‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 2)Chapitre 190 sur 479 · NICÉE · texte numérisé non relu

NICÉE

Cette ville de Bitliynie est fort célèbre par les deux conciles généraux qui s'y tinrent, et dont l'un est le premier qui se soit tenu dans l'Eglise avec ce caractère d'œcuménicité qui en rend les décisions, sur les dogmes de notre religion, dignes de notre foi.

I. L'hérésie d'Arius troublait depuis quelque temps la paix de l'Eglise, quand l'empereur Constantin , devenu maître de tout I Orient par la défaite Je Licinius, résolut par le conseil desévéques,d'assembler un concile œcuménique, c'est-à-dire, de toute la terre habitable. La chose était alors sans exemple, et il fallait bien que les maux qui affligeaient l'Eglise fussent grands* quand on employa un remède alors si extraordinaire pour les

f;uérir. L'empereur convoqua donc ce concile 'an 325, et choisit pour le lieu de l'assemblée la ville de Nicée, l'une des principales de la Bitliynie, voisine de Nicomédieoùil résidait; il envoya de tous côtés aux évéques des lettres respectueuses , pour les inviter à s'y rendre en diligence, il leur fournit libéralement des voitures, des chevaux, et ce que les romains appelaient la course publique, pour ceux qui voyageaient par ordre du prince. En conséquence, il s'assembla à Nicée des évéques au nombre de trois cent dix-huit, sans compter les prêtres, les diacres et les acolytes. Le pape saint Sylvestre ne pouvant y venir à cause de son grand âge , y envoya pour ses légats deux préires appelés Vite et Vincent.

Baronius prétend que le célèbre Osius tenait la place du pape , et qu'il présida en cette qu'iTté au concile. Gélase de Cyzique le dit expressément. Ce témoignage se justiOe par la souscription de cet évéque, qui précède dans les actes du concile celle des deux légats du pape et de tous les autres évéques.

Tillemont fait ainsi le portrait des évéques qui composaient cette illustre assemblée :

a Saint Alexandre , évéque d'Alexandrie, y « assista avec toute l'autorité due à la grau-

« (leur de son siège, et h celui de son mérite; « il avait amené avec lui saint Atfaanase, sot « diacre, dont il estimait le conseil quoiqu'l « fût encore fort jeune. Saint Kuslathe,é?é- « que d'Antioche, et saint Macaire de Jéra- « salcm, furent comme les chefs et les pères « du concile. Après eux les évéques les plot « célèbres de toute la chrétienté composâtes « cttte illustre assemblée, et la reodaieit « comme une image des apôtres. On y vit ta « évéques d'Egypte et du patriarcat d'As- « lioche parmi lesquels étaient saint Papè- 9 nuce, évéque dans la haute Thébaïde, « saint Potamon d'Hérnclée, Asclepe de Gaie, « saint Paul, évéque de Néocésarée, saiit « Jacques de Nisibe, sainl Amphion d'Kpi- « phanie, Léonce, métropolitain de Césarée « en Cappadoce, appelé l'ornement de 1'EgKse « parles auteurs contemporains, saint Hipà pace évéque de Gangres, dont la vie ht « consommée parle martyre, saint Aleian- « dre de Bysancc, Protogène, évéque o> « Sardique, Alexandre de Th^ssa Ionique et « autres.

« Dans ce grand nombre d'hommes illut* « très, les uns étaient remarquables par U « sagesse de leurs discours , les autres par « l'austérité de leur vie et par leur palieace « dans les travaux ; il y en avait beaucoup « qui étaient relevés par des grâce* aposloli- « ques; beaucoup portaient sur leur corpi « des marques des souffrances de Jésus-Christ « On en voyait qui avaient les deux main « estropiées, comme Paul de Néocésarée, « dans la persécution de Licinius; d'autres « à qui l'on avait brûlé le jarret; d'autres * avaient l'œil arraché, comme 'saint Papaa nuce. On y troovait, en un mot, nn grand « nombre de confesseurs et de martyrs ; et « Constantin , en convoquant ce concile, fit « qu'on vil rassemblé, dans une seule Eglise, t tout ce que les Eglises de l'Europe, de l'A- < frique et de l'Asie avaient de plus grand; « c'était en quelque sorte comme une cos- « ronne de paix qu'il offrait à Dieu pourac- « lions de grâces de tant de victoires qu'il lai « avait accordées. »

Mais après ce grand nombre de saint*, il se trouvait plusieurs évéques qui leur ressemblaient bien peu dans leur foi et dass leur conduite. On prétend qu'ils n'éUieat

Î[uère plus de vingt-deux. Ceux-ci soutenaient e parti d'Arius , mais ils dissimulaient es même temps soigneusement leurs erreurs.

