MAR DES ORDRE
iorhelle. Il reçut la lonsurc le 30 mai 170fc, (obtint presque immédiatement un petit é:iéûce dans l'église de Saint -Grégoire Aogé, près de Niort, par l'entremise de idjues-François Collin, son parent, dont le 'ère Jacques-(iabriel, prieur curé de Souins d.ins le grand marais du bas Poitou, le i venir près de lui en qualité de vicaire. La ne de René Mulot reste assez obscure isqu'an inomenl où il fît la rencontre du . Jlontfort. Ces deux hommes étaient faits our se comprendre, et comme ils étaient rùiés d'une égale charité, ils ne tardèrent j> à se lier i\ une étroite amitié. Nous ne dirons point ici les immenses travaux de If-né Mulot, qui demeura constamment asovié aux œuvres saintes de Montfort, et «■^inisa après lui l'association créée par le ■ é iérable (1).
\\ oioaiut au milieu de ses travaux aposuli-pies. à Questembert en Bretagne, des •jiies d'une blessure qu'il se lit au pied juMnbnt une mission. Son cœur fut transl^arec honneur àSainl-Laurent-sur-Sôvre
L- P. Audubon, qui le remplaça en 1749, GMiuiint la ferveur dans sa société, toujours misante. Sa mort fut celle d'un apôtre et d'un martyr.
\u P. Audubon succéda, en 1756, le P.
H.Miard, qui, pendant sa longue adminisiiaiion (elle a duré près de trente-trois ans), rendit les plus grands services aux deux c ^régalions réunies sous son autorité.
\jc P. Micquignon, son successeur, n'ocmi a celle place que quatre ans. Sa mort, en I7W, fut avancée par l'impression extrêmelucnl Tire que produisait sur lui la vue des itof mai ions sans nombre de cette époque
cireuse. Il ne pouvait entendre sonner Ij Messe d'un prêtre jureur sans en frisson- 'Hf. « Encore un sacrilège, » s'écriail-il née l'acreul de la plus vive douleur. Sa vi-
S lance et ses sages conseils contribuèrent aucoup à préserver de toute défection la rongrégalion, déjà très-nombreuse, des Fil' dt la Sagesse, qui a toujours eu pour suférifur général le supérieur m 6 me de la tom|4gnie de Marie.
Malgré le malheur des temps, aussitôt 'près la mort du P. Micquignon, on lui donna un successeur dans la personne du Supiot, déjà âgé de soixante et un ans. Le nouveau supérieur passa les jours de la \errtar dans les rochers qui environnent Saioi-Laorenl-sur-Sèvre. Il y fut d'un grand ^urs pour le maintien de la religion dans toute celte contrée, el il avait à cet etfel reçu Jl) Mgr de Coucy, évêque de la Rochelle, «plus amples pouvoirs. Du fond de sa re-
RELIGIEfc'X. MAR T38
traite, il encourageait la vertu, consolait le malheur, et empêchait autant qu'il était en lui l'effusion du sang. Un jour, entre autres, une sœur vint en hâte lui apprendre que lés royalistes conduisent hors du bourg, pour les fusilier, quatorze prisonniers républicains; il court au lieu de l'exécution, su jette au-devant des Vendéens, et demande grâce pour leurs captifs; mais toutes ses prières sont vaines auprès d'hommes q^ui ne voient, hélasl dans ce massacre que de justes représailles. « Eh bien! Messieurs, » leur dit alors le généreux vieillard en se plaçant au milieu des républicains, « puisque je ne puis sauver la vie a mes frères, qui sont aussi los vôtres, je mourrai avec eux ; tirés sur moi. » A ces mots, leur fureur s'arrôle, ils se retirent, ci l'apôtre de la charité conduit les républicains au presbytère, où il leur procure tous les secours dont ils ont besoin.
Après avoir ainsi traversé les jours mauvais et relevé de leurs ruines les deux congrégations, le P. Supiot obtint d'avoir lo P. Duchesne d'abord pour suppléant, eu 1800, et plus tard, eu 1810, pour successeur. Il vécut encore huit années et mourut à l'Age de quatre-vingt -sept ans.
Le P. Duchesne mourut lui-même à la fin de 1820, laissant une mémoire chère à toutes les personnes qui l'ont connu, mais surtout aux Filles de la Sagesse, dont il se montra toujours le père et le consolateur. 11 eut nour successeur, en janvier 1821, le P. Deshayes, précédemment curé d'Auray et vicaire général de Vannes. Entre autres œuvres excellentes dont sa vie entière a été remplie, le P. Deshayes, avant de venir à Saint-Laurent, avait partagé avec M. Jean- Baptiste de Lamennais l'œuvre de la fondation des Frères de l'instruction, répandus aujourd'hui dans toute la Bretagne et connus sous le nom de ce dernier et vénérable prêtre. Par le bien qu'il fait et par celui que feront après lui ses disciples, M. de Lamennais console la sainte Eglise de Jésus-Christ de tout le mal que ût à leur mère commune un frère malheureusement trop célèbre 11
Le P. Deshayes avait fondé seul la congrégation des Saurs de Saint-Gitdas, an diocèse de Nantes. Une fois à la tôle des congrégations de Montfort, il continua avec un grand courage celle vie toute de zèle, et donna particulièrement à l'œuvre des Frères du Saint-Esprit un grand développement, comme il sera dit en son lieu. Mort à la fin de 1841, il fut remplacé en janvier 1842 par le P. Dalin, précédemment professeur de théologie et supérieur du petit séminaire des Sables-d'Olonne, dans le diocèse de Lu-
I') Pour ilonnor le premier l'exemple du rennu- «1*111 »ui choses du monde, il s'éiait démis, le ■ "tobre 1720, de tous ses bénéfice*, ei s'était {vm* lotit entier au salut de ses frères.
H) On p»>*séde on portrait de René Mulot, mé- ' ^tmeni |ra»é, d'après l'Ilermilais. Il est revote regardant le crucifix que portait le P. aomlort, ei qui est recouuaissable à la vis destinée
a le fixer a son bâton de voyage. Au-dessous écrits ces vers :
Du célèbre Mnoltort imitateur Bdèle.
Mulot, pour le prochain se montra plein de zèle ; S'il gagna les pûcbeurs, ce fut sans les flatter; Il 01 trembler l'impie et respecter les temples. Confirma ses discours par les plus saints en El prêchant Jcsus-Chrisi, tl a su l'imiter.
739 M\ll DU'.TIC
çon, mais depuis plusieurs années membre (te la compagnie de Marie.
