JÉSUITES OU RELIGIEUX DE LA COM- PAGNIE DE JÉSUS
Je regrette d'être oblige d'observer que I exposé qui a clé fait daus le 11' volume du
Dictionnaire de l'état de la Société au moment d * la suppression n'est pas ex.ic' .
lùi 1702, époque de la supt «ression des Jésuite» en Fiance, le duc deChoiseul avait fait imprimer un arme géographique contenant les établissements de ces» religieux par toute la terre, mais ce tableau des établissements des Jésuites n'appartenait pas à l'année 1702, comme on semblait '.'insinuer dans le titre de cet arbre géographique, il était la simple reproduction du catalogue des provinces, maisons, collèges de la Compagnie de Jésus de l'année 1749, imprimé a Uome celte môme année chez Ko mark , place Colonna près du Corso. En voici le résumé :
La Compagnie de Jésus comptait alors dans les cinq assistances d'Italie, d'Espagne, de Portugal, de France et d'Allemagne 22.5811 religieux dont 11,293 prêtres. L. assistance d'Italie possédait 3,022 Jésuites ainsi ié/*artis : dans la province romaine 848 religieux dont 425 prêtres; dans la province de Stcue 715, dont 317 prêtres; dans la province de Naples007, parmi lesquels 290 prêtres; dans la province de Milan 025 dont 296 prêtres. Dans la province de Venise 357 prêtres sur 707 religieux.
L'assistance du Portugal renferrua/1 f,£M personnes ainsi partagées. Dans la province de Portugal 801 dont 384 prêtres ; dans Ja province de Goa, 150 dont 103 prêtres ; dans la province de Malabar, 47 dont 46 prêtres; dans lu province du Japon et tle la Ou-hinchinc, 57 religieux, dont 41 prêtres; daus la vice-province do la Chine, 37 prêtres sur 54 Jésuites. Dans la province du Brésil, 445 dont 228 prêtres ; dans la vice-province de Maragnon, 145 dont 88 prêtres. Dix ans [dus tard. Tors de l'expulsion des Jésuites du Portugal, en 1759, l'assistance de Portugal comptai! 1,759 membres.
L'as>islanee d'Espagne comprenait 5014 religieux de la Compagnie.
L assistance tle France se partageait en cinq provinces, renfermant 3,548 Jésuites.
L'assistance d'Allemagne comptait 8,749 religieux.
Dans la province «l'Angleterre il y avait 299 religieux dont 208 prêtres. Quelques années plus tard, en 1755, on retranchait de l'assistance d'Allemagne les provinces oe Pologne et de Lithuanie cl on en formait h nouvelle assistance de Pologne, composée de 4 provinces , Grande Pologne, Petite Pologne, Lithuanie et Mazovie. Ver* 1770, l'assistance de Pologne comptait 2,468 Jsuile»; 500 dans la province de la Grande- Pologne, 544 dans la Petite -Pologne, 080 dans (a Lithuanie et 1584 dans la province de Mazuvie.
Voici une autre statistique de la Compagnie de Jô>us avant son extinction, telle que nous la donne le P. de Ravignan dans son ouvrago intitulé Clément Xlll et Clément
A l'époque où commença sa longue et cruelle agonie, en l'an 1759, vers la lin laquelle Pombal chassa du Portugal les disciples do >aiut I^uace et de sainl Frauço»
05 JES DES ORDRE!
Xarier, ta Compagnie Je Jésus se composait de il provinces dans 6 assistances (Italie, Portugal , Espagne , France, Allemagne et Pologne) où elle comptait 24 maisons probes, 669 collèges, 61 noviciats, 340 maisons ou résidences, 171 séminaires et 271 misions avec 22,589 Jésuites parmi lesque's 11,293 prêtres apportaient une ardeur généreuse et désintéressée à la culture des âmes eus les 1 342 églises qu'ils possédaient.
U Compagnie de Jésus était supprimée, H sou dernier général, le P. Ricci expirant u moment où le Pape Pie VI venait de «tonner les ordres de mettre en liberté tous .« membres de la Compagnie qui étaient liéteous dans se* Etals, en face de l'éternité où il allait entrer et en présence du viatique «juil allait recevoir, le P. Ricci déclara que o Compagnie de Jésus n'avait donné aucun neu à la suppression, qu'il l'attestait en suteneur bien instruit de ce qui s'était passé qj>Q son particulier, il ne crovait pas avoir renié l'emprisonnement et les rigueurs dont il avait été l'objet, enfin qu'il pardonnai sincèrement à ses persécuteurs.
U pieux vieillard rendit ensuite paisiblemeol son âme è Dieu ; Pie VI n'ayant pu le faire jouir de la liberté qui eût été un corn- «woeeraent de réparations de tant d'injustices, de tant d'iniquités, voulut au moins que ses obsèques lussent somptueusement célébrées aux frais de la chambre apostolique. La réhabilitation ne se faisait donc \*i longtemps attendre. Un des premiers «tes du successeur de Clément XIV avait lié d'ordonner l'élargissement des Jésuite*.
Dès le milieu du xvu* siècle, une hérésie née du protestantisme, avait organisé contre l'Eglise la guerre la plus habile et la plus acharnée que lui eût jamais livrée le génie Je l'erreur : le jansénisme attaquait l'Eglise dais ses dogmes et tendait à en saper la tunjtitution ; il s'efforça sourdement de Attire la division dans le clergé pour en paralyser la force, d'exciter dans le clergé inférieur des rancunes jalouses contre l'é-
|i*CQptt.
Les ioslituts religieux vivant sous des règles dictées par l'esprit de l'Eglise et ap-
Guvées par le Saint-Siège étaient un des is puissants qui rattachaient à Rome l'Epi* de France ; par leur dévouement à >i pratique des conseils évangéliques et à l'autorité pontificale, ils s'attiraient l'estime » la confiance des peuples ; c'était donc là que le jansénisme devait rencontrer les plus «rieuses difficultés, et ces difficultés ne [auraient disparaître qu'avec les instituons mêmes. Il eût été imprudent de leur »<tf d'abord une attaque générale. Les >ecujires entreprirent d'y recruter dos partisans oo de les mettre aux mains les uns •»*e les autres , bien sûrs que leurs divisons les ébranleraient jusque dans leurs kn<Jenients et prépareraient ainsi leur dét'Ieoce. Malheureusement de si perfides mdqjuv re< n'échouèrent pas toujours ; le »ertig« des hérésies s'em|>ara de plusieurs
RELIGIEUX. JES 65*
tôles inuociles et même de quelques congrégations déchues du premier esprit de leur règle.
L'institut de saint Ignace, créé pour la défense de la foi catholique, resta fidèle à sa mission. Le Jansénisme, qui ne put y faire un seul adepte, le voua dès lors à ses vengeances ; ot par une tactique aussi habile que déloyale, il sembla dresser contre un ordre seul toutes ses batteries.
Un assez grand nombre de membres de la magistrature française, animés de passions haineuses qu'ils cachaient sous l'apparence du bien public, apportèrent leur concours aux Jansénistes, line vigoureuse main eût
Pu les arrêter sur la pente fatale; mais alors autorité royale était entre des mains incapables de la faire respecter. Louis XIV n'était plus; et Louis XV qui avait pris de ses mains d'abord si pures, les rênes du gouvernement souillées oar les orgies de la régence, traînait alors dans la volupté la gloire d'une jeunesse sans tache.
La philosophie voltairienne , contrariée dans sa marche par les écrits, par les discours du clergé et des Jésuites en particulier et par l'éducation religieuse qu'ils donnaient a la jeunesse unit contre eux tous ses efforts à ceux des Jansénistes. La francmaçonnerie fraîchement importée d'Angleterre en France, jura la ruine des ordres religieux qui s'opposaient à ses desseins.
Les spéculateurs politiques méditaient les moyens de détruire les ordres religieux pour s emparer de leurs biens, et pensaient aussi commencer leur œuvre par la suppression des Jésuites ; il fallait commencer par la milice, sinon la plus riche, du moins la plus agissante ; c'en fut assez pour les faire tomber les premiers.
Assaillie par une ligue si puissante et si audacieuse, la Compagnie devait enfin succomber. La marquise de Pompadour assura le succès de cette infernale conjuration. Celle femme, que l'intrigue et la corruption avaient élevée de la fange jusque sur les marches du trône, était à la fois maîtresse du cœur et de la puissance d'un monarque indolent. Elle eût voulu trouver un confesseur assez complaisant pour accommoder la religion à ses vues ; elle s'adressa a un Jésuite ; mais elle avait compté sans la conscience du P. deSucy; elle s'offensa de la courageuse vertu du Jésuite, le renvoya avec fureur et dévoua l'ordre tout entier à sa vengeance. Les Jansénistes, les philosophes, les économistes, de fougueux parlementaires se mirent à ses ordres, il lui fallait encore un homme d'état qui voulut exécuter ses projets; elle le trouva dans le duc de Choiseul.
La destruction des Jésuites fut un des premiers actes de son ministère, les exécutions du ministre portugais l'enhardirent ainsi que les parlements, a commencer contre les Jésuites une guerre d'extermination, Ils ne suspendirent leurs coups que lorsqu'il n'y eut plus de victimes è frapper- L'enscignemenl de l'ordre fut calomnié, sa
f-,, j;.s DlCTIOSMAIRi
doctrine falsifiée, l'esprit uo ses règles méconnu ; la Couipaguie fut proscrite. Le dauphin, la famille royale, une imposante minorité dans chaque parlement protestèrent «(Mitre ces violences ou s'en indignèrent. L'épiscopat français et le Souverain Pontife prirent eu main la cause de l'innocence opprimée et reclamèrent les droits de l'Eglise usurpés par une magistrature sacrilège, tout fut inutile ; les haines exaltées bravèrent 1rs cris de l'humanité, de la justice et de la religion. La compagnie de Jésus tomba sous leurs coups au milieu des applaudissements de l'hérésie et de l'impiété ; mais sa chute entraîna plus tard celle des autres institutions religieuses; c'était en effet à ce dernier résultat (jue tendaient les efforts des ennemis de l'Eglise.
Ainsi furent sacrifiés aux ennemis de la religion et de l'Eglise, aux ennemis de toutes les vertus et de tout bien, les religieux de la Compagnie de Jésus , coupables seulement de Servir de boulevard au royaume de Jé^u-- Cbriftt, de servir de sentinelles avancées, toujours attentives à leurs complots pour les déjouer, toujours repoussant victorieusement leurs attaques.
Ce fut un honneur pour eux de n avoir ja
JLS
pour lui arracher sa suppression; bien loii de se laisser intimider, il disait dans la bulle qu'il publia en 1705, en faisant allusion | l arrêt du parlement de Paris : Nous repoussons l'injure grave, faite en même teints l'Eglise et au Saint-Siège; nous déclarons d* notre propre mouvement et science certaine que l'institut de la Compagnie de Jésus respire au plus haut degré la pureté et la sainteté, etc. L'archevêque de Pans, Chrutophe «le Keaumont, qui avait le cœur d'un apotre, n'hésitait pas à censurer cet an* dans une lettre pastorale, où il procltan l'innocence des Jésuites. L'épiscopat françaa s'associa complètement aux protestations <ft Souverain Pontife, et au milieu même des passions conjurées contre la Compagnie <k Jésus, il adressait an roi ce témoigna^ si glorieux |>our les Jésuites :
Le clergé n'a pu voir sans la plut titt dt» leur une société de religieux, recommandée par la pureté de la foi, par l'inléijrilt du mœurs, l'austérité de la discipline, UtnAxx des travaux et des lumières, et par Ut utvices sans nombre qu'elle a rendus à l Egli» et à l'Etat, traduite comme criminelle dem les tribunaux, malgré le témoignage conitm de l'Eglise de t'rance qui ne s est jamais dtrneM en sa faveur. La dispersion de ces rehgtm laisse un vide affreux, soit dans les /onc/i* du saint ministère auquel ils étaient empltji
dation des rrfync ennesstàlo<nttti
sous tes yeux et par f approbation des eeêtpu soit dans l'instruction de la jeunesse à l<mm tous consacraient leurs veilles et leurs la/rdi
mais eu d'autres ennemisqneceuxqui depuis
longtemps ne cessaient île saper le trône et fa,',M un ride affreux, soit dons les fonctm l'autel, que de vieux jansénistes, que des libertins qui ne voulaient plus de frein pour leurs mœurs, et qui ne rencontraient d'autre obstacle dans leur œuvre infernale que l'existence de cette Compagnie; ce fut aussi un honneur pour eux d avoir eu pour défenseurs et |>ouramis tous les Souverains Pontifes, le clergé de France, tous les membres
du clergé séculier et régulier qu'animait cs» 11UIU, r„ —
l'esprit de leur état, tous les gens de bien; obligé d'avouer que Louis XV, avili lansii d'avoir pour prolecteurs les souverains hélé- uéliauche, ne sut pas proGter d'une déc.aratioi m.Ia«m nui n» «> i.iisv.u.'iit nsfl entraîner ci .umr^nip mit aurait nu sauver la FraH
toit dans l œuvre sublime et laborxme it missions, qui était le principal objet de le* institut. Le clergé ne cessera de former tt vœux pour leur rétablissement.
