M AU
les P.rnleruiés, une maison consacrée aux incurables et placée sous la direction ries administrateurs de l'hôpital généra]. Kilo .•i!lV( Ki à cette demeure VO.000 livres, afin .Je construire sur l oni j 'Khimiioii l do l'atirien no «.linpo! In Saint- Hervé, servant d'infirmerie aux filles, un baMi nient où ou pl.» cerait cent soixante lits p*>ur qualro-viu::^ hommes et quati e-vingts femmes infirmes. Dans l'ado de donation , il était expre<<mrnt .stipulé que jamais 1rs pauvres valides ne pourraient ôlre admis dans ces nouvelles salles.
Louis XV approuva, par lettres patentes données à Versailles au mois de mai 17.J5, n.l établissement.
Mme De>.aza«ix ne s'en tint pas là. Kilo ajouta a s. s libéralités un legs de 21,000 livres. Plusieurs personnes, |iarmi lesquelles on tOMiple 1'évèquo Poucet de !a Uivicie, les Dlles Paumier et Uiron, vinrent augmenter les ressources de l'hospice des Incurables, et en 1780 ses revenus se montaient a (il, 72» liv 2 sols.
De nos jours, la commission fies hospices rouent le projet de réunir, dans un seul intiment, les pauvres placés aux Incurables, aux IV'iiitcnles, et aux Beufermés, ainsi que les enfants abandonnés. Demande fut laite au gouvernement, et bientôt l'autorisation de commencer les tiavaux fut accordée.
L'ancien enclos des Pères Gtpucins de Heculée l'ut choisi pour construire le nouvel hospice. Au mois d'août 18*0, Louis Napoléon vint ;i Angers inaugurer le chemin de 1er et posa la première pierre de l'hôpital général , en présence des autorités do la ville et d'un immense concours d'habitants. Bientôt, graVo à l'activité de M. Moll, l'architecte, l'édilice prit dans peu de temps des proportions colossales, et à la lin de l'année 18o'i, Mgr d'Angers vint bénir l'asile des pauvres, qui portera désormais le nom d'hôpital Sainte-Marie.
Les dames de Sainte-Marie no desservent pas seulement l'hôpital général; l'éducation et la direction de la maison des sourdsmuets leur est encore conliée. Notre notice ne serait pas complète si nous ne parlions île cet utile établissement fondé par Mlle Blouin en 1777. Do nouveaux documents qui nous ont été communiqués vont nous permettre de compléter ce qui a été écrit sur cette institutrice distinguée.
Au milieu du xvir siècle vivait à Angers, dans la paroisse de la Trinité, un instituteur nommé Nicolas-Alexis Blouin. Le petit pensionnat qu'il dirigeait était a peine suffisant pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. l'ère de onze enfants, il ne pouvait paver les maîtres qu'exigeait le nouveau développement qu'il venait de donner à son école, en y joignant une classe d'adultes. L'intelligence précoce remarquée chez sa tille aînée, Agée de quatorze ans, lui suggérs la pensée de la charger do renseignement des plus jeunes écoliers et de ré
(t) à M lie
péter les élèves de la classe supérieure. Ml!<j Blou:n s'acquitta de ces fonctions i la sat<«faction générale. Encouragée par ces sucré», elle voulait se livrer entièrement à l'enseignement primaire, lorsqu'une circonstance fortuite vint changer sa vocation.
A celte époque demeurait à Angers undigne «•c( lésiastique, l'abbé Fremond, < hanoiniTle Saint-Martin. Cet excellent prêtre, dans un séjour qu'il lit à Paris, s'était enthousiasmé île la méthode de l'abbé de l'F.pée ; il |nt quelques leçons du vénérable fondateur *>, l'hospice des sourds-muets, et de retour a Angers il n'eut plus qu'une pensé", ec'e d'instruire les infortunés privés de l'ouïe et de la parole et de les mettre en rapport ave-la société dont ils semblaient exclus. N'ayint pas une maison assez vaste pour réunir k'» jeunes sourds-muets, il choisit la demeure de M. Blouin afin d'y donner convenab ment ses leçons.
La jeune Charlotte, d'abord par rnriosi.é, ensuite attirée au cours de l'abbé FroitiôinJ par un attrait irrésistible, s'éprit tout à om;< de ce genre d'enseignement. Lorsque le maître était parti, elle répétait les sourdsmuets et perle» tionnait par 'les signes nouveaux la méthode un peu incomplète du chanoine de Saint-Martin.