Ce respectable ecclésiastique est né aux Héritiers (V«-ndée) et a fail ses principales «'■Indes Ihéologhpies au séminaire de Sainl- Sul|»i<-o. Lorsqu il fui chargé du petit séminaire des Sables, il y avait beaucoup à faire dans cet établissement. M. Malin en fut pour ainsi dire le créateur, cl ce fut lui qui bâtit h ses frais et avec les deniers provenant <ie la vente de tous ses biens patrimoniaux la belle chapelle du petit séminaire et toutefois agrégé à la compagnie de Marie par ses vieux, lorsqu'il fut, à ce litre, désigné pour diriger la procédure »|ui devait se rattacher au procès de la canonial ion du vénérable P. iJe Moutfoit. Son zèle et sa capacité dans la conduite de cette grande a ira ire ne sautaient être méconnus en présence des résultats déjà obtenus. Ce fut aussi lui qui fut désigné pour écrire la vie «lu iondaieur «le la congrégation, et c'est h ce livre remarquable que nous avons beaucoup emprunté dans notre récit.
Depuis son élection, le P. Dalin a travaillé avec succès aux. développements de l'umvie de ses prédécesseurs; il a fait construire à Sainl-Laurciil de vastes bâtiments pour l'agrandissement du noviciat de» sieurs et une belle chapelle pour les frères; il a élevé à la Haute-tirange, à un kilomètre de Sainl- Laurcul, une magnifique chapelle destinée aux exercices des retraites dont nous parlerons ci-après. Lutin, il a fait plusieurs l'ois le voyage de Itoine pour obtenir le décret de iiéatiîication de P. de Monlfort et la reconnaissance cauouiipie de sa congrégation. La dernière gr.b e est obtenue, la première est en voie de l'être (I).
Quoique la compagnie de Marie ait été bornée au petit nombre de douze ou quinze missionnaires, elle n'a pas laissé de sullire à des travaux immenses. Sans parler des soins particuliers qu'elle n'a cessé de donner à la communauté de la Sagesse, elle a fait une quantité de missions dans le Poitou, l'Auuis, la Saiulonge, la Urelague et l'Anjou. A la mort du P. Mulot, en il\9, ou en portait déjà le nombre 5 deux cent vingt, et tic celtcépoque à 1781, le catalogue en compte trois cent soixante-cinq nouvelles. Ce zèle ne se ralentit point qu'aux joursde la révolution de 1790. Alors, quanJ il fallut confesser la foi au péril «le sa vie, nulle défection ne déshonora la société des enfants de Montforl, et Pie VI les en félicita par un bref des plus honorables. Deux d'entre eux, les PP. Dauche et Verger, qui avaient tenté de passer en Lspagne, afin n'y ménager une retraite aux Filles de la Sagesse, fuient reconnus et massacrés à la Itoi belle par îles femmes qui, avant de les mellre en pièces, leur arrachèrent la langue, t cette langue, disaient-elles, qui avait fanail) C'est sons l'idiniiiisiratiou <ln P. P;ilin que, le 7 novembre 1K17, a en* luinlé un établissement pour les soin tirs- nuteiies à Latnay, prés Poitiers, Kiàce a un concour» cl à une iniiudicence dignes «I: la reconnaissance de tous les coeurs ciné-
NAIIIE MAP. 7W
lise tant de personnes. » Fin Ji^no d'envie pour des prédicateurs de l'Evangile!
Lorsque, après la tourmente r> volutirn. naire, la barque de l'Kglise fui agitée: dans un sens opposé par le refus d'obéir aux mesures que le successeur de Pierre avait crues nécessaires pour sauver la foi en France, tous les missionnaires de la compagnie de Marie se montrèrent encore dociles à la voix de Home, et mil d'entre eux, quoiqu'au milieu de la séduction, ne donna Uans le scimmedit «le la Petite Eglise. Leur compagnie se ressentit sans doute comme tant d'autres du malheur des temps, et le nombre de ses membres fut réduit au point de pouvoir à peine sullire aux divers besoins de la communauté de la Sagesse; mais elle ne laissa pas, dès que la liberté lui en fui rendue, «le trouver encore des enfants pour évangébsef les peuples de la France. De son sein s'élancèrent même, pour aller prêcher les inftièles, deux hommes distingués par leur talent et leur vertu, autant que par les dignités auxquelles ils furent élevés (2; t
La compagnie de Marie, aujourd'huiapproo» vée par le Samt-Siége, semble appelée, sinon à preudre«legrandsdéveloppetnents,dontDieu seul a le secret, «lu moins, en se fortifiant intérieurement de jour en jour, à rendre de vrais services. i tous les diocèses environnants. Llle compte, sans parler d'un assez nombreux postulat, 30 prêtres, qui ne peuvent, même eu se multipliant pour ainsi dire, suffire à la moitié des travaux pour lesquels on soiticiiw leur zèle. Outre leurs missions, stations retraites paroissiales, etc, ils sont spécialement chargés de deux œuvres d'une grande importance : chaque année, ils vont, deux à deux, donner sur beaucoui» de points de la France des retraites auxquelles se rétuii>ïei.t toutes les Filles de la Sagesse des enviions *L chaque année aussi, ils pièchet.t il dirigent les personnes séculières, hommes elfermo-s qui, cinq ou six fois par an, viennent se réunir jusqu'au nombre de 5 el de 000 à la fois sur une colline ( à Haule-tîrange, près de Saint-Laurent-sur-Sèvre ) , où elles lisent huit jours entiers «lans la solitude la plus profonde et le silence le plus absolu.
Règles et statuts des prêtres missionnaires dt la compagnie de Marie.
« Lo saint législateur, » comme le remarque le P. Picot de Clorivière en parlant de cette règle, « s'est contenté de faire une sinise esquisse el d'y mettre l'essentiel, auquel 'e reste pouvait' être aisément ajouté dans la suite, soit par lui-même, soil par ses successeurs. « Mais l'idée qu'il y donne de sa •o|npagnic future est tout a la fois simple et sublime. Il exige «le ceux qui doivent la composer une perfection peu commune, même parmi les religieux; il veut de »rais
ii<v s. ir". ci-dessus, à l'article Gabriel [Fttrtt it
Saint-]. |
|2) Le P. Conpcric et le P. Hillcnuii, d»«l ™ trouve la vie «'diliaiue dans les Vies des »««nto ^" Poitou, p. 315 cl 326.)
