FRA DES ORDRES
refleurir la religion dans les bourgades d'où elle semble avoir été bannie, de la conserver tooiours plas puissante dans les villages dont elle fait encore le bonheur, qui inspire ia belle oeuvre des colonies agricoles, l'œu- Treqai, de nos jours, a peut-être pour elle la sympathie la plus universelle.
Le P. Desbayes appelé, comme nous Tâtons dit, l'homme de sou siècle, ne pouvait pas ne point ressentir ce souffle de l'Esprit- Saint.
Après avoir formé des maîtres et des maîtresses, sur tout pour les campagnes, il disait : « Le bon Dieu nous pousse vers les colonies agricoles. » Le Ciel voulait nonseolemeot Qu'il coopérât à cette belle œuvre d'une manière quelconque, mais qu'il la ftt en grand, en iustituant une congrégation Dourelle qui pût en assurer ta durée et le développement. Cette précieuse institution devait être comme le dernier fleuron de sa couronne. Il était temps qu'il mit la main à l'œuvre, car la mort s'avançait a grands pas. Néanmoins, il agit encore ici avec tant de prudence et de maturité, qu'il se fit accuser de lenteur. Il paraît, d'ailleurs, qu'il y avait <ie terribles obstacles à renverser. Ce fut en hissant entrevoir une peine très-vivement sentie, que, dans le cours de l'un de ses voyages, il parlait des difficultés et des oppositions qu'il rencontrait. Il semt>Uit, dans cette circonstance, qu'il avait vraiment besoin d'encouragement, et ses deniers enfants pourraient être appelés les enfants de sa douleur. Les frères agriculteurs furent fondés par le P. Deshaycs à Ssint Laureiit-snr-Sèvre, dans le mois de novembre 1839, à l'issue d'une retraite On les logea provisoirement dans la maison de r traite de Saint-Michel, et c'est dans cette Qitisonqucle fondateur dit aux postulants de recueillir avec le plus grand soin les petits morceaux de bois qui leur avaient échappé, >eur recommandant expressément de ne ja- Miiouulicrla leçon qu il leur donnait par là sur l'esprit de pauvreté. Comme nous le dirons bientôt, le P. Desbayes avait une dévotion toute particulière à 1 numble saint François d'Assise qui a donné à ses religieux le nom de frères mineurs, et pour mettre sa dernière congrégation sous la sauvegarde de l'humilité, il appela les frères agriculteurs frères de Saint-François-d'Assise. On voit que plus il avançait en âge, plus il était persuadé que l'humilité seule peut servir de fondement solide aux ordres religieux. Dès le premier appel, les postulants vinrent en si grand nombre que le fondateur en était ètooné. « Voyez, » disait-il, « comme ils arrivent 1 • Mais, où sont les moyens de subsistance qu'il leur a préparés? Pour toute richesse, il n'a que la pauvreté de **tit François d'Assise h leur donner , cwnme il leur lègue son humilité. Nous «uni vu que, pour tout secours, il avait donné une pièce de cinq francs à une supérieure de Bretagne qui commençait une «won; un missionnaire de Saint -Laur«'l donna aux frères de Saint- François
Dictioss. des Onnues uelig. IV
d'Assise, pour fonds d'établissement, la somme de deux centimes. Les communautés de la Sagesse et de Saint-Gabriel leur prêtèrent du pain, et il est plus que probable qu'elles nont jamais pensé à se faire payer.