Qu'il est humiliant |K)ur un Français *!»
>ir pour (uuicm-ui a its avu»» oeiMU» ne, ut ?ui pa;> ~ — --
rodoxes, qui ne se laissaient pas entraîner sj énergique, qui aurait pu sauver la rra» par le torrent du délire irréligieux, de la ca- je sa ruine, s'il avait su opposer son auloril
baie des sophistes. Leurs ennemis même les i ' a
plus acharnés ne pouvaient leur refuser leur estime. En effet, à tout esprit que la haine n'aveuglait pas, était-il possible de ne pas
aux complots des méchants, mais la scanda leuse présence d'une favorite étouffa i J'ai ce prim e les sentiments de droiture que Die v avait placés. Le Parlement de Paru se l
voiries immenses services rendus par les l'exécuteur de tous les crimes du vice et*
• » i i' - j ~ » : — i.. i. ;n.,i.A.fa ,l>nc i « . . . t. .«.a idcinliin la frfin 18 (DeU
Jésuites dans l'éducation de la jeunesse, dans la propagation de l'Evangile, dans la civilisation des peuples sauvages, dans la sanctification des âmes, dans les sciences et dans les lettres? Où rencontre-t-on tant de dévouement qui défiait la |»este, la guerre, la famine et toutes les autres calamités et les dangers de touies sortes? Quels corps avait mieux conservé l'esprii de son institut et les règles de sa discipline? Dans quelle société fut -on jamais plus fidèle â se conformer en toutes ch<»sos à la grande maxime de saint Ignace, Ivur londateur, à ne chercher que la plus grande gloire de Dieu? quels travaux attireront jamais sur toute la terre les plus abondantes bénédictions du ciel?
Le Pape Clément XIII défendit rouraguesement en Euroj"* l'innocence de cette Compagnie, parce qu'il savait qu'en la protégeant, il défendait l'Eglise et la société tout entière; il résista à toutes les menaces qui lui fureut faite* par les diverses cour
l'en\ie, cette femme dissolue, la troofameM M- de Pompadour, fil ressentir a tous la membres de la Compagnie les effets de»
implacable vengeance, comme s>°Di™\* effac er le sacrilège par des sacrilèges, m femme sans pudeur avail fait diogj démarches auprès de plusieurs de ces rwj pour obtenir/pour le roi et pour elle, w«" de participer aux sacremeuls. Choiseui en Pompadourobtinrentde Louis XV (J^M* l'arrêt du parlement fût exécuté. C es que ce malheureux prince laissait a taqu et tomber une à une toutes les mstumjj que les siècles et la Providence a»*« créées j>our la protection du liôtie et a*«
SOClété. . . . *,in
L'illustre évêque de Sainte-Agathe,»»
L.guori, avait toujours énergiqueuieiu m fendu l'institut des Jésuites : voici é.nvait à Clément XJ1I au sujet desiM'"
tiportolicum :
(37 JfcS DES ORDRES
7W#-"u>tf Pire,
La huit* que Votrë Sainteté vient de donner à la louange de la vénérable Compagnie de Jétue et pour ea confirmation, a rempli tout tee gens de bien d'une joie à laquelle moi, misérable , je m'honore spécialement de parti' eiper. Je suie pénétré de la plus grande estime pour la Compagnie à cause du grand bien que font ces religieux par leurs exemples et par leurs travaux continuels, dans tous tes lieux où ils se trouvent, dans les écoles, dans les églises et dans les oratoires de tant de congrégation» qu'ils dirigent, soit par les confestwnt et prédications, soit par tes exercices spirituels qu'ils donnent, aussi bien par tes fatigues auxquelles ils se livrent pour sanctifier tes prisons et les galères. Je puts moi-même rendre témoignage de leur xile que j'ai été à même d admirer quand /habitais la vtttede Nantes.,,.
Tout n'est qu'intrigue, disaitùUteur s le saint, de la part des jansénistes et des incrédules. S'ils parviennent à renverser la compagnie, si ce boule vart vient à tomber, quelles convulsions dans l'Eglise et dans tÉtal... Et ailleurs : Je déclare que, ne restdt-il qu'un seul Jésuite au monde, tl suffirait pour rétablir la Compagnie.
Le Portugal était en rupture déclarée; a Nnples, le gouvernement ne voulait admettre aucune communication du Saint-Siège; en J£s|>agne, on ne suivait plus que les conseils de ia colère ; en Franco, l'irréligion était à l'ordre du jour; que fallut-il pour pousser tous ces gouvernements a un schisme? Un prétexte |*ut-êlre. Peut-être le sacrifice •l'innocentes victimes arrêta-t-il les projets de schisme qui fomentaient dans plusieurs cours catholiques; ce sont ces considérations «jui décidèrent Clément XIV, qui avait résisté jusqu'alors aux mesures violontes qu'on avait toiilu lui arracher, à publier, le 27 septembre 1773, la bulle de suppression daus laquelle, loin de condamner la doctrine, les mœurs ni la discipline des Jésuites, comme le remarque Pichol, historien protestant, le saint pontife ne mentionne que les exigences des cours l»ur motifs de cette mesure; le pape déclare que voulant porter secoure et consolations à rhacun des membres de cette société dont nous chérissons tendrement, dans le Seigneur, tous les individus. .. Nous déclarons tous sesmembrrs propres et habile» à obtenir toutes sortes de bénéfices ou simples, ou à charges d'Ames, offices, dignités, et nous défendons à tous et à chacun, sous peine d'excomunication , d'oser attaquer, insulter, à l'occasion de cette suppression, soit en secret, soit en publie, soit de rire voix, soit par écrit , par des disputes , injures, affronts et par toute autre espèce, qui que ce sotl et encore moins ceux qui étaient membres de cet ordre.
On le voit, ce n'est pas là condamner des coupables, (mais éloigner avec douleur des (ils bien-aimés et innocents, dans l'espoir d'obtenir pour l'Eglise des jours meilleurs.
Clément XIV, toutefois, ne fut pas sans régi ettei amèrement b mesure rigoureuse qu'il
(vait été obligé de prendre. Il fut toujours, et depuis ce moment, dans la plus grande affliction, rapporte saint Liguori, il se tenait presque toujours enfermé; il mourut l'année suivante, le 22 septembre 177V.
Les Jésuites cependant ne cessèrent pu d'être estimés et populaires. « Si les opérations du parlement de Paris, dit le philosophe Duclos, n'avaient pas été confirmées i>ar un édit presque arraché au Roi ; je doute fort que les autres parlements eussent suivi l'exemple de Paris. Je ne crains pas d'assurer et j'ai vu les choses d'assez près, que lesJésuttesavaient plus de partisans que d adversaires. La Chaletais et Monclar ont seul-* donné l'impulsion à leurs compagnies. 11 a fallu faire jouer bien des ressorts dans les autres. Généralement partout, les provinces regrettèrent les Jésuites et ils y reparaîtraient avec acclamation, pour des raisons que je développe dans un ouvrage particulier. » •
En Espagne, Charles III, ayant un jour de fête paru au balcon de son palais, le peuple assemblé demanda h grands cris le rappel des Jésuites. Du fond de l'Allemagne, le cardinal Migazzi faisait parvenir au pied du trône pontifical, les plaintes, les lamentations, les regrets des populations consternées. Et, un adversaire de ces religieux, le cardinal Malvezzi, se faisant, malgré lui, l'interprète des sentiments qui régnaient en Italie et dans les autres pays catholiques, écrivait a Clément XIV : Les liens qui unissent les Jésuites aux nations sont de telle nature que l'entreprise serait impraticable, si l 'arrêt suprême ne partait du Vatican; lorsque le décret sera émané de votre Sainteté, il sera encore difficile de Vexécuter sans fomenter te mécontentement des peuples. (Clément Xlli et Clément XIV par le P. i>b Ravigimn, 1. 1, p. 312.
Le vide que laissèrent ces fervents et savants religieux ne fut comblé nulle part, car ils sont rares les hommes qui consacrent toute leur existence pour le bonheur des peuples. Au moment de leur suppression, les Jésuites couvraient de k*urs missions toutes les plages qu'il y avait encore à conquérir sur la Barbarie. La Chine comptait alors 300,000 catholiques, et l'on sait I immense influence que les missionnaires y avaient acquiso j«r leurs travaux et par leurs talents. Les empereurs les honoraient de leur plus intime confiance.
Dans la presqu'île de l'Inde, le nombre des Chrétiens s'élevait à plus de 120 000, il ne tarda pas à se réduire de moitié. Dans les diverses contrées du Nouveau-Monde, depuis le Canada jusqu'aux rivages de la Plata et du Brésil, des millions d'Indiens régénérés 'par le dévouement des Jésuites so virent tout à coup privés de leurs guides et de leurs paternels législateurs; personne ne soutint leur œuvre, dit le savant auteur de Ylndia orientalis; toutes ces églises languirent privées de pasteurs et les Chrétiens errèrent sans loi qui les dirigeât, fana flambeau qui les éclairât.
630 JKS DICTIO:
Kn Orient, l'ambassadeur «le France réclamait le maintien des Jésuites, qu'il déclarait nécessaires à la prospérité des établissements catholiques protégés par la France et si utiles à son influence dans ces contrées. El ce môme gouvernement qui avait fait presser avec tant d'ardeur, à Home, la dissolution do la Compagnie de Jésus, ordonnait à son ambassadeur d'obtenir du Saint-Père la tolérance des Jésuites dans les missions du Levant.
Frédéric 11, roi de la Prusse protestante, philosophe, incrédule correspondant de Voltaire, de D'Alembert, déclare alors que dans les provinces catholiques de la Silésie il entend conserver les Jésuites. Le 13 septembre 1773, il écrivit à son représentant à Home : Abbé Colombini, vous dinz à gui voudra l'entendre... au Pape et au pre mi rr ministre , que touchant l'affaire des Jésuites ma résolution est prise de tes conserver dans mes Etats tels qu'ils l'ont été ici... Je n'ai jamais trouvé de meilleurs prêtres à tous égards... Dans leurs malheurs je ne vois en eux que des gens de lettres qu'on aurait bien de la peine à remplacer dans l'éducation de la jeunesse ... Ainsi n'aura pas de moi un Jésuite qui voudra.
El plus tard il écrivit h Voltaire : Souvenez-vous du P. Tournemine, votre nourrice; vous avez sucé chez lui le doux nom des muses, réconciliez-vous avec un ordre qui a porté et qui, le siècle passé, a fourni à la France des hommes du plus grand mérite.
Le roi engageait les Jésuites à se nommer un vicaire général et h se constituer en société religieuse; ils n'y consentirent pas, mais demeurèrent seulement à la tète des collèges et de l'université de Breslau, comme prêtres séculiers.
Catherine de Russie, non moins avancée que Frédéric dans les idées voltairiennes, et placée aussi sur un trône schismalique, se pose également comme la prolectrice des Jésuites dans ses royaumes : elle défend péremptoirement aux évôques catholiques de publier le bref de suppression et encore plus de le signifier aux maisons de la Com- |»agnie. Pour calmer les scrupules des Pères deda Compagnie, elle obtint de Clément XIV, heureni sans doute de celte sollicitation que le bref ne serait point obligatoire dans les provinces russes. Ce fait est solennellement attesté dans une lettre pastorale de l'évéqnc de Mohilow, du 29 janvier 1779. Les Jésuites de Hussie, dit à ce sujet le cardinal Calini, restèrent donc en possession pacifique de ce qu'ils avaient depuis 2i0 ans et de ce qui leur avait été conlirmé par les brefs de 19 Pontifes et l'évoque de Mohilow, à ui Pie VI avait donné les pouvoirs les [dus tendus relativement aux religieux dans les provinces russes, donna la permission aux Jésuites d'établir un noviciat et de recevoir dos novices dans leur société. Le gouvernement russe défendit avec énergie ces saints religieux et déclara que le bien seul de la religion avait fait décider la conservation des Jésuites.
