MAR DICTI
rieur et devait recourir à lui dans le> affaires extraordinaires.
Les archives ne font mention d'aucun acle d'agrégation avanl l'approbation donnée a ki congrégation par Mgr de Brandon.
Mais dès que cet acte de sa grandeur fut connu, déjeunes personnes distinguées par leur naissance et leur piété, aspirèrent h l'honneur de se ranger sous la bannière de Sainte-Marthe, et a devenir sous ses auspices d'humbles servantes des pauvres.
La première religieuse après les fondatrices fut sœur Marthe Dubois. D'après les archives, son acle d'agrégation est en date de l'année 1G33. Plusieurs autres actes d'agrégation sont inscrits à des dates trèi-rapproehées de celle-ci.
La fondatrice Antoinette Juilhard gouverna la congrégation en qualité de supérieure jusqu'en 1071). Son grand âge ne lui permettait plus alors de remplir 3etto charge. Elle vécut encore plusieurs années, après s'être démise de la supériorité.
La vie de cette fondatrice ne fut qu'une suite de bonnes œuvres; elle donna l'exemple de toutes les vertus; mais une parfaite abnégation fut celle qui éclata le plus en elle. On ne sait si la maladie qui i'enlova à J'alfection de sa communauté, fut longue; elle eut le bonheur de recevoir les sacrements do pénitenco et d'Kucharisiie, et elle reçut dans ses derniers moments la visite do Mgr de Francheville, évé pie de Périgueux. Ce fut le 2 août 1083, que la Mère Juilhard rendit sa belle âme a son Créateur.
La communauté désirait vivement garder les restes vénérés do sa fondatrice, mais le révérend Père recteur des Jésuites, qui désirait aussi avoir dans sa chapel c la dépouille mortelle de la vénérée Mère, obtint «le fairo faire les obsèques et la sépulture dans la chapelle du collège, qui était sous la direction des Pères de sa Compagnie.
Nous avons dit qu'en 1G79, la Mère Juilbrrd avait été déchargée de la supériorité. Ce fut a ors qu'on procéda à la première élection d'une supérieure, celte élection fut faite suivant le mode indiqué dans le règlement.
Sœur Anne de Méreuieu fut celte première .supérieure nomméo par la communauté. Les archives de la congrégation nous donnent quelques détails sur la vie de cette religieuse.
Sœur Anne de Méredieu appartenait à une famille distinguée. Kl te se sentait appelée h la vie religieuse, et son amour pour les pauvres la portail à entrer dans la congrégation do Sainte-Marthe. Chérie de ses parents, elle s'attendait bien à rencontrer des obstacles; mais forte de sa confiance en Dieu, elle espéra que si le Seigneur la voulait religieuse de celte congrégation, il saurait bien applanir les difficultés. Ce ne fut qu'après des demandes réitérées, qu'elle obtint de commencer ses épreuves dans l' Hôtel - Dii'ii de Périgueux. Les auteurs de ses jours, retardant toujours le moment si désiré par elle de faire rémission de >e> vœux, son
t.NAIRE MAP. Zi
noviciat fut long. Ils Unirent cependant ;or donner leur consentement, et elle put entîn se consacrer à son Dieu oour toujouis et sans réserve.
Si sœur Anne de Méredieu avait été une novice fervente, elle fut une religieuse exemplaire; sa charité était vive el ingénieuse; les malades les plus dégoûtants et ceux dont le caractère et l'humeur étaient les plus difficiles, étaient ceux auxquels elle s'attachait de préférence. Les offenses el Us injures devenaient des titres pour avoir des droits à son affection particulière.
Malgré le soin qu'elle mettait à caclter sa vertu, non-seulement sœur de Méredieu était regardée comme une sainte dans la communauté el l'hospice, mais elle était en vénération dans la ville de Périgueux : celle vénération se manifesta d'une manière éclatante à sa mort, arrivée en 1G90.
Un avait exposé, selon l'usage, le cor;* de sœur Anne de Méredieu dans la chapelle de la communauté. Les habitants de IVn- ^ucux, de tous les rangs, se portèrent en foule près de ses reslcs vénérés. Pour conserver quelque chose qui eût appartenu i la défunte, on enleva la couronne de fleurs qu'on lui avait mis sur la tôle, ainsi qu'une partie de ses vêtements, pour s'en partir les lambeaux. La communauté dut plat.tr des hommes de garde près du cercueil, mais cette précaution devenant encore insullisanie; on se vit contraint d'enlever ce précieux dépôt.