:u y.ui DFS ORDRES
arétres lout entiers k leur œuvre, dégagés de tout le reste, toujours prêts, comme un corps de troupes légères, â voler, sous le bon plaisir des évêques, partout où les Appellera lerlus grand bien des âmes. Au reste, voici quelques lissages de la règle, qui suffiront !<iiir caractériser cette société : 4
« I' On ne reçoit dans relie compagnie que Jfs prêtres «îéjî» formés dans les séminaires: *in*i Ici ecclésiastiques des ordres inférieurs in >onl exclus jusqu'à ce qu'ils aient reçu le «jrprJoce. 2* Il faut que ces prêtres soient », pelés de Dieu è faire des missions sur les iwps des pauvres apôires, et non a vicarier, régir des cures, enseigner la jeunesse ou f-rmer des prêtres dans les séminaires, '<imroe font tant d'autres bons prêtres qui «uni appelés de Dieu dans ces saints emplois. 3* Quoiqu'ils ne limitent point la grâce de Dieu et leur zèle dans les seules campagnes, iU pariici|>eiit cependant aux plus tendres inclinations du cœur île Jésus, leur modèle, lequel ordinairement a préféré la cmnpagneà U ville et les pauvres aux riches, k* Pour fcre engagés daos 1a compagnie, ils font des mi simples de pauvreté et d'obéissance mr un an, entre les mains du supérieur, Ujuels vœux ils renouvellent tous les ans ; etauboot de cinq années non interrompues bon» de la compagnie, s'ils se trouvent et si on les juge bien appelés de Dieu dans la fowpagnie, ils font les vœux de pauvreté et Jolieiswnce pour toujours. Les frères font <« lui de chasteté de la même manière que J« deux autres. 5" Ils récitent le saint ro- Mire mut entier tous les jours, atin d'attirer ptr eeite pratique la bénédiction divine sur leur ministère, comme ils expérimentent Wu> les jours. Ils récitent en commun leur Hviaire, qui est le romain, autant que leurs «nplois le leur permettent, et font de même
commun presque tous leurs autres exertl*J de piété. 6* Les retraites annuelles et mrosuelles, les coulpes, l'abstinence du ftmJredi, le jeûne du samedi et autres pra- H'jucsde piété ecclésiastique et religieuse, î^ni aussi partie de leur règle. »
tottume des prêtres missionnaires de la compagnie de Marie.
U costume des Pères de Ja com|>agnie de Marie est celui que portent généralement à Home les clercs réguliers, c'est-a-dire la souune noire sans queue, échancrée au cou de nuriière a laisser voir le petit col blanc «>llurino\t sans rabat; le chapeau est le chapeau ecclésiastique ordinaire. Suivant l'usage
leurs premiers Pères, ils portent extérieurçœeot a leur côté un chapelet accompagné 4 une |*tite croix en ébène et cuivre. (1)
MARIE) Ecole gratuite de SAINTE-).
Quoique j'aie malheureusement peu de rendements à donner sur cet établissement je ne veux pas laisser de signaler au TOeur son but et le zèle de sou fondateur. Cet homme, animé d'une charité ardente, t;JitJI. Jean-Barthélemy Van-Roo, chanoine ywtté d'Ypres et grand pénitencier du dto-
0) V«f. \ h hn do vol., n«« 155, 157.
RKLICIEtX. MVR m
cèse, ci-devant vicairo général, examinateur synodal et censeur des livres. Il joignait à la science, aux talents, au zèle et enfin à toutes les vertus sacerdotales, une charité extraordinaire pour les pauvres. Sobre, frugal, mortifié, dur envers lui-même, il s'épuisait pour assister les indigents, dont jl était vraiment le père et le consolateur. C'est lui qui érigea à Ypres l'école gratuite de Sainte-Marie, où douze sœurs apprenaient à cent pauvres filles a faire des dentelles. Elles y apprenaient encore h un plus grand nombre d'enfants, le catéchisme, la lecture et l'écriture. Ces sœurs formaient, je le présume avec fondement, un institut isolé. C était aussi M. Van-Roo uni avait donné naissance à rétablissement des Filles de la Charité de la paroisse de Rumbeke et en avait fait le plan. Voy. Essai d'annales de là Charité, tom. U. B-d-b.
MARIE (Institut des Dasies de), à Malinet, en Belgique.
L'institut des Dames de Marie et de Saint- Joseph a une seule et même origine. Ce sont deux branches de la pieuse famille des filles de Marie-Joseph qui prit naissance è Alost, le 6 mars 1817. M. le chanoine Van-Crombruggue en fut le fondateur, mais ce ne fut qu'après la révolution de 1830 que ces œuvres commencèrent à se développer. Jus-
3 u 'alors l'esprit tracassier du gouvernement e Guillaume, des Pays-Bas, dont le caractère et le zMe calviniste sont si connus, obligea les membres de ces instituts a se renfermer dans un cercle étroit, et à éviter tout ce qui aurait pu attirer les regards du pouvoir.
Ainsi restreintes dans des bornes trèsétroites, sous la domination hollandaise, les filles de Marie et de Joseph ne purent même qu'avec peine donner à la classe pauvre, exclusivement, les soins d'une éducation et d'une instruction chrétienne; elles durent se borner là pendant plus de treize ans.
Après la révolution de 1830, la religion ayant recouvré la liberté, les filles de Marie et de Joseph, dites alors sœur de Saint- Joseph, virent s'étendre le cercle de leurs pieux desseins pour le bonheur de la jeunesse. Dès le commencement de l'année 1831, des écoles, pour la classe aisée, furent ajoutées à Alost à celles établies pour les pauvres, et ce fut l'origine d'une nouvelle branche de la famille religieuse des Sœurs de Saint-Joseph; les membres qui la composèrent reçurent le nom de Dames de Marie.
Jusqu'en 1838, les deux branches de l'institut étaient demeurées sous un seul et même gouvernement; elles furent alors séparées pour faire deux instituts distincts et qui ne devaient plus avoir entre eux que ces liens de parenté et d'affection spirituelles que donnent une origine commune, un but à peu près semblable et le même amour d'un commun Maître et Sauveur Jésus-Christ.
Pour perpétuer le souvenir de relie même origine et les sentiments de charité qui doivent toujours unir toutes les enfants de Marie
et île Joseph, les révérendes supérieures générales des deux instituts se donnent mutuellement le nom de sœurs, et elles entretiennent des relations entre elles, atin de s'exciter réciproquement à marcher constamment vers le but respectif de leurs deux religieuses familles. Elles se doivent mutuellement des prières. Les décès des membres de chacune des deux familles sont annoncés, réciproquement, et Ton se fait, de part et d'autre, une obligation de prier pour les membres défunts. Outre la maison mère, les Dames de Marie ont une maison h Malines , en Belgique , elles en ont deux a Bruxelles, une à Alost, diocèse de Garni, une à Mouscron, diocèse de Bruges.(l)
MARIE (Société ou institut de), fondé à Bordeaux en 1818, par M. l'abbé Cliamiuade.
Dès que la liberté fut rendue au culte, après les désastreuses années du règne de la terreur; dès qu'il fut permis aux émigrés de rentrer en France, un prêtre, qui s'était réfugié en Espagne, M. Chaminade, docteur en Sorbonne, revint à Bordeaux, où il avait un modeste héritage. 11 était né à Mucidan, en Périgord , avait été élevé par un ancien Jésuite, son frère, homme d'un mérite supérieur et d'une haute piété. Il s'était exilé, après la confiscation du séminaire de Mucidan, dont il était procureur. Quand il revint d'Espagne, il était âgé d'environ quarante-cinq ans, pourvu du litre et du pouvoir de missionnaire apostolique; son dessein était de travailler au rétablissement de la religion, par tous les moyens, en dehors du ministère des paroisses. Néanmoins, peu de temps après sa rentrée en Fiance, il fut
t, 8), avait-il coutume de répéter : contre d'autres ennemis il faut d'autres armes; la présence d'un siècle si profondément contempteur de toutes les institutions contre lesquelles la révolution s'était armée; il savait de quels ménagements il devait user, pour ne pas rencontrer d'insurmontables obstacles. Ce qui lui paraissait le plus impossible, c'était le costume et tout ce qui parait au dehors. Mais il pensait que l'esprit religieux pouvait exister sans ces apparences, et n'exercerait qu'une heureuse inlluence, en ne soulevant pas.au premier aboi u, d'incurables préventions.