Au milieu des populations si pru éclairées
i'AIRE JES «M)
ilis.ni un diplomate russe en écrivant à Rome. où pourrions-nous trouver un nombre suffi sont d'hommes instruits?.. Il n'y avait quum résolution comme celle de l'expulsion des Jésuites du midi de la Chrétienté pour opérer dans le nord le reflux heureux de ces hommes voués par état à la culture des scitnttt et des lettres. Ainsi les recueillir et leuroffnr une patrie en dédommagement de celle qui Ut rrjette... et ne perfectionner leur association qu'en vue de l'instruction publique, me parait un acte de sagesse autant que d'humanité.
Qui ne voit dans cet événement les vues de la Providence, qui permettait à la racine de celte société de conserver toute sa force et sa vigueur a l'abri de cette haute promotion pour pousser un peu plus tard des rejetons vigoureux qui devaient lui rendre m première splendeur au fond même de la révolution française, le gouvernement de Parme, qui avait mérité I excommunication de Clément XIII, pour s'être laissé entraîner par l'esprit du siècle dans des mesures qu'il avait prises contre cetlo société, les rétablissait dans ses Ktats.
Rien ne fut plus propre à réfuter les sarcasmes de l'impiété et à confondre lès ennemis de celle illustre Compagnie que la soumission subile de tous les membres répandus dans toutes les parties de l'univers k l'arrêt de leur dissolution, que leur conduite admirable, dans tous les grands événements qui eurent lieu après celte trop fameuse époque, conduite qui n'eûl peut-être jamais de modèle dans l'Eglise, que le zèle avec lequel ils continuèrent à se livrer à l'exero> de toutes les bonnes œuvres, que le courage, qui ne compta aucune défection, à profes>er la foi, à souffrir le martyre au mois du dan-
L'empereur de Russie, Paul I", s était joint à l'empereur d'Autriche et à l'Angletene (singulière alliance) pour protéger l'élection du successeur de Pie VI; et en récompense il demande officiellement au Pape Pie VII de reconstituer canoniqueuicnt la Compagnie de Jésus dans ses Etats. Le Pat* accueillit cette demande que lui adressai un prince hérétique, admirant les voies <ie la Providence qui conservait par de tels moyens h son Eglise, une milice aussi sainte • pie dévouée. Le bref est du 7 mars 1801. Le P. Crubcr fut nommé géuéral de la Compagnie.
Alexandre, non moins clairvoyant, voulut aussi se servir des Jésuites pouréu-nlre la civilisation dans les vastes régions de son empire où tout était encore à créer; il le* réclame en môme temps sur les rives du Volga, sur les plages de la mer Noire et jusqu'au pied du Caucase, pour y lixer el v p1»icerde grossières el ignorantes populations
Les Jésuites étaient donc en Russie ce qu'ils avaient été partout, missionnaires infatigables, professeurs habiles et dévoués. Le succès des Jésuites en Russie, en face de l'incurable torpeur où végétait le clergé russe, leur attira toute la haine de te der-
u, JES DES ORDRE
mer, qui, profilant surtout de l'empereur Alexandre, durant les dernières guerres de l'empire, n 'é|»argna rien pour susciter des entraxes et éveiller les jalousies d'une relipon nationale et ennemie du catholicisme. A son retour, l'empereur, malgré son équité naturelle, et la haute prudence que les Jé- «Dites avaient su garder dans une position isssi délicate, qui depuis kO ans leur donnait pour protecteur le plus puissant ennemi de leur religion, en présence des haines vHjlerées, se décida h bannir les Jésuites <je sa capitale d'abord et bientôt de ses
C'était assez pour la Russie scbismatique <f avoir recueilli au moment du naufrage et cooservé pour des jours meilleurs une institution éminemment catholique : quand elle « décidait a éloigner la Compagnie de Jésus, celle-ci réhabilitée nar le Souverain tarife Pie VII, avait alors droit de cité dans l'nnivers entier. Le 7 août 18H. jour de li résurrection de la Compagnie, Rome reîtr.tissait «les cris de joie, d acclamations et d'ipplaudissements. Le peuple romain acrfunjwiçna Pie VII depuis le quirinal jusqu'à l'église du Jésus où Ton fît la lecture de la ballet et le retour du Pape à son palais fut dm marche triomphale.
Rien ne rehaussa mieux l'innocence condimnée que la solennité de cette réhabilitation dans laquelle le Souverain Pontife reprdeles Jésuites comme un secours que li Providence lui envoie, comme des r •meurs vigoureux et expérimentés pour rompre les flots d'une mer qui menace à (toque instant du naufrage et de la mort, |oor défendre la barque de pierre, agitée et i««illie par de continuelles tempêtes.
Malgré les préventions que Joseph II n'autique trop enracinées, l'Autriche retint h Jésuites b leur passage; ils fondèrent plusieurs collèges qui jouirent bientôt d'une lefle fateur qnc toutes les familles se pressèrent pour assurer à leurs enfants les bienfoi» de cette forte éducation. Pendant la première invasion du choléra dans la Gallifie, W* Jésuites se multiplièrent pour sefoorirl** malades et consoler les mourants. 870.000 victimes y succombèrent.
En Angleterre, les Jésuites, disséminés **;nme missionnaires, purent continuer isolant leur rude tache, durant la période àt \s suppression de leur ordre. Quelques Jésuites purent se réunir pour fonder leur ^eau collège de Stonvhurst. En dix années, de 18â6 à 1836, ils nùrent élever 11 églises Mu»elles sur le sol anglais; ils prolitèrent •lo calme des esprits pour fonder aussi plusieurs collèges en Irlande : et c'est de l'un Unique sortit Daniel O' ConneL le grand homme qui s'est le plus ardemment dévoué «i saint et a la liberté de l'Irlande.
U révolution de septembre qui rendit à h Belgique son indépendance, rendit en Niroe temps la liberté de leurs œuvres aux ^igieux de la Compagnie de Jésus, et ce fut au collège de Brugeletto, comme h celui deFribourg, en Suisse, que de nombreuses
RELIGIEUX. JES el2
familles françaises envoyèrent leurs enfants pour les soustraire, sous le gouvernement de juillet, a l'enseignement si peu chrétien du monopole universitaire.
Sans aucun titre officiel et usant seulement du droit commun, les Jésuites ouvrirent quelques collèges avec leur succès habituel; nous avons vu celui d'Ail en Provence, réunir plusieurs centaines d'élèves, soutenir la vieille réputation des maîtres si habiles dans l'art difficile d'instruire ot d'élever la jeunesse, et chacun pourrait remarquer que les familles connues par leur antipathie pour la Compagnie, leur confiaient l'éducation de leurs entants, ne voulant pas d'autres maîtres qu'eux.
Ces Pères no se livraient pas avec moins de succès au ministère de la parole évangélique qu'ils savaient si bien adapter aux besoins des populations. Qui ne se rappelle surtout le P. Guvon, homme véritablement apostolique, qui obtenait partout des résultats extraordinaires par ses éloquentes prédications.
Rien n'avait pu suppléerdnns la société aux croyances qui lui manquaient. A peine réta-
bliedansl'ordrcetlalégalilé.elleparaissailatteinte d'un nouveau vertige et disposée à se précipiter en des révolutions nouvelles. Il suffisait de se montrer Chrétiens pour être voués a tous les mépris : le nom de Jésuite, appliqué d'ailleurs a tous les défenseurs de l'ordre social, fut de nouveau poursuivi devant l'opinion publique connue.
Le gouvernement do la Restauration eut le tort d'avoir peur et de sacrifier ses plus utiles auxiliaires aux clameurs de ses ennemis. Les ordonnances de juillet 1828 fermèrent tous les collèges dirigés par des ordres religieux. En frappant tous les ordres religieux, on voyait bien que les Jésuites ne servaient plus que de prétexte pour atteindre au cœur l'Eglise catholique elle-même.
Les Jésuites ne pouvant songer à rouvrir leurs collèges tant regrettés des familles catholiques, demeurèrent dispersés dans quelques résidences, s'y occupant exclusivement du salut des âmes par la indication et les bonnes œuvres. Ils reprirent avec un nouveau zèle cette carrière de missions lointaines où ils avaient autrefois fécondé tant de déserts.
Depuis les premières années du xix* siècle, ils avaient été appelés aux Etats-Unis où ils avaient fondé des collèges admirés et soutenus des protestants eux-mêmes. Le P.de Smetet plusieurs autres Pères furent évangéliser les tribus errantes des montagnesrocheuses et y renouveler les merveillesdes anciennes réductions du Paraguay.
L'Amérique du Sud, les Indes et l'Orient revirent aussi les missionnaires de la Compagnie de Jésus qui venaient reprendre avec la même ardeur les travaux interrompus de leurs anciens Pères. En 1841, trois Jésuites parlent pour la Chine; ils se livrent sans réserve à toutes l'alignes du missionnaire; en peu d'années, 73,000 Chrétiens se grou lapaient autour de nouvelles missions A Sau-
Crt JES DltTU»
gh.Yi s'élevaient un grand et un petit séminaire, nu collège, des écoles supérieures, un orphelinat de garçons et de petites filles, avec près de 2,000 enfants recueillis et nourris dans des familles chrétiennes; un petit hôpital, plus de 200 écoles primaires répandues au dehors. Tandis quo ces ouvriers Intrépides et laborieux arrosaient ainsi de leurs sueurs ces places lointaines et y préparaient les germes d'une nouvelle civilisalion, l'existence de la Compagnie fut de nouveau menacée en France.
La révolution de 1830 avait produit dent résultats également inattendus : elle avait fait touiher toutes les déclamations irréligieuses, *rmesdeguerre,qui devenaient inutiles antès la victoire, le clergé put travailler plus librement aux oeuvres de religion et de charité. Les hommes religieux ne tardèrent pas de s'unir pour réclamer l'exécution d'une des promesses «le la charte nouvelle, ia liberté do l'enseignement qui se rattache à l'essence même des convictions religieuses, un moyen pour transmettre sa foi è se? enfants. Des voix éloquentes dans la chambre commo dans la presse surent revendiquer énergiquemenl les droits de la conscience, tandis que l'épiscopat tout entier faisait entendre les plus graves retentissements; mais les ennemis de l'Eglise elTrayés de cetto coalition pour le bien, résolus à ruiner par tous les moyens une inlluence qui devait leur être si "funeste, évoqua de nouveau le fantôme du jésuitisme, exhuma les lois de 92, qu'ils disaient n'avoir pas été rapportées, pour proscrire de nouveau la Compagnie de Jésus. Ce fut alors que le P. de Havignan, qui, après le P. Lacordaire, était monté sur la chaire de Noire-Daine, où il avait attiré le même flot d'auditeurs, fit paraître lo mémorable écrit, de l'existence et de l'institut des Jésuites, qui restera comme la réponse définitive à toutes les préventions amoncelées contre la Compagnie de Jésus.
Quoiqu'il ne fût rien répondu à cette éclatante apologie, elle n'empêcha pas les poursuites d'une haine aveugle. Le gouvernement do Juillet cédant de nouveau à la pression révolutionnaire, qui devait bientôt l'emporter lui-même, voulut faire une tentative auprès de Grégoire XVI; mais ce saint Pape refusa de prêter la main a cette injustice, et lit rej>ousscr avec indignation par son secrétaire d'Etal, la part qu'on voulut lui donner à la concession qu'il plut au P. général des Jésuites de faire à la sollicitation du gouvernement, lorsque, sans prendre les ordres du Souverain Pontife, mais sachant qu'il entrait dans ses vues, il consentit à faire fermer une «les maisons de Paris, tandis que les Jésuites devaient paisiblement habiter les autres résidences.
Le but que les libéraux crovaienl avoir atteint, c'était d'exclure tous les ordres religieux de la liberté d'enseignement, car la chambre de 1847, ayant été do nouveau saisie de cette loi toujours impossible a faire, avait renvoyé a la session suivante la discussion do la loi qui devait résoudre cette
AIRE JES 0»:
question; lei révolutionnaires firent justice cfe ce projet, deux ou trois mois après la monarchie de Juillet s'écroulait en France, aux journées de février 1848, et faisait place à une république qui réalisait du moins le principe de la liberté de l'enseignement sans oser exclure les Jésuites, qui devinrent enfin libres d'ouvrir des collèges et de se dévouer à l'enseignement public.
Plusieurs de ces établissements, et entre autres celui de Vaugirard, près Paris, ouvrirent leurs portes à la jeunesse chrétienne, et presque partout par les soins desévôque» cl sur I appel des autorités civiles, qui n'avaient pu oublier ni l'éclat ni la prospérité qu'un collège de la Compagnie de Jé>u> uonnait à leurs cités.