L'abbé Fremond, surpris îles rapides pntgt ès de ses élèves, finit par avoir des doutes; des indiscrétions lui apprirent qu'un professeur lui venait en aide, t'urieux Je connaître la science de Mlle Blouin, aïers fig-e de seize ans, il se renferme un jnur dans un cabinet d'où il pouvait tout vuirct tout entendre sans être aperçu. La netteté avec laquelle Mi e Blouin faisait ses démonstrations, la précision de ses signes émerveillèrent tellement le bon abbé qu'il ne voulut pas en savoir davantage, cl sortant a l'iniproviste de sa cachette, li s'avance vas h jeune fille restée interdite à sa vue, et lui dit : « Mademoiselle, Dieu vous a naître pour le bonheur «les sourds-muets. Je ne vous donnerai pas de leçons, car vous en savez plus long que moi; mais aller a Paris, près de l'abbé de l'Kpée qui vous initiera h la méthode qu'il vient d'inventer pour l'instruction des sourds-muets. Puis vous viendrez ici pour répartir sur cette classe infortunée les lumières que *ous aurez acquises. »
Ces bienveillantes paroles décidèrent du soi t de Mlle Blouin. Dos démarches furent faites près M. Ducluzel, intendant de la généralité de Tours, afin d'engager fabbéde l'Kpée à recevoir chez lui, en quabté déleve-in-titutrice, la jeune Angevine. M- n«* cluzel fit plus. Non-seulement Mlle Noum fui admise à suivre les cours de l'abbé de l'li| ée, mais encore sa pension lui fut j*ayée. Celte bonne action eut sa récompense, fcntrée eu 1781, Mlle Blouin quitta I institution des sourds-muets de Pans au bout de mi mois, après avoir fait, par son aptitude 'et sou intelligence, l'admiration de tous ( 1 )•
Voici nu ccrl tical délivré par l'abbé de l'Fp; c *^ < Je soussigné, instituteur gratuit des sourd» »•» Ulouiii ur.n ts de Pans, cerlilio a tous qu'il appar lien"1
?il MAR des on un ES
Les débuts de l'institution do Mlle Blouin i Angers furent très - heureux. Le roi Lmis XVI prit à sa charge douze élèves, et en comptant ceux dont la pension était sMèe |mr les familles, les sourds-muels , < otiCés à ses soin», furent au nombre de trente. M. de la Marsautayc, subdélégué de
que Mlle Charlotte-Louise -Jacqueline Blouin, native ■l'Angers, m'ayanl été adressée par feu M. 011011121*1, étendant ife Tours, pour que je lui apprisse à instruire les sourds cl inueis, celle demoiselle Tait bits cet art des progrès qui ont surpassé mes atl'nte», et que le témoignage que j'en avais rendu forMuiell*- lelourna dans son pays, engagea M. l'iniciMiani, quelques mois après, a m'écriie la leurc citante eu date du 19 février 1782 :
i r"«/5«, Monsieur, la deowiselte Blou\n, pour lapttît je tous ai demandé vos bornés, tient d'être Méritée à ouvrir un cours d'éducation pour les usrds et muets à Angers. Ses latents sont votre onvttr. Je ne dois mes succès qu'aux vôtres dans fart m nus ares daigné lui communiquer vos lumières. \fft eu le premier hommage. Ce n'est pas assez que ta apitoie tous admire, mu généralité va jouir de m tien faits. Je m'estime heureux d'avoir pu, comme uni, contribuer à diminuer les malheuts de l'hunta- J'ai C honneur d'être, etc.
* Signé : Dvcluzci.. i
• Mlle Blouin étant revenue a l'aria pendant 1rs isui.ee» de 1782, \ienl d'y faire un second voyage >*.- la fin «1c celles de la présente année, où nous i»wus déjà repris nos leç ms. Dès qu'elle y c*l en- •w. j'ai cesse de les dicter par signes aux sourds « muets, pour lui en laisser faire la fonction, qu'elle » remplie parfaitement. Ses opérations lui ont aine k> applaudissements d'un nombre de personne* de différents pays, qui ne peuvent se lasser JaJinirer les talents que Dieu lui a donnés pour réussir dans cette œuvre.
> Je la crois donc capable de conduire ses élèves h 4e*ré d'instruction auquel sont parvenus tous
0 ji .le nos sourds et muets qui en oui donné îles liewnes dans les exercices publies, cl siugul.ère- Mraiifcms celui du 13 août 1783, en présence de Ver le nonce du Pape et de Mgr l'aicnevéquc de Iws, * compagne de quelques-uns de ses illnsf> » «•noircies.
• Eiifoi de quoi j'ai délivré le présent certificat,
1 Paris, ce H novembre 1783.
• Signé : L'abbé de l*Ei>i:e. i |1) l! est curieux de connaître les moiifs qui dc- ^rnnuèreni la commune à prendre celte mesure. •Var» allons mettre sous les yeux du lecteur le rapport inédit adressé au conseil général par La Ite- «■■tlwre-Urpcaux :
• Uue institution publique, destinée à l'instruction •Wfciuids ci muets, honore depuis quelques années b ville d'Angers. Cet établissement précieux a été dir?e jusqu'ici par Mlle Blouin, institutrice qui, par mm tète et son talent, s'est attiré l'estime de ses i"«cîi..yeus, jusqu'au moment où la révolution a, *™r ainsi «lire, scindé le peuple français eu deux La i»*s diflér eûtes : l'une, la grande majorité, amie * ti liberté, et l'autre, le soutien du lanatistue e«
l> Ijraïuuc.
