HOSPITALIERES DE' SAINT -JOSEPH
de la Fh'chc, à Montréal.
Jusqu'en 16V0, le Canada était resté presque sans culture, et l'on y comptait à peine deux cents Français, y compris les femmes, les enfants et les religieuses de Québer. C'est alors que Dieu inspira à un pieux laïque d'établir une colonie pour honorer la sainte Vierge dans l'Ile de Montréal. M. Jérôme Le Royer de la Dauversière, lieutenant général au présidial de la Flèche en Anjou, unit ses plans à ceux de l'illustre fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, M.Oher.qui presque simultanément avait eu le uéiue généreux dessein. Des personnes de la cour, et di's prêtres vertueux, brûlant de zèle pour la propagation de la foi, s'associèrent aux fondateurs pour faire l'acquisition de lie de Montréal, et ils apprécièrent les avantages qu'elle offrait à l'exécution 08
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(pars projet apostoliques. L'association se périeure la sœur Judith Moreau de Bresole. fcrma sous le nom de Mettiturs et Dames de Le 1" novembre 1669, trois autres sœurs h Société de Notre-Dame de Montréal pour arrivèrent de France pour apporter à Montbtouxcrtion dt$ sauvages de la Nouvelle- réal la stabilité et la profession des vœux Frantt ; et elle eut pour but défaire de cette solennels. Mme de Bresole se démit alors de lit un centre d'activité d'où s'étendraient la charge de supérieure, et se remît au notons les éléments de civilisation et de régé- viciât pour se préparer* prononcer les vœux station spirituelle jusqu'aux nations les Je stabilité, ce qui eut lieu, avec ses preplus reculées, mières compagnes, en octobre 1670.
Le 8 lévrier 1642, tous les associés se réu- Malgré les donations abondantes qui leur
Dirent dans la métropole de Paris, au pied avaient été faites en France, elles ne con-
de l'autel de la sainte Vierge, pour conjurer mirent longtemps que l'adversité, et pen-
j Reine des anges de vouloir bien prendre dant vingt-huit ans la maison en planches
ious sa protection celte colonie naissante, où elles demeuraient était tellement ex|K)-
toute consacrée à sa gloire. Il fut décidé que sée aux intempéries de l'air, que le malin
Ibne m serait toujours regardée comme la les pauvres sœurs secouaient la neige qui
première et principale matlresse, et que la les couvrait dans leurs lits, et qui formait
tille qu'on allak y bâtir porterait le nom de une couche de plusieurs pouces dans leurs
Ville-Marie : « De tous les projets que l'on salles.
» bits pour la conversion de ces barbares, » Au mots d'août 1662, la sœur Marie Morin du le P. Le Clercq, Récollet, « il n'y en a entra à l'Hôlel-Dieu comme novice à l'âge [oinl eu de plus désintéressé, de plus solide de treize ans et demi, et c'est la première ai de mieux concerté que celui-ci. » sœur d'origine canadienne qui ait fait ses Les aardis colons de»li nés a ce nouveau vœux à Montréal. Elle vécut quatre-vingt* poste, le plus avancé de la civilisation dans deux ans, et c'est a elle que l'on doit les ceUa partie du globe, s'étaient embarqués, Annales de /' Hôtel-Dieu, mémoire du plus dès tannée précédente, conduits par un louchant et du plus édifiant intérêt, qu'elle pieux et brave gentilhomme champenois, a écrit jusqu'au 29 septembre 1725. — « Pcn- W. de Maisonneuve. Le 17 mai 1642, ils sez, mes sœurs, » dit la bonne sœur Morin, mirent pied à terre dans la partie de l'Ile « vous qui lisez ceci, que celles qui vous connue plus tard sons le nom de Pointe à ont précédées ont cueilli bien des épines où Cûtiière, et ils s'y établirent au nombre de vous ne trouverez que des fleurs; mais snqoirante-cinq. Cette petite troupe compre- chez aussi que tous ces fondements sont cul des soldats et des ouvriers de divers appuyés sur la croix, et que vous y aurez éuts, tous choisis nour leur piété et leurs part, puisque vous avez l'honneur d'apparbonues mœurs; Mlle Mance en faisait partie, tenir à Jésus-Christ en qualité d'épouses. Celte femme intrépide se rendait en Canada Vous ne voudriez pas être couronnées