Les Jésuites furent bieutôt appelés à rendre à la société d'autres signalés service*. Depuis longtemps les statistiques de la justice criminelle constataient avec effroi une progression désolante dans le nom des délits et des crimes, et surtout un accroissement de perversité dans les prisons où le condamné subissait sa peine et dont il ne sortait qu'avec une haine plus Tiolente contre l'ordre social. Un Père de la Compagnie de Jésus, le V. Lavigne, et huit autres Pérès, autorisés par le ministre de la marine d'entrer et de séjourner dans le bagne de Toulon, s'installèrent au milieu de 4,000 forçats, deux fois par jour pendant un mois, s'appliquèrent à réveiller la foi dans leurs cœurs. On vit alors un des plus étonnants spectacles qui soient jamais venus confondre la raison humaine : on vit des milliers de bandits et d'assassins inaccessibles jusque-là à tout sentiment d'honneur, rentrer en eux-mêmes, rougir de leur passé, pleurer leurs crimes et donner des preuves soutenues de leur régénération. Un de cet malheureux se laissa, plus tard, tuer a coups d<* couteau, plutôt que de céder à la prorondo perversité d'un de ses camarades. 2,500 reçurent la sainte communion avec une inexprimable ferveur, et 1,200 se présentèrent au sacrement de confirmation.
Deui ou trois ans après, le gouvernement impérial, ayant supprimé tous les bagnes et décidé l'établissement des colonies |>énitertiaires à la Guyane française, se rappela 1rs belles missions des Jésuites aux bagnes; il les chargea d'accompagner les déportés au delà des mers et de les initier à la vie nouvelle qui leur était préparée. Les Jésuites acceptèrent celte œuvre de dévouement, et en moins de quatre années onze de ces fervents missionnaires y succombèrent dans l'exercice de leurs pénibles fonctions.
La nouvelle colonisation de l'Algérie est témoin depuis vingt ans du zèle des PP. Jésuites pour le salut des âmes. On a toujours trouvé des Jésuites partout où il v avait quelque mission pénible à remplir. Aussi le maréchal Bugeaud, l'illustre capitaine qui fonda en Afrique la domination française, ayant remarqué ce zèle courageux, apnrit avec étonnement que ces prêtres si dévoués étaient de la Compagnie Je
(45 /ES DES OftDAES
Jésus. Un P. BrumaoUl conçut et réalisa une des œtirres les plus fécondes pour l'avenir de l'Algérie. Il recueillit les nombreux orpbHins dont les pères européens, soldat.* ou colons, avaient été victimes du choléra ou du climat d'Afrique, et les organisa en colonies agricoles où ces enfants élevés jusqu'à l'âge de leur majorité, apprendraient les divers métiers dont on peut wir besoin dans un village.
Le gouvernement comprit toute la valeur d'une pareille institution; il s'associa d'aoord par des secours pécuniaires aux efforts du P. Brumauld; plusieurs centaines d'hectares de terrains désséchés et améliorés sut frais de l'Etat, lui furent concédés près de Houffarich. De centaities d'enfants trouvés furent dirigés de France en Afrique, où ils trouvent tous les soins de la charité catholique avec l'espérance d'un bel avenir. Habitués à l'ordre, a l'économie, à la discipline ; familiarisé* avec la culture propre au pays, ils possèdent tous les éléments d'un avenir prospère. L'entreprise a réussi au delà do iog'.o espérance. Elle fait l'admiration de toos ceux qui visitent ce vaste et magnifique établissement; les principes religieux qui animent cette jeune et nombreuse génération, l'instruction qu'elle a acquise sont les plus sûrs garants de la confiance qu'ils inspirent.
La société moderne, née au milieu des réfutions et des ruines, sans cesse troublée et menacée par les suites de ses premières agitations avait besoin que quelqu'un loi fit connaître ses véritables intérêts, a Paris surtout où on avait éveillé et allumé toutes les passions populaires; il était nécessaire de parler raison à ce peuple égaré, il devait être l'œuvre du prêtre catholique et particulièrement de ces Jésuites, qui, a Veiemple de leur divin Maître, ont toujours kû!é du désir d'évangôliser les pauvres. Des milliers d'ouvriers se réunissent aujourd'hui dans les soirées du dimanche, prennent part à d'honnêtes divertissements, puis écoutent avec une religieuse attention les paroles pénétrantes de ces prêtres ou de ces religieux, qui, dans les capitales comme dans les lointains déserts, ont toujours su moraliser et servir les peuples. Il en est un sartoul qui a conquis un merveilleux ascendant sur un immense auditoire, c'est le t. Uilleriot, dont le regard, le geste, la voix s'unissent dans une irrésistible action. Orateur véritablement populaire, il instruit, il wouse, il émeut tout à la fois, et il entraîne les Ames dans les voies du bien avec l'énergie de la plus tendre charité. Nul ne saurait dire combien de ces redoutables enfants du peuple, tombés aux genoux de cet homme apostolique, et réconciliés par lui avec Dieu, soot aussitôt revenus à tous les devoirs et t toutes les vertus, et puisque la plus grande «partie des hommes devra toujours gagner «on pain à la sueur de son front, quel sertit* ne rend-il pas aux hommes et à la société, le religieux qui se consacre si généreusement i l'éducation morale des peuples ?
Appelé au mois de juin dans une maison centrale du département de la Seine, le même Père y a produit les mêmes fruits que le P. Lavigne à Toulon, auprès des 1500 détenus; pendant huit jours il a captivé l'attention, excité le plus vif intérêt, touché les cœurs de tous ses auditeurs; ceux mêmes, auxquels le court espace de temps n'a pas permis d'approcher des sacrements, n'ont pu souvent se défendre de rendre justice à son zèle, è sa charité, a son talent, regrettaient que les iuurs de celte retraite eussent été si limités; tous les esprits ont été éclairés, les cœurs profondément touchés. Ils désiraient une nouvelle occasion pour rompre avec leurs anciennes habitudes d'irréligion et d'indifférence; quoique le P. Milleriot ne fût aidé que d'un seul confrère, plus de 600 hommes ont pu approcher de la sainte table : Mtçr l'évêque de Versailles qui leur a distribué le pain eucharistique a donné à un grand nombre d'entre eux le sacrement de confirmation.
Les chaires de la capitale, comme un grand nombre de celles des provinces, retentissent de la parole des RR. PP., et leur présence attire toujours un grand concours.
Epuisé par l'excès de ses travaux, le P. de Ravignan , qui avait occupé pendant plusieurs années et avec tant de distinction, avec des fruits si abondants, celle de Notre- Dame, a été remplacé par le P. Félix, auprès duquel se presse chaque année l'élite de la société. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer dans ce jeune Père, ou sa simplicité apostolique, ou son mérite qui lui fait traiter les questions les plus ardues, les plus stériles en apparence avec un génie qui déconcerte les savants; ou son zèle qui le porte sans respect humain, è saper le mal dans sa racine; ou son éloquence pathétique qui entraîne, qui enlève, qui emj»orte d assaut; ou son irrésistible charité qui lui gagne le cœur de tous ses auditeurs et les amène aux tribunaux sacrés.
Une population allemande qu'on fait monter a 100,000 Ames, vivait à Paris presque entièrement privée de secours religieux.
Peu familiarisés avec la langue française, ils ne pouvaient proGtér des instructions qui sont prodiguées à la population parisienne; ce n'est quavec les plus grandes difficultés et en parcourant les plus longues distances que les plus zélés se procuraient quelquefois la consolation de se réconcilier auprès des prêtres qui parlaient leur langue ; quelques essais bieii insuffisants avaient été faits dans quelques paroisses. L'empressement
âue celte population pieuse mettait à prêter des moyens de salut a de plus en plus enflammé le zèle des PP. Jésuites. On ne saurait raconter les fruits de bénédiction
3u'obtiennent les Pères dans la paroisse dite e Saint-Joseph des Allemands, rue La Fayette. L'affluence de ces bons Allemands, les marques extraordinaires qu'ils donnent de leur piété prouvent que ces moyens de salut répondent a un besoin pressant, à des vœux longtemps formés. On se rend à
G 17 JF.S WCTK
Saint-Joseph des points les plus éloignés de la vil'e; les Pères sont appelés dans tous les quartiers pour porter des consolations, administrer les sacrements aux Allemands, qu'on compte surtout dans la population ouvrière, et qui sont heureux aujourd'hui de trouver dans la capitale des moyens de continuer les habitudes de piété qu'ils avaient suivies dans ieur patrie. Mais comme la Providence avait pris plaisir à manifester le mérite des Jésuites si persévéramment calomniés, elle leur a ouvert une carrière encore plus éclatante.
Qui n'a entendu le récit du dévouement sublime, du zèle surhumain, du courage intrépide des R.P. Parahère, Ci loriot, de Damas, pendant la guerre que la France vient de soutenir en Orient pour arrêter lus envahissements de la Hussie? Qui n'a lu avec attendrissement tant de traits touchants de charité qu'on cherchait avec avidité dans les journaux pour y admirer les services que rendaient les aumôniers d'une armée qui passa par de si rudes épreuves, qui fut si affreusement ravagée par le choléra avant de paraître sur le champ de bataille/
Sur la demande du maréchal Saint-Arnaud, le P. Parabère, religieux de la Compagnie de Jésus , lut nommé aumônier en chef. Ce Père était connu de nos soldats d'Afrique, où il avait affronté plus d'une fois avec eux les balles des Arabes; et un jour, aux applaudissements de toute l'armée, il avait été décoré de la main du général en chef. Il partit pour l'Orient avec plusieurs autres Pères, et leur zèle n'eut que trop tôt 5 se déployer.
Le choléra s'abattit sur un corps d'armée d'environ dix mille hommes, et il commença par frapper tous ceux qui voulaient mettre obstacle à ses ravages. Deux généraux sur quatre, sept officiers de santé, trois officiers comptables, dix-sept infirmiers, le chef pharmacien et ses aides périrent , dès les premiers jours, victimes de celle lutte terrible. Le Père Gloriot était auprès des mourants pour les absoudre, auprès des malades pour les soutenir. L'épreuve fut grande; mais grandes aussi furent les consolations. Les deux généraux que le lléau enleva donnèrent I exemple do la mort la plus chrétienne Sous l'impression de terreur que causait le fléau, les sentiments de foi se ranimaient dans tous les cœurs; les officiers étaient les premiers à recouiir au ministère sacré. On avait recours aux l'ère aumônier a toutes les heures du jour et de la nuit. Il entendait les confessions en allant d'un hôpital dans un autre; et, jusque dans les escaliers intérieurs de l'hôpital, où nos bras l'attendaient à genoux, il leur distribuait le pardon de leurs fautes. Seul pour donner les secours spirituels à tant de milliers d'hommes, le P. Gloriot suffisait à tout; aussi les travaux avaient tellement épuisé ses forces, qu'il ne pouvait plus faire un pas sans le secours d'un bâton ou d'un bras.
Dès le commencement de la bataille de
naiue ji:s *' *
Y Aima, l'aumônier en chef, le P. Parais- r» eut son cheval tué sous lui. Le généra Canroberl, auprès duquel il se trouva il, le exprimait ses regrets de ne pouvoir lui |»rc curer une autre monture, lorsque le Pèrt qui voulait être à son poste, sauta réso lument sur un caisson, et, rapkiemei emporté par le puissant attelage, suivit I colonne d'attaque au milieu des applaudissements enthousiastes de la troupe. A rri » sur le lieu du combat, il met pied à terre et s'allachant à l'intrépide corps des zouaves il le suit pas à pas durant toute la lutte, re levant sous le feu les hommes qui tombaient, donnant l'absolution à ceux qu étaient blessés mortellement, et prodigua//: ses soins aux autres blessés. Le P. Gloriol est aussi décoré par l'empereur de l'étoile des braves. C'est ainsi que les Jésuite? aumôniers surent conquérir l'estime des chef» et la plus juste popularité dans les rangs de l'armée. Le maréchal Saint-Arnaud et tant d'autres officiers supérieurs étaient remplis pour eux de la plus cordiale affection et de fa plus intime confiance. Les journaux ont été pleins, pendant le temps qu'a duré celle guerre, de faits les plus touchants qu'on ne pouvait lire sans avoir la larme à l'œil; l'histoire racontera tous les prodiges de chanté qui se renouvelaient chaque jour pendant cette expédition que Dieu a si glorieusement couronnée, et pendant laquelle, par les soins des aumôniers, l'armée a donné des preuves d'une foi et de sentiments de piété dont toute l'Europe a été édifiée, et qui est devenue une source de consolations pour les familles qui ont éprouvé la perte de quelqu'un do leurs membres.