• H était indispensable, dans ces circonstances, 1* la majorité de la nation s'assurât des principes
ceux «|U| étaient employés par elle eu quelque m. que ce fui, et principalement à l'instruction *t «a jeunesse, cl la prestation du serment civique J« lut enjointe à ions, sous peine de destitution. 1 "(Uitbien évident que le serment n'avait aucun «m m culte religieux, et qu'il u'e*t autre chose r* u formule par laquelle celui qui le prête déu,r» purement et simplement qu'if culte dans la
l'intendant général, fut chargé de la surveillance de rétablissement.
En 1786, la ville d'Angers accorda une partie des bâtiments de la maison ablwtlialo Saint-Nicolas pour placer les sourds-muets, ils y restèrent jusqu'en 1792, époque où renseignement fut interdit (1). Les persé-
nouvelle association politique; mais l'aristocratie, malgré son impiété reconnue, n'a pas manqué d'en faire un instrument très-actif pour parvenir à ses lins, en le présentant aux simples et aux crédules comme un acte «le renonciation à la religion de leurs pères, cl la Dite Blouin, après avoir refusé le serment civique, s'est montrée elle-même , su'.vanl la notoriété publique, un des plus ardents colporteurs de celle pernicieuse doctrine !
« Cependant, la difficulté de parvenir a la remplacer, vu l'extrême rarelé des personnes instruites dans son art, cl 'a douleur de voir anéantir un établissement aussi citer aux amis de l'humanité, avaient engagé les administrations à suspendre la vigueur de la loi à son égard, jusqu'à ce qu'ils eus» seul trouvé un n oyen de pourvoir à l'instruction des sourds cl muets.
i Néanmoins les citoyens ont représenté, par des pétitions successives, que par ses actives menées, la Dlle Blouin faisait beaucoup de partisans & l'aristocratie, troublait la tranquillité publique et inspirait à ses élèves des seuliuienU irèsinciviques, ei ils ont demandé sa destitution, en ajoutant que si on ne trouvait pas à la remplacer, on pourrait faire passer les élevés à M. Sicard. à Taris, qui n'exigeait que 350 fr. de pension. Alors vous vous êtes empressés d'écrire à M. Sicard, pour qu'il vous envoyât ou qu'il vous indiquât un instituteur propre à 'remplacer Mlle Blouin, au défaut de quoi vous l'avez prié de vous faire connaître les conditions de la pension. Vous ave/, reçu sa réponse, el il vous déclare qu'il ne peut ni vous fournir ni vous indiquer un instituteur; il insiste sur les talents supérieurs de Mlle Blouin, et il repiési'nle fortement la nécessité de h conserver. Il vous fait part m deuxième lieu des conditions de la pension, qui la font monter à "OU fr. environ el non à 35U, coiome quelques-uns de nos concitoyens l'avaient pensé. Or, il est impossible que vous fassiez un pareil sacrifice.
« Il ne icste donc alors que deux partis à prendre : ou de violer el de contrarier le vœu très légitime des citoyens, ou de blesser cruellement l'humanii ', en anéantissant chez vous une institution qui seule peut rendre aux devoirs el aux jouissances de la société, des hommes qui, sans elle, n'en seraient que le fardeau. La commission a bien senti que c'était , eu quelque sorte, être les assassins politiques des infortunés sourds et muets, que leur enlever la ressource de cet arl qui, en suppléant au défaut de leurs organes, fait des créatures intelligentes d'élres imparfaits; el réfléchissant que, désormais, chacun a pris son parti sur les affaires du temps, el qu'en conséquence la demoiselle Blouin ne peut plus exercer uue influence aussi dangereuse que par le passé, elle vous aurait jM*ui-étre propose d'ajourner votre décision jusqu'au moment où vous auriez pu trouver un moyen de remplacement, el de céder ainsi aux cris de l'humanité eu faveur d'uu établissement d'un genre unique (car c'est surtout chez un peuple libre qu'un senliment tle bienveillance universelle doit diriger l'action des lois, et que ces infortunés, quels qu ils soient, doivent trouver des secours les plu» puissants pour les soulager dans leurs maux); mais la majeure partie des citoyens a réclamé el réclame l'exécution de la loi. La commission a pensé que vous ne pouviez vous dispenser d'accéder à leurs voeux.
723 UAR
«Mitions commencèrent alors (outre Mlle Blouin. Ardente royaliste, sa tète lut mise * prix; elle ne dut son salut (|ti'au dévouement de fidèles anus qui la conduisirent a Nantes, |h>ii faut la nuit, dan> une li.-ir.jue de pécheur.
La tourmente révolutionnaire npaiséo , Mlle Blouin vint a Angers. Kilo commença par organis-r un externat de sourds-muets, dans une maison si>e derrière les Jacobins.
Sous l'Lmpiie, son élaldi»cim'nt était en deine vigueur, et le ministre de l'inslruc-
le 13 décembre, la «o' '3 »-->i maison centrale des douze départements environnants. Mlle Blouin occupait alors l'hôtel de Lancrcau. Kn 1815 elle envoya Mlles Ursule Tandon et Victoire Biouin, ses deux nièces, suivre h Paris les cours de l'abbé >i<ard. Mlle Victoire quitta Paris avec le certifiait suivant :
« Le d i re. i c u r d e I ' !v oie ro \ ;i I e des sou rds -
blCUONNAlKE