RUSSE (ART
l'art russe, de rechercher non seulement les origines de cet art, mais encore celles de la nation elle-même. Une fois que nous connaîtrons bien l'histoire de ces origines,, nous pourrons alors nous prononcer en toute connaissance de cause. Or, si nous étudions l'ethnographie russe, nous voyons que la Russie est un vaste pays composé de cent douze peuplades qui appartiennent à sept races différentes : la racé slave, la race finnoise {Tchoudcs des Russes), la race allemande, la race turque, la race caucasique, la race mongole ou mandchoue et la race jaune. Cette simple énumération démontre que ces différentes peuplades ont des goûts et des aspirations divers qui ne peuvent s'unir, se confondre qu'à la suite d'un laps de temps fort long, pour constituer un art ayant un caractère d'homogénéité suffisante , pouvant être appelé art national.
Voilà donc un premier point établi : pas d'homogénéité, pas d'unité dans l'esprit du peuple russe. Voyons maintenant si son origine est assez ancienne pour fondre en un grand tout et harmoniser les diverses aspirations de ses innombrables peuplades. Ici nous répondons négativement. La Russie est un peuple relativement très moderne ; il a à peine quelques siècles d'existence, bien que sa fondation remonte à l'an 862, époque à laquelle la tribu des Tchoudes, descendant du nord de la Scandinavie, inclina vers l'Orient par l'envahissement des forêts finnoises et fonda, entre autres villes, Slavensk, Moscou et Novogorod. C'est dans cette dernière ville que la tribu des Tchoudes jeta, en 862, les fondements de ce qui devait être plus tard l'empire russe, dont Rurik fut le premier chef et soumit les Slaves de l'intérieur, dont il distribua les terres à ses guerriers. C'est ce même Rurik qui fonda une noblesse (les boyards) et substitua au nom et à la langue slaves le nom et la langue russes. Telle est l'origine de la nation russe ; mais de cette époque, c'est-à-dire du ixe siècle jusqu'au commencement du xvie siècle, nous ne voyons que guerres étrangères, guerres civiles, invasions, assassinats et usurpations de princes, soumission, décadence : la Russie avait autre chose à faire que de s'occuper d'art. Enfin, à partir d'Ivan III
(1465 à 1505), la Russie commence à se posséder et à être maîtresse de ses destinées ; c'est seulement du règne de ce prince que commence la véritable puissance russe, parce que son mariage avec Sophie Paléologue, nièce du dernier empereur grec, le met en relation avec toutes les cours de l'Occident. Ivan fit venir à grands frais dans sa capitale des artistes italiens qui évidemment ne travaillèrent que dans le style de leur pays. Le fils d'Ivan, Vasili IV, encouragea également les arts; mais n'ayant pas sous la main des artistes russes, il s'adressa en Allemagne, en Italie, en Turquie, surtout à Constantinople, enfin en Suède, pour faire exécuter tous les monuments d'art de son règne. Après ce prince, mort en 1534, la Russie traverse encore une époque de crise qui dure jusqu'à Pierre Ier. Mais ce monarque, au lieu d'encourager les arts, n'a qu'un souci, celui d'agrandir son territoire. Catherine Pe suit l'exemple de son prédécesseur ; Pierre II étend son territoire jusqu'au Xazym en Chine.
La politique de conquête et d'envahissement inaugurée par Pierre Ier s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Cependant, à partir de Catherine II, la Russie, bien que poursuivant la politique que nous venons de définir, trouve cependant le temps de s'occuper d'art; mais alors comme toujours, dans le passé comme dans l'avenir, ce sont encore des artistes de l'étranger qui exécutent en Russie toutes les œuvres d'art; aussi pouvons-nous dire, en concluant, qu'il n'a jamais existé et qu'il n'existe pas actuellement un art russe proprement dit; car ce qu'on désigne ainsi n'est qu'un mélange de traditions finnoises, gréco-byzantines, mongoles, tartares, hindoues. L'art finnois tient une grande place dans les produits artistiques de la Russie, les influences de cet art ont été capitales et fort nombreuses et se sont fait sentir dans diverses parties de ce vaste pays. On a voulu contester cette influence ; cependant tout la prouve : la situation géographique de la Russie, sa langue, son histoire, sa littérature, ses mœurs ; les résultats des fouilles de M. le comte Ouvaroff, ainsi que celles de M. Savélieff, sont concluantes à cet égard. Ainsi tout cet ensemble prouve que les influences finnoises ont été ressenties aussi bien dans la