Les obsèques furent faites dans la chai* lie de l'Hùtel-Dieu. Son corps fut déposédaus un caveau qu'on y avait préparé.
La congrégation s'accroissait toujours, et on comptait un nombre plus que suffisant de religieuses pour l'hospice où elle avait pris naissance; aussi les administrateurs do l'hôpital général, voyant avec quel zèle et quelle ferveur les sœurs de Sainte-Marthe servaient les pauvres de l'Hôtel- Dieu, et le bon ordre qui y régnait, demandèrent et obtinrent des sœurs de la congrégation pour gouverner l'hôpital général.
Cet hôpital élait situé sur l'emplacement de l'hospice actuel. Cet établissement était une maison de refuge pour les tilles pénitentes et un hospico pour les enfant» trouvés. Avant que les sœurs y entrassent, il était desservi par une ancienne religieuse delà Charité el par quelques demoiselles séculières.
Ce fut en l'année 1701 que les sœurs de Sainte-Marthe s'établirent à l'hôpital général; nmisclles reconnaissaient pour maison mère I Hôtel-Dieu, et dépendaient eo tout de la supérieure de celte maison.
La congrégation prenait au développement, et embrassait de nouvelles œuvres, ce qu'elle a fait toujours à mesure qu'elle a pris plus d'extension.
Un nouvel établissement se présenta encore en 1711; Mussidan, petite ville du depaitement, demanda et obtint des sœurs 'le Sainte-Marthe. Ce n'élail pas seulement pour le soin des malades qu'on désirait des sœur>.
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mais on voulait encore qu'elles donnassent ment de l'Hôlel-Dicu, on transporta les ma-
l'instruction aux jeunes filles de la ville et ladesà l'hôpital général; les sœurs des deux
de la banlieue. La congrégation accepta et maisons se réunirent alors à cet hôpital. Là
t'engagea A faire les œuvres qu'on detuan- elles avaient espéré jouir de quelque sécu-
dait d'elle. rilé, mais le calme ne fut pas long. Vint le
Celte maison subsiste aujourd'hui toile moment où on exigeait des prêtres le ser-
qu'elle fut A sa fondation, avec les mômes ment à la constitution. On voulut exiger des
œuvres; mats elle est plus considérable qu'à sœurs le môme serment, elles refusèrent;
ton berceau. sur ce refus, plusieurs furent mises en rô-
Nous avons dît que les sœurs avaient pris clusion; on chercha à intimider les autres,
la direction de l'hôpital général ; elles des- mais elles furent fermes et constantes dans
servirent cet établissement pendant de Ion- leur refus, se confiant entièrement en Dieu,
gués années. Mais en 1T79, les administra- Une autre peine bien sensible vint les
leurs de cet hospice leur ayant suscité des assaillir : leur aumônier, prôire vertueux et
difficulté* , et les sœurs ne pouvant plus fidèle, fut obligé de fuir ou de se cacher; on
Accomplir le bien qu'elles désiraient faire, lui substitua un prêtre constitutionnel ; les
la supérieure réunit la communauté, et lui sœurs refusèrent constamment d'êtro en
avant communiqué les obstacles que trou- communion avec lui, et d'assister à sa Messe,
/lient les sœurs dans l'accomplissement de Elles avaient obtenu de garder le saint
leurs devoirs, il fui arrêté qu'on abandonne- Sacrement en cachette, et même de le trans-
mt l'hôpital général et quonse retirerait, porter d'un lieu à un autre quand besoin
Toutefois cette résolution ne fut pas mise à serait, pour le dérober à la protanalion. Elles
tiécution. puisqu'on retrouva les sœurs dans eurent le bonheur de canner et gardèrent
iet bô,>ilal en 1794. longtemps ce précieux dépôt, enfermé dans
Nous allons citer une lettre que Mgr l'ôvô- une petite case pratiquée sur la tribune de
qnt de Périgueux écrivit à la supérieure de leur chapelle.
S« nie-Marthe, à l'occasion des contrariétés On peut juger de tout ce qu eurent à souf-
•jn'el le éprouva en celte circonstance. frir les sœurs pendant ce temps de doulou-
Mgr Té véque de Périgueux à Mme la supé- reuse mémoire; soit pour se procurer le
nuire de* Mœurs de Sainte -Marthe de Péri- bonheur de s'approcher des sacrements de
$*eux. pénitence et d'Eucharistie, soit pour procu-
Madame, rer ces secours aux malades. Malgré tout ce
Je voit avec peine par les deux dernièret qu'elles eurent à souffrir, elles se maintin-
Itnres que vous m'avez écrites, toutes let renl à l'hôpital général jusqu'en 1794, époque
tracasseries qu'on vous suscite. J'ai reçu en à laquelle les sœurs sortirent pour obéir 4
même fmps l'arrêté pris par MM. les ad mi- |a )0|.
