CHRONIQUE LE ETATS GENERAUX EN FRANCE
chacun en particulier, à ordre dont ils faisaient partie, de tout ce qu'ilsavaient arrêlé, el les trois états l’approuvèrent d'un commun consentement et sans nulle opposi- Uon. Les commissaires demandent ensuite au Dauphin une conférence secrète, et layant obtenue, ils lui font connaître l’objet de leur requête; ils désirent ,ou pour mieux dire , ils veulent, entre autres choses, que les officiers du roi, dont ils représentent la liste et qu’ils accusent d’être les artisans des malheurs publics, soient privés de leurs offices , arrêtés, jugés, et leurs biens saisis el tenus pour conlisqués; que leur procès leur soit fait par des commissaires que les états nommeront et auxquels ils fourniront les chefs d'accusation; ils demandent en outre que le Dauphin se gouverne par le conseii de ceux qu’ils lui désigneront, et qui seront tirés des trois ordres des états , au nombre de vingt-huit, et enfin que le roi de Navarre, qui a été arrêté le 5 avril 1355, comme coupable d'intelligence avec les Anglais, soitremis en liberté. Il paraît que les commissaires se réservaient de faire au Dauphin, dans un autre moment, de nouvelles demandes encore plus injurieuses pour l'autorité royale. Le Dauphin se conduisit dans cette circonstance diflicile avec beaucoup de prudence et d’habileté ; il allégua l'obligation où il était de prendre conseil, afin de ne pas avoir à s'expliquer sur les demandes des états qui, après avoir vainement attendu une réponse, finirent par se séparer, Le Dauphin, pour obtenir :e subside, prit le parti de s'adresser directement aux bonnes villes.
On lit dans une chronique manuscrite :
« Les trois états, assemblés à Paris par le régent, furent conduits par aucuns obslinés, outre cuidés , qui voulaient que le duc se gouvernât du tout par eux. » Ces personnages étaient Raymond Jacquet, archevêque de Lyon; Jean de Craon, archevèque de Reims ; Robert Le Coq, archevèquedeé Laon; Valérien de Luxembourg; Conflans, maréchal de Champagne; Jean de Picquigny, gouverneur d'Artois; Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris ; Charles Consac, échevin, ete. On yoit reparaître ces hommes ardents et ambitieux dans toutes les assemblées qui eurent lieu pendant la captivité du roi Jean.
VIIL 5 février 1356. — La pénurie du trésor royal contraint le Dauphin de réunir les états. Dès Je début de sa session, cette assemblée til une chose nouvelle et dangereuse , mais qui lui était inspirée par le désir d'effrayer le Dauphin et de vaincre sa résistance : elle rédigea ses résolutiors ct les adressa aux états provinciaux qui, après
Jes avoir lues et approuvées, les lui ren-
voyérent. Une coalition fut done formée
“entre tous les états du royaume.
L'assemblée reprit son ancien projet d'accusation contre les ofliciers du roi Jean, demanda de plus la suspension de tous les ofliciers du royaume , et à être autorisée-à nommer des réformateurs qui prendraient
connaissance de tout ce qu’on pourrait imputer à ceux que le Dauphin avait nommés; et comme compensation à ces exigences, lui offrit une armée de 30,000 hommes d’armes, à la condition que les états S’assembleraient de pleindrait à la quinzaine de Pâques suivante, et deux fois après cette époque, quand bon leur semblerait, jusqu’au 15 de février, ce qui cevait faire quatre sessions dans une seule arnée. Le Dauphin céda sur tous les points, et publia, le 3 mars,/une ordonnance conforme aux demandes des états, pensant bien , comme il le déclara deux ans après, que dars des temps plus heureux il pourrait casier et annuler tout ce qu’on le forçait de faire contre sa volonté.
IX. % avril 1357. — Les états devaient s’assembler dans la quinzaine qui suivait le 9 avril. Le 6 de ce mois, le Dauphin avait fait crier dans Paris des lettres du roi par lesquelles il défendait qu’on payât le subside voié par les états, et qu'ils s’assemblassent à la quinzaine de Pâques ou à une autre époque. Le peuple fut très-irrilé.