Non, il n'est pas une sorte de bonneœuvre, de dévouement, de sacrifice où on ne rencontre les membres de la Compagnie de Jésus, ainsi que leur bon Maître, qu'ils ont pris plus particulièrement pour modèle cl dont la Compagnie porte le nom. Ils ne vivent que pour faire le bien : Transîit benefaciendo'. Il n'est aucun peuple qui ne profite des fruits de leur zèle, aucune classe de la société qui n'en soit l'objet.
Elle a noblement supporté les travaux, les luttes, les injustices, les persécution*, sans jamais s'écarter de la plus humble soumission envers l'autorité légitime, môme la plus égarée ; et quand on pense qu'une comlagnie, dont les membres pratiquaient toutes es vertus et réunissaient tous les talents et tous les genres de dévouements, a pu rencontrer des ennemis-sur la terre d'Europe, où depuis si longtemps ils ont fait leurs preuves, on ne peut expliquer celte contradiction et celle iniquité que par celles qu'ont toujours rencontrées ici-bas le bien, la vérité, la religion, qui nous enseignent l'un et l'autre, et qui est toujours en lutte avec le génie du mal, son implacable ennemi.
La Compagnie de Jésus possède aujourd'hui, dans le diocèse de Paris, quatre musons instituées pour des fins diverses.
Sa résidence, rue de Sèvres, est surtni t destinée au ministère actif, et dès lor« ré-
JE8 DES OHDHES
*rf& aux ouvriers apostoliques, prédiraletirs et confesseurs. Celte maison ne relève Aucune autre, comme aucune autre ne déftoil d'elle, tn^me a Paris, mais suivant l uMgede la Compagnie, chacune se suffit à elle-même, sous la direction d'un supérieur immédiat, assisté pour cette administration («rtioilière, d'un ministre, d'un préfet des choses spirituelles , d'un procureur et de ««moiteurs.
Le Père provinri.il réside ordinairement me de Sèvres, 33. Le personnel est de quinzo Peres.tous employés dans le ministère, et de .«il frères pour le service de la maison.
Les ministères ordinaires sont les prédications, les confessions et les œuvres auxquelles la Compagnie prêle l'appui de son détooetaent dans lu mesure où elle le peut.
La maison de la rue des Postes, 18. destine surtout aux études et aux retraites, se wmpose de vingt-cinq prêtres, ciuq scolastiques et huit frères coadjuteurs.
Comme maison do retraite elle accueille u$ les hommes prêtres et laïques qui se jfésenlenl pour faire une retraite spirituelle uo5 la direction des Pères.
Comme maison d'études, elle se compose de jcolastiques appliquas aux mathématique! supérieures, et des Pères écrivains, qui <*kwoent a la composition d'ouvrages de >m genre, de littérature, de philosophie, de li'Aa sciences. Les Pères s'occupent, en ucire. des œuvres extérieures du saint ministère, serinons et confessions. Cette maison referme encore, sous le nom <V Institution ùmtt -Geneviève , une école préparatoire m écoles du gouvernement pour la guerre m la marine ; comme fout l'école polytechnique, celle de Saint-Cyr. Le collège de Vaugrard donne l'enseignement de la religion, LtMciences, des belles-lettres et de la gramnutre, à plus de 300 élèves : quatorze prê- '*«!. vingt-quatre scolasliques et dix frères wJjtileurs sont employés à l'administrais l'enseignement, à la surveillance et la service du collège; d'ailleurs, quelquesus des Pères prêchent des stations d'Avenl, dî Carême, et se prêtent, autant qu'ils le lèvent, aux diverses œuvres du ministère.
Lœuvre de Saint-Joseph, pour les Alleïaands, est dirigée par les prêtres, qui foui, « langue allemande, les instructions et les «;ecbKmes nécessaires aux nombreux Ailerasrjils qui habitent Paris. Six mille person- U'>. au moins, réclament le ministère des i-^res attachés à cette église.
A coté de l'église il y a deux écoles : l'une l<w les gargons, au nombre de cent; l'au- K fKiur les petites ûlles, au nombre d'eni -ou trois cents.
JÉSUS (Filles de).
Dans le diocèse de Cahors, au petit pays •<\jylats (Lot), il existe une congrégation r l âieuse dite des Filles de Jésus. Cette "'^régalien autorisée par l'évèque du lieu lf 1" octobre 1820, et reconnue par le gou- ^rnement le 18 novembre 1853, est dirigée M' une supérieure générale, et a pour but
»•) H au lin du yol, n»« ilG. 117.
Dn.riovv mes Ordres belig. IV.
RELIGIEUX. JES g SU
l'éducation chrétienne-des filles du peuple, le soin et la visite des malades, soit a domicile, soit dans les hospices. Les religieuses font les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance; mais ces vœux ne sont qu'annuels pendant les huit premières années de profession. Après cette époque, ils peuvent être prononcés pour cinq aus.
Cette congrégation destinée à rendre de grands services surtout dans les campagnes, compte en ce moment cinquante et une maisons, dont trente-huit dans le diocèse de Cahors, onze dans celui de Montauban et deux dans celui d'Agen. Environ trois cents sœurs donnent une éducation chrétienne à près de trois mille élèves. (1)
JÉSUS-MARIE-JOSEPH (Cokebébie de), au Canada.
Au mois de février 1663, le Canada fut agité par un tremblement de terre le plus étonnant qu'on ait jamais vu. Il eut pour avant-coureur l'apparition d'un météore, qui, avec un bruit égal à celui du tonnerre, l>arut sur Villemarie, et après avoir parcouru les airs, alla comme se uerdre derrière les montagnes qui lui ont donné son nom; le même glohe de flammes parut aussi sur Québec, le 5 février, qui cette année fut le mardi gras, entre quatre et cinq heures du. soir, lorsque M. Pouart faisait la prière commune dans la chapelle de l'Hôtel- Dieu qui servait de paroisse et où quantité de personnes se trouvaient réunies. On entendit en même temps dans toute l'étendue du Canada, un grand bruissement comme celui du feu qui a pris h une maison. Après que ce bruit eut duré cinq ou six minutes, la terre trembla tout à coup avec tant de violence que les plus grandes maisons de Villemarie furent aussi agitées que le serait une petite maison de cartes qu'on mettrait au gré du veut. Les
Personnes qui étaient dans l'église ainsi que 1. Pouart en sortirent aussitôt pour u'ôtro pas écrasés sous ses ruines. Ceux qui étaient sortis se couchaient sur la neige, car la terre était agitéo de mouvements si violents, qu]on ne pouvait pas se tenir sur ses pieds, et qu'on se voyait contraint de se mettre à plat contre terre pour ne pas tomber de sa hauteur; les sœurs se trouvaient dans une agonie mortelle devant leSaint-Sacrement. Le lendemain mardi à quatre heures, un nouveau tremblement eut lieu; il balançait les lits bien
f>lus fortement que les nourrices qui bercent eurs enfants; le soir du même jour la terre trembla pour la troisième fois, mais avec des secousses moins fortes. Cctrcmblemenldura jusqu'au .mois d'août, c'est-à-dire pendant plus de six mois, quoique les secousses ne fussent pas également violentes; en second lieu il se fit sentir sur une étendue de pays de deux cents lieues de longueur sur écrit de largeur; au milieu de cette confusion si universelle, personne ne périt ni ne reçut la moindre blessure. Nous voyons près de nous, écrivait le Père Laliemand, de grandes ouvertures sur la terre et uns prodigieuse étendue de pays toute perdue;
651 JES nout nous voyons environné» d ments et de ruines; pendant que les montagnes d'alentour ont été abimées, nous n'avons eu que quelques cheminées démolies. Biais en même temps que Dieu ébranlait les montagnes et les rochers de marbre de ces contrées, on eût dit qu'il prenait plaisir à ébranler les consciences ; les jours de carnaval furent changés en des jours de pénitence et de tristesse. Les prières publiques, les processions, les pèlerinages furent continuels ; les jeûnes au pain et à Veau furent fréquents; les confessions générales furent universelles. On put juger que dans tout le pags il n'y eut pas un habitant qui n'ait fait une confession générale de toute sa vie. On vit des réconciliations admirables, des ennemis se mettre à genoux les uns devant les autres pour se demander pardon avec tant de douleur qu'il était aisé de voir que ces changements étaient des preuves de la miséricorde de Dieu plutôt que de sa justice. Ainsi parlait la Mère de l'Incarnation, te récit est confirmé par tous les historiens du temps.
Le fruit le plus durable que produisit cet heureux changement, ou du moins auquel il servit de préparation, fut l'institut de la confrérie de la Sainte-Famille qui prit naissance a Villemarie et se répandit dans le Canada, où elle subsiste encore aujourd'hui.
Le dessein de Dieu dans l'établissement de la colonie de Montréal fut de faire honorer Jésus, Marie, Joseph par trois communautés qui devaient être consacrées a l'une de ces trois augustes personnes : le séminaire de Sainl-Sulnice, à Notre-Seigneur; la congrégation de Notre-Dame, a la très-sainte Vierge; et les Hospitalières, à saint Joseph. Dieu, qui change quand il lui plaît les obstacles en moyens de succès, voulut que l'année 1663, où ces trois communautés semblaient être chancelantes par les difficultés presque insurmontables que Mgr do Laval opposait à leur établissement, elles commençaient à accomplir le dessein qu'il avait en les fondant et donnaient naissance à l'institution de lu confrérie de la Sainte-Famille.
Le Père Jé>uito Chauraont ayant été envoyé a Villemarie par Mgr de Uval, remplaça auprès de Mme d'Ailleboust, pieuse, illustre cl riche veuve qui était pensionnaire chez les Hospitalières de Saint-Joseph, le Père Lallemand qui avait été longtemps son directeur à Québec. Cette dame eut la pensée de trouver quelque puissant et officieux moyen de réformer les familles chrétiennes sur le modèledolaSainie-ramilleduVerbeincarné.
en instituant une société ou confrérie où l'on fût instruit de la manière dont on pourrait imiter Jésus, Marie, Joseph, dans le monde, les hommes imitant saint Joseph, les femmes, la très-sainte Vierge, i t les enfuit-, l'Enfant Jésus, et découvrit ce dessein à M. Pouarl, qui la confirma par son approbation; mais comme il fallait aussi celle de Mgr de Laval, elle proposa au P. Chaumont, a M. Pouart, à Mme d'Aillel.oust, a la Mère supérieure de l'Hôtel -Dieu, à la sœur Marguerite Bourgcoys, supérieure de la congré-
DICTIONNAMEI JES GV1
bouleverse- galion, h Mlle Mance, qui agissaient tous Oc concert dans colle affaire, de recommander une si grande entreprise à saint lgnac*,en faisant pour son heureux succès une neuvaine à ce digne fondateur de la Compagne de Jésus. Les colons de Villemarie l'adoptèrent avec d'autant plus d'empressemeoi, que déjà M. de Maisonneuve avait éiaU\ parmi eux la compagnie appelée delà Yiergt, composée de 33 soldats dont la ferveur avait porté le P. Chflumont à leur faire prendre le le cordon de trente nœuds, pratique qui a nour fin d'honorer les 30 années que Jésus, Marie et Joseph ont passées ensemble.
Mais un événement qui accrédita l'institution de la confrérie de la Sainte-Famille dans tout le Canada, et qui fut bien propre en effet à faire une vive impression sur tous les esprits, fut la délivrance miraculeuse d'uo fervent Moniréaliste pris par les lroquois.
Une troupe de 40 lroquois, partie Avmcounons et partie Onneiochrinnons, s'étant approchés des champs où quelques laboureurs travaillaient, fondirent a l'improviste sur eux en poussant de grands cris suivant leur coutume, et après une furieuse décriasse précipitèrent sur deux travailleurs qu'il; garrottèrent aussitôt et qu'ils tirent marcher devant eux pour les brûler dans leur pays. L'un de ces Français, rapporte le P. Lalleniant, s'était a associé depuis peu avec plusieurs autres familles des plus dévote* et des plus exemplaires de Montréal, pour se mettre tous ensemble sous la protection particulière de la Sainte-Famille, Jésus, Marie, Joseph. Il ne fut plutôt saisi, qu'élevant les mainsaucicl, il fit une prière fervente et pleine de foi qu'il adressaà la sainte Vierge. Cette prière achevée il se trouva rempli d'une parfaite confiance ou secours de sa protectrice, et se mil » suivre ses bourreaux aussi volontiers que s'il eût été dans la compagnie de ses concitoyens ; le soir, lorsqu'on I étendait par terre, et qu'on le liait à des pieux par les pieds,'?) bras et lo cou, pour I empêcher de s'enfuir durant la nuit, il se couchait sur le chevalet comme il eût fait sur un lit, et présentant aux sauvages ses mains et ses pieds pour être garrottés, il leur disait:* Les voilà, lieiet serrez, Jésus-Cbrislen a souffert pour moi bien davantage quand on l'étendail sur larron : je suis content de vous obéir et d'imiter aitm l'obéissance que mon bon Maître a rendueàses bourreaux. »
Quoiqu'on fil a Villemarie de longue; prières pour lui, et que lui-même, par un effet de sa grande confiance au secours ce Marie, regardât sa délivrance comme assurée, il ne voyait cependant aucun moyen humai" de s'échapper des mains df>s lroquois. <> barbares se séparèrent en deux bandes *t rï. cune emmena avec ello l'un des deux prisonniers. Celui dont nous (tarions échut aui Aymeneronnons, qui, étant en bien plus
grand nombre que les autres, lui laissaient ien moins d'espérance de s'échapper. N confiance cependant ne fut pas trompée.