de \mt y fonder un Hôtel-Dieu, et préparer les roses, pendant qu'il l'est de piquantes épivoies aux sœurs hospitalières de Sainl-Jo- nés. » Et dans un autre endroit : — « Pour îtyb, qui venaient de s'établir è la Flèche, moi je crois aisément que c'est Dieu oui en sorte qu'à Montréal le premier hôpital veut cette maison pauvre; elle a été fondée prii naissance avec la première chapelle, dans la pauvreté, et elle y subsiste encore Mlle Mance partagea avec joie les dangers, {1697). Le nécessaire ne lui manque point, '« épreuves et les privations des comtnen- mais aussitôt qu'on pense se mettre à son tyaenis de Ville-Marie. Elle n'eut pour aise, il vient un revers qui nous rejette li'der, pendant dix-sept ans, que quatre ou dans la pauvreté par des pertes considération filles qu'elle avait amenées de France, bles. »
« qui soignaient avec elle les malades et les En effet, tantôt les fonds appartenant aux
Cessés. Enfin, en 1658, elle passa en France hospitalièresde Montréal étaient pt-rdus dans
ft>ur j chercher du secours. Mme de Bul- des banqueroutes; tantôt les navins qui
''on, veuve d'un ancien ministre d'Ktat, lui bîurapport.iient des secours étaient pris par
rfonna 22,000 livres pour la fondation des les ennemis; tantôt encore des incendies
Hospitalières à Ville-Marie. Plusieurs au- venaient les laisser sans asile et sans pain.
personnes l'aidèrent encore d'abondan- En 1688, elles avaient entrepris de se cotisai aumônes, et eu conséquence, Mlle Manco truire un couvent en pierres, et elles comte rendit à la Flèche, ou elle Obtint trois mencèrent à l'habiter en 169&; mais trois tœurs de Saint-Joseph avec lesquelles elle mois après il devenait la proie des flammes, >e hâta de se rembarquer pour le Canada, et les sœurs trouvaient un refuge ple.n de '> furent Judith Moreau de Bresole, née à charité au couvent de la congrégation. Le JJois; Catherine Mucé, née à Nantes; Marie 19 juin 1721, jour de la Fêle-Dieu, une sealaillet, née à Saumur. Pendant la traversée» conde conflagration venait réduire eu cen- «s saintes filles trouvèrent mainte occasion dres l'Hôtel-Dieu de Montréal, et les hospi- <J exercer leur zèle pour le service des ma- 'ilières se reliraient d'abord à la congréga- '»des. La peste se déclara parmi les troupes tion, puis è l'hospice de M. Charon de la * bord, et les religieuses elles-mêmes en farre. Le II novembre 1724, les sœurs poudrent atteintes, ce qui ne les empêcha |>as -/aient rentrer dans leur monastère, réédifié tfesedévouer à soigner leurs compagnons, au prix de grandes privations; maisdix ans Ifs religieuses Hospitalières qui se ren- après, un troisième incendie les réduisait dirent* Montréal en 1659 avaient pour su sans ressources, et la communauté de Saint-
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Joseph s'installa alors provisoirement prt-s 'ie la Chapelle de Bon-Secours. — ■ Celle Chamelle, » dit le P. Félix Martin, «leur servit d'église, de ^a! le des malades, pendant quelque temps, et bientôt de tombeau pour plusieurs d'entre el.es. L'ne maladie épidémique, continue ce Père, s'était introduiie parmi les malades, translérés dans une maison voisine, et ces zélées servantes des membres souffrants de Jésus-Christ, qui ne reculent jamais devant le danger quand elles voient des douleurs à soulager, tomhèrent en grand nombre frappées par le fléau. On/e d'entre elles périrent dans ce pieux service de la charité, elles lurent ensevelies dans l'église de lion-Secours." [Manuel du pèlerin de N. D. de Bon-Secours, p. 20.)
En 1765, ce fut le tour de l'hôpital général de devenir la proie des flammes, ei les sœurs Grises trouvèrent l'hospitalité a Motel-Dieu.
En 1795, les religieuses de Saint-Joseph s'affilièrent à une association de prières
f>our la propagation de la foi catholique dans es treize Etats de l'Amérique. M. Thaycr, ministre protestant converti, était le fondateur de celte association, et celte sollicitude pour îc salut des citoyens des Etals- Unis nous a semblé mériter "d'être signalée.