Môme, dans ces conditions, le succès de l'entreprise élail si improbable, dans lesciiconstances, qu'il n'eût pas été sage d'aller brusquement et ouvertement au fait. Oa venait de rouvrir les églises, mais elles étaient encore dévastées et désertes; les Chrétiens se trouvaient tellement épars et isolés, que, parmi ceux, qui, dans cette grande ville, avaient conservé une étincelle de foi, chacun se regardait comme un autre Tob e en allant au temple, croyait y aller seul. De 15, aux éléments d'une société religieuse, il y avait uue distance infranchissable; mais personne, mieux que M. Chaminade, ne connaissait la puissance du temps et de la patience. Il comparait volontiers sa marche, eu a ira ires, è celle d'un ruisseau loisible, qui, rencontrant un obstacle, ne fait aucun effort pour lo surmonter. C'est l'obstacle môme, qui, en l'arrêtant, le fait grandir et grossir, au point que bientôt il s'élève au-dessus de son niveau, le surmonte, le déborde, et poursuit son cours. Le sage et zélé missionnaire se borne donc è louer d'abord, au centre de la ville (rue Saint-Siméon)
nommé administrateur de l'ancien diocèse une chambre qu'il transforme eu oratoire, de Bazas (Gironde), et s'acquitta, avec une On sut qu'il y disait la Messe et y prêchait;
quelques lîdèles accoururent. 11 remarqua dans l'assemblée des hommes, jeunes encore. Il les appela, à I heure de la Messe, et, ayatil appris deux qu'ils ne se connaissaient pa* réciproquement, il les invita à se rendre ensemble, dans la semaine, auprès de lai, pour faire connaissance et convenir de cer-
Ces deux nom*
rare prudence, de cette charge, jusqu'au jour où le diocèse do Bazas fut réuni à l'arctevêché de Bordeaux. Alors il retourna à Bordeaux |»our ne plus s'en éloigner, et pour suivre jusqu'à leur exéculiou, les pieux desseins qu'il avait conçus. C'était dans le même temps et h peu près dans les mêmes dispola divine Providence envoyait
sitions que la divine Providence envoyait taines pratiques communes. Ces deux noml'abbé Lallemand à Marseille, l'abbé Collin mes ayant acquiescé a ses bons conseils, il à Lyon, l'abbé Condren à Paris, tous trois les engagea à chercher et h lui amener tbifouduti'urs de la nouvelle congrégation reli- cun un prosélyte. Ils y réussirent. Quand >l gieuse. Ces hommes de Dieu pensaient que la vie religieuse étant la seule réalisation complète des doctrines morales de l'Evangile, il n'était pas possible que la Providence, qui semblait vouloir la restauration du catholicisme, ne voulût pas le rétablissement des ordres religieux. Quant à M. Chaminude, il avait suree point des vues particulières. Il ne songeait à faire renaître aucun des anciens ordres. Il les avait connus avant leur dispersion; il avait assisté à ce passage de la justice de Dieu; il savait que le temps u'était pas encore venu d'en rassembler les débris : et quels étaient ces dé-
bris? La plupart n'avaient échappé è la mort ou a l'exil quy par l'apostasie ou la sécularisai ion. A'ora hrlla elegit Dominus (Judith (t) Voy. à la fin du \ol., n» 158.
y en eût quatie on en fit venir facilement huit par le même moyen, et en très-peu de temps, ils se comptaient douze, animés des
Elus pieuses intentions. Partant de ce nomre, qui pouvait être regardé comme mystique, M. Chaminade, exerçant un véritable apostolat, obtint de tels résultats que la petite chapelle de Saint-Siméon ne put plus suffire à ses assemblées. Il trouva alors quelques ressources pour louer uno ancienne église et un couvent attenant, sous te vocable de sainte Madeleine. Ce nouveau local lui permit de donner è son œuvre plus de publicité el de développement. 11 forma deux congrégations, l'une d'homme, l'aOtre «le femmes. Ces congrégations étaieui organisées à l'instar des anciennes congrès -tious
DES ORDRES RELIGlEtX.
de laïques, que les Jésuites formaient et dirfgeffieoC dans leur collège. Seulement, on y recevait des personnes de toute condition et de tout âge. sauf à grouper ensemble et idisliuguer chaque âge et chaque condition, («loa tans confusion, telle était la devise. Us idées et les mœurs de ce temps où Ton »0f»U encore le mot égalité écrit sur tous les mars, permettaient ce rapprochement, qui u eut au reste rien de contraire à l'es- ,ni du christianisme. On inspirait aux tengrégeoiste* de s* soutenir les uns les autres les riches aidant les pauvres, les grands I*wégeaot les petits. If. Cha raina de se plai- «iià rappeler ainsi, parmi ces fervents éludants, line image de la primitive Eglise. Cet état de chose fut blâmé par la suite, niais il im alors bien accueilli, et la congrégation K<*|«7aii et s'accroissait tous les jours. Aussi tout ce qui restait a Bordeaux d'an- • :eas Girondins, de Voltairiens et de Jacobins, jetèrent les hauts cris. La police s'en inquiéta; la congrégation fut plusieurs fois msooie sous divers prétestes, et en dernier 1*11, quand on découvrit que l'abbé Lafond, ■ sodés complices de la conspiration de Mal- K en 1812, était un des chefs de la congrétrWion. Dans cette circonstance, M. Clinui.Mde fut arrêté, incarcéré, puis relâché, bute de preuves. Il résulta seulement de o;u« disgtâce, que la congrégation demeura 'opprimée jusqu'à la Restauration. Dès le retour des Bourbons, elle se réunit de noupubliquement; elle eut un grand «ciii.Mais M. Chaminade, qui n'avait aucune wtaance en la stabilité au gouvernement odo>tiiulioiinel, établi par Louis XVIII, tendit plus que jamais à profiter do ce temps ùveur pour consolider son œuvre et "teindre i son but définitif. Il commença à 'ouvrira quelques personnes d'une mission '{u'il assurait avoir reçue du ciel, par une "Jie extraordinaire, pour rétablir en France '"dre religieux. Déjà, par ses soins, les F ères de la Doctrine chrétienne avaient été introduits dans le diocèse de Bordeaux ; il «ur avait prêté sa maison de campagne de ^ut-Laurent, à deux kilomètres de Bor- 'ttui, pour y établir un noviciat. Mais il '«ur fallait une œuvre pieuse et nouvelle. XmbtUu tUgit Domintu (Judk. v, 8). Il **ja d'abord de faire goûter la vie relieuse à une quinzaine d'hommes choisis i«rau les congréganisles. Il les conduisit ju*qua la pratique de l'oraison et l'obser- **uon du règlement; mais quand il vint à leur proposer des vœux, les uns s'en allèrent Suçoté, les autres de l'autre. Un seul ac- ^< à cette proposition, M. l'abbé Lalanne, préfet des études dans une grande instituait de Bordeaux, qui fréquentait la conî'cgauoo depuis environ dix ans et en était 'fe'ccu l'un des principaux soutiens. Il avait mt collègues, chez M. Estebenète (chef aiQsiuutiOQ, congréganute, qui depuis se
0> M. Clnroinad* travail pria aucun «ngagement £»» U uciàé ; il élut demeuré en dehors de ehet w II m prenait A son égard d'autre ebarge que
Dictions, des Ouvres relig. IV.