Jean de Craon, Etienne Marcel et les autres meneuts des états, ayant fait retentir leurs réclamations et leurs menaces, le Dauphin réroqua les lettres deux jours après leur publication, et les états se réunirent quelques jours plus lard qu’il n’avait été convenu. Un subside fut voté par cette assem-
blée, mais l'ordonnance confirmative de ce:
qui s’y passa ne s’est pas conservée.
X. Juillet 1357. — Les chroniques de Saint-Denis nous apprennent qu’une assemblé: des états eut lieu vers la Sainte- Madeleine (22 juiller), que plusieurs personnes choisies par l'assemblée entrèrent dans le conseil du Dauphin, mais que, sur le fait du subside, une scission ayant éclaté dans le sein des états, les nobles et les gens d'église se relirèrent, et que peu après les députés des bonnes villes suivirent cet exemple. Le Dauphin, décidé à secouer enfin le joug des états, alla lui-même dans toutes les bonnes villes pour leur demande? un aide.
XI. 7 novembre 1357. — Les habitants de Pars revenus à de meilleurs sentiments, engagent le Dauphin à ne pas chercher de secours ailleurs que parmi eux, et s’ensagent à ne plus lui parler de la destitution des officiers du roi, ni de la délivrance du roi de Navarre. 1ls demandent seulement que les députés de vingt ou trente villes soient assemblés à Paris: il y consent ct mande à soixante-dix villes d'envoyer des députés ; mais ces députés déclarent qu’ils ne peuvent rien décider en l’absence des états généraux. Le Dauphin se trouve ainsi forcé de convoquer de nouveau les états, à Paris, sour le 7 novembre.
L'assemblée avait à peine commencé ses travaux, qu’elle apprerd que le roi de Navarre vient d’être mis en liberté par ce Jean de Piquiguy, gouverneur d'Artois, qui avait joué un rôle dans les états de 1356, et que ce prince marche vers Paris. Cct événement jette la discorde dans les états.
Les députés de la Champagne et de la Bourgogne se retirent. La noblesse et les zens de ville ne pouvant s’accorder, l’assemblée
est prorogée au vingtième jour après Noël.
Les étals reprirent leurs séances le huitième jour après Noël; mais il s’y trouva peu de députés du clergé et pas un noble, Ils s’assemblèrent tous les jours jusqu’au 14 ou 15 de janvier, sans pouvoir s’accorder ni rien conclure ; cependant ils ordonnèreuit qu’on ferait une monnaie plus faible que celle dont le prix avait été fixé dans les états du mois de février 1356; qu'un cinquième du profit qui résulterait de cette altération, serait remis au Dauphin, et que les quatre auires seraient employés pour les dépenses de la guerre; il fut convenu que les états reviendraient à Paris le 11 février suivant.
Il est probable que ce fut dans la session du 11 février, que le Dauphin qui, depuis la captivité de son père, avait porté le litre de lieutenant du roi, prit celui de régent du royaume.
Lesétats restèrentdoncréunis pendantpresquetoute la durée del’an 1357 ; car, dans l’intervalle des sessions, il existait des commissions intermédiaires ; et en outre, le Dauphin convoqua plusieurs fois un certain nombre de députés des villes, afin d’en obtenir des subsides particuliers. Beaucoup d’obscurité plane sur tout ce qui se rapporte aux états de 1357, et les résolutions qui furent prises par ces assemblées ne sont n3s exactement connues.
XIL. & mai 1358. — Les états devaient se réunir à Paris, le mardi 1* mai, selon ce qui avait été réglé dans la dernière assemblée; mais le régent, pour les dérober à l’influence pernicieuse de la capitale, leur ordonna de se rendre à Compiègne le # mai.
