‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 2)Chapitre 437 sur 479 · APP · texte numérisé non relu

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avant le synode , puisque le saint-siégc les abandonne aux disputes de l'école.

a J'ai dit dans mon mandement qu'âne loi del'Elat ne pouvait pas m'obliger d'enseigner que le pape est inférieur au concile ; que le pontife romain parlant , ex cathedra, est faillible, et qu'il est soumis aux canons comme les autres évéques. Le conseil d'Etal me condamne, et, pour me frapper, il faut qu'il foule aux pieds l'article 7 de la Charte, qui déclare que je suis libre d'imprimer, de publier, d'enseigner mon opinion. Ainsi , une loi de l'Etat interprétera ce lexte de l'Evangile : J'ai prié pour toi f afin que ta foi ne défaille pas ; et moi , évéque de l'Eglise catholique , je ne pourrai pas imprimer, publier, enseigner dans mon diocèse une autre interprétation de ces paroles sacrées 1 II faudra que je donne aux jeunes lévites de mon séminaire celle qui émanera de l'autorité temporelle. Nous voilà donc revenus aux disputes théologiques du Bas-Empire 1 Si le conseil dElat me condamne parce <me j'interprète les paroles de Jésus-Christ a Pierre dans le sens de l'infaillibilité, il se met donc à la place de l'Eglise, et il m'enseigne la religion.

« J'ai dit dans mon mandement que j'enseignerais dans mon séminaire ce qui me paraîtrait plus conforme à l'Ecriture et à la tradition au sujet de la puissance de l'Eglise, et que, protégé par la Charte, qui maintient la liberté des opinions, je ne prendrais point d'engagement au sujet de la déclaration de 1682. Le conseil d'Etat me condamne ; et pour me foudroyer, il a vu dans mon mandement ce qui ne s'y trouve pas. Je n'ai point dit que je rejetais les quatre articles ;

ien'ai pas dit non plus que je les admettais, e ne prononce pas entre les ultramontains et les gallicans. J'use de la liberté que me laisse l'Eglise. Mais ce que j'ai écrit, c'est qu'il n'appartient pas à l'autorité temporelle de m'imposer ce que je dois croire sur la puissance spirituelle du pape. Mais ce que je soutiendrai, c'est qu'un évéque doit repousser une opinion théologique, par cela seul que l'autorité temporelle a la prétention de la lui imposer. M. Dupin a-t-il donc découvert un dogme légal y comme il reconnaît une discipline légale? La faillibilité du pontife romain sera-t-elle ce dogme légal que nous soyons contraints de professer, sous peine d'encourir les peines portées par les lois?

€ Il n'est pas inutile , Monsieur le Ministre, de rappeler au conseil d'Etat que Louis XIV, qui n'avait, du reste, aucun droit non plus de statuer sur les choses spirituelles, écrivit au pape Innocent XII, pour lui dire qu'il ne donnerait aucune suite à son édil royal sur les quatre articles. Voici ses paroles : « Je suis bien aise de faire sa- « voir à Votre Sainteté que j'ai donné les « ordres nécessaires, afin que les a (Ta ires « contenues dans mon édil du 23 mars 1682, c concernant la déclaration faite par le « clergé de mon royaume (à quoi les con- • jonclurcs d'alors in'avaieul obligé), n'au-

« raient point de suite. » [Histoire de Bas»

suel par le cardinal de Bausset , lom. II , pag. 212.)

« Mais voici d'autres paroles du grand roi qui s'accordent assez arec l'article 7 de notre Charte. Elles doivent trouver ici leur place. Louis XIV, écrivant au cardinal de la Trémoille, lui disait au sujet de sa lettre au pape : « On lui a supposé, contre la vérité, « que j'ai contrevenu à l'engagement pris o par la lettre aue j'écrivis à son prédéces- • seur; car je n ai obligé personne à souteo nir, contre sa propre opinion, les proposi- « lions du clergé de France. Mais il n'est pas « juste que j'empêche mes sujets de dire et « de soutenir de part et d'autre, comme plu- « sieurs autres questions de théologie, sans « donner la moindre atteinte à aucun des « articles de foi. » (Hist. de Bossuet % ibid.)

« On ne doit pas s'exagérer l'importance de la déclaration de 1682. Elle n'a point la force d'un jugement épiscopal. L'assemblée des évéques qui l'a rédigée n'était point un concile. Bossucl lui-même n'en parlait pas toujours avec toute la révérence possihle. Il n- craignait pas d'avancer que M. Colbert, ministre et secrétaire d'Etat, était véritablement l'auteur du dessein de rédiger les quatre articles, et que lui seul y avait déterminé le roi (Ibid. pag. 161).