La révolution en France mit Môiel-Dieu dans une grande gêne en le privant de la majeure partie de ses revenus. Mais en 1815. M. J.-B. Thavenet, prêtre exemplaire, partit pour la France afin de travailler à recouvrer les renies des diverses communautés religieuses du Canada. Le digne ecclésiastique se consacra pendant vingt ans à celte dillicile entreprise, avec autant d'habileté que de persévérance, et enfin il put faire restituer des sommes assez fortes aux communautés dont il s'était constitué l'infatigable protecteur. L'Hôtel-Dieu de Montréal eut sa part de ces ressources précieuses, et c'est grâce a elles que les spacieuses constructions actuelles ont été élevées.
Outre ce bel établissement, la communauté a acquis, en 1852, un vaste et superbe édifice dans un autre quartier de la ville, au faubourg Saint-Antoine. Ce local, qui était précédemment un séminaire anabaptiste, a reçu le nom d'hôpital Saint-Patrice, et il relève de la maison mère. Ces deux maisons contenaient, à la fin de 1853, 39 professes et 10 novices ou postulantes. Elles y avaient des lits occupés par 170 malades, et dans le courant de l'année les sœurs de Saint-Joseph avaient admis dans leurs deux hôpitaux 2,940 malades.
Ces bonnes sœurs ont de plus envoyé, en 1845, une colonie de leur ordre «1 Kingston, dans le haut Canada, sur la demande de Mgr Itérai Gaulin, évêque de celte ville. Le couvent est leur propriété, ainsi que l'Uôiel- Dieu de Kingston, et l'établissement a été bâti en partie par souscription, et surtout par les libéralités de Mile Joseph Le Borgne, la principale bienfaitrice. Les sœurs de Kingston sont indépendantes de la maison de Montréal, élis; ut leurs supérieures,ayaa:
iNAIBE I!0S 5î;
noviciat, et n'étant soumises qu'à la vimi* de l'ôvèque diocésain. A ia lin de 1853, cciu communauté ruuq tait 12 professes et 8 novices ou poslu ai. les. Elie élevait et nourrissait 2V orphelins, et elle avait soigre* dans sou Hôtel-Dieu, durant l'aunée, il? ma!a -jes.
En 1853, il y avait dans celte maison 3C prrde*ses, 10 novices ou postulantes. Ceik mè ne année on avait reçu dans l'hôpital 3.UOO malades, dont 2,817 avaient étéguérii ou soulagés.
HOSPITALIÈRES DU SAINT-ESPRIT, à Houceux [Yosyes).
Les religieuses hospitalières du Saint-Esprit, établies à Houceux, sont un rameau reverdi du grand ordre des hospitaliers ei hospitalières du Saint-Esprit, fondé en 1180, à Montpellier, approuvé solennellement, ea 1198, par Innocent 111; c'est toujours le môme costume. Cette communaulé, qui wt établie depuis quinze ans seulement à Rooceaux, l'avait été primitivement à Neufcbâteau, sur la fin du xn* siècle, ou au plus tard dans les premières années du siu*. Depuis cette époque reculée de sa fondation la communauté des religieuses hospitalières, sous la direction des religieux de l'ordre, et après l'année 1700, sous celle des prêtre» séculiers, a continué sans interruptioo, même pendant la grande révolution, a servir les pauvres malades et les petits enfant» orphelins jusqu'au 1" mars 18V2. A celle époque un orage s'éleva. Les religieuses furent chassées de l'antique domaine da leur charité; on leur substitua des infirmières laïques.
Celte tempête était dans les desseins que Dieu avait sur celle communauté; c'était uq heureux événement pour cette famille silurienne dans l'Eglise. Les religieuses se réfugièrent à Kouceaux , distant seulement de cinq minutes de Neufchâteau; elles ouvrirent un noviciat, d'où est sorli un gran'i nombre de religieuses. Ainsi tandis qu'il iA avait que six religieuses à leur sortie il* l'hôpital, et qu'elles ne pouvaient se perpétuer, parce qu'on leur avait défendu de recevoir les novices qui se présentaient, h communauté so compose aujourd'hui de trente-deux personnes, dont vingt et une professes.
Les religieuses sont actuellement réparties en trois maisons : t* Rouceaux, qui, par suite de la destruction do tout lien hiérarchique dans l'ancien ordre, devient maison mèroavec une supérieure générale; outre l'œuvre du noviciat, de l'hospi!ai'te qu'elle exerce envers des personnes âgées et infirmes; 2* l'hôpital de Neufeliâteau, où elles ont été rappelées en 1852 par ceux mêmes qui les en avaient expulsées dix a"' auoaravant; 3* Busseng, dans les montage* des Vosges, arrondissement de Kcmiremont.