Pour procurer sa délivrance. Dieu ami inspiré h quarante Algonquins chrétiens de
4Û3 JtS DES ORDRI
la mi>sion de Sillery, le dessein d'aller tenter *iu<>Iquecoup contre les Iroquois. Après avoir >>ii vi la rue de Richelieu et être arrivés au lac ChaiDplain, ils aperçoivent les Aymeronoons. Ils les suivent des yeux, remarquent Jeur gîte et prennent la résolution d'aller tomber sur eux à l'improviste, pendant la ouït. A la faveur des ténèbres, ils approchent a la sourdine et environnent le lieu où les ennemis sont endormis avec leur prisonnier «a mi lieu d'eux, lié et garrotté; mais les ennemis s'éveillent, prennent leurs armes et sont aussitôt prêts à combattre que les assaillants. Au même instaut, les Algonquins, sans perdre deteinps,fonl brusquementsureuxuneseule décharge de fusils; puis, se précipitant en furieux, l'épée et la hache à la main, frappent a droite et à gauche et font couler le sang de tous côtés. Au milieu de ce carnage, le rhef des Algonquins voit l'un des chefs d<*-s l/oqijnh, renommé par son courage et *£» exploits, et lui décharge sa hache si ru- Ueroent, que l'Iroquois toml>e à terre et sa mort fait prendre la fuite à tous ceux de sa fution.
Pendant cette scène d'horreur, le confrère de la Sainte-Famille, étendu par terre, les j'ieds et les mains liés, n'attendait plus que le coop de la mort. 11 allait la recevoir de la ûuio d'un des Algonquins, qui frappait en aveugle sur tout ce qu'il rencontrait, lorsqu'il * écrie: Je suis Français I à ces mots, on s'arréie, eu se hâte de le délivrer, et è peine voitil ses liens rompus, que, se jetant à deux genoux sur la terre trempée du sang ennemi, il rend à sa puissante libératrice de justes action* de grâces. La protection du Ciel ne se manifesta pas avec moins d'éclat sur les Al- ^ooquins, quoiqu'ilseussent tué dix Iroquois et (ail trois prisonniers, ils ne perdirent pas un seul homme; et ce qui est plus extraordinaire encore, aucun d'eux ne reçut la moindre blessure dans ce furieux combat.
Il serait difficile de représenter la vive allégresse des colons de Villemarieau retout «ie leur concitoyen, surtout lorsqu'ils lui wueodirent raconter les circonstances de sa oéuvrance, bien propre à ranimer dans tous ■•is cœurs la confiance en Marie. Il ne put ['lus entendre parler de la sainte Vierge sans wodre en larmes.
Mais le fruit le plus durable et le plus précfax que produisit celte délivrance, fut <i accréditer dans tout le Canada la dévotion envers la Sainte-Famille et de préparer les »oiesè l'établissement de cette confrérie qui se répandit bientôt partout. LeP Chaumont, rap-
lé à Québec, en ayant parlé avec éloge à Mgr Je Laval, ce prélat fut d'avis de l'établir dans ** propre église. On ne composa d'abord la " ftfrérie que de douze dames, par manière (fessai. Dieu versa sur ces commencements Je si abondantes bénédictions, qu'en moins dt six mois un grand nombre de femmes de b«ui<»s conditions se présentèrent pour être admises dans la confrérie de la Sainte - Faille ; et cette dévotion prit de profondes ratio» dans les cœurs. Mgr de Laval approuva b règlements de la Sainle-Famile au moi5
RELIGIIUX. JES 6St
de mars de l'année suivante 1608, et peu de temps après il fut publié des indulgences que le Souverain Pontife avait accordées pour I accréditer de plus en plus. Ce prélat lit imprimer un petit écrit qui marquait aux membres de cette confrérie les vertus à l'acquisition desquelles elles devaient s'appliquer, les maximes du monde qu'elles devaient fuir. Il y joignit même, sous le titre de catéchisme de la Sainte-Famille , une instruction par demandes et par réponses, qui fait connaître les vertus de Jésus, Marie. Joseph, afin d'inviter le lecteur a les imiler. Il fit composer un Office propre rie la Sainte- Famille avec octave, dont il fixa la féte solennelle au troisième dimanche après Pâques. Enfin pour donner tout l'éclat qu'il pouvait à cette dévotion, il changea le titre de V Immaculée Conception de l'église paroissiale de Québec en celui de la Sainte-Famille.
Ainsi la divine Providence, dont le prouro est de procurer avec forco et douceur l'accomplissement de ses desseins, se servit des trois communautés de Yillemarie. pour répandre l'esprit de cette dévotion, qui se communiqua à toutes les paroisses du diocèse, et même jusqu'aux missions sauvages où la confrérie subsiste encore aujourd nui au
Srand avantage des familles et à l'honneur e la religion,
JÉSUS-MARIE (Cohoregation de), d Lyon (Rhône).
La congrégation des religieuses de Jésus- Marie, a été fondée à Lyon en 1816 par un zélé missionnaire, M. André Coindre, aidé de Mlle Claudine Thevenet qui a joint h son titre de fondatrice, celui de supérieure générale, charge qu'elle a remplie jusqu'à la fin de sa vie, arrivée en 1837. Cette institution a pour but l'éducation des jeunes personnes du sexe, de toutes les classes de la société, réunies, selon leur position sociale, dans des établissements de pensionnats et de providences ou orphelinats.
La première maison , qui est devenue la maison mère, fut établie à Lyon, tout près du véuéré sanctuaire de Notre-Dame de Fourvières.
En 1822, ces religieuses furent ap-
Eelées au Puy (Haute-Loire) par Mgr de onald, alors évôque de ce diocèse et v fondèrent le pensionnat qu'elles y possèdent.
En 1842 elles se rendirent a l'appel de Mgr Borghi, évôuue de Bethsaïde et vicaire apostolique de llndostan et du Thibet (Indes orientales), et s'embarquèrent à Marseille le 2 février 1842 pour n'arriver à Agra que le 13 novembre, après un voyage traversé par bien des difficultés. Elles formèrent dans cette ville leur premier établissement missionnaire, qui se composa bientôt d'un pensionnat pour les jeunes filles d'origine européenne, et d'un orohelinat pour les jeunes Indiennes.
En 1844 Mgr Borghi, ayant fait le voyage ^'Europe, afin d'y chercher des aides pour
Ci', JliS IMCTM
S.'l UllsS|oU, obtint de l.l Slipél h/UH •■générale
seize religieuses de plus qui s'embarquèrent à Marseille avec Sa tir.mdeur, le i octobre de la même année, et arrivèrent à Agra le 21 janvier 18i5.
Kn mars de la même année, huit de ces religieuses furent destinées à fonder un établissement d'éducation à Mussooria dans les montagnes de l'Himalav ?, à une dislance d'environ cent lieues du nord d'Agi a.
Kn 18 iC l'établissement d'Agra fut augmenté d'un grand orphelinat pour les lilles des soldats de l'armée anglaise , combattant contre les Sii.k* et s'emparanl des provinces du Ponjah, ancien royaume de Lahore, où ces religieuses viennent aus.-d de former un autre établissement.
Kn 1850 elles s'établirent à Sirdahtiah , situé entre Agra et Mussooria. Kn même temps Mgr Harmann , vicaire apostolique de la mission de Bombay, obtint que quatre religieuses de Jésiis-Manc d'Ag'-t, viendraient à Bombay y prendre la direction de l'établissement d'éducation qui avait été commencé dans cette ville, l'eu après on y établissait un pensionnat, ileux orpludinals cl un asile pour les petits enfants trouvés ou abandonnés.
Pendant que cette congrégation se développait aux Indesorientale-et avait laconsolalion d'enlever bien des ihnes à l'idolAliic el au protestantisme, elle, f.iiait aussi des progrès en Kurope. Kn 18ï."i M de Jerfanion, évêque de Sainl-Dié (Vosges), désira avoir un étab!i>semcnl d'éducation dirigé par ces religieuses qui répondirent à .'on appel et s'établirent à Bcmiremont, jolie petite ville de son diocèse.
Mais la tribulation doit traverser les œuvres de Dieu. La révolution de 1848 saccagea impitoyablement l'asile de charité appelé Providence, que les religieuses de Jésus- Marie avait établi à Fourvières, tout près de leur maison mère, où depuis trente ans environ cent jeunes lilles pauvres recevaient gratis, avec toutes sortes de soins, la noun ilure et l'entretien, une éducation morale et religieuse conforme à leurs besoins et à leur position sociale, en même temps qu'elles acquéraient une industrie capable de les Line subsister honnêtement dans le monde.
A cette époque la ville de Bodez voulut avoir un établissement d'éducation dirigé par ces leligictiscs qui y fondèrent celui qu ellesy possèdent aujourd'hui.
Dans le même temps cette congrégation eut la consolation de voir approuver à Borne ses constitutions par le Souveiain Pontife.
Kn 18*9 un nouvel établissement se forma a Saint-André de Palomar tout pies de Unrcelonue en Espagne- où, des la première année, le nombre des élèves s'éleva à plus de cent.
Depuis cette dernière fondation, celles qui h< formaient aux Indes et leur uraud développement v nécessitaient l'envoi de Franco de nouveaux sujets missionnaires ; mais ces envois, quoique répétés plusieurs fuis, ne ré-
N'AIRE JbS
pondaient pas aux besoins urgents h'* ti idissciuents pour les deux missions >;\^ cl de Bombay. Mgr T.ai li vicaire apu^o \ p. d'Agra, où est établie la maison pr-o n ..1 des religieuses de Jésus-Marie aux lui': désira que la supérieure provint laie litelli même le voyage d'Kurnpe, pour venir mm < :her en F rame les sujets nécessaire au besoins des deux missions, ce qui s'eioui eu 185V.
A la lin d'octobre de cette même an né* dix-sept religieuses de Jésus-Marie sVm barquèrenl a Marseille et arrivèrent lieurcu se meut aux Indes au commencement de <Jt cembre suivant.
Deouis bien des années la province ,f Lahore et tout le Punjab réclainaicnl mi é ? blisscmeni d'éducation catholique qui vivr; de s'y former, el que la pénurie tic tjj - --' a va il toujours forcé d'ajouiuer au gnn-i'i.f triaient des enfants catholiques qurioi.i renls se voyaient forces île bvior a I mains prolestantes ou de laisser sans e u cation.
A peu près dans le même temps M,' l'évèquc de Montréal, chargé par M;r chevèque de t>uébec de lui cheicher e:: France des religieuses missionnaires >\a> vou Iraient accepter un établissement iJVi.-ucaliou a la Pointe Kévi près Québec, s'adie»^ aux religieuses de Jésus-Marie, qui, ajf« avoir consulté Dieu dans la prière, crurent reconnaître sa volonté dans l'appel «|ui leur était fait, el avec l'autorisation de Son Eaunem o le cardinal de Bonald, archevêque iJe Lv ou, la congrégation de Jésus-Marie acce; la la nouvelle mission qui lui était olfer^.etie 2V novembre 18oo huit religieuses s'eud^rquerent au Havre pour l'Amérique. FI ^ abordèrent à New -York le 10 décembre.
Huit jours après elles arrivaient à Icurdolination, accueillies avec une bienveillance toute paternelle par Leurs Grandeurs l'archevéijue de Québec et son coadjuleur, ainsi que par le clergé et les autorités de la ville qui les mirent en possession de la manm qui leur avait été préparée a la Pointe Lév» par M. l'abbé Boulier, curé de celte localité. Le 2 j a n v i e r 1 850 e 1 1 es o u v ra i e n 1 1 e u rs éco ! < qui, un mois après, comptaient cent quarante élèves, tant pensionnaires qu'externe*. Dcj i de nouveaux établissements sont offerts ici'.' religieuses sur la rive du fleuve Saint-Laurent. Plusieurs autres demandes vuniKtit aussi de leur être adressées soit eu Euro. »', soit en Asie, mais elles ne pourront être a. copiées qu'autant que le bon Maître, en n.u1lipliaul les membres qui composent " !■ congrégation missionnaire, lui donnera U-s moyens d'accepter tout le travail qui lui fi offert pour la plus grande gloire «le Jésus • le Marie et le salut des enfants de tous chinais auxquels elles dévouent avec bonheur leur existence et leur vie.
