‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 2)Chapitre 440 sur 479 · L. f S. J. B., cardinal légat · texte numérisé non relu

L. f S. J. B., cardinal légat

« Vincent Ducis , secrétaire ecclésiastique. »

Exposé des motifs du décret du h avril 1806, ordonnant la promulgation d % un catéchisme uniforme pour tout l'empire, en exécution de V article 39 de la loi du 18 germinal an X.

Sire f

« La loi du 18 germinal an X ordonne qu'il n'y aura qu'un catéchisme pour tons les diocèses de l'empire français. Celte disposition légale est dans le véritable esprit de la religion ; elle réalise le vœu des conciles généraux. Il n'y a qu'une foi et qu'un baptême, il ne doit y avoir qu'un enseignement (1).

Les vérités chrétiennes ne se propagèrent d'abord que par le ministère de la parole; dans la suite on publia des écrits pour fixer les principaux objets de l'instruction religieuse. Ces écrits se multiplièrent. Dans le seizième siècle il existait en Europe autant de catéchismes qu'il y avait de provinces el même de villes (2). On s'aperçut que leur nombre excessif et leur grande diversité apportaient de la confusion dans l'Eglise, et que la pureté de la doctrine se trouvait altérée dans plusieurs (3). Les Pères du concile de Treote voulant remédier à cet abus, décrétèrent la rédaction en latin d'un catéchisme général, destiné à devenir le témoignage solennel et permanent de la vérité dans le monde chrétien (4).

« Si l'on considère l'étendue de ce catéchisme et les langues dans lesquelles il fut rédigé, on demeure convaincu que les Pères du concile s'étaient encore moins proposé Tinslruo

(1) Ut quemadroodum nous est Domiuus, ou 6d«, il* eliara ona sil tradeud» fidei , ad omniaque pieutis offru populum christianum erudiendi , commun» régula au|oe prescrlptio (Calech. Trid. prœf. n. î).

(2) Tôt calechismi quoi premociat sunt in Kurupa , ino fere quoi urbes rircuwferebaniur (Âppar. Catcck. Trid, art. 1 ).

(3) Qui oœnes scalebaot b*resibm quibos simp'triaia •oiuii ubique decipiebaotur, vixque ullus erat io bdf beue

tersos (/M.)* „ . M

(4) Ouamobreni patres oecameoica TrideoUna» synodt, cum tanlo et uni pernicioso huic malo salutarem aiiqua» mediciuain adhibere maxime cupereut , non salis es* putaruul, graviora catbolice docirinx capita coaira uosin tmnporis uaeresesdecernere ; sed illud iircierea sibi taciendum censjierunt , ut certain aliquam tormamet ratkjueia chrisliani ponuli ab ipsis feiei rudiuaenlis tosiUuewtt iradurent {Ctilcch. Tria. prœf. n. xi).

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tion directe et immédiate dos simples fidèles

que celle même des évoques et des prêtres,

>ar qui les fidèles doivent être instruits (1).

« Après la tenue du concile, on s'occupa, dans les divers Etats catholiques, à rédiger en langue vulgaire des catéchisme* particuliers sur le modèle de celui de Trente. En France, comme ailleurs, chaque évéque publia le sien. De nos jours, il n'était pas rare de voir dans le même diocèse chaque nouvel évéque promulguer un catéchisme nouveau.

« La religion chrétienne est répandue sur tout le globe. Comment concevoir l'idée d'un seul catéchisme à l'usage de tant de peuples divers? Il faudrait préalablement exécuter le projet si souvent entrepris et si souvent abandonné d'une langue universelle entre les nommes. Le concile de Trente avait fait, à cet égard , tout ce qui était possible ; il avait choisi, pour la rédaction d'un catéchisme général , la langue qui était alors commune à toutes les écoles, qui était celle des théologiens , des jurisconsultes et des savants; c'est-à-dire de tous ceux qui, dans chaque pays, étaient établis pour instruire les autres. Dans la rue de rendre inaltérable le dépôt précieux de la doctrine, il avait choisi une langue morte, qui n'était plus susceptible de variations; car, selon l'ingénieuse observation d'un écrivain distingué, ce n'est que quand elles sont mortes que les langues deviennent immortelles,

« Mais si l'idée d'un catéchisme unique pour toutes les nations et pour tous les empires est impraticable , les motifs les plus puissants auraient dû engager chaque Eglise nationale à consacrer un mode uniforme d'enseignement pour des hommes qui parlent la même langue, qui vivent sous le même empire et qui ne forment entre eux qu'une même nation.

