d'éléments divers très nombreux ; il lui faut aussi beaucoup . de temps et, par- dessus tout, une certaine dose de liberté, mère de l'inspiration et de l'enthousiasme. Or, jusqu'à ce jour, les institutions de la Russie n'ont pas eu précisément pour base la liberté. D'un autre côté, l'aspect d'une belle nature exerce sur l'artiste une influence salutaire, indispensable pour créer des oeuvres d'art caractéristiques. Or la Russie n'est pas plus favorisée de ce côté que de celui de la liberté. Yoilà pourquoi elle ne possède pas et ne possédera pas de longtemps un art en propre, un art original. De grands seigneurs animés d'un noble zèle ont beaucoup fait pour arriver à doter leur pays d'un art autre que celui qui y règne et qui est un art tout à fait étranger, comme nous allons le voir ; ils ont fondé des musées et des écoles d'art, et dans leur ardeur ils ont même fourni à des auteurs des documents et de l'argent pour faire dire et écrire, aussi bien en Russie qu'à l'étranger, qu'il existe un art national russe; mais ces sacrifices ne
suffisent point pour prouver son existence. M. le comte Serge Stroganoff a été un de ces promoteurs ardents ; il a surtout été utile à son pays en créant à Moscou une école de dessin et un musée d'art et d'industrie. Ce sont là certes de précieux éléments pour atteindre au but si désiré. Du reste, il faut bien convenir que la Russie, depuis l'exposition universelle de Londres de 1862, a fondé partout de nombreuses écoles de dessin; le 29 avril 1864, c'est-à-dire un an après l'inauguration du musée industriel de Vienne, il a été ouvert à Moscou un musée dépendant de l'école Stroganoff dont uous venons de parler ; nous ajouterons que cette école, formée de la réunion de plusieurs établissements antérieurs, fonctionne depuis 1860 et s'efforce de créer des dessinateurs pour les écoles et les fabriques. Ces deux institutions (école et musée) sont subventionnées par l'Etat. L'école à elle seule reçoit 16,000 roubles d'argent par an (64,000 francs de notre monnaie) ; elle est divisée en cinq classes, dont trois préparatoires. Le musée Stroganoff; est lui-même divisé en trois sections : la première comprend le modelage en plâtre ; la seconde, les objets d'art de l'Orient et ceux de l'art européen ancien et moderne; la dernière, les monuments de l'art byzantin et de l'art russe ancien (1). Ce sont là des institutions qui porteront très certainement des fruits ; mais, en attendant, nous sommes bien obligé de constater qu'il n'y a pas d'art russe proprement dit, car toute la production artistique de la Russie se ressent totalement des influences étrangères qu'elle a subies.
Les productions d'un aussi grand peuple ne peuvent être un de. ces accidents fortuits dont il est difficile de pénétrer l'origine ; elles sont, au contraire, la résultante des aptitudes de ce peuple, de son caractère, de son unité, de son homogénéité, car l'art n'est que le reflet du milieu dans lequel il se développe et la conséquence du degré de perfectionnement qu'il a atteint. Il y a donc lieu, avant de parler de
(1) Il y a plus de dix ans, après une excursion en Russie, nons avons écrit à peu près dans les mêmes termes les dernières lignes qui précèdent. (Cf. Encyclopédie d'architecture, page 127, année 1872.)