Les plus connus sont Eusèbe de Césarée ea Palestine , Théodote de Laodicée , Paulin de Tyr, Grégoire de Bérythe, AëcedeLydde, Theognis de Nicée , Eusèbe de Nicomèdie , Maris deChalcédoinc, etc.

Le jour marqué pour la séance publique du concile était le 19 juin, et l'ouverture s es fil en effet ce jour là ; mais les premiers jours on se contenta de discuter les matières, pour les décider solennellement en présence àe Constantin, qui n'arriva i Nicée que le S juillet. Il avait fait préparer une salle dans son palais pour la tenue du concile. Les évéques s'y rendirent le lendemain de son arrivée, l'empereur y fut aussi, revêtu de M pou»

DKTIONNMIIE DE DROIT CANON

reur Constantin, fils de Léon et d'Irène.

Les événements qui ont un rapport immédiat à ce concile sont trop intéressants pour n'en pas tracer ici l'abrégé, dir moins des principaux : ils ne peuvent d'ailleurs que jeter un plus grand jour sur les causes qui* donnèrent lieu à la tenue de ce concile, et dont la principale fut l'hérésie des iconoclastes. Un évéque de Phrygie, nommé Constantin, fut l'origine cl la cause de cette hérésia si célèbre par les persécutions qu'elle excita. Ce prélat, avcufflé par un zèle qui n'était nullement éclairé, confirma l'empereur Léon dans l'opinion qu'il avait reçue des musulmans, que l'honneur que l'on rendait aux imagos de Jésus-Christ et d'os saints était une idolâtrie. Dans cette idée, l'empereur dit publiquement qu'on ne pouvait adorer Tes images sans favoriser l'idolâtrie, et qu'ainsi l'on devait renoncer à une pratique contraire à l'Ecriture, qui défend de faire aucune image pour l'honorer.

S tint Germain, patriarche de Constantinople, s'éleva fortement contre celle nouvelle doctrine , et soutînt que les images avaient toujours été en usage dans les églises. Il écrivit à ce sujet trois lettres, pour ramener les évéques qui étaient entrés dans les sentiments de l'empereur. Il expliqua solidement la doctrine de l'Eglise et fit voir que les chrétiens ne rendaient aux saintes images qu'un culte qui se rapporte aux originaux, de la mémo manière que Ton respecte la statue et le portrait de son souverain ou de toute autre personne pour qui l'on est plein de vénération. Le pape Grégoire III se déclara également contre cette erreur. Mais l'empereur Léon était trop peu instruit, ou d'un génie trop borné, pour comprendre la différence du culte relatif et du culte absolu : ainsi, se sentant offensé de la résistance des catholiques, qui ne voulurent point souffrir celle profanation, il fit un décret contre les images, et voulut forcer tout le momie à le recevoir. En conséquence, il fit ôler toutes les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints partout où il y en avait, ordonnant qu'on les brûlât; et il excita par là une persécution aussi cruelle que celle des empereurs païens*

Le pape Grégoire III écrivit à cet empereur une lettre admirable, dans laquelle use plaint de celle entreprise, et lui parle en ces termes :«Vos prédécesseurs ornaient les églises, « et vous travaillez à les défigurer. Les pères « et les mères tenant entre leurs bras leurs « petits enfants nouveau -baptisés, leur mon- « trent avec le doigt les histoires de la reli- « jçien : on instruit de la même manière les « jeunes gens et les nouveau - convertis , et « on élève leur esprit et leur cœur à Dieu. » Ce pape ne borna pas là son zèle : et il fit tenir à ce sujet un concilo à Rome , l'an

Constantin Copronyme suivit les traces de son père Léon, et employa toute son auto-

rité pour abolir les images. La persécute* devint encore plus violente sous ce prinre, surtout contre les moines, qu'il haïssait particulièrement. Plusieurs expirèrent sous les coups, ou par Fexcès des maux qu'on Umr fit souffrir. Saint Etienne , abbé de Saint* Auxence, monastère près de Nieomédie, fut on de ceux qui éprouvèrent le pluslt cruauté des persécuteurs. Constantin, pow couvrir de quelque prétexte sa tyrannie, ■ même tenir à Hyerie, près de Constantin* pie , un concile où trois cent trente-fcetf éyéques, devenus iconoclastes par la crainte de la persécution, firent nn décret coatis les saintes images. Mais Dieu délivra enli l'Eglise de ce fléau, ôtant dn monde ceM qui avait fait couler le sang de ses serviteurs.