Cette assemblée, comme toutes celles de l'année précédente, fut peu nombreuse et composée uniquement de députés de la Langue-d'Oil; mais elle se montra animée de sentiments sages : elle désavoua tout ce qui avait été fait dans les états de 1356, et condamna la conduite de Paris et des villes qui avaient suivi son parti. Elle vota un subside pour les besoins ordinaires de l'Etat, ainsi que pour défrayer la maison du roi Jean et payer les dettes qu'il avait contractées en Angleterre. L’ordonnance du 14 mai 1358 fut rendue en conséquence des résolutions arrêtées par cette assemblée.
XIE 25 mai 1359. — Etienne Marcel avaitété tué, à Paris, par Maillard, le 31 juillet. Le coup qui le frappa mit fin à la révolte des Parisiens, et le Dauphin put enfin se livrer à l’exécution des hs qu'il avait formés pour chasser les Anglais, rendre la liberté au roi et rétablir la paix dans le royaume. Ce prince avait mandé aux députés des trois ordres de se trouver à Paris, le 19 mai, afin d'entendre la lecture dù traité de paix qui venait d’être négocié en Angleterre ; mais l'ouverture des états fut retardée jusqu’au 25, afin de donner Île
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temps aux députés d'arriver. L'assemblée ayant délibéré sur le projet de traité, déclara qu'on ne devait pas l’accepter; il fut done résolu qu’on ferait bonne guerre aux Anglais. Le 27 mai le régent rappela linjuste destitution des officiers du roi que les états de 1356 avaient prononcée, flétrit cet acte inique, et rétablit ces officiers dans leur état et dans leurbonne renommée. Le 2juin, l'assemblée s’occupa de la levée d’une armée et de l'octroi d’un subside. Il est à remarquer que les nobles furent astreints, malgré le service qu’ils devaient faire en personne, à payer les impositions consenties par les villes, et que les envoyés de ces villes, n’ayant pas reçu le pouvoir d’accorder un subside, demandèrent qu'il leur fût permis d’aller prendre l'avis de leurs concitoyens. Ce qui se passa dans cetle assemblée était de nature à effacer les tristes impressions que les précédentes avaient laissées ; cependant le long espace de temps qui séparent ces états de ceux qui suivent, montre asez que ces préventions défavorables ne se dissipèrent pas facilement.
XIV. 10 mai 1369. — Les seigneurs de la Guyenne ayant interjeté appel des injJustices commises contre eux par le prince de Galles, à Charles V, comme seigneur suzcrain de la Guyenne, ce prince, avant de recevoir l'appel, consulte les états généraux assemblés à Paris, qui répondent que l’appel est recevable, et que si le roi d’Angleterre en prend motif pour déclarer la guerre à la France, cette guerre sera injuste.
XV. 1380.— Etats généraux de la Langued'O.I, tenus à Paris postérieurement à la Saint-Martin d'hiver. La minorité de Charles VI fait naître des contestations à l'occasion de la régence, entre les ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, oncles du roi. L'assemblée, profitant des divisions qui existent dans le conseil de régence, ne craint pas de demander et obtient, en effet, l'abolition de tous les impôts établis depuis Philippe le Bel. Le roi, par une ordonnance du mois de janvier 1380, reconnaît que les impôts qui ent été levés ne peuvent donner aucun droit à lui, ni à ses. successeurs, ni porter préjudice à ses sujets, dont il confirme les immunités, noblesse, franchises, libertés et priviléges, dans lesquels il les rétablit pour en jouir comme ils en avaient joui du temps de Philippe le Bel,cassant, annulanttout ce qui aurait pu y donner atteinte. Le roi se trouve réduit à soutenir la guerre avec le seul produit de son domaine.
XVI. 15 avril 1382. — Le conseil de régence s’efforce de rétablir les impôts; mais la sédition furieuse des Maillotins éclate à Paris etse propagedansles provinces voisines. Leroi, pour conjurer ces «ésordres, convoque dans cette ville les états généraux, et leur fait connaître qu'il ne peut pourvoir aux besoins publics, si on ne rétablit les impôts qui existaient du lemps de son père. Les députés des villes répondent qu'ils ont ordre d'entendre seulement ce qu’on leur