curateurs de C hôpital général de Périgueux. La congrégation se composait alors, tant
Catàvou», Madame, à assembler votre corn- a Mussidan qu'à Périgueux, île 28 ou 30 re-
stunauté, à recueillir les suffrages, et à vous Hgieuses. Elles furent obligées de se retirer
décider entuite à prendre le parti le plus sage çbacane dans leur famille.
tt le plut tûr; soyez assurée d'avarier que six ans s'étaient à peine écoulés, depuis
[approuverai toujours tout ce que vous ferez |a sortie des sœurs de l'hospice, que les
f accord avec votre communauté, peuples désabusés revinrent à» la religion.
Vous me trouverez toujours disposé à don- On comprit enfin qu'il n'y a que cette reli-
a/r à toutes vos soeurs, et à vous en particu- que divine qui eut le pouvoir d'enf mter des
lier, des marques de mon attachement, et à Ames dévouées, prêtes A s'immoler à chaque
rendre publiquement témoignage de tous let instant pour le salut et le soulagement de
services que vous rendez à t hôpital général. leurs frères pauvres et malheureux.
Cett avec ces sentiments que j'ai fhonneur Les mercenaires qui avaient remplacé les titrt, etc. sœurs à l'hôpital remplissaient leur lAche ta congrégation de Sainte-Marthe d'An- d'une manière si rude et si peu charitable, coalême se forme sur le modèle de celle de que les autorités de la ville vinrent prier les Périgueux; les deux premières religieuses religieuses de la congrégation qui habitaient de cette congrégation firent leur novi- Périgueux, de vouloir bien reprendre leurs ciat è l'Hôtel-Dieu de Périgueux, et prirent fondions à l'hôpital, la règle de Sainte-Marthe. Mais ces reli- L'ancien hôpital ayant été converti en cagieuses furent toujours indépendantes de la serne, on avait transféré les malades dans la maison de Périgueux. Les religieuses bos- communauté ies religieuses deSainte-Claire. pitalières de Brantôme, Ribérac et Bergerac, Ce fut donc dans celte maison que les sœurs prirent aussi la règle de Sainte-Marthe, mais rentrèrent, mais cl les réclamèrent leur ancien forent également indépendantes. A la révo- hôpital, qui leur fui rendu peu de lempsaprès. lutioo de 1789, la congrégation eut A subir Sur ces entrefaites , pl usieurs des sœurs les conséquences de cette époque de terreur étaient mortes, d'autres étaient trop intiret de crimes. mes pour songer A rentrer A l'hôpital, aussi Les sœurs avaient espéré pendant quelque ne se rendirent-elles qu'au nombre de cinq temp< que la loi ne les atteindrait pas, mais ou six à l'hospice de Périgueux, d'autres elles ne tardèrent pas A être cruellement dé- rentraientegalementAl'hosptcede Mussidan. «basées. Les Sœurs de Sainte-Marthe sentaient une Oo commenta par supprimer l'établisse- juie indicible d'être rappelées et de pouvoir
reprendre les œuvres auique.ics elles s'é- 4/4 1 eut vouées. Mais dans quel état voni-elles retrouver la maison qu'elles ont laissée si bien pourvue I Ou avait si bien dévasté que tout était dans le plus complet dénûment. Il n'y avait pas infinie le linge de première nécessité, à loi point que les sœurs furent obligées , pendant quelque temps , de se servir de leur propre linge pour changer les malades.
A la vue de tant de misères, les sœurs sentirent leur courage défaillir , alors elles eurent recours 5 Marie, elles se prosternèrent devant son image, que l'une d'entre eles avait apportée. Après une courte prière, elles se relevèrent pleines de conlianee en Dieu et prêtes a tout entreprendre pour sa gloire et pour accomplir sa volonté si i nie.
Parmi les religieuses qui rentrèrent à l'hôpital en 1800, il en e»t une dont nous no pouvons passer la vie sous silence.
Cette religieuse portait le nom de sœur Lamy, quoique son vrai nom lui sœur Marie Lapeyriôre. C'était une do ces âmes privilégiées qui ne veulent que connaître la volonté de Dieu, pour l'accomplir de toute la forée de leur volonlé.