En étudiant le passé de cet ordre, <]«• survit ainsi dans un de ses faibles rameaux a tant do siècles de misères et de pcrséiu-
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tionj, il est impossible de no nas voir dons filles dans les écoles; jasqoo dans ces derj résarreciion actuelle la bénédiction que niers temps, les sœurs hospitalières ne s'évita a promise depuis longtemps h ceux taient dévouées à l'éducation que dans Hn- 9111 se dévouent aux pauvres. Beatus quiin- térieur de leurs hôpitaux à l'éWd des or-
itUtgu super egtnum et pauperem Domi- phelins, qui y étaient reçus.
•« co«en«< tumet uvificet eum. (P$al. Il y a aussi à Poligni, dans le départe-
.,1 ' . • » ... ..... ment du Jura, une maison de religieuses du
A l œuvre principale de I hospitalité les Saint-Esprit, qui, comme celles dont nous
«vEs^n^ Ven0I)S * **Tlet> 8e ,ivre aux mémes bon"
œuvre secondaire, celle a élever les petites nés œuvres.
im\CCLÊE.CONCEPTlON (GwmiMti dispensables; elles rétablirent leur commul,E L " il " nauté, non plus dans l'habitation de la place
Samt-Ouen, mais dans l'ancienne maison des dames de Saint-Joseph» rue du Petit- Maulévrier. C'est là que ces saintes filles, au nombre de quinte, continuent l'œuvre de leur fondatrice, après avoir surmonté des difficultés et avoir donné des preuves d'une persévérance que Dieu bénit.
Le pensionnat de rimmacuIée-Conception compte en ce moment une trentaine de pensionnaires et à peu près autant de demi* pensionnaires. La sœur de l'Annonciation, supérieure de la maison, se propose de donner le plus tôt possible I instruction gratuite aux petites Olles pauvres qui pourront fréquenter la classe
Le 23 mars 1765, naquit à Bausault Marie- Madeleine Chevalier, nlle de François et de Marie-Madeleine Royer; elle eut P. Dubois rt Mme Routard pour parrain et marraine, et fut baptisée par 1 abbé Gravelle. vicaire de «paroisse; cette nouvelle Chrétienne detut puiser de bonne heure, dans sa conduite cieiaplaire, lo courage de défendre sa religion au péril de sa vie. Quand vinrent les (saurais jours de la fin du dernier siècle, ellerefa>a de prendre part aux joies de 1a déada; elle fut arrêtée pour être conduite h fans, où elle devait périr sur l'échafaud ;Mnd la mort de Robespierre vint lui rendre la liberté. Alors elle forma, avec quelques pieuses filles, une espèce de société religieuse, au milieu du monde, sous le
I m de filles de Marie. Vers Tan 1802, elle ftilj se fixer à Rouen, où elle établit un pen- 'loonatquia fourni plus d'une sainte fille m cloître et un grand nombre de femmes •'liîinguées à la société. Depuis cette épom jusqu'au moment de sa mort, elle proton de l'absence des élèves pendant les ' tances pour établir dans sa maison une traite de dames qui venaient là se retrem- K'dans l'esnrit religieux.
En 18», Mlle Chevalier obtint du prince Jc Croy, archevêque de Rouen, l'autorisa- '•oa de fonder une communauté sous le titre
1 Immaculée-Conception.
Cette 611e mourut le 3 octobre 1839, pleine «e résignation, au milieu des douleurs aigwjj ci après avoir regretté bien des fois reniant sa vie de ne pas avoir souffert le °»rirre au temps de la terreur.
A la mort de la sœur Marie-Joseph (Mlle U*«alier), ses religieuses n'avaient pas une constitution assez régulière, ni ^'•z solide, pour que l'œuvre pût être con-
II ^e avec espérance de succès; aussi la mmunauté se dispersa-i-elleeton fut ohli- ;Je tout vendre.
^pendant, parmi les religieuses, il s'en "a trois qui résolurent de ne pas lais- «mi communauté s'éleindro. Aidées d'un <<n KAtre, que toute la ville de Rouen regwt encore, l'abbé Prévost, curé de Saintsecondées par de nieux Chrétiens ï" >w prêtèrent les meubles les plus in-
DtCTIOSÎI. DES ORDBKS BBI.1C. IV.
IMMACULÉE-CONCEPTION ( Communauté des soeurs de l'), d NogrM-U-Rotrou.