« Je conclurai de tout ce que je viens de dire, qu'une loi de l'Etat ne peut pas m'obliger à renoncer à cette opinion pour en enseigner une autre.

« J'ai répété dans mon mandement l'éloge que M. Dupin fait arec tant de raison du concordat de 1801. Mais quant aux articles organiques, j'ai dit, ce qu'il est impossible de contester, que la puissance civile n'avait pas le droit de régler des points de discipline, qui doivent être laissés à la décision de l'autorité ecclésiastique. J'ai affirmé, ce qu'il est impossible de nier, que ces articles organiques n'avaient point été concertés avec le pape et approuvés par lui. Le conseil d'Etat me condamne ; il me condamne au mépris de la constitution de l'Eglise et des règles canoniques. Car enfin ces articles organiques, tels qu'ils sont sortis des mains du premier consul et du sénat, qu'étaient-ils, après tout, qu'un abrégé de la constitution civile du clergé, avec son esprit schismatique et ses erreurs? Cette loi de germinal an X, qu'est-elle autre chose qu'un changement profond dans la discipline générale de l'Eglise? Or, il n'appartenait qu'au pontife suprême d'opérer ce changement.

« Toutes ces vérités, le Manuel de M. Dupin les conteste: j'ai dû le condamner. Vous avez reconnu à cet égard, Monsieur le Ministre, mon droit et mon devoir. Que veut dire M. le procureur général, quand il parle de discipline légale? S'il entend par ces expressions la défense que fait l'autorité temporelle, soit de donner la bénédiction nuptiale à ceux qui ne se sont pas présentés devant l'otlicier civil, soit d'enterrer sans avoir fait constater le décès, soit de sonner les cloches pendant l'orage, soit de conli-

inn

SUPPLÉMENT

nner les travaux publics le dimanche, ou de fermer les cabarets pendant les offices, Je comprendrai cette discipline légale, et je laisserai à l'autorité civile le soin de la régler. Hais quand on vient affirmer que le mariage est un contrat essentiellement civil, quand on déclare que les fidèles ne sont justiciables de V autorité ecclésiastique qu'au tribunal de la pénitence, quand on conteste au pape le droit de prendre le titre àévéquc universel, quand on excite à la désobéissance aux conciles généraux reçus en France, et qui prescrivent la tenue régulière des conciles provinciaux, sont-ce là des objets qui tiennent à la discipline légale? Quoi! de grossières erreurs sur le dogme et la discipline générale de l'Eglise seraient transformées en certains articles de je ne sais quelle discipline légale, et un éveque devrait les respecter et les laisser passer sans faire en-, tendre un cri d'alarme! Pour moi, je ne le pouvais pas. Tous mes saints prédécesseurs, tous les illustres martyrs de mon Eglise se seraient levés pour me reprocher mon silence et mon sommeil ; les pierres de leurs glorieux sépulcres auraient crié contre moi.

« En jugeant et condamnant le Manuel de droit ecclésiastique do M. Dupin, je n'ai pas prétendu m'attribuer l'infaillibilité. Je soumets au pape la condamnation que j'ai portée, comme je lui soumettrai tous les actes de mon ministère. C'est à lui qu'il appartient de reprendre ses frères dans l'épiscopat, et de casser ou de confirmer les sentences qu'ils prononcent. Si le pasteur suprême, si l'évéque des évéques reconnaît que j'ai mal jugé et cjuc jai condamné à tort le Manuel, aussitôt je prendrai la plume pour dire à mes diocésains que leur archevêque s'est trompé, et que le jugement qu'il a porté a été réformé par le vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Je courberai la télé sous une sentence si vénérable, et je proclamerai, en présence des fidèles, la justice du coup qui m'aura frappé. Jusque-là, un appel comme d'abus ne peut pas même effleurer mon Ame. Et puis, que peut-on contre un évéque qui,

Î;ràces à Dieu, ne lient à rien et qui se renerme dans sa conscience? J'ai pour moi la religion, la logique et la Charte. Je dois me consoler. Et quand, sur des points de doctrine catholique, le conseil d'Etat a parlé, la cause n'est pas finie.

« Agréez , Monsieur le Ministre , l'assurance de ma haute considération.

« f .L. J. M. card. de Bonild, * arch. de Lyon. *

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