Bien jeune encore, se senlant appelée à la vie religieuse, mais n'ayant d'atirait prononcé pour aucune communauté, elle en visita plusieurs h l'érigueux. Croyant connaître assez clairement que Dieu la voulait dans la congrégation de Sainte-Marthe, elle n'hésita pas, elle y entra cl lit profession en
Lors de la révolution, elle montra un courage, une énergie dont on ne l'aurait pas crue capable, elle toujours .si douce et si timide ! Mais que ne peuvent pas les âmes quand e les sont revôlues de la force et de la vertu d'en haut!
La vertu caractéristique de celte religieuse étail une douceur inaltérable , mais qui n'oiail rien a sa fermeté; 5 cette douceur étaient jointes une aimable simplicité qui ne soupçonnait jamais le mal et une chanté active et sans bornes. Klle supportait les mauvais procédés avec une patience angélique, et avait une admirable éloquence pour persuader aux autres la pratique de telle vertu. On peut dire qu'en la voyant on se sentait attiré vers elle, mais de cet attrait qui incline vers tout ce qui est bien.
Si cette sœur se montra une dos plus fermes au moment du danger, elle ne se montra pas moins ardente à réparer les désastres causés dans l'hôpital par les agents do la révolution. A toutes les vertus elle joignait une piété tendre et ardente; aussi mitelle tout en œuvre pour remettre en bon état la chapelle de l'hospice. Tout manquait, mais elle se mit en qufite et obtint des autorités les objets d'art épargnés par la fureur révolutionnaire, dans les chapelles des communautés qui n'étaient pas rétablies.
Combien de fois après des journées laborieuses passées près du lit des malades et *?ea mourants, o-l-ellc travaillé b:en avant
dans la nuit pour l'ornement de la maison du Dieu trois fois saint 1 C'est qu'outre qu'elle contribuait au culte du Seigneur, elle recevait souvent de son travail une rétribution qui lui aidait h procurer aux pauvres ks choses les plus indispensables.
Celle rcligieuso fut réélue quatre fois supérieure, et pendant les douze années de sa supériorité, elle fui toujours égale à fileinfime, toujours bonne, douce et compatissante Jamais une parole aigre ne sortait do ses lèvres, ses réprimandes et corrections étaient toutes imprégnées de celte mansuétude chrétienne qu'elle avait puisée dans le cœur du Dieu de charité.
Cotte vénérée Mère mourut le8marslftii à la quatre-vingt-deuxième année de ioa âge, inunie des sacrements de l'Eglise.
Ou peut dire avec vérité que chacune des sœurs de Sainte-Marlhe qui renlra anrès la révolution firent des prodiges de chanié. Du nombre de celles qui rentrèrent à l'Inspire de Mussidan , il en est une aussi d^rii la vie a été remarquable.
Sœur Marie-Marthe de Montozon ap;w louait à une famille honorable «lu PérïgorJ; eile ht profession en l'année
l'eu après sa profession, celle religieux fut envoyée a Mussidan, elle y étail encore lorsque éclata la révolution. Sa constance »i sa fermeté lui valurent les honneurs de la réclusion, où elle fut détenue pendant mi mois, et néanmoins elle ne quitta jamais enitèrenienl le costume religieux. Sœur Marthe de Montozon fut une des premières à rentrer à l'hospice de Mussidan et ne recula devant aucune peine pour réparer cet hospice.
Celle religieuse élait assez habile pharmacienne : aussi venait-on souvent de loin la consulter et lui demander des remèdes ce qu'elle ne refusait jamais. Qui pourrait énumérer les plaies, les ulcères qu'elle a pansés et guéris pendant les soixaule-nuit années qu'elle a habité Mussidan; les misères de tous genres qu'elle a adoucies, d secours qu'elle a donnés?
Aussi à sa mort, arrivée en mars 1853, la population tout entière lit-elle éclater se> regrets, et lémoigna-t-elle publiquement'1 vénération qu'elle avait pour celle religieuse.
Le jour où le corps de cette chère slere était exposé dans la chapelle de l'hospiff. on eut tlit un jour de fête, tant lafllueRce élait grande. On venait entourer ce cerciie» et contempler ces restes vénérés on * trouvait heureux de voir encore une »'>■* celle qui avait été si bonne et si chantai'* pour tous. .
Pendant le convoi funèbre la foule ci™ si compacte que les sœurs ne pouvaient» tenir à leurs places. Do jeunes tilles utue> de blanc se succédaient à chaque in> »n" pour avoir l'honneur de porter, ne Iok< que l'espace de quelques pas, ce ire^»
dépôt à la sépulture. Sœur Marthe do b.zon était âgée de 9ï ans.
Nou> „voii> laissé la congrégation w°u
DES ORDRES RELIGIEUX