André-François Beulé naquit h Nogent-le- Rolrou; la vivacité de son esprit se fit remarquer dès l'Age le plus tendre , il dévora les cléments des connaissances avec une étonnante facilité. Il l'emportait dès lors sur tous ses condisciples, et l'on sentit bientôt qu'il avait besoin d'études plus fortes que celles de la province. Il alla suivre tes cours do Paris, et satisfaire dans nos plus célèbres écoles, ia soif insatiable qu'if avait d'ap prendre. Ses succès n'y furent ni moins nombreux, ni moins continuels que dans sa ville natale, et chaque année le vit revenir dans sa famille, le front orné de couronnes d'autant plus glorieuses qu'elles avaient été disputées par des émules plus redoutables, et qu'on les distribuait, à cette époque, avec plus d'épargne et de sobriété qu'on ne le fait aujourd'hui. Ce fut sous lo savant et pieux Emery, au sein de cette société renommée qui reconnaît Olier pour sou fondateur, et qui a compté Fénelon au nombre de ses élèves; ce fut h Saint-Sulpice qu'il lit l'Apprentissage des sciences et des vertus cléricales. Enfant du peuple, mêlé aux La Trémouillc, Montmorency et a tant d'autres rejetons des plus illustres races, qui se préparaient dans la retraite à porter le fardeau des hautes dignités de l'Eglise, il n'avait, lui, qu'un nom bien obscur; mais il l'ennoblissait & sa manière, en se faisant distinguer par sa piété ardente, autant que
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par ses rares progrès dans les saintes aUires et dans la théologie.
Déjà il était initié aux ordres sacrés, et dusicurs futurs prélats jetaient peut-être ,es yeux sur lui, pour l'associer aux grandes fonctions qui leur étaient réservées, lorsqu'il s'arracha, par une résolution soudaine, à toutes les espérances qui pouvaient lut sourire. On fut bien surpris, un jour, d'apprendre au séminaire que te jeune abbé Boulé éta;t allé s'ensevelir dan* le mon.^tère des Carmes (t) de Paris, qui avaient depuis peu embrassé la réforme. Frappe vivement de celte parole du Sauveur : Que sert-il à l'homme de yatjner U nivers, s il Verd son âme? ( Mallh. xvi, 2G ), il avait voulu assurer son salut éternel en se dévouant à la pénitence dans un des ordres les plus austères de i"Eglise ; mais il s était mépris sur sa vocation. Quoique nulle épreuve ne se fût trouvée au-dessus de son courage, quoiqu'il eût subi, sans fléchir, tout ce que les macérations , les jeûnes , le travail, les humiliations ont de plus rebutant et do plus pénible, le maître des novices aux soins et à l'examen duquel il avait été contié, ne tarda pas a lui dire: « Ce n'est pas ici, mon lils, que Dieu vous appelle ; il attend de vous do plus grandes choses, et il importe à sa gloire que vous alliez vous préparer de nouveau à parcourir la carrière évangôlique. » Le saint cénobite connaissait bien les hommes, il comprenait ;bien les vrais intérêts de 1a religion. Quel dommage que tant d activité, d'intelligence, de connaissances acquises eussent été s'enfouir dans le déserti car, on n'allume pas la lampe, dit Jésus , pour la placer sous le boisseau. ( Mat th. v, lo), et sans doute celui qui a reçu dans un degré éminent le talent de la parole, n'est pas destiné par la Providence, à garder le silence
du cloître. . .
Quand notre jeune ecclésiastique reçut l'onction sacerdotale, l'orage de la révolulion française grondait déjà fortement, il allait éclater ( nous ne rappelons ici le souvenir de ce temps lamentable, que parce
(I) C'est dans ce monastère, transformé on prison par les révolutionnaires, qu'eut lieu le massacre de tant de vénérable* ecclésiastiques, confesseurs et martvrs de la foi. Souvent M. Beulfl faisait le récit de celle ouelle exécution. Il possédait le crut ilix que Mgr Duleau, archevêque d'Arles, portail entre ses mains au moment où il r«çut le coup de la mort. Malheureusement, on avait lavé le sang donl il avait du être couvert, cl dont les traces l'eussent rendu encore plus précieux. C elait de ce crucifix en cuivre qu'on se servait a la chapelle du collège pour l'adoration, le vendredi Mini H "oit être maintenant en la possession des sœurs de fimmaiulée-Concepiion de la même
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ii) M. Bculé reçut ic sacerdoce à la dernière ordination qui se fil à Paris avant l'introduction du schisme. U eut a peine le temps de se rendre dans sa famille el de célébrer sa première Messe dans sa parouse natale, que le serment à la constitution
civile du elerge fut exigé de ion* lei ecclésiastiques
qu'il est nécessaire pour faire connaître celui donl nous esquissons la vie ).