Depuis douze ans, la congrégation de Jésus-Marie de Lyon s'est établie dans les Indes orientales;* elles y ont fonlé cinq pensionnais , cinq orphelinats et uj i our les entants pauvres. Lue noiE;)reu*e
5»: iSS DES ORDRES
colonie de cos religieuses s'est encore eni- Urquée a Marseille lo 26 août 1854 pour aller diriger dans l'Inde ces établissements de i Lsnté et d*éducation, et en former de noureaux. Voici leurs noms: Marie Saint-Bruno, Mjrie Sainte-Agnès, Marie Saint-Eugène , Marie Saint-Bernardin, Mario Sainte-Rosalie, Marie Saint-Edmond , Marie Sainte-Lucie , Mie E. Adam, sœur Sainte-Angèle, sœur Mmt-Uartin, sœur Sainte-Julie, Sœur Saint- Georges, sœur Sainte-Jeanne, sœurSainl-Céieîiiii,sœurSainte-Claire,sœurSt.-Norbert.(l)
JESCS-MARIE (Congrégation de) ou PÈRES EUDISTES.
Le Souverain Pontife Pie IX a sanctionné mi important décret de la congrégation des été fiie* et réguliers, par lequel se trouve v>ieoflfîlleruent approuvée et confirmée une des associations de prêtres les plus recomîiandables de France. Ce n'est pas une soucié nouvelle qui n'a que son état présent à imposer iwur faire augurer de son avenir. Ii>'igit d une antique congrégation éprouvéo far les révolutions, ayant rendu des services a l'Eglise, lui ayant donné des martyrs et dis confesseurs, et dont les constitutions ont subsisté pendant près de deux cents ans, mo» avoir jamais été altérées, il s'agit de la agrégation de Jésus et Marie, plus connue >du> Ifl nom populaire de Pères Eudistes, ci «laquelle le décret d'a|»probation du Saint- Sige ne manquera pas d'imprimer un élan reiuarquable en assurant sa stabilité, sa forts* et sa perpétuité.
La société des Eudistes a pour fin principe Je diriger des séminaires diocésains; tilta été fondée dans ce but, en 1643, par le frère Eudes de Mezerai. Ce prêtre vénérable avait déjà lait partie de la congrégnu>a de l'Oratoire pendant dix ans. Lorsqu'il * décida à la quitter pour fonder une œuvre couvtlle, il trouvait que les Oratoriens s'ôt*!cnt écartés de leur but en ne s'occupant \*s de former des ecclésiastiques dans les xoiinaires, cl il voulut seconder les dessus du concile de Trente en se consacrant à ■ enseignement théologique. Le Père Eudes J.ooa de plus à sa congrégation pour se- ' o-ie ûo particulière, la prédication des osions dans les provinces et nécessairei^nt l'enseignement de la jeunesse dans les c^éges. Le séminaire deCaenfut le premier la direction fut confiée aux prêtres zélés IJi s'étaient joints au premier fondateur, et Massivement les Eudistes se développèrent au point qu'à l'éiioque de la révolution w congrégation possédait douze séminaires, quatre collèges , une maison de retraite et •j'éindea h Paris, outre un grand nombre de fures, de chapelleries et de bénéfices. Dans temps désastreux, sur plus de quatre «ws Eudistes, pas un seul ne fut apostat; Retirent, au contraire, la gloire de fournir <jjx martyrs aux massacres des Carmes. L'un deux était le P. Hébert, supérieur de la JMison de Paris et ancien confesseur de ffuis XV|. Dans l'exil, les Eudistes n*ou- ■'■lèrent pas les devoirs spéciaux de leur mi-
l'I fy- à la (in du vol., n " 118, 120.
RELIGIEUX. JES 053
nistère,el deux «l'entre eux, les PP. Angers et Bosvy, réunirent plus de six cents prêtres ou clercs au château de Winchesters pour lesy perfectionner dans les sciences idéologiques.
Lorsque la paix rendue à l'Eglise leur permit de rentrer en France, les Eudistes se disséminèrent comme professeurs dans différents, diocèses. C'estseulementen 1826que les membres survivants de l'anciennecongrégaiion, réunis à Rennes (Ille-et-Villaine), résolurent de se réorganiser, et nommèrent, pour leur supérieur à vie, le P. Blanchard. Il a eu pour successeur, en 1837, le P. Jérôme Louis, et depuis 1849, c'est le P. L. G a lui a ire qui est supérieur général de la congrégation. l.esPP. Eudistes sont aujourd'hui au nombre de quatre-vingt-cinq prêtres ou clercs et soixante frères servants; ils dirigent un petit séminaire à Valognes et des collèges florissants à Rennes, à Redon, a Sainl-Malo et à Lucon ; elle a son noviciat à la Roche, près de Redon, et des missionnaires dans le diocèse de Couionces et jusqu'aux Antilles.
Le décret d'approbation que les PP. Eudistes ont obtenu, et qu'ils désiraient ardemment, va leur inspirer une nouvello ardeur a poursuivre l'œuvre de l'éducation des Missions, en même temps qu'il déterminera des prêtres pieux à se joindre à lu société de Jésus et de M. rie pour y augmenter le nombre des ouvriers évangéliques.
Dès l'origine de sa fondation, le P. Eudes obtint des lettres patentes du roi, et les approbations épiscopales ne lui tirent pas défaut. Mais le vénérable prêtre sollicita eu vain toute sa vie l'approbation du Saint- Siège; l'opposition des Oratoriens et d'autres corps religieux vint toujours entraver leurs demandes. Les Eudistes obtinrent cependant, de la cour de Rome, les décrets partiels confirmant les différents séminaires dont ils prenaient la direction, ainsi que des bulles ou brefs approuvant leur œuvre des missions dans les paroisses pour y détruiro les désordres et y renouveler la piété.
La nouvelle société a été plus heureuse que l'ancienne, et, après avoir obtenu, en 1851, un premier décret de Rome, contenant l'élogo de l'institut , elle vient d'avoir le bonheur de se voir approuver solennelle* ment par le Saint-Siège. Elle doit cette précieuse faveur à la bienveillance du Souverain Pontife, aux démarches actives du digne supérieur général et au zèle de Mgr Poirier, prélat domestique de Sa Sainteté et vicaire général du Port d'Espagne (lie do Trimidad aux Antilles), lequel a fait poursuivre,avec une rare aelivitéuepuis plusieurs mois, celte affaire à Rome. Mgr Poirier, qui appartient à l'institut des Eudistes, est missionnaire dans les Antilles anglaises oenuls dix-huit années. Il relève actuellementd une grave maladie qui a mis ses jours en danger, et le Saint-Père, dont la touchante sollicitude pour la santé dut pieux convalescent, dont il apprécie tout le mérite, lui a envoyé un de ses camériers secrets, le jour même do la signature du décret d approba-
êW JIS
lion pour lin on porter de sa part l'agréable nouvelle. L'était, en elfet, < ombler tous ks vœux de Mgr Poirier, cl l'on peut apprécier combien il a clé énm «le la llalieuse et déliraio attention «II- Sa Sainteté.
JOSEPH (Covnuwni; i»t SAINT-ï, à Larul
Mn II r mu).
L'hospice Saint-Joseph l'ut fondé, en 1602, par Mlle Le Cercler «] u i réunit quinze pauvres orphelins, en l'honneur de la sainte Trinité et des douze aj ôltes; elle gouverna sa maison jusqu'à sa mort en IbTo.et lui donna tous ses biens. L'évêque d'Angers et les habitants ohtinrent des lettres patentes, elles sont de 1081. Le roi permit de bAtir une chapelle, et ortlonna qu'on y rhaniAl le Domine sait uni, à la (in des Messes hantes. Le nomme des enfants étant augmenté, 1rs habitants achetèrent la t loserie d'Oli vet, et y transférèrent l 'établissement. C'est le lieu où il est maintenant. Lu 1081), on y Ut venirdesdaincs de Saint-Thomas. L'hospice lui considérablement augmenté par la libéralité de M.tiarnier : il y consacra tous ses biens, il lit construire le bâtiment du centre, et s'occupa , jusqu'à sa mort, des orphelins auxquels il portait le plus tendre intérêt. On les occupait à tisser des toiles et étoiles, qui se vendaient au profit de rétablissement, et leur séjour fui prolongé par la quantité qu'ils en devaient conlcctionner ; le commerce continuel contribuait à l'entretien de la maison. Pendant la révolution, on y plaça un tour, et on v reçut les enfants exposés; il y resta jusqu*à ce qu'il fût transféré au chef-lieu du département. L'établissement fut rendu à sa première destination , et le nombre des enfants diminua.
On y recevait quelques vieillards et dos femmes aliénées. Les dames de Sainl-Thomas y restèrent jusqu'à la révolution. A celte- "époque, quelques-uns rentrèrent dans leur iaruille; deux y restèrent, et le conduisirent jusqu'en 1803, époque où la dernière y mourut. L'administration eu confia la direction à un piètre revenu d'exil qui le gouverna jusqu'en 18*20. A sa mort, on fit venir des sœurs de la congrégation d'Evron qui le desservirent jusqu'en 183.1.
I«a communauté «1rs religieuses hospitalières do la Miséricorde de Jésus, futlondée. a l'hospice Saint-Joseph, en 1833, sur la demande de la ville et des hospices, qui, ayant le projet d'agrandir l'hospice, voulut le confier à des religieuses cloîtrées , et s'adressa à la maison de Saint-Julien de cette ville, qui y vit de grandes dillicultés. Mgr Cnrron, évêque du Mans, accorda, aux instances réitérées de la ville, des religieuses, et chargea M. Bouvier, alors son vicaire générai, et supérieur de la communauté de Saint-Julien, do présider à l'élection qui devait se faire le li janvier. La révérende Mère Sainte-Victoire fut élue supérieure et fondatrice de la maison de Saint- Joseph. Elle terminait sa sixième année de supériorité : on lui donna quatre compagnes auxquelles se joignit une novice que Dieu ap-
JiS ;
;>r!.i a la nouvelle communauté.
Elles y entrèrent le 8 juin. Ce délai avj rV nécessaire pour .a sortie Je s so-u d'Evron.
L'administration les reçut ave^ l .nnliei et leur donna le bâtiment du centre, où e 'it de suite dix cellules : elles occupèrent Or.-is droit de la croix de la chapelle, c 'eue servit de chœur.
L'administration des hospices ayant cé \ la ville des prairies pour y faire un « har de foire, et les ateliers et les dortoirs t, garçons se trouvant sur la roul<\ on r.,r fruisit un bâtiment destiné à les y pian ainsi que les vieillards, {tour les'quels ville fonda trente lits. On prolongea l'aucit pour y placer les lilles, dont les religieux occupaient les appartements, et les fvtnm qu'on y admit, ainsi que celles qui et-u* dans un troisième établissement dépend.-, le l'administration, et qu'on y voulait re nir. L'hospice fut entouré de murs en dik. temps qu'on s'occuu.i de la clôture régh ère.
Les religieuses, à leui entrée, trouvère des enfants, dix vieillards, six aliène deux chefs d'atelier et quatre domestiqua
Au milieu de tant de travaux, MgrCarn reçut les vœux de la novice que la v.jix t Dieu avait conduite dans la nouvelle con munauté : ce fut le 8 août que sa visite ron Lia de bonheur celles qui avaient fait de grands sacrifices, et qui étaient heureuse de le voir au milieu d'elles. Il visita la peii< communauté, fut étonné de ce qu'on y au déjà fait, encouragea et témoigna l'iuint le plus bienveillant à celles qu'il appela ses chères tilles, les assurant de sa p.>ier nelle protection, bénissant ce qu'il appels l'œuvre de Dieu, et sanctionnant par >a prt sence tout ce qui avait été fait; il dîna ave l'administration, qui avait assisté à la céo: monie, ainsi qu'un nombreux clergé.
Peu de temps après, sa morales combla d la plus profonde douleur. L'année suiv.mit il lut remplacé pai Mgr Bouvier, son ur.v vicaire; il était leur supérieur depuisl8!5, sYlail identifié à leurs travaux, et avait par I âgé les dillicultés d'une fondation (qui n 1 il pas sans épreuves} tlonl il voyait a\ecj i l'extension. Elles remercièrent le Seigneur s'appuyant avec bonheur sur celui qui. dt puis tant d'années, était leur père, et avait pour elles la tendresse d'un père pou ses plus joncs enfants ; il dirigeait le» môme la communauté et l'administrai oi dans les changements devenus nécessaire?