fH Jésuite), des jeunes gens, libres comme lui et disposés à tout bien, MM. Callineau et Auguste Pinier. Son exemple entraîna ses dent amis, et quand on se put compter trois, la Société fut fondée. Deux jeunes négociants, Dominique Clergel et Louis Dagugan, ne tardèrent pas à se joindre à co noyau, ainsi que deux ouvriers, admis pour le service, Bidon et Lantnn. Les parents du jeune Callineau s 'étant opposés avec énergie à une vocation qui les étonnait et les alarmait, il ne put entrer avec les autres en communauté, mais il continua à fréquenter U petite société, et v prit désengagements.
Ainsi fut fondée a Bordeaux, en 1818, la Société de Marie, par sept jeunes gens, sous la direction de M. l'abbé Joseph Chaminade. docteur en Sorbonne, missionnaire apostolique, chanoine honoraire à Bordeaux.
M. Auguste Pinier fut nommé chef de la communauté naissante ; M. l'abbé Lalanne, le seul qui, sans être dans les ordres sacrés, portât l'habit ecclésiastique, fut établi directeur spirituel et chargé de rédiger les règlements, les formules de prières, etc.
On loua une petite maison, avec jardin, au fond d'une impasse (rue Ségur>, et les sept amis s'y retirèrent pour se préj>arer par l'élude et par la |>rière aux œuvres que leur départirait la divine Providence.
On ne prit aucun costume. On convint même qu'on éviterait tout ce qui pourrait faire remarquer par une manière d'être particulière. On évita la dénomination de Itère, de frère, de supérieur (on s'appelait Monsieur). On ne voulait se séparer du monde que par l'abnégation religieuse. On adonta seulement comme signe convenu d'alliance et d'union, une bague d'or. Ou n'a |>as oublié que dans'la pensée du fondateur, cette abstention de forme monacale était la raison d'être de la Société de Marie (1).
Toute une année, d'octobre 1818 à octobre 1819, se passa dans la retraite. Ce ne fut que vers la un de cette année qu'on résolut d'entreprendre une œuvre d'éducation.
M. Auguste, seul, avait déclaré cette vocation. MM. Lalanne et Callineau se croyaient appelés aux missions et à la direction de la congrégation; mais il fallait vivre, eu attendant l'Age et la capacité; il fallait se former, et l'on pensa que la tenue d'une maison d'éducation ne ferait aucun obstacle à ces vues et fournirait au contraire des moyens d'exécution. La Providence même parut se prononcer dans ce sens. Deux personnes riches, MM. Changeur et Bordinet, offrirent à M. Chaminade des capitaux assez considérables pour subvenir aux frais d'un premier établissement. On acheta, dans la rue des Menuts, une maison contiguë à ceHe dans laquelle M. Estebenète tenait son institution. M. Estebenète était alors en disposition d'acheter un hôtel pour y transiter son
celle de directeur et d'autre titre que celui de Bon nère.
•147 M Ait
établissement; on put devenir son voisin rans lui porter ombrage. Il permit même qu'on achetât le terrain dans lequel ses élèves prenaient leurs récréations. Ce fut un f.iit exprès de la Providence en faveur de la petite société, car, l'affaire de l'hôtel ayant été manquée, après que toutes ces acquisitions furent consommées, les deux maisons ayant un besoin indispensable du môme terrain pour les récréations, on fut amené forcément, quoique à l'amiable, à un accommodement, par lequel M. Eslebenète, moyennant une rente viagère, cédait son institution, clientelle, mobilier et bail, à M. Auguste Pi nier, représentant la société. Dès lors, M. Auguste et ses associés se trouvèrent à la tôte d'une des plus florissantes institutions de Bordeaux.
On était faible encore pour une si grande charge, mais le travail et le dévouement sup|déérent au nombre et à l'habileté. L'institution, sous le nom de Sainte-Marie (la première qui -ait porté ce nom en France), se soutint et s'accrût. MM. Auguste et Lalanne avaient connu la maison Liautard, à Paris (depuis collège Stanislas). Ils y avaient achevé leurs études; ils s'attachaient à reproduire dans l'institution Sainte- Marie tout ce que leurs souvenirs, encoro récents, leur rappelaient de cetln excellente maison; se livrant même A leur génie, car ils fondaient un nouvel ordre de choses, ils inventèrent et introduisirent dans cette première maison de la Société, des systèmes d'émulation et d'éducation qui lui donnèrent un caractère particulier. C'était le tableau d'honneur et les exercices académiques, moyen dont ils ne prirent le modèle nulle part, et qui depuis a été adopté, sous toutes les formes, par presque toutes les maisons d'éducation extra-universitaires.
La prospérité de l'institution Sainte- Marie obligea bientôt le directeur à la transporter dans un grand hôtel, rue du Mirait, dont on Ut l'acquisition. Au bienfaiteur déjà cite, se joignit pour cette acquisition un riche, intelligent et pieux négociant, M. Pourmcz.
Pondant que la société s'établissait ainsi à Bordeaux, elle prenait au loin de l'accroissement; un avocat, homme de beaucoup d'esprit, qui avait joué un rôle, dans la révolution, comme ministre secret de Louis XV III, David Mounier, récemment converti par M. Chaminade, s'était donné corps et biens à la nouvelle société, sans toutefois entrer eu communauté. C'était un homme de soixante ans, mais d'une juvénile activité, d'une hardiesse presque audacieuse; disant et persuadant tout ce qu'il voulait, dans la iiius brillante conversation ; ayant tout vu, dans son siècle, et n'ayant rien oublié ; habitué, rompu aux affaires les plus importantes, comme les plus épineuses. David Mounier pouvait rendre à la société d'immenses services. M. Chaminade se servait oe lui pour la propagation de l'œuvre, et il eut plus do peine à retenir son zèlo qu'à l'exciter. Il l'employa d'abord à dé-
mêler et h régler certaines affaires litigieu ses des fd les de Marie , congrégation <j femmes, qu'il avait foridéi* a Agen, un a avant la fondation delà société des homme» L'entreprenant avocat rédigea même |«jo ces dames un brouillon de constitution qu fut abandonné. Mais dans les rapports qu cette affaire lui procura avec le clergé et d pieux laïques de cette ville, il leur insinu. deux choses : d'abord de former une congré galion laïque, à l'exemple des Bordelais e ensuite de fonder une école primaire qu serait tenue par des religieux de la nou velle société. Il faut dire qu'on avait fait er vain les derniers efforts, pour introduire! Agen les frères de la Doctrine chrétienne Leur costume, qui paraissait alors bizarre ei ridicule, les rendait impossibles. Alafaveoi de leurs formes plus humaines, les mttsimi deBordeauxfurentacceptés.Cespremiersios.
tituteurs primaires do la société de Mine furent MM. Gaussen, Enemain et le frère Armenaud. L'école d'Agen eut un succès complet, malgré la plus vive opposition de la municipalité, do la magistrature et de» beaux esprits de la société d'agriculture et des arts de cette petite ville.