On exigea des ministres saints un serment que repoussaient la conscience [i Loin «le se laisser entraîner à le faire, el de >. céder à de funestes exemples, l'abbé Beulé se bâta do se ranger du côté des courageux confesseurs de la foi, prêt, s'il le fallait,» en devenir le martyre. Cependant il ne crut pas devoir suivre sur le sol étranger ceux dont il avait imité la constance, et quoique Jésus-Christ ait autorisé ses disciples à fuir d'une région dans une autre quand le feu de la persécution s'allumait contre eux, il estima qu'il élail plus digne de son zèle et plus méritoire aux yeux de son Dieu de de- * meurer, malgré les périls, au sein de sa patrie, et de s'y consacrer au service spirituel de tant d'âmes qui, sans co dévouement,, seraient restées pendant la vie et a l'beura de la mort, sans secours et sans consolation. Certes, il fallait avoir une fermeté héroïque , une intrépidité plus généreuse que celle des guerriers mêmes qui affronu-nl les combats, pour exercer le sacré ministère, en de si critiques conjonctures. Qui ne sait que lo culte du Dieu vivant élail prosent; que le plus grand et le plus irrémissibles tous les crimes était, ou de plonger dan* l'onde sacrée l'enfant qui venait de naître, ou de laver de ses fautes dans la piscine salutaire, le pécheur qui en demandait la rémission, ou d'otîrir la victime de la loi nouvelle, ou de fortifier par l'aliment céleste et par les saintes onctions, le pauvre monbond qui était sur le point de franchir le seuil de l'éternité? Le prêtre qui se livrait à ces charitables fonctions, outre les portions sans nombre et les fatigues incroyables qu'il lui fallait subir, ne pouvait ignorer que le glaive de la mort accompagnait eo -lout lieu ses pas, suspendu par un fil andessus de sa tête. C>ue fallait-il pour que re (il se rompît? une trahison, un geste, ui coup d'œuil, un rien, et de perpétuelles»» goisses s'attachaient à toutes les démarew du ministro de Jésus-Christ. L'abbé Beolé vécut, pendant plusieurs années, au mine»
en place, sous les peines les plus rigoureuse*. »• cun des curés de Nogeul ne consentit i le P«J" et M. Ileclor Bordin, al.rs eu ré de Noire Dame, a» s, que ses confrères. MM. Fougère, curé de basa- Laurent, et Grouli, curé de Saini-Hilaire, prêta* i rent généreusement l'exil au sacrifice de leur es* cience. Des prêtres, soit de la ville, soil des eawm se montrèrent moins délicats, el les trois panjB» furent proinptement envahies par des intnuque !e vicaire de Notre-bame, nul par deajJJJ" d'ambition qui furent cependant déçus, prOMWj dans la chaire la formule iuq>ie. au milieu eta» nîcipaux qui le méprisaient eus-méi**» 'JJJ Beulé, prosicrné au pied de l'autel de la iubj* protestait publiquement, par ses gémisse»»"" par ses larmes, contre l'action félonne de soa«" frère; el il faut dire, à la louange des "JJJJJ que, loin d insulter à son courage, ^3PJ2*VT£ sa noble conduite el environnèrent sa penwo" témoignages de leur estime.
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itf ces dangers ei de ces alarmes cruelles. Au prix de son repos, de sa santé, de son existence qui était a chaque instant compromise, il aaintint dans un grand diocèse, celui de Roneo, les pratiques de notre sainle religion , et il ouvrit le ciel a une multitude de Chrétiens fidèles qui expirèrent entre ses bras. Combien de fois fut-il sur le point de tomber aux mains de ses ennemis acharnés ! Mais la Providence le protégea toujours et Isrracba è leurs embûches d'une manière miraculeuse (1). Son esprit fertile en expédients et en réparties ingénieuses , joint à on sang-froid et à un aplomb imperturbable, le servait merveilleusement en ces sortes de rencontre (2); sa gaieté nalurelleiie le quittait jamais, et nous lui avons entendu dire que cette vie de hasards auxquels on s'etposait pour la cause de Dieu, ne laissait pas d'avoir, en quelque façon ses chances.