Les nouveaux frères vécurent ainsi jusqu'à la Pentecôte. A cette époque, l»-s uns furent transférés au presbytère de Saint- La urent-sur-Sè vre, les autres à Mayot, près Parthenay, département des Deux -Sèvres; et, dès le mois de septembre 1840, la congrégation acceptait une fondation à Saint- Louis, près Bordeaux. Ce fut dans ia chapelle de Saint-Louis que le P. Des bayes, au mois de mars 1841, fit à ses frères agriculteurs une sorte de prédiction qu'ils n'oublieront jamais. Il était en oraison, et paraissait profondément recueilli, quand tout à coup élevant la voix, il adressa à ses enfants étonnés ces mémorables paroles : « Mes enfants, je vous vois bien des peines et bien des croix dans l'avenir. Peu d'entre vous persévéreront; mais heureux ceux qui auront le courage de rester ûdèlwsl Ils seront recompensés plus lard par de grandes consolations; ils verroot prospérer et grandir leur communauté. » — Il ajouta : « J'avais d'abord pensé à vous établir pour les hospices comme infirmiers, et pour les presbytères des campagnes comme instituteurs des pauvres; vous auriez aidé MM. les curés à faire le catéchisme; mais désormais, il faut vous en tenir a l'agriculture, puisque la divine Providence paraît vous ouvrir cette voie, en vous appelant à diriger des colonies agricoles d'enfants pauvres, orphelins et délaissés. » La prédiction du bon père devait se réaliser dans tous ses points. La petite société s'est vue à deux doigls de sa perte, *et même on croyait à une époque qu'elle était entièrement anéantie. De tous les frères auxquels le fondateur s'était adressé, deux seulement ont persévéré; et ces deux frères commencent à goûter le bonheur qui leur avait été si solennellement promis. Chaque jour, ils voient augmenter leur nombre, et leur institut est en pleine voie de prospérité. Leurs constitutions, qui sont celles do la congrégation de Saint-Gabriel, appropriées è leurs besoins, sont approuvées par Mgr de la Rochelle et de Saintes, et le gouvernement les a reconnues par décret impérial, en date du 4 mai 1854. Deux jours avant sa mort, le P. Desbayes avait encore dit à l'un de ses frères agriculteurs : « Vos intentions sont pures, vous réussirez. » Plus d'une fois, au (dus fort de l'orage, et lorsque tout semblait perdu, ce frère sommait, en quelque sorte, son fondateur, d'obtenir de Dieu l'accomplissement de sa parole; et d'après son témoignage, toujours il a élé exaucé.
Enfin le P. Deshayes disait a d'autres fr« res : « Je veux qu'ils soient fervents, » et cette volonté a encore été accomplie. Les frères de Saint-François d'Assise ont compris le véritable esprit re igieux; aussi font-ils beaucoup de bien aux jeunea colons qu'ils forment à la vertu et aux con-
naissances qui conviennent à «Je bons agriculteurs. La tiiois(»n mère des frères île Samt- Fran'.ois d'Assise, est à Saint-Antoine, près Saint-dcnis (Charente-Inférieure). Ce fut le P. De si i.iv es qui la fonda lui-même au commencement du mois d'août 1S'»I. Se trouvant ilnns l'impossibilité «le s'occuper directement île celle nouvelle «ouvre, il obtint de Mgr l'évêquede la Rochelle et de Saintes, M. l'abbé l'onrnier, curé de Saint -Martin de Pons, pour le remplacer en qualité de supérieur. Ce digne prêtre dirigea la congrégation avec le plus grand dévouement, et il doit être regarde comme le second fondateur de la colonie de Saint-Antoine. .Mais dès l'année 18*0, M. l'abbé Fournier terminait sa carrière. Il eut pour successeur dans sa charge M. l'abbé Uiehard, alors curé doyen de Mirambeau, qui est aujourd'hui supérieur général de la communauté, et qui la gouverne avec un zèle et un talent d'administration au-dessus do tout éloge. La maison de Saint- Antoine compte actuellement quatre-vingttrois personnes, tant religieux qu'élèves. Le noviciat est à peu do distance. Les frères ont un autre établissement près Poitiers : on leur en propose encore d'autres. Kspérons qu'ils seront bientôt en mesure de les accepter, et (pie, croissant de jour en jour, ils contribueront puissamment à faire revivro et à conserver dans nos campagnes la touchante dignité des mœurs antiques avec la foi, la piété tendre et la lidéiilé à toute épreuve de nos aïeux.