On s'était proposé, en entreprenant l'en* saignement primaire, de combiner la méthode de l'enseignement simultané, aveccelie de l'enseignement mutuel, qui était alors chaleureusement prôné et propagé par le parti libéral, et de retenir ou de ramener ainsi dans les écoles chrétiennes, les enfants qu'on en détournait , par l'appât d'un progrès imaginaire.
Durant ces cinq premières années, on établit à Bordeaux deux noviciats, l'un de laïques, à Sa i nt- Laurent , l'autre d'ecclésiastiques dans l'ancien couvent de la Madeleine.
Vers cette époque (1823), David Mounier fut envoyé à Saint Remy (Haute-Saône!, prendre possession d'un château avec parc et métairie, d'une contenance de trois cents arpents, qui était offert à la société, a des conditions si légères, qu'on pouvait le dire donné.
Le château de Saint-Remy avait été MU et son immense parc clos de murs, a la fin du siècle dernier, |>ar Sa princesse deRosen, aïeule du duc de Broglie. Il était passé dans les domaines du marquis d'Argenson, qui. plus riche en terres qu'en argent, l'avait mis en vente, mais n'avait pu trouver d'ac* quéreur. Les frais d'entretien de si vastes bâtiments avaient effrayé les particuliers qui s'étaient présentés. Enfin, après dix «ns d'expectative ruineuse, on était sur le point de démolir et de morceler, quand un missionnaire de Besançon, procureur de sa communauté, M. l'abbé Bardeiiel, grand homme d'affaires, se décida a en faire l'acquisition. Le supérieur des missionnaires blâma cette opération et ne voulut point la ratilier. L'abbé Bardenet prit en conséquence l'affaire a son compte. Lue coupe de bois subvint aux trois quarts du pru d'achat; on couvrit lo reste, par la w»w
DICTIONNAHtL
de quelques plombs, ferrements, glaces, marbres, parquets qui abondaient dans le rideau; et quand l'acquéreur fut à peu près rentré dans ses frais, » se mit à la recherche «fane communauté religieuse, qui voulût se charger de ce domaine, a la seule condition «Tr établir une bonne œuvre quelconque, et de lui constituer une rente viagère. Le nom « les œu Très de M. Chaminade étaient venus i >a connaissance. Il lui Ht des propositions, a l'occasion desquelles David Mounier fut enrejé. Habitué aux grandes affaires et tenant [«or sûr qu'on s'élève toujours en raison de li hauteur du point de départ, notre avocat n'hésita joint. Il entra dans toutes les vues de l'abbé Bardcnet, accepta ses conditions, et malgré la répugnance de M. Chaminade, Hui sentait sa ruche trop faible pour essaimer déjà si loin, David Mounier l'engagea à faire habiter et cultiver le parc et le château de Saint-Rem y par la société de Marie. Il racheta au nom de M. Chaminade. Une colonie fut immédiatement expédiée de Bordeaux, sous la conduite de M. Dominique Ctajel. Elle vint avec rien et ne trouva rien <n»e de grands bâtiments dévastés, un bois rasé, des terres en friche ou épuisées. On eut beaucoup de peine à se loger et à s'abriter du froid. Mais le travail, la patience de ces bons religieux, leur esprit de pautreté, l'habileté singulière de leur chef pour l'administration et la culture, suppléèrent i toute autre ressource , surmontèrent tons les obstacles. On vécut, on se logea, le ambre s'accrut. On ouvrit un pensionnat primaire. La terre produisit ses fruits, et, biea aidant, l'établissement de Saint-Rein/ e>t devenu aujourd'hui, a quarante années de sa fondation, un des établissements reli- 6<eux les plus considérables de la France, l'ny tient un pensionnat primaire et secondarre, la Terme-école du département de la Haute-Saône; et les religieux y font une exploitation agricole et industrielle des plus remarquables.
La société continuait a s'étendre; mais dans aucune province, elle n'avait prospéré /mme en Alsace ; elle v avait pris la suite ou recueilli les débris d'une œuvre d'enseignement primaire, entreprise et puis abandonnée par M. l'abbé Mertian, curé de Ritrautille. On lui donna le château de Sa int- U'ppolyte, pour r tenir un pensionnat; elle acheta, dans un état de délabrement le beau couvent d'Ebersmunster, où réside aujouri nui un nombreux noviciat. Tout ce propes,dans cette religieuse province, fut dû, » grande partie, au zèle des frères Rothéa, <|ui entrèrent à cette époque dans la société, i un prêtre, les deux autres laïques. Ils y au uweoi l'abbé Meyer aîné, qui depuis est «Hé établir la société aux Etats-Unis d'Amérique.
La société grandissait ainsi, mais comme toutes les œuvres qui tendent au bien , h '"vers mille obstacles et même, malgré les '^«osions intestines. De nouveaux ven Js. qui n'avaient pas assisté a l'origine de société, n'en comprirent pas l'esprit pri-
MAft 7i>0
roitif ni le caractère particulier. On prit ombrage des anciens et l'on interpréta mol leurs actes et leur conduite. Il y eut des défections, par suite de mécontentements et sous le prétexte que la société qui se faisait n'était pas celle qu'on avait voulu faire. Le fondateur fut isolé de son premier collaborateur, il s'éleva entre eux des discussions graves, qui ne purent être terminées que par un jugement arbitral par-devant M.
Ravez, ancien premier président à Bordeaux. A l'occasion de ce procès, M. Chaminade donna sa démission. Il chargea provisoirement M. Caillet d'administrer la société. M. l'abbé Caillet était un prêtre de la Suisse française, grave, prudent et pieux, qui s'était engagé dans la société dès la première année, et qui était toujours demeuré auprès de M. Chaminade, tandis que les membres fondateurs étaient dispersés quand le procès fut terminé ; M. Chaminade revendique, son titre de fondateur, son inaliénable autorité, elle lui fut refusée. L'affaire fut portée devant quelques prélats, qui décidèrent en faveur de la nouvelle administration et de M. l'abbé Caillet. On eut égard surtout au grand âge de M. Chaminade Til avait 90 ans], qui rendait extrêmement difficiles et presque impossibles les relations avec lui. M. Chaminade ne se résigna pas, il fit appel a Rome ; il protesta contre la société , réclama ses propriétés et les légua aux hôpitaux. Les faits furent attribués, moins à un défaut de vertu, qu'à la faiblesse de l'Age; car les idées , dans la décrépitude , deviennent fixes et dégénèrent aisément en manie.