Vinrent, après de longs soupirs , vit arriver des circonstances moins malheureuses, et, su milieu de ses ruines, l'Eglise de France commença à respirer. Elevé sur le pavois nr les mains de la victoire» Bonaparte songea à cicatriser les plaies de la patrie .11 ne fut pas longtemps à comprendre qu'il n'y a ni repos 01 félicité pour les peuples, si la société n'a
Cor base la religion. Il médita de la rétair. Ce projet était digne de son génie et de sa haute fortune : mais des difficultés de toute espèce s'opposaient à sa réussite, et ce ne fut que par beaucoup d'efforts et par le concours d'hommes habiles et zélés pour la restauration de la foi , qu'il parvint è les surmonter. On ignore assez généralement, même en la ville de Nogent , que l'abbé talé fut chargé, de la part du premier Consul et de plusieurs évêques français , d'ooa négociation secrète et importante , relative au concordat. Sans être ostensiblement avoué par le Gouvernement , mais en effet chargé de ses instructions et de ses ^pèches, ce prêtre, encore peu avancé en Içe, mais en qui on avait remarqué un coup «icçjl vif et pénétrant, une facilité extrême d'éloculion , une présence d'esprit peu commune . avec une discrétion à toute épreuve ,
(I) t n matin l'abbé Beulé revenait de l'une de «a courvs nocturnes, le cœur bien content d'avoir pwuré à an moribond les consolations de h relipm, si précieuses à l'heure du trépas, quand il fut xwt i coup arrêté à l'une des portes de Rouen par b MMinelle de garde. On lui demanda son passe-
El; il n'en avait point, hélas! et il portait sur lui preuves irrécusables des crimes qu'il venait de tomœure; il portail dans un panier les ornementa dont il t'était servi pour célébrer la sainte Messe. On alla t saisir le panier; déjà la foule s'amassait i pind bruit, les cria : « C'est un prêtre réfrac- ■aaî i se faisaient entendre, lorsque l'officier du [**l* ioiervint : « Que voulez-vous à cet homme, » au factionnaire, c est-ce qu'on a besoin d'un P»«M-nort pour rentrer chez soi? Laissez- le alt". * M. Beulé se garde bien de contester, et tandis 4n'ue altercation s'eléve entre lui et une femme qui '«dame contre l'ordre qui vient d'être donné, lui U kl perd dans le rassemblement, et il se haie de re- R'*r son domicile, où il arriva éperdu de joie et * «r-uiie.
arriva a Rome, avec un autre ecclésiastique qui partageait sa mission. L'un et l'autre parvinrent jusqu'aux pieds du Souverain Pontife qui reçut de leurs bouches des renseignements inliniment précieux, et qui influèrent de la manière la plus décisive, sur cette mémorable transaction, à laquelle nous sommes redevables d'avoir vu reparaître parmi nous le culte sacré do nos pères. Jamais l'abbé Beulé n'a découvert à personne le fond des entretiens qu'il eut a diverses reprises avec le chef de la chrétienté i maison sait que le saint Ponlif Pie VII avait conçu l'opinion la plus favorable de sa piété et de ses talents. Lorsque, deux ans après, il vint en France pour sacrer Napoléon , il discerna, dans le palais de l'évêque de Versailles, le jeune négociateur qui s'y trouvait comme perdu au milieu d une foule do
Prands personnages: il s'approcha de lui, entraîna dans une embrasure de fenêtre, et lui serraut affectueusement la main : « Soyez en repos, lui dit-il, j'ai brûlé moi-mêmo tous les papiers que vous m'aviez remis, » Le principal ministre du Pape, le cardinal et célèbre diplomate Cotisai vi, voulut conférer plusieurs fois avec l'abbé Beulé, pendant son séjour dans la capitale de l'Eglise. Inquiet de ses» entrevues avec le Pontife, il chercha à en pénétrer le mystère, mais en vain. 11 avait affaire à un homme qui, tout en respectant avec scrupule les droits inviolables de la vérité, savait échapper parfaite ment aux ruses les plus adroites de ses insidieuses questions.