« Qu'est- il nécessaire que chez le même peuple il y ait tant de catéchismes différents, et que tous les jours on en fasse de nouveaux ? Dans les sciences humaines, on a sans cesse d'anciennes erreurs à corriger, et des vérités nouvelles à découvrir; conséquemment, il importe que chacun puisse concourir, par son travail et par ses recherches particulières, au progrès des connaissances communes, mais en matière de religion, il ne faut offrir aux fidèles que ce qui a été enseigné toujours, partout et par tous (2); toute nouveauté est profane.

La multiplicité et la diversité des catéchismes ne sauraient toujours être sans quelques dangers pour le fond de la doctrine. Il est souvent des objets qui sont développés dans un catéchisme et qui son! omis dans un autre. Celle différence peur donner aux fidèles de faussés idées , et sur les choses dont on parle, et sur celles que l'on tait. Des contro-

(I ) Patritms visimi est maxime referre , si liber saocla syikmJi aodoriute ederetur , ex qoo parochi , vel omues a lu, qulbus docendl mnnos imposUum est, ferla precepta pet ère } atqae depromere ad fldelhim aetlificaUonem posant {tout. a. x).

(2) Quod semper, quod ublque, qood ab omoibos {Vincent. Lirin.)

verses, des guerres Idéologiques surviennent. Il n'est pas sans exemple que l'on ait cherché, en pareil cas, à faire prévaloir set opinions personnelles ; et l'expérience prouve que ces opinions sont quelquefois erronées:

car les promesses ont été faites au corps général de l'Eglise, et non à chaque pasteur en particulier.

« Indépendamment de ces inconvénients, l'instruction des peuples souffre et languît quand il existe tant de rédactions différentes pour exprimer les mêmes choses. Les émi-

! [rations d'un diocèse dans un autre sont réquentes. Or, en changeant de diocèse, on a besoin de se livrer à un nouveau travail, comme si l'on avait à changer de croyance ; tout cela déconcerte la mémoire et peut égarer la raison.

« H était réservé à la haute sagesse de Votre Majesté d'étendre sa sollicitude impériale sur tout ce qui peut perfectionuer la marche de renseignement religieux.

« Cet enseignement n'importe pas moins à l'Etal qu'à la religion même; il enveloppe, pour ainsi dire, l'homme dès sa plus tendre enfance. Il met les plus grandes vérités à la portée de tous les Ages et de toutes les classes, en s'adressant, non à l'esprit, qui est la partie la plus bornée et la plus contentieux de nous-méme, mais au cœur dont il ne faut que diriger les affections, et qui peut saisir, sans effort, tout ce qui est bon, tout ce qui est aimable. Si les vertus les plus nobles et les plus élevées habitent la chaumière du pauvre comme le palais des rois, si les hommes les plus simples et les plus grossiers sont aujourd'hui plus affermis sur la spiritualité et l'immortalité de l'âme, sur l'existence et l'unité de Dieu , sur les principales questions de morale, que Tétaient les sages de l'antiquité, nous en sommes redevables au christianisme, qui, en ordonnant les bonnes œuvres et en commandant la foi, épar- Î;ne au commun des hommes, les circuits, es incertitudes et les sinuosités de la science humaine.

« Ceux qui pensent qu'on ne devrait point parler de religion et de morale aux enfants, et qu'on déviait attendre un Age plus avancé, méconnaissent la vivacité des premières im-

F tressions et la force des premières habitudes. Is ignorent que l'enfance est plus susceptible qu'on ne croit d'acquérir des connaissances utiles ; que l'homme dans aucun temps ne peut, sans danger, être abandonné à luimême; que s'il ne s'occupe pas du bien, il se préoccupera du mal; que l'esprit et le cœur ne peuvent demeurer vides.