Kn elfet, le but de la colonie agricole de Saint-Antoine est d'offrir un asile aux enfants pauvres, délaissés ou orphelins, où ils viennent (miser les principes de la morale religieuse, les habitudes du travail, d'ordre et d'économie, nui font les bons citoyens. Arrivés à l'Age de dix-huit ans, et devenus alors, par leur éducation pratique, des valets de ferme, des domestiques honnêtes, ils sont placés chez des propriétaires. La direction ne ces^e pas de leur continuer ses soins; elle les reçoit même à rétablissement pendant leurs maladies. La colonie possède en propriété un domaine de cent hectares environ, renfermant tout ce qui peut rendre l'exploitation avantageuse; des cours d'eau, des fontaines, des bois taillis, des bois do haute futaie, dos prés naturels, des prés artificiels, des champs, des vignes, des châtaigneraies, des jardins, des vergers. Situé sur la lisière des Landes, cet établissement peut s'accroître considérablement, à peu de frais, cl mettre en rapport, dans un avenir rapproché, des terres immenses jusqu'à présent incultes. Un bâtiment carré et d'une belle dimension peut permettre de recevoir deux cents enfants. De vastes hangars, «les élables, des écuries, des parcs à moutons, à porcs, forment l'enceinte d'uno grande cour, appelée cour de la ferme. L'établissement est pourvu du matériel nécessaire à l'exploitation ; (ies bœufs, vaches, moulons, charrues ( Dombasle, Kosé), et autres instruments aratoires perfectionnés; charrettes, tombe reaux, cto.
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L'horticulture est aussi une des hramlir-t principales dos occupations journalières; tout co qui y a rapport est l'objet des soins particuliers... Les frères ne se contentent pas d'enseigner aux jeunes colons la manière de travailler : les premiers et toujours il* sont eux-mêmes à l'œuvre; et leur exemple* vient en aide aux connaissances théoriques qui ont été communiquées aux élèves dans les cours suivis et réguliers.
Les règlements de la journée varient suivant les saisons, comme dans les leuips des faucha -es, de la moisson, des vendanges, les plus pressants; mais malgré cette variation, qui touche peu du reste au fond des choses, il y a toujours un ordre ponctuellement observé, qui se divise sagement entre la prière, l'école primaire, le catéchisme, les cours d'agriculture, lo travail des champs, du jardin, le soin du bétail, îles chevaux, etc.; propreté de la maison, re|>as, récréations. Les dimanches, après lo di'-jcuner, on décerne des récompenses à ceux des colons qui se sont distingués pendant la semaine, par leur docilité, leur aptitude, leur zèle, etc. ; et de temps en temps, dans la soirée, après les Vêpres, on les exerce i chanter en commun,el à exécuter, en an onj, des cantiques et cantates appropriés i leur situation, et propres à soutenir leur courage et à accroître leur bonne volonté. Le t(iiij*> qui n'est pas employé aux OhMces et à ces exercices, esl passé en récréations. La colonie de Saint-Antoine, par sa bonne direction sous le triple rapport religieux, inlclleciiu:! et agricole, s'est acquis les hautes sympathies de M. le minisire de l'intérieur et de l'agriculture, qui la comprend, chaque année, dans la répartition îles secouis qu'il accorde aux établissements de bienfaitrice.
M. le préfet de la Charente-Inférieure et le conseil général montrent le vif intérêt qu'ils lui portent, en y plaçant un certain nombre des enfants des hospices, et en lui accordant annuellement une subvention.
Ouelles que soient les mesures de stabilité et d'avenir que les fondateurs aient prises, ils sentent pourtant le besoin de mettre leur confiance dans les soins aimables de la divine Providence; ils espèrent tout de celui qui donne une nourriture abondante aux petits oiseaux du ciel, et revêt d'admirables couleurs la Heur des champs; uiaisiis comptent aussi sur le concours et l'aide efficace de tout ce que la France renfern-e d'Ames généreuses et grandes. Dans tes sentiments, ils font un appel à la société tout entière. Ils osent solliciter l'obole de b veuve et le présent du riche, et ils se persuadent qu'on tiendra à honneur de saucier à des vues si bienfaisantes. On pourra a<Jrcî>sor les aumônes à M. l'abbé Adolphe Richard, directeur de la colonie, supérieur général des frères de Saint-François d'.ls* sise, dits frères agriculteurs. On pourra également s'adresser à lui pour l'admis^'-"' des enfants à la colonie, et des jeunes pétulants dans la société. 11 fera coiu-dirc jl'J conditions d'admission pour les uns et •»
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