Le cardinal Maurv fut aussi à même de
i'uger de la sûreté qu'il y avait à se confier i ce modeste ambassadeur. Il l'avait reçu dans sa maison épiscopale de Montéfiascone, lorsqu'à son retour de Rome, celui-ci revenait en France. Ce prélat à qui l'amour du sol natal dresssait un piège dont il no sut pas se garantir, et qui peut-être roulait déjà dans son cœur, le désir de s'asseoir sur lu siège de Paris, se doutait bien que son liôti; n'était pas un voyageur ordinaire, et il ne négligea, pendant plusieurs jours, ni prévenances, ni caresses, ni épanchcmenls dans
(S) L'abbé Beulé se faisait appeler M. André; il voyageait sous le costume et avec la profession apparente de marchand de dentelles. Obligé de loger quelquefois dans les auberges, on lui trouvait, nulgré lair gaillard qu'il essayait de se donner, plu» de savoir -vivre que n'en ont ordinairement les gens de son état prétendu ; l'absence, dans les conversation*, de certains mots grossiers qu'il ne pouvait admettre sur ses lèvres, donnait aussi des soupçons; mais il raisonnait si pertinemment de son genre de commerce, il était si drôle dans ses saillies, qu'il réussissait toujours à enchaîner la malveillance, et il savait si bien gagner les cœurs, qu'il se faisait aimer par des êtres ordinairement peu prodigues de sentiments affectueux et de politesse. U w lira un jour fort heureusement d'un mauvais pas. Une servante qui voulait l'éprouver, ayant mis entre ses mains placées derrière son dos une certaine pièce de dentelle pour la juger, il dit sans hésiter, et à la cumplète satisfaction de l'assemblée, de quelle fe. briqua elle était sortie. Mais il faut cruire que Dieu lui vint en aide dans uue si étrange rencontre.
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la conversation , pour obtenir une confidence, dont il aurait profilé selon ses desseins et ses vues; niais il fut forcé de s'avouer vaincu, et il convint de sa défaite, d une manière qui n'avait rien de désobligeant pour son silencieux antagoniste.
Si l'abbé Beulé avait eu de l'ambition , c'était la le vrai moment de se produire. Mais il n'était pas de ceux qui cherchent leurs avantages. {Philip. 11, 21. j Satisfait «l'avoir contribué pour sa part, a la paix de l'Eglise, il resta simple soldat dans les rangs de sa milice, et il se hâta de profiler de sa liberté qu'elle venait de recouvrer, pour se livrer à l'œuvre importante des missions. Il s'associa a cet clfet au fameux P. liuillou, qui s'est si fort distingué dans ce genre de ministère, et qui a laissé après lui, dans le clergé de France, la réputation d'un saint homme et tout h la fois d'un homme d'esprit. M. Beulé était alors dans la force de l'âge et des talents. t'iio physionomie caractérisée et des traits 5 la saint Vincent de Paul, un tempérament nerveux, une voix sonore, une éloquence naturelle et populaire, une sobriété austère, un mépris décidé des délices tic la vie, une constance infatigable dans les travaux ; avec cela une humeur agréable, un tact exquis pour deviner ce qu'il fallait dire et ce qu'il fallait taire, un don particulier pour s'insinuer dans les bonnes grâces île chacun, tout le rendait propre à remplir le rôle apostolique dont il s'était chargé. Aussi l'ascendant qu'il prit sur les populations fut-il prodigieux. Mantes, Argentan, Morlagne, Alençon, pour ne point citer, d'autres villes, n'ont pas oublié ee< jours de bénédiction, où il apparut au milieu d'eux, comme un envoyé céleste, elles conserveront le souvenir de ces tlots d'auditeurs de tout âge, de tout sexe, de toute condi tion, qui environnaient sa chaire, et où il faisait retentir le tonnerre de la justice divine pour épouvanter salubircmcnl les pécheurs; qu il déroulait la grande scène du jugement dernier.el entr'ouvrail les gouffres de l'abîmo éternel ; tantôt, et plus souvent, versant le baume de la consolation sur les cœurs blessés par le repentir, et peignant avec enthousiasme la miséricordieuse bonté d e J ésn s . Ce n'éta i o n t pas d e ces bea u x d i s cou rs élaborés et polis à loisir, qui, en amusant l'esprit, laissent le cœur froid et insensible, l'homme de Dieu dédaignait celte ambitieuse et stérile envie de plaire, c'étaient des instructions claires, solides, pathétiques, nourries d'Ecriture sainte et de la plus pure substance des Père»; c'étaient (les traits forts, hardis et pressants, des peintures de mœurs pleines de vérité, où la nature semblait prise sur le fait; des aperçus d'uno finesse et d'une profondeur surprenante, une certaine malice incisive et caustique, quand il s'agissait de démasquer le vice, et «le le stigmatiser; des vues neuves, originales, fécondes, et qui, si eltes avaient été mûries par plus d'étude, auraient pu fournir le fonds de véritables chefs-d'œuvre. Sans doute, notre prédicateur ne s'est pa?