PEY
lean Pey, né le 2 mars 1720 à Solliès, diocèse de Toulon , appartenait à une famille honnête, et montra dès sa jeunesse beaucoup (Tardeur pour la piété et pour le travail. II fit ses études à Toulon et à Àix, et, en 17to, fut licencié en droit canon. Son goût l'aurait porté à la prédication , mais sa santé le força de renoncer A la chaire. II fut d'abord vicaire A Oilioules, puis dans la cathédrale même de Toulon. M. de Choin, évéque do cette ville, ayant connu son mérite, le nomma chanoine de sa cathédrale et vice-gérant de rolficialité. L'abbé Pey se prononça fortement pour les droits de l'Eglise dans les disputes qui eurent lieu , yers 1754 et 1755 , entre les magistrats et le clergé; disputes qui s'étendirent aussi en Provence, et qui firent exiler M. de Brancas , archevêque d'Aix, à Lambesc. Sous M. de Lascaris, qui, en 1759, succéda dans le siège de Toulon à M. de Choiu, l'abbé Pey devint officiai, et so trouva en cette qualité en opposition avec le parlement. Il venait de paraître un ouvrage anonyme sur les disputes du temps et contre les prétentions de la magistrature. Le parlement d'Aix ordonna de publier des monitoires pour en découvrir I auteur. L'abbé Pey devait, comme officiai, transcrire l'arrêt sur s< s registres , il s'y refusa : on voulut l'y contraindre , mais il aima mieux donner sa démission que de prendre part à un acte qu'il regardait comme fort injuste. Il se relira dans sa famille à Solliès, puis vînt à Paris, où M. de Beaumont l'accueillit. Le pré. al le plaça d'abord comme chapelain ch< z les dames du Saint-Sacrement, et lui donna, en 1771 , un canonicat de la métropole. L'abbé Pey venait de publier un ouvrage de controverse contre les philosophes ; c'est la Vérité de la religion chrétienne prouvée à un
détste, 1770, 2 vol. in 12. Cet ourrage valut à Fauteur d'être du nombre des écrivains que* l'assemblée du clergé de 1775 encouragea à travailler pour la défense de la religion, Pey remplit les intentions du clergé, et publia le Philosophe catéchiste, ou Enirettens sur la religion, entre le comte de'" et 1$ chevalier d$"\ Paris, 1779, in-12. Cet ouvrage est solide et bien écrit. M. Dulau, archevéqucd v Arles,dans un rapport qu'il fit A l'as* semblée de 1780 , cita honorablement le travail de l'abbé Pey ; et l'assemblée du clergé de 1782 lui accorda une pension de mille francs. On voulut sans doute le récompenser d'un ouvrage important qu'il venait de publier sous ce titre : De Vautorité des deux puissances, Strasbourg, 1780, 3 vol.
in-8*. L'auteur y prenait la défense des droits de l'Eglise contre les théologiens et canonistes modernes. Le parti janséniste et parlementaire attaqua vigoureusement l'ouvrage et n'épargna point A l'auteur les accusations banales de molinisme et d'ullramontanisme. Son livre fut mieux apprécié dans le Journal historique et littéraire de Feller, et il en parut plusieurs éditions en 1788 et 1790. Il est effectivement très-précieux, et il serait aujourd'hui un ouvrage de circonstance ; cependant un peu de gallicanisme le dépare; mais l'auteur, dans ses dernières années , se reprochait lui-même d'avoir cédé quelquefois aux idées accréditées en France par les jurisconsultes, et il voulait y faire quelques changements , quoique cet ouvrage eût fort déplu aux cens de parti. On trouva effectivement, après sa mort, dans ses manuscrits, des Additions au traité des deux puissances. Quand Pey rencontrait des magistrats exilés et errants comme lui, il ne manquait pas de leur faire remarquer nu avaient abouti leur esprit d'opposition et leurs préventions contre l'autorité de l'Eglise. Nous ayons fait plusieurs emprunts A V Autorité des deux puissances , notamment dans les articles indépendance et législation. Nous avons toujours cité la première édition de 1780. Cet ouvrage a été traduit en italien. Pey est encore auteur de plusieurs autres ouvrages, entre autres des Vrais prit* cipes de la constitution de VEglite catholique , qu'il opposa, au commencement de la révolution, au goût d'innovations qui pré râlait alors.
L'abbé Pey n'était pas seulement un écrivain laborieux , il joignait A ses travaux les pratiques de piété, s'intéressait A tout ce oui était du bien de la religioo , exerçait les bonnes œuvres, dirigeait les consciences, et montrait dans toute sa conduite autant de zèle que de régularité. Quand la révolution éclata , il se retira dans les Pays-Bas. Il résida d'abord à Liège, puis a Louvain. Une nouvelle invasion des Pays-Bas le força de se retirer A V*nloo ; puis, obligé de fuir encore, il traversa l'Allemagne et se rendit A Ferrarc, avec le projet de passer jusqu'à Home. Sa piété et son attachement au saintsiège lui faisaient désirer vivement de flnir ses jours dans cette capitale du monde chrè»
NOTICES
tien : les circonstances où se trouvait l'Italie et les progrès dos Français , le décidèrent à se retirer a Venise , où il espérait jouir do plus de tranquillité, sous un gouvernement qui était en paix avec la nouvelle république ; mais la révolution devait aussi s'étendre dans cette partie : les Français pénétrèrent dans l'Etat de Venise et y excitèrent des révoltes. La vieillesse et les infirmités empêchèrent l'abbé Pey de chercher un autre asile , il vivait dans une retraite profonde, ne s 'occupant qu'à revoir ses ouvrages, et à se préparer à la mort, qui le Frappa le 15 septembre 1797, après une longue maladie.