Depuis Ta mort de M. Chaminade, la société a continué de s'étendre sous l'administration de M. l'abbé Caillet; elle compte aujourd'hui en France cent dix établissements , dont onze d'enseignement secondaire, et quatre-vingt-dix-neuf écoles primaires ; une ferme modèle , une école normale départementale; et tout récemment la société a accepté le collège Stanislas à Paris, dont M. l'abbé Lalanne,un de ses fondateurs , était le directeur.
Pour quiconque sait l'histoire des sociétés religieuses, les vicissitudes |»ar lesquelles a passé la société de Marie dans les premières années de son existence, n'ont rien d'étonnant ni de malédiflant; à l'origine de la plupart des corps religieux on voit des troubles et des dissentiments de cette nature. Les fondateurs n'ont pas toujours eu toutes les idées, et celles qu'ils oui eues n'étaient pas nécessairement toutes les meilleures possibles; ils s'y sont cependant attachés; mais souvent le progrès de la société tient à ce qu'elle se dégage de leur opposition et de leur résistance ; Dieu permet ces contradictions pour la sanctification de tous, et l'exécution de ses desseins. Ou peut su figurer la fondation d'un corps religieux sous la main de la Providonce, comme le travail d'un peintre qui ébauche un tableau. Combien de premiers traits il etface , combien d'autres il redresse, par quelles séries de teintes et do nuances diverses il arrive
DES ORDRES KELIGIEIX.
l'utiii on colons que son goûl adopte et qui doit rester sur la toile? Qu'importe tout ce désordre apparent ou momentané, si en définitive le tableau est beau et parfait? qui s'inquiétera de ce qu'a été l'esquisse? Les fautes ont éié corrigées, et le dernier vernis les a reléguées dans un éternel oubli.
MARIE DKS BOIS ( CosonÊcATioN dcs SotcHS de SAINTE-), en Amérique.
En 1839, Mgr de la Hailondière, évôque do Vincennes, était en France. Il vint au petit bourg tic Kuillé-sur-Loir, où est établie une congrégation religieuse connue sous le nom des Sœurs de la Providence. I ,'étail le moment de la retraite de la petite communauté, dont le double but est de se consacrer à la visite des pauvres et à l'éducation des enfants. Mgr l'évôque de ^ ineennos avait formé le projet d'instituer cette congrégation dans son vaste diocèse, et il venait demander des sœurs fondatrices.
L'humble communauté de Ruillé n'avait jamais songé à la gloire de pousser ses rameaux jusque dans l'Amérique du Nord.
Elle vivait.se suffisant à peine, marquéo du doigt de Dieu, inconnue au monde , et ne pouvant étendre sa charité et ses bonnes œuvres que dans un cercle bien étroit. Elle »;e s'effraya pas du grand dessein proposé à son courage Elle accepta l'offre généreusement, avec cette joie des vrais serviteurs de Dieu, jaloux de se consacrera son service, et heureux de se sacrifier pour sa gloire. Elle témoigna au Seigneur sa reconnaissance pour tout le bien qu'il voudrait lui donner d'accomplir, et ne s'anèta pas aux difficultés et aux dangers qu'elle rencontrerait a l'entreprendre. Six sœurs furent désignées pour aller rejoindre le prélat l'année suivante.
Quand il s'agissait d'une œuvre si importante , on conçoit que la communauté de Iludlô ait employé toutes ses ressources. Elle réunit toutes les aumônes; elic ouvrit tous ses coffres (ce ne fut pas le plus long); elle chercha bien, bien longtemps; enfin v elle mit à la disposition des sœurs 1,200 IV. ; II s'agissait d'aller à deux mille lieues de France, former un établissement dans un pays inconnu, appelées par un évôque qui n avait lui-même d'autre ressource que la divine Providence; il avait bien promis de donner des terrains encore en friche, mais il n'avait point dissimulé qu'il n'en pourrait lairc davantage.
Les sœurs n'hésitèrent point; avec cette confiance toute puissanto sur le cœur do Dieu , elles songèrent gaiement à leurs préparatifs. C'est toujours la môme histoire. La divine Providence no renvoie jamais à vide ceux qui se tient en sa bonté et l'appellent à leur secours. Nos sœurs n'avaient point encore quitté Kuillé, qu'une généreuse aumône , qu elles ne sollicitaient point , et à laquelle elles ne songeaient pas, vint donbler leur chétif capital. Bénies de leur évôque, le 10 juillet 1840, fétc dc Notre- Dame du mont Carinel , elles quittèrent le
mar
Mans, pour aller se livrer aux travaux de»
missions.
Sur le bâtiment, nos sœurs furent l'oint delà vénération d'un équipage protestant et anglais. Elles se retiraient tous les jour* dans leur chambrellc pour célébrer leur office et chanter de tout leur cœur les louanges de Dieu, s'abandonnant de plus en plus à sa providence pour le succès do leur grande entreprise. La traversée fut longue. En arrivant, au bout de quarante jours, en vue de Ne*- York, tout le monde du bord se réjouissait de voir la terre. I.n supérieure seule, la bonne sœur Saint -Théodore, assise sur le pont du navire, regardait tristement celte terre étrangère, se demandant avec inquiétude re qu'allaient devenir les cinq sœurs confiées à sa tendresse, dans ce pays inconnu, à cinq cents lieues environ do l'évôque qui les mandait; au milieu de peuples dont elles ignoraient la langue. Elle appelait Dieu à son secours, et s'en remettait è la garde Jeta bienheureuse Vierge, lorsqu'elle entendit une voix s'écrier en français : « Que je suis neureux de voir des sœurs de charité 1 » Elle se retourna vivement, et fut abordée par un homme qui, le chapeau bas, leur faisait des offres de service. C'était un médecin; il venait faire la visite sanitaire du bord, lise chargea do transmettre une lettre au correspondant de New - York, à qui Mgr de la Hailondière avait adressé nos sœurs.
Il se rendit tout de suite à la ville chez le correspondant qu'on lui avait indiqué; celuici était en voyage. Dieu se joue ainsi «les prévoyances humaines. L'ami des servantes du Seigneur ne se rebuta pas. Il courut prévenir Mgr l'évôque de New -York de l'arrivée des pieuses femmes, et le lendemain un grand vicaire alla chercher les sœurs pour les conduire au logis préparé pour elles par la sollicitude pastorale. De New -York, elles vinrent a Philadelphie. Elles y troufèreoi encore toutes sortes d'assistance de la («art d'un négociant protestant. Dieu ne larda pas à l'en récompenser. Les sœurs apprirent, quelque temps après, que leurs prières avaient été exaucées, et quo ses yeui jetaient ouverts à la lumière de la foi; elles surent en même temps quo de grands malheurs étaient venus le frapper; mais cette Ame rachetée embrassait avec amour la foi et la croix, ces deux sœurs que les premiers Chrétiens estimaient également.