Après sa mort , Tara foc , palrhtrdte et Constantinople, de concert avec l'impératrice Irène, et son Gis Constantin, écrivît ai pape pour le prier de concourir au projrl d'un concile général , afin d'y faire ce*»

firmer la tradition d»; l'Eglise touchant te culte des images. En conséquence de cta arrangements, trois cent soixanlcMlîx-sept évéques se rendirent à Nicée au temps indiqué. Ils étaient tous des pays de l'obéissance du jeune Constantin, empereur de Constat* tinople; savoir: de la Grèce, de la Thrace, de la Natolie, des Iles de l'Archipel , de te Sicile et de l'Italie.

Le concile s ouvrit le 24 septembre «fani l'église de Sainte-Sophie , où deux légats représentaient Ife pape Adrien. Sans entrrr dans le détail de toutes les sessions de ce concile,, détail que l'on voit ailleurs, nom rapporterons seulement ici la définition de foi de ce concile, sur ce qui l'avait occasionné.

« Nous décidons que les saintes images, « soit de couleur, soit de pièces de rapport, « ou de quelque autre matière convenable*, « doivent élre exposées, soit dans les églt»

« ses, sur les vases, les habits sacrés, 1rs « murailles, soit dans les maisons cldaw « les chemins : car, plus on voit souvrtf « dans les images, Jésus-Christ, sa sainte mère « et les saints, plus on se sent porté à sa « souvenir des originaux et à les aimer. Ot « doit rendre à ces images le salut et l'ado- « ration d'honneur, mais non le coite ék « latrie, qui ne convient qu'à la nature di- « vine. On pourra néanmoins approcher * « ces images l'encens et le luininairr,coflro** « onenuse à regard de la croix, des évangiles « et des autres choses sacrées : le tout selon « la pieuse coutume des anciens; car, Tho*»

« neur de l'image est rapporté à i'origiul « qu'il rcprésenle. Telle est la doctrine des « saints Pères et la tradition de TEgliK « catholique. Ceux qui osent penser on en* < seigner autrement, nous ordonnons qallf « soient déposés s'ils sont évéques on dercs, « et excommuniés s'ils sont moines on Uï- « ques. »Ce décret fut souscrit par les légats et par tous les évéques. (Voyez image.)

I«e concile fil ensuite vingt-deux canots de discipline , et voici comment Flcury Ici

DICTIONNAIRE DE DROIT CANON

d'Occident n'y avaient point eu de part et n'y avaient pas même été appelés, et qu'il n'y avait que les légats du pape. S* Us représentaient que leur usage, à la vérité, élait d'avoir des images , mais non de leur rendre aucun culte. 3* Ils imputaient au concile de Nicée d'obliger à adorer les images.

k 9 Ils disaient que ce concile n'était point assemblé de Coules les parties de l'Eglise, et que sa décision n'était pas conforme à la décision de l'Eglise universelle : à quoi les Grecs répondaient que le pape y avait assisté par ses légats. Ces diverses raisons font la matière des livres appelés carolins.

Mais, touchant ces livres, le pape Adrien fit une réponse, dans laquelle on ne peut assez admirer la douceur avec laquelle il répond à un écrit si plein de mauvais raisonnements.

Cependant, malgré cette réponse du pape, on voit que plus de cent ans après, Hincinar, archevêque de Reims, un des plus savants évéques de France, n'avait de ce concile d'autre idée que celle qu'il en avait prise dans les livres carolins, et qu'ainsi ce concile n'était pas encore alors reçu en France.

N1H1L TRANSEAT.

On appelle ainsi un obstacle que Ton met à Rome pour l'expédition de certaines bulles ou autres rescrils. Ce sont de véritables oppositions qui se font et se vident, dans le style de la chancellerie, devant le cardinal dataire. Ce prélat donne jour pour entendre les parties, et, sur leurs mémoires ou raisons , il prononce. Si l'expédition à laquelle on s'oppose n'a rien de contraire aux décrets du concile de Trente, ni aux règles de la chancellerie, elle se fait nonobstant toute opposition. Si non on la refuse.

Page 1