« Tout ce qui est moral n'est jamais recommandé inutilement dans un Age qui est celui du sentiment , de la confiance et de la bonne foi. Il importe que les premières notions de nos devoirs puissent naître et se fortifier avec les premiers développements do nos facultés, et que nous acquérions des forces pour le moment où nous avons besoin de nous essayer et de nous mesurer avec les charges et les devoirs de la société civile. Les instructions reçues dans la jeunesse ne s'ef-

SUPPLÉMENT

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facent jamais et ne s'affaiblissent que trèsdifficilement; elles deviennent 9 en quelque sorte, une seconde nature.

« Ponr inculquer de bons principes, il serait dangereux d'atlendre que Ton eût A combattre des habitudes vicieuses. On voudrait que les enfants Tussent insensiblement éclairés par l'expérience; mais l'expérience est presque toujours perdue pour nous; elle ne réussit souvent qu'A nous rendre plus malheureux, sans nous rendre meilleurs.

« 11 est donc essentiel de protéger un enseignement qui, dès les premiers pas que nous faisons dans le chemin de la vie, dispose l'Ame A toutes les actions louables et A toutes les vertus.

« Nous avons vu que la nécessité d'un mode unitorme pour cet enseignement a été reconnue par la loi. Des circonstances impérieuses ne permettaient pas de différer plus longtemps l'exécution de cette mesure législative. Par la nouvelle organisation ecclésiastique, chaque diocèse est aujourd'hui plus vaste et embrasse un territoire sur lequel il en existait autrefois plusieurs. Chacun des anciens diocèses avait son catéchisme particulier : il suit de là qu'il y a quelquefois sept ou huit catéchismes différents dans le même diocèse. D'autre part, nous sommes averti que dans quelques parties de l'empire les exemplaires de ces livres élémentaires sont entièrement épuisés; la rédaction d'un ■catéchisme à l'usage de tout l'empire français devenait donc indispensable.

« Celte rédaction est achevée ; elle a été faite sous les yeux et par les soins de M. le cardinal légat, muni de tous les pouvoirs du saint-siége.

« L'Eglise de France s'est toujours distinguée par ses lumières et par son zèle : elle compte des prélats illustres qui ont commandé le respect dans tout l'univers chrétien. On n'a pas eu la prétention de vouloir faire mieux et autrement que ces prélats qui ont exposé avec pureté, clarté, et précision la doctrine catholique, dans les instructions qu'ils publiaient pour les fidè!es confiés A leur surveillance pastorale. Le catéchisme de Bossuet a principalement dirigé le travail des rédacteurs, et l'ouvrage de ceux-ci n'est, A proprement parler, qu un exemplaire de ce catéchisme, et j'ose dire, l'ouvrage mémo de l'Eglise gallicane, dont ce prélat a été si souvent l'éloquent interprète. Le nom de Bossuet, dont la science, les talents et le génie ont servi l'Eglise et bonoré la nation, ne s'effacera jamais de la mémoire des Français, et la justice que tous les évéques de la chrétienté ont rendue A la doctrine de ce grand homme nous en garantit suffisamment I exactitude et l'autorité.

« Par ces considérations , j'ai l'honneur Je proposer à Votre Majesté d'ordonner la publication , dans toute l'étendue de l'empire, du catéchisme que je joins à mon présent ripport, qu? a pon«- litre : Catéchisme à f usage de toutes les Eglises de V empire fran-

çais, et qui est revêtu de l'approbatioa du représentant do saint-siége.

« Je suis , etc.

Signé : Poetalis. ■

Décret rendu, le fc avril 1806, en exécution de l'article 39 de la loi du 18 germinal an X , et ordonnant la publication d'un catéchisme uniforme pour toutes les Eglises de l y empire français.

« Art. 1". En exécution de l'article 39, de la loi du 18 germinal an X , le catéchisme annexé au présent décret approuvé par soa éminenec le cardinal légat, sera publié et seul en usage dans toutes les Eglises catholiques de l'empire.

« Art. 2. Notre ministre des cultes surveillera l'impression de ce catéchisme , et pendant l'espace de dix années il est spécialement autorisé à prendre A cet effet toutes les précautions qu'il croira nécessaires.

« Art. 3. Le présent décret sera imprimé en télé de chaque exemplaire du catéchisme, et inséré au bulletin i!es lors. »

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