Mgr Bouvier autorisa les religieuses*»!!:.™ ter l Ollice de Noël avec le chapelain, m1 1 l'usage du diocèse, ainsi que la Messe et '< Vêpres les dimanches et fêles; les enfanté- I établissement chantaient avec l'aumOnier. L'année suivante , elles reprirent 1 Oilîce «anomal, dont il les avait dispensées à raison de leurs travaux. L'ordonnance ron.v qui approuvait la communauté est de
L'administration de la ville rhargea religieuses de la direction d'une salle JV - île : c'est la première de la congre^ i
DICTIOS.NAIRE
fcl JES DES ORDRES
et du département. Elles voyaient avec joie leur nombre s'augmenter, et la bénédiction du Seigneur se répandre sur leurs travaux; elles admirèrent le soin qu'il prend des fines qui mettent leur confiance en lui. Une vertueuse demoiselle, connaissant l'état de géoe de la communauté, lui donna une propriété qu'elle voulut rendre à sa première destination. L'ordonnance royale pour l'autorisation de ce don ne se fit pas attendre, elle est de 1838. D'autres dons encore furent l'objet de leur reconnaissance.
L'année suivante, eut lieu la première élection, le 17 iuin 1839; Mgr y présida, et bénit solennellement la communauté, en iirésence d'un nombreux public, qui suivit li procession dans tous les lieux réguliers, Jan» le j»lus grand silence, admirant comment l'Eglise appelle les bénédictions du ciel, et bénit la demeure des âmes qu'une Urrière sacrée sépare du monde, et remerciant Dieu du soin qu'il prend de ses pauvres.
Plusieurs fois les religieuses avaient prié Mgr d'établir la clôture; les travaux continuels l'avaient empêché; elles la gardaient réellement, et elles étaient depuis plusieurs années entièrement séparées de l'hospice, aranl des grilles au chœnr et aux parloirs.
La révérende Mère sainte Victoire fut maîtresse des novices; ses exemples et ses leçons laissèrent des traces de toutes les îertas.
Au mois de décembre, on transféra les femmes incurables, au nombre de trenle- *u; les religieuses reçurent avec bonheur fe surcroît de travail, qui leur rappelait les fonctions de l'Hôtel-Dieu, qu'elles avaient quitté. On fit une chapelle près de la salle, où on plaça celles qui ne pouvaient marther, afin qu'elles entendissent la Messe de leurs lil>; et, le 27 janvier 1840, on y célébra le saint sacrifice. Le prêtre y prononça on discours analogue à la circonstance; la supérieure et plusieurs religieuses y communièrent. Cette même année elles eurent 1« quarante heures les jours qui précèdent le Carême, et une retraite donnée par un Jô- «ite, heureuses de se recueillir et d'y puisque nouvelles forces.
l'oe chapelle, dans le jardin, était l'objet de leurs vœux, M. le maire la fit construire ti l'orna d'une statue de la sainte Vierge et fa tableaui.
En les femmes aliénées furent transitées a Mayenne, mais on reçut dans l'hospice les hommes aliénés. Les religieuses oWinrent de l'administration que les gardas fussent placés lorsqu'ils seraient calantes de gagner leur vie ; ils étaient sounis à un travail considérable avant leur *vti«, et iis restaient souvent jusqu'à dixfuf ans dans l'établissement. Peu de temps le commerce fut défendu par le gou- 'jniement, dans l'établissement, et les en- ^ ne travaillèrent que pour la maison.
U révérende Mère Sainte-Victoire fut supérieure en 1845» sa mauvaiso lui paraissait un obstacle; elle obéit
RELIGIEUX. JES C«
à la volonté de Monseigneur, convaincue qu'elle ne remplirait pas le terme de sa supériorité. Elle était toujours souffrante, et pa.ssait les nuits sans se coucher, un crachement continuel, accompagné de vomissements, donnait les plus grandes craintes. Pendant deux mois on craignit à tous les instants de la voir expirer, enfin après uno vie remplie de bonnes œuvres, elle s'endormit dans le Seigneur, le 17 janvier, après avoir béni ses tilles , qui furent autant accablées do sa perle qu'édifiées de sa patience et de sa mortification continuelle dans les plus grandes souffrances. Sa mémoire est en vénération dans la maison qu'elle a fondée, et dans celle où elle se consacra au Seigneur, et qu'elle gouverna et édifia par sa régularité et sa ferveur.
A peine cette vénérable Mère était expirée que Mme la marquise de Razilly voulut fonder une salle de maternité et l'annexer à l'hospice; on en proposa la haute surveillance à la communauté qui, après avoir consulté Monseigneur, l'accepta. Les femmes y peuvent demeurer dix jours; a leur sortie elles reçoivont la layette, et pendant dix mois, du lait et de la farine.
La ville, voulant établir une crèche, en proposa la surveillance aux religieuses.
Monseigneur n'en fut point effrayé, et engagea la communauté à l'accepter. Comme il n'y avait point de local préparé, on mit des berceaux dans les appartements qui sont nu rez-de-chaussée, et qui n'étaient pas occupés par les femmes <ie la maternité. Ce fut le premier janvier 1850; le nombre des religieuses ayant augmenté, l'espace qu'on leur avait donné pour chœur, ne suffisant
f>lus, l'administration leur céda la nef de a chapelle , et le terrain nécessaire pour construire l'avant-chœur. On plaça une grille dans la largeur, afin que toutes vissent le prêtre à l'autel et en chaire. Une porte fut ouverte pour le public, mais il fut séparé par une grille des personnes de l'établissement. Des bancs y furent placés, la porte conventuelle fut reculée du côté de la cour, où on plaça le portail de l'église; une vaste salle pour la crèche fut construite, et forma la clôture.
Les occupations des religieuses, les divers emplois qu'elles avaient à remplir, exigeaient des règlements particuliers. Les religieuses les présentèrent à Monseigneur gui voulut bien les approuver. Us furent imprimés en 1852.
Ce fut au mois de mal de la même année qu'il voulut donner le voile et recevoir des vœux dans le nouveau chœur des religieuses; il leur eu témoigna sa satisfaction, en admirant la conduite de la Providence, sur une maison à aqueiie il avait donné l'existence, et dont les œuvres étaient son ouvrage; il en remercia l'administration, à laquelle il témoigna sa reconnaissance de ce qu'elle faisait pour ses chères Filles. Il semblait qu'il approchait de sa fin, et qu'il les quittait pour ne plus les revoir. Jamais son affection n'avait été plus tendre et plus paternelle : ses
JOS
l'iCJIONiNAIlii
Soullrances.ainM que l'altération de ses traits, donnaient de J'i rit j ti ii<Je. Dieu cependant exauça les prières ferventes qu'on lui adressa, et le bon prélat bénit encore ses Filles en 1853. Ce fut Ja dernière fois. Appelé par le Souverain Pontife il consomma son sacrifice dans la ville sainte, et rendit à la Vierge immaculée l'hommage de ses vœux et do son dévouement, en lui faisant le sacrifice de sa vie. Sa mort plongea la communauté dans la pïus profonde douleur, on se rappelait tout ee qu'il avait fait... l a pensée de la gloire qu'il méritait, pour tant d'années consacrées à son vaste diurèse, où il avait tant fait pour le salut des aines qui lui étaient conliées, son zèle pour la perfection des religieuses, dont il voulait bien prendre la conduite, l'as>uramc de >a protection, auprès de Celui qu'il avait servi avec tant de fidélité, adoucirent la douleur qu'excitait lo souvenir de tant de vertus cl de tant de bienfaits. On reçut avec bonheur des objets qui avaient été a l'usage du vénéré pontife; on les conserve avec re>pert et confiance. A peine une année s'était écoulée, que Mgr AVicart lit sa visite à la communauté, il y fut reçu avec tout l'appareil dû à Sa Crandeur, et témoigna beaucoup de bienveillance ; il l'assura de sa protection, et eut la grande bonté de consentir à voiler trois novices. Il voulut bien se charger spécialement (le la communauté, et remplir la place du bon cl regretté l'ère.
Les religieuses ont à desservir dans l'hospice 172 enfants et vieillards.
La salle de maternité reçoit annuellement ;»0 femmes.
Les établissements dépendant de la ville. La salle d'asile, lot) enfants.
La crèche, 20 berceaux, 30 enfants employés à des travaux.
Le personnel de la communauté est de 32 religieuses de chœur, 8 converses, ,|0rt deux sont employées à |fl cuisine de l'hospice et chez les tilles qu'on élève, et une troisième à la salle d'asile. Trois novices et trois postulantes. (1)
JOS illettrés du 2'J septembre 1665. Le riuiivd or. lire reçut aussi la sanction rovale.
Dieu, depuis ce temps-là,' protégeant,.
Moment la congrégation, qui s'étendit *.jr lessivemenl dans plusieurs diocèses, mt»
autres celui de Vienne; le nombre desrdU gieuses s'accrût considérablement, ce >vn détermina Mgr Henri de Villars, archevêque \ lenne, a permettre d'imprimer le> constitutions.
Dans le courant de l'année 1660, M. Liborieux, prêtre et chanoine de l'église thédrale de Clermont, eut la sainte inspiration d'ouvrir un asile à la pénitence. Encouragé dans son pieux dessein par $*n digne évé que; secondé par MM. Antoine . le Kibcyre, seigneur d'Ompne; Jean de Kbeyre, seigneur de Foutenilie; Jacquesûehure, président de la cour des Aides et Etienne Dufraissc, négociant; il ne larla pas h exécuter son projet.
Le nouvel établissement reçut l'approk.
lion royale le 7 juillet 1607. Les lettres j.atentes lues et publiées à l'audience de M.r le sénéchal d'Auvergne, à Clermont, plaids tenants, le 2'* septembre 1607, fureu insérées sur le registre de l'hôtel de v i ■ : t* le 10 novembre de la môme année.
La communauté eut des administrateur* pour ce qui concernait le temporel; les fondateurs le furent dans le principe; l'on ne pouvait recevoir aucune pénitente sans leur autorisation. Les revenus, les pensions, les dons étaient remis entre leurs mains.
L'établissement prenant chaque jour plus d'extension, le local devint trop resserré, ci Ja communauté fut successivement transférée dans deux bâtiments. Le second, \He et commode, était attenant à l'Hôtel-Dicu laujourd'hui, dont il fait partie Dés lors
JOSF.PH Congrégation nrs hm.igiei sfs de SAINT-), dites du Bon-Pasteur.
Ce fut à peu près à l'époque où saint l iaiiçois de Sales établit la clôture pour les religieuses ,|0 \n Visitation, que la congrégation de Saint-Joseph prit naissance dans la ville du Puy en Velay (llauie-Loirc). Le ' Médaille, missionnaire de la Compagnie dr Jésus en inspira la pensée à Wr Henri de Mau| as, évôque de celle ville, qui s occupa avec autant de zèle que de dévouement a la londation du nouvel institut et donna aux religieuses la direction de l'hôpital des Orphelines, le jour de la fêle de sainte J hérèse, 13 octobre IGbO.
Leurs règles et leur établissement furent Mmhrmés par Mgr de Maupas, sous le nom de Congrégation de Saint-Joseph, hospitalières, le 10 Mars 10GI ; son successeur, Mgr ,|r Héthunc, continua et approuva de nouveau. Icrc constitutions, par ïc>
"î 1 C li:i : ■ vif. * H| , |>"
les religieuses no se bornèrent pas à l'œu vre pour laquelle on les avait appelées en Auvergne, et qui leur avait fait donner le nom du Sœurs de Saint-Joseph du Bon Paslour; le nouveau monastère renferme dans son enceinte des femmes aliénées qui recevaient les soins les plus dévoués et les plus attentifs , et une nombreuse jeunesse que l'on formait h la piété et aux sciences.
Mais ces excellentes Mères dont la précieuse vie était si bien partagée entre la prière cl les œuvres de la charité, travaillaient beaucoup, mais écrivaient peu: aussi n'ont-elles rien laissé sur ces premier* temps; et ce que nous savons, a été raconté par les religieuses qui rétablirent lo Boril'asleur, nprès les tristes jours de 93. Peutêtre aussi la révolution a-t-elle anéanti le récit des événements antérieurs.
Quelques années avant la révolution, '« Mère Sainte-Agnès La bal gouvernait le monastère, et quand les événements politiques vinrent obliger les nombreuses communautés qui couvraient le sol do la France, à se disperser, la direction des religieuses rie Saint-Joseph élail confiée a la Mère Marie -'e Jésus Chaicn.