On ne peut raconter ici tout le détail du voyage des sœurs à travers l'Amérique.
Après beaucoup de fatigues, elles arrivèrent à Vincennes, auprès de l'évôque dont le zèle les avait invitées. 11 leur restait encore vingt-cinq lieues à faire pour se rendre au lieu destiné à leur fondation. Elles partirent; un prêtre les accompagnait. On marche, on s'enfonce dans la solitude; enfin leprêl/e fait arrêter le chariot, annonçant aux voyageuses qu'elles sont arrivées. Elles descendent, regardent autour d'elles, cl se trouvent au milieu d'un bois. Malgré toub elles ne s'attendaient pas à ce dénoûujeiif. Ou leur montra quelques constructions cow
MCTIONSAIRE
;j MAR DES OR DUES
mencées, c'était la maison qui leur était des* t née. Va peu plus loin elles virent une sorte lie cabane en planches, où habitait une famille. Malgré leur confiance» et bien qu'elles eussent bit leur entier sacrifice, en présence d'uu dénûuienl si complet, une petite alarme tcieills dans leur cœur. Elles s'informèrent où se trouvait Notre- Seigneur. On les conduisit à une hutte composée de troncs d'arbres placés horizontalement les uns au dessus des autres, longue en tout de douze pieds, et large de neuf environ. La porte, uns aucune ferrure, résistait aux efforts de ceui qui la voulaient ouvrir, et n'en fermait )«s mieux. D'an côté, une large cheminée W où tombait de la lumière. Daus un coin, sur des planches, un grabat plus misérable qu'on oe peut s'imaginer; c était le lit du prêtre attaché à cette étrange église ; à l'autre Ltool, une petite fenêtre bouchée avec du i 03e et de* broussailles, à cause du froid •jBi commençait à se faire sentir. Enfin, quelques linges sales et déchirés, arrangés
façon de rideaux, entouraient et abritaient m petite planche, appuyée contre le mur ti soutenue par devant par deux piquets liJtés eu terre. On écarta ces guenilles, et, au milieu de ces misères, elles reconnureut le maître du ciel et le roi de la terre dans toute sa douceur et sa bénignité. Il reposait u,<laas uoe petite custodo ; point de taber- «de, point de flambeaux, rien de ce oui entoure d'habitude sa majesté. Dès qu'elles eurent vu et adoré leur divin maître dans ce «it^uiliement extrême de toutes choses, vive 'uwjje de Bethléem , elles se trouvèrent trop ^en traitées et rougirent de leur moment de InUe».*e. On s'accommoda avec la famille '«bine. Elle céda une petite chambre qui «Jttiot la résidence de la communauté, et un peaier qui fut le dortoir. Le soir même de leur arrivée , quatre postulantes se joigni- Mit à elles. Dieu bénissait leur œuvre. Et m ia maison du Seigneur no s'édifie pas avec J*s pierres taillées |>ar la main des hommes, •mis bien plutôt avec ces pierres vives, des (teurs que la grâce équarrît et façonne à son gré, dos sœurs avaient déjà fondé le couvent
Sainte- Marie des Bois.
le diocèse de Vincennes, où elles veuient ainsi s'établir, étend sa juridiction ur l'état d'Indiana et une partie de celui de i Uhaois. 11 égale en étendue à peu près la u»itié de la trance, et l'Indiana seul a une ppulaiioa de deux millions cinq cent mille lubtuois. Trente prêtres environ sont réwdussurce vaste territoire pour subve- "'r aux besoins spirituels de toutes ces pollutions. C'est bien peu, mais Dieu vivifie leur zèle, et sa miséricorde, qui a permis <;ue chacune des églises de notre vieille turope, en remontant à son origine, pût trouver des saints pour fondateurs, semble vouloir accorder les mêmes grâces aux naissantes églises de la jeune Amérique. Us Sieurs se réjouissent à ces récits de chanté et d'amour qui nous viennent d'au delà des mers.
C'est Us;r Bcuté, sacré évéquo en 1834 et
mort en odeur de sainteté en 1899, qui a été le premier évêque de Vincennes. N'étant que simple prêtre, on remarquait son esprit intérieur et mortifié, son humilité et son zèle. Mille traits de*charilé remplissent sa vie de missionnaire. Devenu évêque, ses vertus, poussées presque aux dernières limites, sont devenues sans doute des semences de grâce et de conversion pour ses ouailles. Un prêtre qui a été l'ami, le confident, le compagnon de Mgr de Beuté, nous a fait connaître quelques-uns des traits de cette admirable vie. Il couchait sur le plancher en proie à toutes les rigueurs des saisons. Il se couchait toujours après minuit, se levait à trois heures et employait à la récitation de son bréviaire et en méditations, le temps qui s'écoulait jusqu'à la Messe,
3u'il allait dire à six heures à deux milles de istance. Il était obligé de passer tous les jours un torrent, mouillé jusqu'aux us ; ses vêlements, en hiver se gelaient sur lui et lui permettaient à peine de marcher. Dans cet état, il entendait les confessions, disait la Messe, distribuait le pain de la vie; après quelques paroles de consolation et d'amour qui sortaient si facilement de son cœur, il allait consacrer les brillantes lumières de son esprit à un collège près d'Emisburg, devenu la pépinière du clergé des Etats-Unis et où presque tous les évêques actuels des Etats-Unis ont été élèves de Mgr Beuté. Dans ses moments libres, le serviteur de Dieu allait visiter les familles de son immense mission. De retour dans sa cabane, il consacrait la iremière partie de ses nuits à écrire pour aire aimer la religion ou pour combattre 'erreur. On pourrait compter des milliers de lettres écrites par lui dans ses heures de repos. Ses récréations mêmes étaient utilement employées ; des citations toujours heureuses, des talents agréables, une mémoire prodigieuse, universelle, rendait ses entretiens extrêmement intéressants ; il ne pouvait rester oisif; il communiquait son activité à ses amis; il leur faisait faire des prodiges.
Le petit grenier qui servait de dortoir aux religieuses était si exigu, et les lits le remplissaient si bien, que |»our arriver au dernier il fallait nécessairement passer sur tous les autres : en outre, il était si parfaitement clos, qu'on ne pouvait jamais mettre les lits à l'abri de la pluie et de la neige. 11 fallut passer ainsi tout le rigoureux et long hiver de 1840 à 1841. Au mois de juillet 1841 , elles purent se transporter dans leur nouvelle maison, et y ouvrir un pensionnat. Les épreuves s'y trouvèrent et aussi les joies. Le but des sœurs étant de faire pénétrer les habitudes et les pensées religieuses parmi des populations qui les ont entièrement perdues, elles reçoivent les enfants de toutes les communions, pourvu qu'elles se soumettent aux exercices de la maison.
L'ardeur de ces enfants à s'instruire des vérités de la foi, et l'impression qu'elles en reçoivent sont grandes, vives et pleines de cousolation. Une jeune fille de quatorze à